Quand le diable s'invite à la cure: Crimes au vert et verre de vin - Une série cosy mystery en Bourgogne - Enquête 1 (French Edition)

Chapitre 8

 

Miss Clarisse

 

Clarisse se réveilla le lendemain, entourée de romans du Masque Noir.

Elle avait passé la soirée à chercher des Agatha Christie dans des caisses de

livres qui avaient appartenu à sa famille. Elle gardait le souvenir de ces

livres de poche aux teintes jaunes ou oranges que sa grand-mère lisait,

souvent à l’heure de la sieste, après le déjeuner. Et elle avait eu un cri de

joie en les trouvant. Miss Marple ! Il allait voir ce qu’il allait voir, le major

aux yeux glacier ! « Miss Marple au club du mardi ». « Le major parlait

trop ». Tiens, à lire en premier celui-ci ! « Un Meurtre sera commis le… ».

« La Plume empoisonnée ». « Le Miroir se brisa ». Elle avait emporté le

tout dans sa chambre et s’était installée confortablement avec un plateau-

repas. Un bol de soupe épaisse et une part de tarte aux pommes. La

réflexion du bleu pandore l’avait piquée au vif.

Mais ce fut la réunion de la veille qui revint dans ses pensées avant même

qu’elle n’ait mis un pied sur sa descente de lit. Après que différents

scénarios avaient été échafaudés, le major Gibert était revenu à l’accident

puisque rien à ce stade ne venait le contredire. Et Valérie n’avait plus osé en

rajouter de son scepticisme. L’évocation d’un meurtre était, au final,

tellement plus effrayante que ses sentiments troubles. Avant de se quitter, ils

se mirent tous d’accord sur le fait de passer sous silence leur conversation.

Il ne fallait pas embraser tout le village qui, de toute façon, s’agiterait sur le

sujet, jusqu’à l’enterrement. Valérie demandait le soutien de chacun dans le discours qu’elle tiendrait en tant que maire. Discours qui bien entendu

suivrait la logique de la raison exprimait par le major. Mais dans la rue, elle

avait discrètement retenu le bras de Clarisse pendant que les autres s’étaient

éloignés. Et elle lui avait glissé qu’elle se sentait toujours très angoissée par

ce décès et ne savait pas dire très exactement pourquoi. Malgré les paroles

de Gibert, l’empoisonnement accidentel avait du mal à passer.

Était-ce les sensations de Valérie, son besoin d’une activité excitante qui

fasse fonctionner son cerveau ou l’attitude agaçante du major à son

encontre qui amenaient Clarisse dans des réflexions sur les circonstances de

la mort du curé ?

Certainement, un peu des trois.

Disons que Valérie perturbait son besoin de logique, l’ennui perturbait ses

cellules grises et le major la perturbait tout court. Son attitude envers elle

lui donnait envie de se chamailler avec lui. Il l’énervait comme un « père la

morale » trop prudent. Et Clarisse ne supportait pas du tout la plus petite

attitude paternaliste.

Miss Marple ! Et pourquoi pas ? Et si les doutes de Valérie étaient

justifiés ? Rien à voir, pour Clarisse, avec l’intuition féminine, un truc de

toute façon au-delà de l’univers visible du major. Mais elle prenait la maire

pour une femme intelligente et sensible, et ses considérations méritaient

sans doute d’être prises en compte. Mais tout major qu’il était, il n’avait pas

forcément raison. Il oubliait que Valérie était une femme du coin et qu’elle

connaissait bien tout le monde. Monique aussi doutait. Clarisse l’avait bien

vu à son air pincé face à la manière qu’avait eu le major de conclure la

réunion. Et lui n’était ici que depuis deux ans. Deux contre un. Et Clarisse

avait envie de donner raison à ces deux femmes. À cause de cette foutue

intuition bien sûr. À cause aussi des connaissances très anciennes que Monique avait de tous les habitants de Saint-Saunier, et d’alentours. Son

avis pesait forcément. La rationalité du gendarme ne tenait pas face à ça.

Et puis, surtout, il l’avait défiée. En tout cas, Clarisse le prenait comme

ça. Un peu comme ces patrons qu’elle avait croisés si souvent dans sa vie

passée. Et qui avaient des vues très précises sur les embauches qu’ils

voulaient faire. Tellement précises qu’ils attendaient un mouton à cinq

pattes et que leur trouver la « bonne » personne était une gageure. Et

Clarisse excellait à ce petit jeu.

Elle avait tout à coup très envie de lui trouver l’assassin auquel il ne

croyait pas. Elle ne se contenterait pas de chercher à prouver la thèse du

meurtre. Si meurtre il y avait, l’assassin, Clarisse trouverait !

Après tout, elle savait aller au contact des gens et les écouter. Et Valérie

saurait la mener là où il le fallait. Monique lui donnerait des renseignements

sur les personnes avant de les rencontrer et même sans les rencontrer. Et

après tout que faisait d’autre Miss Marple ?

Clarisse passa le reste de sa journée à redécouvrir les enquêtes de la plus

célèbre des détectives de village.

 

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