Ulyse - Tome II
Chapitre III
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 9 parties.
La décision de Bloom ?
Un expédient. Posant ses pieds sur le mur nain, il esca-lada la grille, assujettit son chapeau et, agrippé à deux points inférieurs d’intersection des barreaux de la grille, abaissa graduellement la longueur de cinq pieds neuf pouces et demi de son corps jusqu’à deux pieds dix pouces du pavé de la cour en contre-bas, et laissa son corps voyager en liberté dans le vide, ayant abandonné toute prise sur la grille et se ramassant pour recevoir le choc de la chute.
Chut-il ?
De tout le poids connu de son corps soit cent cinquante-huit livres, mesure de poids avoirdupois, tel qu’il avait été enregistré par la machine graduée pour pesées périodiques dans l’officine de Francis Frœdman, pharmacien droguiste, 19 Frederick Street, North, à la dernière fête de l’Ascension, à savoir, le douze mai de l’année bissextile mil neuf cent quatre de l’ère chrétienne (cinq mil six cent soixante-quatre de l’ère juive, mil trois cent vingt-deux de l’ère musulmane), nombre d’or 5, épacte 13, cycle solaire 9, lettres dominicales C B, Indication Romaine 2, période Julienne 6617, MXMIV.
Se releva-t-il indemne après la commotion ?
Reprenant de nouveau un équilibre stable il se releva in-demne bien que commotionné par le choc en retour, il leva le loquet de la porte en exerçant une pesée sur la clenche et
– 435 – par l’action d’un levier du premier genre exercée à son point d’appui, fit une entrée à retardement dans la cuisine à tra-vers l’arrière-cuisine souterrainement contiguë, enflamma par frottement une allumette soufrée, libéra du gaz d’hydrogène bicarboné en tournant le robinet d’accès, pro-voqua une haute flamme qu’il ramena, en la réglant, à une quiète incandescence et alluma pour finir une portative bou-gie.
Quelle succession d’images disjonctives Stephen perçut-il pendant ce temps ?
Appuyé contre la grille il entrevit à travers les carreaux transparents de la cuisine un homme réglant la flamme d’un bec de gaz de 14 bougies, un homme allumant une bougie, un homme enlevant tour à tour chacune de ses chaussures, un homme quittant la cuisine muni d’une bougie de la valeur éclairante de 1 bougie.
L’homme reparut-il ailleurs ?
Après un intervalle de quatre minutes la lueur de sa bougie devint perceptible derrière l’éventail de verre semi-circulaire et semitransparent situé au-dessus de la porte d’entrée. La porte d’entrée tourna graduellement sur ses gonds. Dans l’espace ouvert, sur le seuil, l’homme reparut sans son chapeau, avec sa bougie.
Stephen obtempéra-t-il à son signe ?
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Oui, entrant sans faire de bruit, il aida à fermer la porte et à mettre la chaîne et suivit sans faire de bruit le long de l’antichambre le dos de l’homme, ses pieds feutrés, sa bougie allumée, dépassant sur la gauche une porte qui laissait filtrer par le bas un rai de lumière, et descendit avec précaution un escalier tournant de plus de cinq marches pour aboutir à la cuisine de la maison de Bloom.
Que fit Bloom ?
Il éteignit la bougie par une vive expiration dirigée sur sa flamme, avança jusqu’au foyer deux chaises de bois blanc au siège en cuvette, l’une pour Stephen tournant le dos à la fe-nêtre de la façade, l’autre pour lui-même en cas de besoin, mit un genou en terre, édifia dans la grille un bûcher de pe-tits bois résineux entrecroisés, de papiers versicolores et de polygones irréguliers du meilleur charbon Abram à vingt et un shillings la tonne, des chantiers de MM. Flower et M’Donald, 14 d’Olier Street, alluma le papier en trois points saillants avec une allumette Lucifer enflammée, dégageant ainsi l’énergie potentielle incluse dans le combustible en donnant à ses éléments de carbone et d’hydrogène les moyens de s’unir librement à l’oxygène de l’air.
À quelles visions du même ordre Stephen se prit-il à penser ?
À d’autres qui, ailleurs, en d’autres temps, mettant un genou en terre, avaient allumé le feu pour lui, au frère Michel dans l’infirmerie du collège de la Société de Jésus à Clon-gowes Wood, Sallins, comté de Kildare ; à son père, Simon Dedalus, dans une chambre non meublée lors de son premier
– 437 – séjour à Dublin, numéro 13 Fitzgibbon Street ; à sa marraine Miss Kate Morkan dans la maison de sa sœur mourante, Miss Julia Morkan, 15 Ushers Island ; à sa mère Mary, femme de Simon Dédalus, dans la cuisine du numéro douze, North Richmond Street, le matin de la fête de Saint François-Xavier en 1898 ; au préfet des études, le Père Butt, dans l’amphithéâtre de physique de l’Université, 16 Stephen’s Green North ; à sa sœur Dilly (Délia) dans la maison de son père à Gabra.
Que vit Stephen en élevant son regard à la hauteur d’un mètre au-dessus du feu dans la direction du mur opposé ?
Sous une rangée de cinq sonnettes à ressort serpentin, suspendues à deux crampons par le travers du retrait atte-nant à l’un des jambages de la cheminée, une corde curvi-ligne à laquelle appendaient quatre petits mouchoirs carrés non attachés mais pliés consécutivement en rectangles adja-cents et une paire de bas de femme gris avec revers Lisle, re-vers et pieds dans la position normale, happés par trois fi-choirs de bois verticaux, deux aux extrémités, et le troisième au point de jonction.
Que voyait Bloom dans l’âtre ?
À droite, sur le rebord du foyer (le plus petit) une casse-role d’émail bleu ; à gauche (sur le plus grand) une bouillotte de fer noircie.
Que fit Bloom dans l’âtre ?
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Il transféra la casserole sur le rebord gauche du foyer, et se relevant, il porta la bouillotte de fer jusqu’à l’évier aux fins de faire couler l’eau en établissant le courant par l’ouverture de la chantepleure.
L’eau vint-elle ?
Oui. Du réservoir de Roundwood, comté de Wicklow, d’une capacité cubique de 2400 millions de gallons, passant par l’aqueduc souterrain et filtre principal à simple et double conduites, construit d’après un plan initial au prix de 5 livres sterling le mètre linéaire, traversant la Dargle, Rathdown, Glen of tbe Downs, et Callowhill jusqu’au réservoir de 26 acres de Stillorgan, couvrant une distance de 22 milles lé-gaux, et de là, par un système de réservoirs de secours et une pente de 250 pieds, atteignant la ville en bordure, au pont d’Eustace, Leeson Street Upper – et étant donné que par suite d’une sécheresse estivale prolongée et d’une distri-bution quotidienne de 50 millions et demi de litres, l’eau était tombée au-dessous du niveau inférieur des vannes, pour cette raison, l’inspecteur du district et ingénieur des Eaux, M. Spencer Harty I. C., suivant les instructions du Comité du Service des Eaux, avait fait défense d’user de l’eau munici-pale pour d’autres emplois que la consommation domestique (envisageant la nécessité d’avoir recours à l’eau non potable du Grand canal et du Canal Royal, comme en 1893) et spé-cialement au personnel de l’Hospice de Dublin Sud, qui no-nobstant la ration de 60 litres par jour et par hospitalisé, fournie par un compteur à tuyau de 6 pouces, a été convain-cu d’un gaspillage de 80 000 litres par nuit, enregistré au compteur, et constaté par le représentant légal de l’Administration, Me Ignatius Rice, avoué, ledit personnel
– 439 – ayant agi en l’occasion au détriment des autres groupes de citoyens soumis aux impôts, solvables et sains.
Qu’est-ce que Bloom, amant de l’eau, puiseur d’eau, por-teur d’eau, retournant à l’âtre, admirait en l’eau ?
Son universalité ; son égalité démocratique et sa nature à soi-même fidèle qui la fait rechercher son propre niveau ; sa vastité océanique sur la carte de Mercator ; sa profondeur insondée dans la fosse de Sundam, Océan Pacifique, excé-dant 8 000 brasses ; le mouvement perpétuel de ses vagues, de ses molécules de surface visitant à l’envi les coins et les recoins des rivages ; l’indépendance de ses unités molécu-laires ; la variabilité des états de la mer ; sa calme hydrosta-tique en temps de bonace ; sa dilatation hydrokinétique en morte-eau et dans les grandes marées ; son affaissement après ses fureurs ; sa stérilité sous la calotte de glace cir-cumpolaire, arctique et antarctique ; sa signification climaté-rique et commerciale ; sa prépondérance sur la terre ferme du globe, 3 à 1 ; son hégémonie indiscutable étendue en lieues carrées sur toute la région au sud du tropique sous-équatorial du Capricorne ; la stabilité millénaire de sa fosse primitive ; son lit boueux et fauve ; sa capacité à dissoudre et tenir en suspension toutes les substances solubles y compris des millions de tonnes des plus précieux métaux, ses lentes érosions de péninsules et de promontoires enclins à s’abaisser ; ses alluvions ; son poids, son volume, sa densité ; sa sérénité dans les lagunes et les petits lacs d’altitude ; la gradation de ses coloris selon les zones torride, tempérée, froide ; son système véhiculaire de ramifications continen-tales, cours d’eau traversant les lacs, fleuves grossis de leurs affluents dans leur route vers l’océan, courants transocéa-
– 440 – niques, gulfstream au trajet nord et sud équatorial ; sa vio-lence dans les séismes sous-marins, typhons, puits artésiens, éruptions, torrents, tourbillons, crues, trombes, lames de fond, lignes de partage des eaux, départs des eaux, geysers, cataractes, gouffres, maelströms, inondations, déluges, pluies diluviennes ; son immense courbe à horizontale autour du monde ; le mystère de ses sources, son humidité latente, décelée par la rabdomancie ou les instruments hygromé-triques, et illustrée par l’exemple du Trou dans le Mur d’Ashton Gate ; saturation de l’air ; distillation de la rosée ; la simplicité de sa composition, deux parties constituantes d’hydrogène pour une d’oxygène ; ses vertus curatives ; la légèreté spécifique des eaux de la Mer Morte ; son infiltra-tion persévérante qui forme les rus, creuse les ravines, force les barrages insuffisants, se glisse à bord par les moindres fentes ; ses propriétés pour nettoyer, étancher la soif, éteindre le feu, nourrir la végétation ; son infaillibilité de pa-radigme et parangon ; ses métamorphoses en vapeur, brume, nuage, pluie, grésil, neige, grêle ; sa force dans les prises d’eau ; la multiplicité de ses figures dans les lacs, baies, golfes, criques, passes, lagunes, atolls et archipels, détroits et fjords, estuaires et bras de mer ; sa dureté dans les glaciers, icebergs et glaces flottantes ; sa docilité au travail dans les machines hydrauliques, roues de moulins, turbines, dyna-mos, usines d’énergie électrique, blanchisseries, tanneries, batteries textiles ; son utilité dans les canaux, rivières navi-gables, cales sèches et bassins à flot ; sa force latente qu’on peut capter en attelant les marées ou les cours d’eau tom-bant de niveau en niveau ; sa faune et sa flore sous-marines (anacoustique et photophobe), véritables tenants du globe par le nombre sinon l’importance ; son ubiquité, puisqu’elle constitue encore 90 % du corps humain ; la nocivité de ses effluves dans les marais, les marécages pestilentiels, l’eau
– 441 – croupie des vases à fleurs, les mares stagnantes sous la lune au déclin.
Ayant posé la bouillotte à demi remplie sur les charbons maintenant en ignition, pourquoi revint-il au jet persistant de l’eau ?
Pour laver ses mains souillées à l’aide d’un pain partiel-lement fondu du savon Barrington au citron, auquel du pa-pier adhérait encore (acheté treize heures auparavant pour quatre pence et non encore payé), dans une eau fraîche et froide, toujours la même et jamais la même, et les sécher, fi-gure et mains, avec une longue serviette de grosse toile à bordure rouge passée dans un rouleau de bois mobile.
Quelle raison donna Stephen pour décliner la proposi-tion de Bloom ?
Qu’il était hydrophobe, qu’il haïssait le contact de l’eau froide que ce fût par immersion partielle ou complète sub-mersion (son dernier bain remontant au mois d’octobre de l’année précédente), qu’il goûtait peu la limpidité du verre et du cristal, et se méfiait des pensées et des paroles limpides.
Quelle raison empêcha Bloom de donner à Stephen des conseils d’hygiène et de prophylaxie auxquels se fût ajoutée la recommandation de pratiquer l’aspersion préliminaire de la tête et d’amener la contraction musculaire en faisant gicler rapidement l’eau sur la face, le cou, les régions thoracique et épigastrique au moment du bain de mer ou de rivière, les
– 442 – points les plus sensibles au froid dans le corps humain étant la nuque, l’estomac, le thénar ou plante du pied ?
L’incompatibilité de l’aquacité avec l’erratique originali-té du génie.
Quels enseignements supplémentaires se garda-t-il en-core de lui donner ?
Diétique : le pourcentage de protéine et de valeur calo-rique dans le lard, la morue salée et le beurre, l’absence de la première dans le dernier nommé et l’abondance de la der-nière dans le premier nommé.
Quelles lui semblaient être chez son hôte les qualités prédominantes ?
La confiance en soi, une égale et contradictoire faculté de s’abandonner et de se reprendre.
Quel phénomène concomitant se produisit dans le réci-pient du liquide sous l’action du feu ?
Le phénomène de l’ébullition. Ventilée par un constant appel d’air entre la cuisine et le tuyau de la cheminée, la combustion des fagots d’allumage avait gagné les masses po-lyèdres de charbon bitumeux contenant sous leur forme mi-nérale comprimée les decidua foliés et fossiliés des forêts primitives qui avaient emprunté tour à tour leur végétante existence au soleil, source initiale de chaleur (radiante), transmise à travers l’omniprésent éther diaphane et diather-
– 443 – mane. La chaleur (par courant intragazeux), mode de vibra-tion développé par cette combustion, était de façon cons-tante et progressive transmise de la source calorique au li-quide contenu dans le récipient, rayonnait à travers la sur-face inégale, terne et sombre du métal fer, en partie réflé-chie, en partie absorbée, en partie transmise, élevant gra-duellement la température de l’eau du point normal au point d’ébullition, élévation de température pouvant s’exprimer comme le résultat d’une dépense de 72 unités thermiques nécessaires pour porter quatre cent, cinquante-quatre grammes d’eau de 50 à 212 degrés Fahrenheit.
Par quel phénomène se manifesta cette élévation de température ?
Par un double jet de vapeur courbe sortant simultané-ment des deux côtés du couvercle de la bouillotte.
À quel usage personnel Bloom pouvait-il employer l’eau ainsi bouillie ?
À se raser.
Quels avantages y a-t-il à se raser de nuit ?
Un poil moins dur ; un blaireau plus doux si on l’a inten-tionnellement laissé macérer d’une barbe à l’autre dans sa mousse agglutinée ; une peau plus satinée en cas de ren-contres féminines imprévues, dans des endroits écartés et à des heures indues ; de tranquilles méditations sur les faits de la journée ; une sensation de plus de netteté en se réveillant après un sommeil plus agréable au lieu que les bruits du ma-tin, précurseurs et perturbateurs, cliquetis de pots à lait,
– 444 – double coup du facteur à la porte, qu’un journal lu, relu pen-dant le savonnage, le resavonnage du même endroit, un choc, un coup, un coquin de tintouin qui ne rime à rien, pourraient faire que la main aille trop grand train et en plein l’entaille sur quoi taffetas gommé avec précision coupé hu-mecté appliqué collé quod erat faciendum.
Pourquoi l’absence de clarté le gênait-elle moins que la présence du bruit ?
À cause de la sûreté tactile de sa main ferme pleine masculine féminine passive active.
Quels dons possédait-elle (sa main) et toutefois avec quelles dispositions contradictoires ?
Le don chirurgical opératoire avec une répugnance à verser le sang humain même quand la fin justifiait les moyens, ses préférences allant dans leur ordre naturel à l’héliothérapie, à la psychophysicothérapie et à la chirurgie ostéopathique.
Qu’offraient à la vue les planches inférieure, médiane et supérieure du buffet de cuisine ouvert par Bloom ?
La planche inférieure, cinq petites assiettes placées ver-ticalement, six soucoupes horizontales avec leurs tasses re-tournées, une tasse à « moustache » dans sa position nor-male et sa soucoupe en Crown Derby, quatre coquetiers blancs à bord doré, une bourse en chamois, ouverte, laissant voir de la monnaie, surtout du billon, et un flacon de bon-
– 445 – bons aromatiques à la violette. La planche médiane : un co-quetier ébréché contenant du poivre, un barillet de sel fin, quatre olives noires agglomérées dans un papier huileux, une boîte vide de pâté de viande Prunier, une corbeille ovale en osier matelassée de doliches, et contenant une poire de Jer-sey, une bouteille de porto de l’Invalide, étiquette blanche, William Gilbey et Cie, à moitié vide et à moitié dépouillée de son maillot de papier de soie rose corail, un paquet de cacao soluble Epps, cinq onces de thé surchoix Anne Lynch, à 2 shillings la livre, dans un sac en papier de plomb recroquevil-lé, une boîte de fer-blanc cylindrique contenant le meilleur sucre cristallisé en morceaux, deux oignons, l’un, le plus gros, espagnol, entier, l’autre plus petit, irlandais, sectionné en deux, plus de surface et plus d’odeur, une mesure de crème de la Laiterie Modèle Irlandaise, une cruche de grès brun contenant deux pintes et quart d’un lait falsifié et tour-né, converti par la chaleur en eau, sérum acidulé et caillots semi-solides, ce qui, ajouté à la quantité distraite pour les dé-jeuners de M. Bloom et de M me Fleming, faisait une pinte im-périale, quantité totale primitivement livrée, deux clous de girofle, un petit sou et un petit plat portant une mince tranche d’entrecôte fraîche. La plante supérieure : un batail-lon de pots de confiture de provenance et calibres divers.
Qu’est-ce qui attira son attention sur le napperon du buf-fet ?
Quatre fragments polygonaux de deux tickets de pari mutuel rouges et déchirés, numérotés 8 87, 8 86.
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Quelles réminiscences ridèrent momentanément son front ?
Réminiscences prémonitoires, la vérité plus étonnante que la fiction, prescience du résultat de la course plate han-dicap Coupe d’Or, dont il avait lu le résultat officiel complet sur Le Télégramme du Soir, dernière édition rose, à l’abri du Cocher, près du pont Butt.
Où avait-il eu des pressentiments antérieurs de ce résul-tat en puissance ou déjà effectif ?
Dans l’établissement de Bernard Kiernan, 8, 9 et 10 Little Britain Street ; dans l’établissement de David Byrne, 14 Duke Street ; dans Lower O’Connell Street, devant Gra-ham Lemon, alors qu’un sombre jeune homme lui mettait dans la main un prospectus (subséquemment jeté), annon-çant Élie, restaurateur de l’église de Sion ; sur la Lincoln Place, aux abords de l’établissement de F. W. Sweny & C°(Limited), pharmaciens droguistes, quand Frederick M. (Bantam) Lyons avait rapidement et successivement requis, parcouru et restitué le numéro du jour de L’Homme Libre et La Nation que Bloom était sur le point de jeter (subséquem-ment jeté) et que ledit Bloom avait pris la direction de l’édifice oriental abritant les Bains Turcs et les Bains Chauds, 11 Leinster Street, le visage éclairé par les feux de l’inspiration, et ses bras portant le secret de la race, gravé dans la langue des prophètes.
Quelles réflections atténuatives modéraient son trouble ?
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Les difficultés d’interprétation puisque la signification de tout événement révolu le suit de façon aussi variable que l’enregistrement auditif a suivi la décharge électrique, et les difficultés d’évaluer une perte sèche qui pourrait s’ensuivre par une fausse interprétation du total des pertes possibles procédant à l’origine d’une interprétation couronnée de suc-cès.
Son état d’âme ?
Il n’avait rien risqué, rien attendu, il n’avait pas été dé-çu, il était satisfait.
Pourquoi satisfait ?
De n’avoir subi aucune perte positive. D’avoir procuré à autrui un gain positif. Lumière pour les Gentils.
Comment Bloom prépara-t-il une collation pour un Gen-til ?
Il versa dans deux tasses à thé deux cuillerées rases, quatre en tout, de cacao soluble Epps, et procéda selon les instructions imprimées sur la couverture, ajoutant à chaque tasse, après le temps nécessaire à l’infusion, les ingrédients prescrits pour la diffusion de la façon et dans les proportions indiquées.
Quelles marques surérogatoires et spéciales d’hospitalité donna-t-il à son hôte ?
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Abdiquant son droit de chef du banquet familial à la tasse à moustache en faux Crown Derby, qui lui fut offerte par sa fille unique Millicent (Milly), il lui avait substitué une tasse identique à celle de son hôte, et, à son hôte, puis, dans une mesure réduite, à lui-même, il fit attribution extraordi-naire de la crème onctueuse ordinairement réservée au dé-jeuner de sa femme Marion (Molly).
L’hôte eut-il conscience de ces marques d’hospitalité et y fit-il allusion ?
Son attention fut attirée sur elles par le maître de mai-son, plaisamment, il les accepta gravement, et ils burent en-suite dans un plaisant grave silence le superaliment Epps, le cordial-cacao de vie.
Y eut-il d’autres marques d’hospitalité qu’il envisagea sans leur donner suite, les réservant pour cet autre et pour lui-même quand il lui serait donné de compléter, à la faveur de futures occasions, l’acte commencé ?
La réparation d’un accroc de 1 pouce 1/2 de longueur au côté droit de la jacquette de son hôte. Le présent à son hôte d’un des quatre mouchoirs de femme, à supposer qu’il fût, après vérification, en état d’être offert.
Qui buvait le plus vite ?
Bloom, lequel avait pris un avantage initial de dix se-condes et qui de la surface concave d’une cuiller dont le manche véhiculait un courant constant de chaleur, recevait
– 449 – trois gorgées contre une de son vis-à-vis, six contre deux, neuf contre trois.
Quelles spéculations menait-il de pair avec cet acte ité-ratif ?
Concluant par examen, mais à tort, que son silencieux compagnon était en train de faire travailler son cerveau, il ré-fléchissait à l’agrément que procure la littérature instructive mieux que la récréative, lui-même s’étant adressé plus d’une fois aux œuvres de William Shakespeare pour y trouver la solution de quelque difficile problème de sa vie imaginative ou réelle.
Avait-il trouvé la solution ?
En dépit de la lecture soigneuse et réitérée de certains passages classiques, avec l’aide d’un glossaire, il n’avait reti-ré du texte qu’une imparfaite conviction, les réponses ne portant pas sur tous les points.
Quels vers terminaient la première poésie de son cru, qu’il avait, poète en puissance, écrite à l’âge de 11 ans en 1877 à l’occasion des trois prix respectivement de 10 shil-lings, 5 shillings et 2 shillings six offerts par Le Trèfle, heb-domadaire ?
Une ambition de loucher
Sur mes vers dans votre papier
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Me fait donc espérer qu’ils y trouveront place
Et s’il vous plaît d’y consentir
Mettez bien mon nom pour finir
Léopold Bloom qui vous salue et vous rend grâce.
Avait-il conscience des quatre forces qui le séparaient de son hôte d’un moment ?
Le nom, l’âge, la race, le credo.
Quels anagrammes avait-il faits sur son nom dans son jeune âge ?
Léopold Bloom
Ellpodbomool
Molldopeloob
Bollopedoom.
Old Ollebo, M. P.
Quel acrostiche sur le diminutif de son prénom avait-il (poète cinétique) envoyé à Miss Marion Tweedy le 14 février 1888 ?
Puisque les barbes tous quand Phébus les inspire
Ont loué leur amour jusques au saint délire,
Laissons leurs voix chanter jusqu’à ce qu’elle expire.
Depuis que tu es mienne, ô mon nectar, ma lyre,
Y a-t-il un empire égal à mon empire ?
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Qu’est-ce qui l’ayait empêché de terminer une chanson de circonstance (musique par R. G. Johnston) sur les événe-ments de l’an passé, ou le calendrier des fêtes de l’an nou-veau, intitulée Si Brian Boru pouvait revenir et voir en ce jour notre vieux Dublin, commandée par Michael Gunn, directeur du Théâtre de la Gaîté, 46, 47, 48, 49 South King Street, pour être intercalée dans la sixième scène, la vallée des diamants, pour la seconde version (30 janvier 1893) de la pantomime à grand spectacle des fêtes de Noël, Sinbad le Marin (texte de Greenleaf Whittier, décors de George A. Jackson et Cecil Hicks, costumes de Mme et Mlle Whelan, présentée par R. Shelton le 26 décembre 1892 sous le contrôle de Mme Michael Gunn en personne, les ballets avec Jessie Noir, arlequinade avec Thomas Otto), et chantée par Nelly Bouve-rist, jeune première ?
En premier lieu, une alternance d’événements d’ordre souverain et d’intérêt local, le jubilé par anticipation, soixante années de règne, de la Reine Victoria (née en 1820, accession au trône 1837) et l’inauguration par posticipation du nouveau marché au poisson ; en second lieu, l’appréhension d’une opposition des cercles extrémistes au sujet des visites respectives de Leurs Altesses Royales le duc et la duchesse d’York (réelles) et de Sa Majesté le Roi Brian Boru (imaginaire) ; en troisième lieu, un conflit entre le code professionnel et l’émulation professionnelle touchant les ré-centes érections du Grand Lyric Hall de Burgh Quay et le Théâtre Royal de Hawkins Street ; en quatrième lieu, la di-version qui avait résulté d’une compassion pour l’expression peu-intellectuelle, peu-politique, peu-au-point de Nelly Bou-verist et d’une concupiscence provoquée par la révélation d’articles peu-intellectuels, peu-politiques, peu-topiques de blanche lingerie alors qu’elle (Nelly Bouverist) occupait ces articles ; en cinquième lieu, les difficultés dans le choix d’une
– 452 – musique appropriée et d’allusions humoristiques dans le Re-cueil des Bonnes Blagues (1.000 pages 1.000 éclats de rire) ; en sixième lieu, les rimes homophones et cacophoniques néces-sitées par les noms du nouveau Lord Maire, Daniel Talion, du nouveau High Scheriff, Thomas Pile, et du nouvel avocat-général, Dunbar Plunket Barton.
Quels rapports existaient entre leurs âges ?
Seize ans avant, en l’an 1888, quand Bloom avait l’âge actuel de Stephen, celui-ci avait 6 ans. Seize ans après, en 1920, quand Stephen aurait l’âge actuel de Bloom, celui-ci aurait 54 ans. En 1936, quand Bloom aurait 70 ans et Ste-phen 54, leur âge initialement dans le rapport de 16 à 0, se-rait comme 17 1/2 à 13 1/2, la proportion augmentant et la différence diminuant selon que de futures années arbitraires seraient ajoutées, car si la proportion qui existait en 1883 avait continué immuablement, en concevant que ce fût pos-sible, jusqu’à l’actuel 1904 quand Stephen avait 22 ans, Bloom aurait 374 ans, et en 1920 quand Stephen aurait 38 ans, comme Bloom avait actuellement, Bloom aurait 646 ans ; d’autre part en 1952, quand Stephen aurait atteint l’âge maximum postdiluvien de 70 ans, Bloom, ayant vécu 1190 ans étant né en l’année 714, aurait dépassé de 221 ans l’âge maximum antédiluvien, celui de Mathusalem, 969 ans, tandis que, si Stephen continuait à vivre jusqu’à ce qu’il eût atteint cet âge en l’année 3072 après J.-C., Bloom aurait été obligé d’avoir vécu 83 300 ans, ayant été obligé d’être né en l’année 81 396 avant J.-C.
Quels événements pouvaient anéantir ces calculs ?
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L’arrêt de leurs deux existences ou de l’une des deux, l’instauration d’une nouvelle ère ou d’un nouveau calendrier, l’anéantissement du monde et en conséquence l’extermination de la race humaine, inéluctables mais impré-visibles.
De combien de rencontres préalables se composaient leurs relations préexistantes ?
Deux. La première sous les lilas de la maison de Mat-thew Dillon, Medina Villa, Kimmage Road, Roundtown, en 1887, en présence de la mère de Stephen, Stephen étant alors âgé de 5 ans et peu disposé à donner la main pour dire bonjour. La seconde au café de l’hôtel Breslin par un di-manche de pluie de janvier 1892, en présence du père de Stephen et du grand-oncle de Stephen, Stephen ayant alors 5 ans de plus.
Bloom avait-il alors accepté l’invitation à dîner faite par le fils et réitérée ensuite par le père ?
Avec gratitude, en appréciant avec gratitude, en appré-ciant avec la plus sincère gratitude, en appréciant avec des regrets de la plus sincère gratitude, il avait décliné.
Les propos qu’ils échangèrent sur ces souvenirs com-muns firent-ils apparaître dans le passé un troisième terrain de rencontre ?
Mme Riordan, veuve et rentière, avait résidé dans la mai-son des parents de Stephen du 1er septembre 1888 au
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29 décembre 1891 et avait résidé pendant les années 1892, 1893 et 1894 à l’Hôtel des Armes de Dublin tenu par Élisa-beth O’Dowd, 54 Prussia Street, où durant une certaine par-tie des années 1893 et 1894 elle avait constamment tenu au courant des faits et gestes de Stephen, Bloom qui résidait aussi au dit hôtel, étant à ce moment-là employé dans les bu-reaux de Joseph Cuffe, 5 Smithfield, comme contrôleur des ventes au proche Marché aux Bestiaux, North Circular Road, Dublin.
Avait-il accompli pour elle quelque geste charitable d’un caractère défini ?
Il avait quelquefois, par de chaudes soirées d’été, poussé cette veuve infirme et rentière, bien que modeste rentière, dans sa petite voiture d’invalide dont les roues s’animaient d’un lent mouvement de révolution, jusqu’au coin de la North Circular Road en face des établissements de M. Gavin Low où elle restait un certain temps à observer à travers les jumelles binoculaires à foyer unique de Bloom des citoyens impossibles à reconnaître sur des trams, des bicyclettes rou-tières munies de pneumatiques à air comprimé, des voitures de place, des tandems, des landaus de maître ou de remise, des dogcarts, des charrettes anglaises et des breaks allant de la ville à Phœnix Park et vice versa.
Pourquoi était-il alors capable de supporter cette faction, avec la plus grande longanimité ?
Parce qu’à la fleur de son âge il était souvent resté assis à observer par le rondel bombé d’un vitrage versicolore le spectacle à programme continu de la circulation sur la
– 455 – chaussée, piétons, quadrupèdes, vélocipèdes, véhicules, qui défilaient lentement, rapidement, régulièrement, tout autour autour du tour du versant vertigineux du cabochon.
Quels souvenirs distincts et divers chacun d’eux gardait-il d’elle huit ans après sa mort ?
Le plus avancé en âge, son jeu de bésigue et ses jetons, son Skye terrier, sa fortune supposée, les lacunes de son at-tention, et sa surdité catarrhale à son début ; le plus jeune, sa lampe à huile de colza devant la statue de l’Immaculée Con-ception, ses plumeaux de pampas verts et marrons en l’honneur de Charles Stewart Parnell et de Michael Davitt, ses papiers de soie.
Quels moyens lui restaient pour obtenir le rajeunisse-ment que ces réminiscences confiées à un compagnon plus jeune que lui rendaient plus désirable encore ?
Les exercices en chambre, pratiqués d’abord d’une façon intermittente et par la suite complètement négligés, prescrits dans La Force Physique et les Moyens de l’Obtenir par Eugène Sandow, qui s’adressent à tous ceux qui sont particulière-ment assujettis par leur commerce à une vie sédentaire, et qui doivent s’exécuter devant une glace en concentrant sa volonté afin de faire jouer les différents groupes de muscles et produire successivement une agréable détente et une ré-surrection plus agréable encore de l’agilité de la jeunesse.
Avait-il montré quelque agilité particulière dans sa prime jeunesse ?
– 456 –
Bien que le levage de poids fût au-dessus de ses forces et que le tour complet à la barre fixe fût au-dessus de son cou-rage, cependant comme élève du collège il s’était distingué par son exécution régulière et prolongée du demi-rétablissement aux barres parallèles en raison du dévelop-pement anormal de ses muscles abdominaux.
L’un ou l’autre fit-il ouvertement allusion à leur diffé-rence de race ?
Ni l’un ni l’autre.
Qu’étaient, réduites réciproquement à leur plus simple expression, les idées de Bloom sur les idées de Stephen sur Bloom et les idées de Bloom sur les idées de Stephen sur les idées de Bloom sur Stephen ?
Il pensait qu’il pensait qu’il était juif tandis qu’il savait qu’il savait qu’il savait qu’il ne l’était pas.
Une fois les barrières des réticences renversées, quelles étaient leurs filiations respectives ?
Bloom, seul enfant mâle et unique héritier de Rudolph Virag (subséquemment Rudolf Bloom) de Szombathely, Vienne, Budapest, Milan, Londres et Dublin et de Ellen Hig-gins, seconde fille de Julius Higgins (né Karoly) et de Fanny Higgins (née Hegarty). Stephen, aîné des enfants mâles sur-vivants et co-héritiers de Simon Dedalus de Cork et Dublin, et de Mary, fille de Richard et Christina Goulding (née Grier).
– 457 –
Bloom et Stephen avaient-ils été baptisés, où et par qui, clerc ou séculier ?
Bloom (trois fois) par le révérend M. Gilmer Johnston M. A., seul desservant de l’église protestante de Saint Nico-las Hors-les-murs, Coombe, par James O’Connor, Philip Gil-ligan et James Fitzpatrick, par tous trois ensemble, sous une pompe du village de Swords, et par le révérend Charles Ma-lone C. C., dans l’église des Trois Patrons, à Rathgar. Ste-phen (une fois) par le révérend Charles Malone C. C., seul desservant, dans l’église des Trois Patrons, Rathgar.
Trouvaient-ils que leurs études avaient revêtu le même caractère ?
En opérant substitution de Stephen par Bloom, Stoom aurait passé successivement dans une école enfantine et au collège. En opérant substitution de Bloom par Stephen, Blephen aurait successivement fait sa Sixième et toutes les classes suivantes jusqu’à la Première, et après avoir été ins-crit à l’Université Royale, il aurait pris son degré de bachelier ès lettres, au bout de sa troisième année.
Pourquoi Bloom s’abstint-il de faire remarquer que lui il avait fréquenté l’université de l’expérience ?
À cause de son incertitude qui balançait à préciser si cette remarque n’avait pas été déjà faite par lui à Stephen ou par Stephen à lui.
– 458 –
Quels sont les deux tempéraments qu’ils représentaient respectivement ?
Le scientifique. L’artistique.
Quelles preuves apporta Bloom aux fins d’établir que ses tendances le portaient aux sciences appliquées plutôt qu’à la science pure ?
Certaines inventions réalisables qu’il avait ruminées alors qu’il se tenait allongé dans un état d’indolente réplétion pour aider à ses fonctions digestives, stimulé qu’il était parce qu’il appréciait toute l’importance d’inventions maintenant tombées dans le domaine public mais qui avaient révolu-tionné leur temps, par exemple, le parachute pour la naviga-tion aérienne, l’équatorial, le tire-bouchon hélicoïdal, l’épingle de sûreté, le siphon d’eau de Seltz, l’écluse à vannes mécaniques, la pompe aspirante et foulante.
Ces inventions n’avaient-elles pas leur place toute trou-vée dans un projet de perfectionnement des jardins d’enfants ?
Oui, en ce qu’elles reléguaient parmi les vieilleries les fusils à bouchon, les petits ballons de baudruche, jeux de ha-sard, frondes. Elles comprenaient ses kaléidoscopes astro-nomiques montrant les douze constellations du Zodiaque d’Aries à Pisces, des planétariums miniature du genre Orre-ry, des chiffres en bonbons de gomme, des biscuits géomé-triques pour faire pendant aux biscuits zoologiques, des bal-lons mappemondes, des poupées en costumes historiques.
– 459 –
Qu’est-ce encore qui donnait du stimulant à ses médita-tions ?
La prospérité financière d’Ephraïm Marks et de Charles A. James, le premier grâce à son bazar à 2 sous, 42 George Street, South, le dernier grâce à sa boutique à 13 sous, son bazar universel et ses mannequins de cire, 30 Henry Street, entrée 20 centimes, enfants 10 centimes ; et les incalculables possibilités jusqu’alors inexploitées de l’art moderne de la publicité pour peu qu’elle soit formulée en fi-gures triliteralmonoidéales, d’un maximum de visibilité dans la verticale (ça se devine), et d’un maximum de lisibilité dans le sens horizontal (ça se déchiffre), et d’une vertu magné-tique qui arrête mécaniquement l’attention, qui intéresse, qui convainc et qui décide.
Telles que ?
K. 11. Kino’s 11/-Pantalons.
Maison à Clés. Alexander J. Cleys.
Et non telles que ?
Voyez cette longue bougie. Calculez le temps qu’elle brûle et vous recevrez gratuitement une paire de nos chaus-sures en cuir véritable, pouvoir éclairant de 1 bougie garanti. S’adresser à Barclay et Cook, 18 Talbot Street.
Mortobacil (Poudre Insecticide).
Le Necplusultra (Cirage).
– 460 –
Çavoumanque (Couteau de poche à deux lames avec tire-bouchon, cure-ongles et cure-pipe).
Et surtout pas telles que ?
Qu’est la maison sans le Pâté de Viande Prunier ?
Incomplète.
Avec, c’est le Paradis.
Préparé par George Prunier, 23 Merchant’s Quay, Du-blin, vendu en boîtes de 4 onces, et inséré par le conseiller Joseph P. Nannetti, M. P., Rotunda Ward, 19 Hardwike Street, sous la nécrologie et les anniversaires de décès. Exi-ger le nom sur l’étiquette, Prunier. La marque de fabrique : un prunier dans une marmite. Se méfier des contrefaçons. Mitemar. Puriner. Marmiteux. Purotin.
Quel exemple allégua-t-il aux yeux de Stephen pour l’induire à déduire que l’originalité, quoique capable de pro-duire sa propre récompense, ne conduit pas nécessairement au succès ?
Son projet dûment élaboré et rejeté d’un char-réclame il-luminé, traîné par une bête de somme, dans lequel on eût vu deux élégantes jeunes filles occupées à écrire.
Quelle scène suggérée fut alors construite par Stephen ?
Hôtel solitaire dans une gorge de montagne. Automne. Crépuscule. Feu dans la cheminée. Jeune homme assis dans
– 461 – un coin sombre. Entre une jeune femme. Agitée, Solitaire. Elle s’assied. Elle va à la fenêtre. Elle reste debout. Elle s’assied. Crépuscule. Elle songe. Sur une feuille solitaire de papier d’hôtel elle écrit. Elle soupire. Sabots et roues. Elle se précipite au dehors. Il sort de son coin sombre. Il s’empare de la feuille solitaire. Il la présente au feu. Crépuscule. Il lit. Solitaire.
Quoi ?
En écriture couchée, droite et renversée : Queen’s Hotel, Queen’s Hotel, Queen’s Ho…
Quelle scène suggérée fut alors reconstruite par Bloom ?
Le Queen’s Hotel, à Ennis, Comté Clare, où Rudolph Bloom (Rudolf Virag) mourut le soir du 27 juin 1886, à une heure qui ne fut pas précisée, des suites d’une dose trop forte de tue-loup bleu (aconit) prise par lui sous la forme d’un li-niment antinévralgique composé de 2 parties d’aconit pour 1 de chloroforme (acheté par lui à 10 h. 20, le matin du 27 juin 1886, à la Pharmacie Centrale de Francis Dennehy, 17 Church Street, à Ennis) après avoir, mais non en consé-quence, acheté, à 3 h. 15 de l’après-midi du 27 juin 1886, un chapeau canotier en paille, extra chic (après avoir, mais non en conséquence d’avoir acheté à l’heure et au lieu dit le toxique susdit), chez James Cullen, grand magasin d’habillement, 4, Main Street, Ennis.
Attribua-t-il cette homonymie à une information, à une coïncidence ou à une intuition ?
– 462 –
À une coïncidence.
Fit-il pour son hôte un vivant tableau de cette dernière scène ?
Il préférait regarder le visage d’autrui et écouter les pa-roles d’autrui grâce auxquelles son récit en puissance con-naissait une réalisation et son tempérament réalisateur un soulagement.
Ne vit-il qu’une seconde coïncidence dans la seconde scène qui lui fut narrée, intitulée par le narrateur : Vue de la Palestine prise du Mont Pisgah ou La Parabole des Prunes ?
Celle-ci, la précédente et un certain nombre d’autres non point narrées mais implicitement existantes, sans compter des essais sur des sujets variés ou des apophtegmes moraux (ex. Mon Héros Favori ou La Temporisation Dévore le Temps) composés pendant ses années d’études, lui paraissaient con-tenir en soi, et en conjonction avec l’équation personnelle, certaines chances de succès financiers, sociaux, personnels et passionnels, soit comme modèles de thèmes pédagogiques tout spécialement colligés et sélectionnés (mérite, cent pour cent) à l’usage des enfants qui préparent ou ont obtenu leur certificat d’études, soit que sous forme imprimée ils parus-sent selon le précédent créé par Philip Beaufoy ou le Docteur Dick ou Heblon avec ses Etudes en Bleu, dans une revue à large diffusion et large crédit, soit sous forme verbale comme stimulation intellectuelle d’auditeurs sympathiques qui ap-précient tacitement une narration bien conduite et augurent avec confiance d’un dénouement particulièrement heureux, pendant les soirées qui croissent graduellement en longueur
– 463 – après le solstice d’été le jour qui le suit en exceptant trois vi-delicet le mardi 21 juin (Saint Louis de Gonzague), lever du soleil 3 h. 33 du matin ; coucher 8 h. 29 du soir.
Quel problème domestique préoccupait autant, sinon plus fréquemment qu’un autre, son esprit ?
Comment occuper nos épouses.
Quelles avaient été ses solutions hypothétiques et ex-traordinaires ?
Les jeux de salon (dominos, alma, puce, jonchets, bilbo-quet, Napoléon, écarté, bésigue, trente et quarante, chien de pique, dames, échecs ou trictrac) ; broderie, ravaudage ou tricot pour l’Œuvre du Vêtement ; duos d’instruments, man-doline et guitare, piano et flûte, guitare et piano ; expédition d’actes ou adresses commerciales ; deux fois par semaine sorties et plaisirs variés ; activité commerciale sous la forme d’une fraîche laiterie ou d’un chaud divan-fumoir où la pro-priétaire commande et est obéie avec le sourire ; la satisfac-tion clandestine du prurit érotique dans des bordels d’hommes, sous le contrôle de l’État et du corps médical ; vi-sites de politesses à des intervalles réguliers, infréquents et prévus sous une surveillance régulière, fréquente et préven-tive, faites à et reçues de relations féminines du voisinage jouissant d’une réputation inattaquable ; programme d’études du soir conçu de façon à rendre distrayante une ins-truction générale.
– 464 –
Quels exemples de lacune dans le développement men-tal de sa femme l’inclinaient en faveur de la solution n° 9 (et dernière) ?
Pendant ses moments d’inaction elle avait plus d’une fois couvert une feuille de papier de signes et d’hiéroglyphes qui, déclarait-elle, étaient des caractères grecs, irlandais, hé-braïques. Avec constance et à plusieurs reprises elle l’avait interrogé sur la façon correcte de calligraphier la première lettre majuscule d’une ville du Canada, Québec. Elle com-prenait peu de chose aux complications de la politique, l’intérieure, ou à l’équilibre international, l’extérieure. En fai-sant les additions des factures elle avait le plus souvent re-cours à l’aide digitale. Après achèvement de brèves composi-tions épistolaires, elle abandonnait l’outil à calligraphier dans le milieu colorant, l’exposant à l’action corrosive de la couperose blanche, de la couperose verte et de la noix de galle. Des polysyllabes d’origine étrangère peu usités étaient interprétés par elle phonétiquement ou par fausse analogie ou les deux à la fois ; métempsycose (mes tempes si choses), alias (un personnage adonné au mensonge mentionné dans l’Écriture Sainte).
Qu’est-ce qui, dans la balance fausse de son intellect, compensait ces erreurs de jugement et autres semblables sur les personnes, les lieux et les choses ?
Le faux parallélisme apparent de tous les fléaux perpen-diculaires de toutes les balances, la preuve en étant faite par la construction. Le contrepoids de la rectitude de son juge-ment sur une certaine personne, la preuve en étant faite par l’expérience.
– 465 –
Comment avait-il essayé de remédier à cet état de rela-tive ignorance ?
De diverses façons. En laissant bien en évidence un cer-tain livre ouvert à une certaine page ; en lui supposant des connaissances latentes quand il donnait des explications ; en ridiculisant ouvertement devant elle les âneries de quelqu’un d’absent.
Avec quel succès avait-il essayé l’instruction directe ?
Elle ne suivait pas tout, mais une partie du tout, faisait attention avec intérêt, comprenait avec surprise, avec soin répétait, avec plus grande difficulté, se souvenait, oubliait avec facilité, avec hésitation se ressouvenait, rerépétait avec erreur.
Quel système s’était montré plus efficace ?
La suggestion indirecte entraînant l’intérêt personnel.
Exemple ?
Elle n’aimait pas parapluie par la pluie, il aimait femme avec parapluie, elle n’aimait pas chapeau neuf par la pluie, il aimait femme avec chapeau neuf, il acheta chapeau neuf par la pluie, elle prit parapluie avec chapeau neuf.
– 466 –
Agréant l’analogie impliquée dans la parabole de son hôte, quels exemples d’éminents personnages postérieurs à la captivité de Babylone mit-il en avant ?
Trois chercheurs de vérité pure, Moïse, d’Égypte, Moïse Maimonide, auteur de More Nebukim (Le Guide des Indécis) et Moïse Mendelssohn, si éminents que depuis Moïse (d’Égypte) jusqu’à Moïse (Mendelssohn) ne surgit personne de comparable à Moïse (Maimonide).
Quelle observation fut faite, sous toutes réserves, par Bloom, au sujet d’un quatrième chercheur de vérité pure nommé-Aristote, et mentionné, ne vous déplaise, par Ste-phen ?
Que le chercheur mentionné avait été l’élève d’un rabbin philosophe, de nom douteux.
Mention fut-elle faite d’autres fils de la Loi, illustres et anapocryphes, enfants d’une race élue et rejetée ?
Félix Bartholdy Mendelssohn (compositeur), Baruch Spinoza (philosophe), Mendoza (pugiliste), Ferdinand Las-salle (réformateur et duelliste).
Quels fragments poétiques en vieil hébreu et en vieil ir-landais furent cités avec des modulations de la voix et la tra-duction des textes par l’hôte à l’invité et par l’invité à l’hôte ?
Par Stephen : suil, suil, suil arun, suil go siocair agus suil go cuin (va, va, va ton chemin, va sans peur, va pas à pas).
– 467 –
Par Bloom : Kifeloch, harimon rakatejch m’baad l’zamatejch (ta tempe parmi ta chevelure est comme une tranche de grenade)
Comment une comparaison glyphique des signes acous-tiques des deux langues fut-elle faite en guise de démonstra-tion tangible de la comparaison orale ?
Sur la pénultième page blanche d’un libre de style mé-diocrement littéraire intitulé Les Douceurs du Péché (exhibé par Bloom et manié de telle sorte que sa couverture prit con-tact avec la surface-de la table) et à l’aide d’un crayon (fourni par Stephen) Stephen écrivit les caractères irlandais corres-pondant à g, e, d, m, simples et modifiés, et Bloom à son tour écrivit des caractères hébraïques : ghimel, aleph, daleth et (faute de mem) un goph de remplacement, expliquant leur valeur arithmétique comme nombres ordinaux, et cardinaux à savoir 3, 1, 4 et 100.
La connaissance que possédait chacun d’une de ces deux langues, l’une morte, l’autre ressuscitée, était-elle théo-rique ou pratique ?
Théorique, confinée qu’elle était à certaines règles grammaticales des éléments du langage et de la syntaxe et excluant pratiquement le vocabulaire.
Quels points de contact existaient entre ces deux langues et les peuples qui les parlaient ?
– 468 –
La présence de sons gutturaux, d’aspirations diacri-tiques, de lettres épenthétiques et serviles dans les deux langues ; leur antiquité, puisque toutes deux étaient ensei-gnées 242 ans après le déluge dans le séminaire de la plaine de Shinar fondé par Fenius Farsaigh, descendant de Noé, qui engendra Israël, et ancêtre d’Heber et d’Heremon qui peu-plèrent l’Irlande ; leurs littératures archéologiques, généalo-giques, hagiographiques, exégétiques, homilétiques, topo-nymiques, historiques et religieuses, englobant les travaux des rabbins et des culdees, la Torah, le Talmud (Mischna et Ghemara), la Massore, le Pentateuque, le Livre de la Vache Brune, le Livre de Ballymote, la Guirlande de Howth, le Livre de Kells ; leur dispersion, persécution, survivance et renais-sance ; la ségrégation de leurs rites synagogiques et ecclé-siastiques dans le ghetto (Abbaye de Ste Marie) et dans la Maison-Dieu (Adam and Eve’s Tavern) ; la proscription de leur costume national par les lois pénales et les décrets sur l’habillement juif ; la restauration du royaume de David au pays de Chanaan et la possibilité d’une autonomie politique de l’Irlande ou dévolution.
Quel fragment d’antienne chanta Bloom en anticipation de cette réalisation complexe autant qu’ethniquement irré-ductible ?
Kolod balejwaw pnimah
Nefesch, jehudi, homijah.
Pourquoi le chant fut-il interrompu à la fin du premier distique ?
– 469 –
En raison d’une mnémotechnie défectueuse.
Comment le chanteur obvia-t-il à ce manquement ?
Par une version périphrastique de l’ensemble du texte.
À quelles semblables observations aboutirent leurs ré-flexions mutuelles ?
La simplification croissante manifeste depuis les hiéro-glyphes épigraphiques des Égyptiens jusqu’aux alphabets grec et romain et l’anticipation de nos codes de sténographie et de télégraphie, dans les inscriptions cunéiformes (sémi-tiques) et l’écriture des Oghams, virgulaire et quinquécostale (celtique).
L’invité accéda-t-il à un désir exprimé par son hôte ?
Doublement, en apposant sa signature en caractères ir-landais et romains.
Quelle était la sensation auditive de Stephen ?
Il entendait dans une mélodie profonde, antique, virile, inconnue, tout un passé accumulé.
Quelle était la sensation visuelle de Bloom ?
Il voyait dans un être jeune, viril, connu, tout un avenir prédestiné.
– 470 –
Quelles étaient les quasi simultanées quasi sensations volitives d’identités secrètes de Stephen et de Bloom ?
Sensation de Stephen, visuelle : la figure traditionnelle hypostatique, décrite par Johannes Damascenus, Lentulus Romanus et Epiphanius Monachus comme leucodermique, sesquimétrique, avec des cheveux couleur de sombre vin.
Sensation de Bloom, auditive : le traditionnel accent ex-tatique de la catastrophe.
Quelles carrières d’avenir eussent été possibles pour Bloom dans le passé, et quels eussent pu être ses modèles ?
L’Église, Romaine, Anglicane ou Nonconformiste ; mo-dèles, le Très Révérend John Conmee S.J., Le Révérend T. Salmon, D.D., prévôt des études à Trinity College, Dr Alexander J. Dowie. Le barreau, anglais ou irlandais ; mo-dèles, Seymour Bushe, K.C., Rufus Isaacs, K.C. La scène, moderne ou shakespearienne ; modèles, Charles Wyndham, comédien de genre, Osmond Tearle († 1901), interprète de Shakespeare.
L’hôte encouragea-t-il son invité à moduler d’une voix musicale une étrange légende sur un thème sémi-tiquarien ?
En le rassurant, l’endroit qu’ils occupaient et où nul ne pouvait les entendre se trouvant à l’écart ; rassuré lui-même, leurs décoctions, sauf sédiments résiduaires mi-solides, dus à un mélange mécanique, eau, plus sucre, plus crème, plus ca-cao, ayant été consommées.
– 471 –
Récitez la première (majeure) partie de cette légende chantée.
Le petit Henri et tous ses petits amis
Pour leur balle lancer sont sortis.
Et pour son premier coup une balle lança Qui sur le mur du juif passa.
Et pour son second coup une balle lança Qui carreaux du juif fracassa.
Comment le fils de Rudolph accueillit-il cette première partie ?
Sans complication de sentiments. Juif et souriant il en-tendit avec plaisir, l’œil sur les carreaux intacts de sa cuisine.
Récitez la seconde (mineure) partie de la légende.
– 472 –
Fille du juif est apparue
Toute de vert vêtue.
Viens ça, viens ça, toi beau petit garçon,
Lance encor ton ballon.
Je ne veux pas entrer chez vous
S’ils ne viennent pas tous
Car si jamais le Maître il le savait,
Dame, il nous en cuirait.
A pris sa main blanchette et lors
Le long du corridor
L’a emmené tout au fond du logis
Où s’étouffent les cris.
De son petit couteau d’un sou
Lui a coupé le cou ;
Hélas ! sa balle il n’en a plus que faire,
Il est au cimetière.
Comment le père de Millicent accueillit-il cette seconde partie ?
– 473 –
Avec des sentiments compliqués. Sans plus sourire, il entendait et voyait stupéfait cette fille de juif, toute de vert vêtue.
Résumez le commentaire de Stephen.
Un entre tous, le plus petit de tous, voilà la victime pré-destinée. Une fois par inadvertance, deux fois à dessein, il provoque sa destinée. Elle vient à lui quand il est abandonné, le provoque alors qu’il hésite, et comme une apparition de jeunesse et d’espoir, elle le prend sans qu’il s’en défende. Elle l’entraîne vers une demeure inconnue, vers le retrait mystérieux d’un infidèle, et là, implacable, l’immole, consen-tant.
Pourquoi l’hôte (victime prédestinée) était-il triste ?
L’hôte souhaitait que le conte fût fait d’un fait qu’un fait qui n’était pas son fait par lui ne fût pas conté.
Pourquoi l’hôte (hésitant, sans défense) restait-il immo-bile ?
Pour se conformer à la loi de conservation de l’énergie.
Pourquoi l’hôte (infidèle inavoué) gardait-il le silence ?
Il pesait tous les arguments pour et contre le meurtre ri-tuel : l’incitation hiérarchique, la superstition de la populace, la propagation de la rumeur publique par fractions de véridi-cité ad infinitum, l’envie excitée par les richesses, l’empire que possèdent les conséquences des représailles, la réappari-
– 474 – tion sporadique des délits imputables à l’hérédité, les cir-constances atténuantes du fanatisme, de la suggestion hyp-notique et du somnambulisme.
Y avait-il quelqu’un de ces désordres physiques et men-taux (lequel ?) dont il ne fût pas complètement indemne ?
De la suggestion hypnotique : une fois en se réveillant, il n’avait pas reconnu la pièce où il dormait ; plus d’une fois en se réveillant, il avait été pendant un certain temps dans l’impossibilité de se mouvoir ou d’émettre des sons. De somnambulisme : une fois, en dormant, son corps s’était le-vé, s’était traîné en rampant dans la direction d’un feu sans chaleur et, une fois arrivé à destination, était resté étendu là, en chemise de nuit, replié sur lui-même, peu réchauffé, dor-mant.
Ce dernier phénomène ou quelque autre de même na-ture s’était-il manifesté chez un autre membre de sa famille ?
Deux fois à Holles Street et à Ontario Terrace, sa fille Millicent (Milly) à l’âge de 6 et 8 ans avait proféré dans son sommeil une exclamation de terreur et avait répondu aux in-terrogations de deux silhouettes en chemise de nuit avec l’expression absente d’une sourde-muette.
Quels autres souvenirs gardait-il de son enfance ?
15 juin 1889. Un enfant nouveau-né du sexe féminin, grognon, qui se congestionne en braillant et braille pour se décongestionner. Une petite fille rebaptisée le Kroumir qui
– 475 – vive et chavire sa tirelire : elle compte les trois sous boutons en liberté de son papa, un, teu, toi ; elle envoie promener une poupée, garçon, marin ; blonde, née de deux bruns, elle a eu des ascendants blonds ; en des temps reculés, viol, Herr Hauptmann Hainau, de l’armée autrichienne, à une époque récente, hallucination, le Lieutenant Mulvey, de la marine anglaise.
Quelles caractéristiques raciales présentait-elle ?
Inversement, sa conformation frontale et nasale dérivait en ligne directe d’une race qui, malgré des interruptions, se manifesterait par intervalles jusqu’à des intervalles de plus en plus éloignés.
Quels souvenirs gardait-il de son adolescence ?
Elle avait relégué dans un coin cerceau et corde à sauter. À Duke’s Lawn sollicitée par un touriste anglais, elle lui avait refusé la permission de prendre et d’emporter son image photographique (refus non motivé). Dans la South Circular Road en compagnie d’Elsa Potter, elle avait été suivie par un individu à miné patibulaire, et descendant jusqu’au milieu de Stamer Street, elle était revenue brusquement sur ses pas (changement non motivé). La veille du quinzième anniver-saire de sa naissance elle avait écrit de Mullingar, comté Westmeath, une lettre qui contenait une brève allusion à un étudiant de la localité (faculté et année non précisées.)