Ulyse - Tome II

James Joyce · Chapitre 2 sur 2 · partie 9/9

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Ulyse - Tome II

Chapitre III

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 9 parties.

qui sait s’il ne se passe pas quelque chose dans mon in-térieur ou ai-je quelque chose en moi qui pousse pour que cette chose me vienne comme ça toutes les semaines c’était quand la dernière fois le Lundi de la Pentecôte oui ça fait seulement près de trois semaines je devrais aller voir un mé-decin mais ça serait comme avant mon mariage quand j’avais ces choses blanches qui me sortaient et que Floey m’a envoyée voir ce vieux birbe de D r Collins des maladies des femmes Pembroke Road qu’il appelait ça votre vagin

– 603 – j’imagine que c’est comme ça qu’il avait pu se payer toutes les glaces à cadres dorés et les tapis à entortiller toutes ces richardes de Stephens Green qui couraient le trouver pour la moindre petite bêtise son vagin et son titimachin elles ont de l’argent n’est-ce pas elles ont raison je ne l’épouserais pas même s’il n’y avait plus que lui d’homme au monde et puis il y a quelque chose de bizarre dans leurs enfants toujours à renifler de tous les côtés ces sales femelles il me demandait si ce que je faisais avait une odeur désagréable qu’est-ce qu’il voulait donc que je fasse d’autre que cette chose-là de l’or peut-être quelle question si j’en tartinais un peu partout sur sa vieille figure ridée avec tous mes compriments je pense qu’il serait fixé ce coup-là et les évacuations se font-elles facilement évacuations de quoi je croyais qu’il s’agissait des campagnes de papa la façon dont il le disait c’est un ap-pareil bien trouvé soit dit en passant mais moi j’aime après ça me laisser aller aussi bas que je peux dans la cuvette en forçant et alors tirer la chaîne pour bien le doucher bons pe-tits picotements froids pourtant c’est important quand même puisque je savais toujours d’après ce que faisait Milly quand elle était toute petite si elle avait des vers ou non mais tout de même lui donner de l’argent pour ça combien est-ce Doc-teur une guinée s’il vous plaît avez-vous des omissions fré-quentes où ces vieux bonzes vont-ils chercher tous ces mots-là omissions avec ses gros yeux de myope qui me relu-quaient en coin je n’aurais pas eu confiance jusqu’à le laisser me donner du chloroforme ou Dieu sait quoi pourtant il ne me déplaisait pas quand il s’est assis pour écrire son machin en fronçant le sourcil sérieux et son nez intelligent comme ça espèce de sale menteuse Ô tout ce qu’on veut excepté un imbécile il a été assez malin pour flairer ça naturellement ce-la venait de penser à lui et à ses lettres folles de détraqué mon Joyau sans prix tout ce qui touche à votre Corps ado-

 

– 604 – rable tout souligné ce qui en vient est une chose de beauté et de joie à jamais une absurdité qu’il avait trouvée dans un livre qu’il avait moi je me faisais ça à chaque instant quel-quefois 4 ou 5 fois par jour et je lui ai dit que non en êtes-vous sûre Ô oui ai-je dit tout à fait sûre d’une manière qui l’a fait taire j’ai compris ce qu’il allait dire après rien qu’une fai-blesse naturelle c’était lui qui m’excitait je ne sais pas com-ment le premier soir de tous que nous nous sommes rencon-trés quand j’habitais Rehoboth Terrace nous sommes restés à nous regarder dans le blanc des yeux pendant 10 minutes comme si nous nous étions déjà vus ailleurs à cause de mon type juif je suppose parce que je ressemble à ma mère je le trouvais amusant il racontait des choses avec ce sourire plu-tôt indolent qu’il avait et tous les Doyle disaient qu’il allait se présenter à la Députation Ô est-ce que je n’étais pas la der-nière des dindes de croire à toutes ses sornettes sur le home rule et l’Union Nationale il m’avait envoyé cette romance barbante des Huguenots pour que je la chante en français parce que ça fait plus chic Ô beau pays de la Touraine que je n’ai pas chantée une seule fois et il expliquait et il palabrait sur la religion sur les persécutions il ne peut pas vous laisser prendre votre agrément de quelque chose tout simplement et ne pourrait-il pas par faveur extrême à la toute première oc-casion qu’il a eue à Brighton Square il s’est précipité dans ma chambre sous prétexte qu’il avait de l’encre aux doigts pour les laver avec le savon Albion au lait et soufre dont je me servais habituellement il était encore dans son papier trans-parent Ô j’ai ri de lui ce jour-là à en être malade je ferais mieux de ne pas siéger toute la nuit sur cet ustensile on de-vrait faire les pots de chambre d’une bonne dimension pour qu’une femme puisse s’y asseoir bien carrément il se met à genoux lui pour faire ça je crois bien qu’il n’y a pas dans toute la création un homme qui ait des habitudes comme lui

 

– 605 – regardez-moi sa façon de dormir la tête au pied du lit com-ment peut-il sans un traversin dur c’est heureux qu’il ne donne pas de coups de pieds il pourrait me casser toutes mes dents il respire avec sa main sur son nez comme ce dieu in-dien qu’il m’a emmenée voir un dimanche qu’il pleuvait au musée de Kildare Street tout jaune avec un tablier couché sur le côté sur sa main avec ses dix doigts de pieds qui dres-sent il disait que c’était une religion plus importante que les Juifs et celle de Notre-Seigneur mises ensemble par toute l’Asie il est en train de l’imiter comme il imite toujours tout le monde je suppose qu’il dormait lui aussi la tête au pied du lit avec ses grands pieds carrés dans la bouche de sa femme zut pour cette infection en tout cas où est-ce que j’ai mis ces serviettes ah oui je sais pourvu que l’armoire n’aille pas grin-cer ah je savais qu’elle grincerait il dort à poings fermés il a dû bien s’amuser dieu sait où tout de même elle a dû lui en donner pas mal pour son argent bien sûr qu’il faut qu’il la paye pour ça Ô ce que c’est tannant cette histoire-là j’espère que nous trouverons mieux que ça dans l’autre monde nous mettre la chaîne au cou misère de Dieu ça ira pour cette nuit maintenant le vieux stropiat de lit à musique il me fait tou-jours penser au vieux Cohen qui a dû bien souvent se gratter dedans tant et plus lui il croit que papa l’avait acheté à Lord Napier que j’admirais tant quand j’étais petite fille parce que je lui avais dit doucement piano Ô que j’aime mon lit mon Dieu nous voilà autant dans le pétrin au bout de 16 ans qu’au commencement dans combien de maisons avons-nous été en tout Raymond Terrace et Ontario Terrace et Lombard Street et Holles Street et il s’en va toujours en sifflotant chaque fois que nous devons nous retrimbaler ses huguenots ou la marche des grenouilles en faisant semblant d’aider les dé-ménageurs avec nos 4 morceaux de meubles et après ça a été les Armes de Dublin de pis en pis comme dit le Prévôt

 

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Daly ce délicieux endroit sur le palier toujours quelqu’un de-dans à dire son chapelet et laissant chacun sa puanteur après eux on pouvait toujours savoir qui y avait été en dernier chaque fois que ça commence à aller mieux il arrive quelque chose ou il met son gros pied dans le plat chez Thom et chez Hely et chez M. Cuffe et chez Drimmie ou bien il risque d’aller, en prison pour ses sales billets de loterie qui devaient être notre planche de salut ou bien il engueule le patron il m’arrivera un de ces 4 matins fichu dehors par l’Homme Libre aussi pour changer à cause de ses Sinner Fein ou des francmaçons alors nous verrons bien si le petit homme qu’il m’a montré trempé comme une soupe qui s’en allait tout seul sous la pluie du côté du passage Coady sera là pour le repê-cher il dit qu’il est si habile et si bon patriote irlandais en ef-fet il doit l’être si j’en juge par le patriotisme de ses panta-lons tiens voilà les cloches de Saint Georges attention les 3 quarts attention 2 heures eh bien c’est une heure char-mante pour nous revenir à la maison en sautant par-dessus la grille si quelqu’un l’avait vu je lui ferai passer cette petite habitude demain d’abord j’inspecterai sa chemise pour voir ou je regarderai s’il a encore cette capote anglaise dans son portefeuille je pense qu’il croit que je ne sais pas ces tri-cheurs d’hommes ils n’ont pas assez de leurs 36 poches pour tous leurs mensonges alors pourquoi est-ce que nous leur ra-conterions même si c’est vrai ils ne vous croient pas et le voilà tout bien bordé dans son lit comme ces bébés dans le Chef d’Œuvre de l’Aristocrate qu’il m’avait apporté une autre fois comme si nous n’avions pas assez de ça dans la vie ré-elle sans aller chercher un vieil Aristocrate ou quelque chose comme ça pour vous dégoûter encore plus avec ces ignobles images d’enfants qui ont deux têtes et pas de jambes voilà la sorte de turpitudes qu’ils sont toujours à remuer avec rien d’autre dans leurs têtes vides ils mériteraient qu’on leur

 

– 607 – donne un poison lent au moins 1 sur 2 et alors ça sera du thé et une rôtie pour lui beurrée des deux côtés et des œufs du jour je pense que moi je ne suis plus rien le soir que je ne voulais pas le laisser me lécher à Holles Street homme homme tyran comme toujours et d’abord il a dormi sur le plancher la moitié de la nuit tout nu c’est comme ça que les juifs faisaient quand quelqu’un des leurs mourait et il n’a rien voulu pour son petit déjeuner ni ouvrir la bouche il avait be-soin d’être câliné et j’ai pensé que j’avais tenu bon assez pour une fois et je l’ai laissé il fait ça très mal du reste il ne pense qu’à son plaisir sa langue est trop plate ou je ne sais quoi il oublie que nous alors moi je ne je le lui ferai faire en-core s’il ne fait pas attention et je l’enfermerai en bas pour dormir dans la cave au charbon sous clef avec les cancrelats je me demande si c’était elle Josie folle de joie d’avoir mes restes il ment comme il respire non il n’aurait jamais assez de courage avec une femme mariée c’est pour ça qu’il désire que moi et Boylan pourtant son Denis comme elle l’appelle cette lamentable curiosité on ne peut vraiment pas appeler ça un mari oui il a dû se mettre bien avec quelque petite grue même quand j’étais avec lui et Milly aux courses du Collège ce Corcorne avec sa calotte d’enfant sur la pointe de son œuf d’autruche nous avait fait entrer par la petite porte de der-rière il faisait des yeux de carpe frite à ces deux qui faisaient les 100 pas sur leurs Louis XV d’abord j’ai essayé de lui faire signe ah bien oui et c’est comme ça que son argent file voilà les fruits de la mort de M. Daddy Dignam oui ils étaient tous très imposants au grand tralala d’enterrement dans le journal que Boylan avait apporté s’ils voyaient un vrai enterrement d’officier ça c’est quelque chose les fusils canon en bas les tambours voilés le pauvre cheval qui marche derrière en noir L. Bloom et Tom Kernan cette espèce de petit tonneau tou-jours plein qui s’est coupé le bout de la langue avec ses dents

 

– 608 – en tombant dans les WC des hommes soûls dont je ne sais quel café et Martin Cunningham et les deux Dedalus et le mari de Fanny M’Coy le chou-pomme ce squelette avec un œil qui dit zut à l’autre elle essaie de chanter mes airs il fau-drait pour commencer qu’elle change de peau et sa vieille robe verte décolletée parce qu’elle ne peut pas leur plaire au-trement une voix à faire tomber la pluie je vois clair dans tout ça maintenant ils appellent ça de l’amitié de se tuer et puis après de s’enterrer mutuellement et tous ils ont femme et enfants à la maison entre autres Jack Power qui entretient une fille de bar il faut dire que sa femme est toujours malade ou sur le point d’être malade ou sortant à peine de maladie et il est encore très bien comme homme quoiqu’il grisonne un tout petit peu sur les tempes une belle collection tous ceux-là eh bien ils n’auront pas mon mari si je peux le tirer de leurs griffes et après ils se fichent de lui derrière son dos je le sais bien quand il leur débite toutes ses âneries parce qu’il a assez de bon sens pour ne pas gaspiller chaque sou qu’il gagne à leur rincer la dalle et qu’il pense à sa femme et à sa fille des bons à rien pauvre Paddy Dignam tout de même je suis triste pour lui malgré tout qu’est-ce que vont devenir sa femme et ses 5 enfants à moins qu’il soit assuré quel drôle de petit polichinelle toujours collé à un coin de bar et elle et son fils toujours à croquer le marmot mon petit homme re-viens à la maison le crêpe ne va pas l’arranger c’est merveil-leusement seyant quand on est jolie quels hommes est-ce qu’il n’était pas oui il était au dîner Glencree et Ben Dollard aussi la basse bariltonnante le soir qu’il a emprunté la queue de morue à Holles Street pour chanter comprimé et com-pressé là-dedans et contractant sa grosse face pouparde qui est comme un cucul d’enfant qui a reçu une bonne toutouille ce qu’il avait l’air d’un ballot avec ses baloches bien sûr ça a dû faire un bel effet sur la scène penser qu’on payait jusqu’à

 

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5 shillings aux places réservées pour voir ça et Simon Deda-lus lui aussi il arrivait toujours à moitié parti il chantait le se-cond vers avant le premier en revenant de noces c’était un de ses airs à la feuille d’un chêne rossignol a chanté il était toujours prêt lui aussi à conter fleurette quand je chantais Maritana en Séance Privée chez Freddy Mayer il avait une voix ineffable et qui vous transportait il chantait toujours Phébé qu’il est amer de te quitter ça ne ressemblait pas au qu’il est ta merde de Bartell d’Acry parce qu’il avait cette voix-là naturellement il n’y avait pas d’art dedans ça vous coulait dessus partout comme une douche chaude Ô Marita-na ma fleur sauvage nous chantions ça c’était superbe tout de même un peu trop haut pour mon registre même transpo-sé et c’est l’époque où il a épousé May Goulding mais il di-sait ou il faisait toujours quelque chose qui gâtait tout il est veuf maintenant je me demande comment peut être son fils il dit qu’il écrit et qu’il va être professeur d’italien à l’université et qu’il faut que je prenne des leçons à quoi veut-il en venir lui avoir montré ma photo ce n’est pas une des bonnes de moi j’aurais dû poser drapée ce qui ne fait jamais démodé mais elle me donne l’air jeune ça m’épate qu’il ne lui en ait pas fait tout de suite cadeau et de moi aussi après tout pour-quoi pas je le vois avec son père et sa mère allant en voiture à la gare de Kingsbridge j’étais en deuil ça fait 11 ans de ça maintenant oui il devait avoir 11 ans mais à quoi ça rimait-il de me mettre en deuil pour quelqu’un qui ne nous était rien naturellement il y avait tenu il se mettrait en deuil pour le chat je pense qu’il est un homme à l’heure qu’il est c’était un petit innocent dans ce temps-là et un petit amour dans son costume Lord Fauntleroy et des cheveux bouclés comme un petit prince de théâtre je lui plaisais aussi quand je l’ai ren-contré chez Mat Dillon je m’en souviens bien je leur plais à tous tiens mais mon Dieu oui mais oui en effet c’était lui

 

– 610 – dans les cartes ce matin quand j’ai tiré mon horoscope le jeune étranger ni brun ni blond que vous avez déjà rencontré je pensais que ça voulait dire lui mais il n’est plus un poussin qui sort de l’œuf ni un étranger non plus et puis ma figure était tournée de l’autre côté quelle était la septième carte après ça le 10 de pique un Voyage par terre après il y avait une lettre en route et aussi des médisances les 3 reines et le 8 de carreau des succès dans le monde oui j’y suis tout ça est sorti et 2 fois des 8 rouges des vêtements neufs voyez-vous ça et est-ce que je n’ai pas rêvé quelque chose en plus oui et il y avait quelque chose sur la poésie dedans j’espère qu’il n’a pas des longs cheveux gras qui lui tombent dans les yeux ou qui se rebiffent comme un Peau-Rouge pourquoi estce qu’ils se montrent comme ça ils ne font que se faire moquer d’eux et de leur poésie j’ai toujours aimé la poésie quand j’étais jeune j’ai cru d’abord qu’il était un poète comme By-ron mais il n’y en a pas un grain dans sa nature j’étais loin de le voir tel qu’il est je me demande s’il est trop jeune il a voyons 88 mon mariage Milly a eu quinze ans hier 89 quel âge avait-il alors chez les Dillons 5 ou 6 ans environ il aurait donc 20 ou un peu plus je ne suis pas trop vieille pour lui s’il a 23 ou 24 ans j’espère qu’il n’est pas de cette espèce d’étudiants qui le font à la pose non autrement il ne serait pas descendu s’asseoir dans cette sale cuisine avec lui pour prendre du cacao Epps et bavarder bien sûr qu’il devait faire semblant de tout comprendre probablement qu’il lui a racon-té qu’il avait été à Trinity College il est bien jeune pour être professeur j’espère que ce n’est pas un professeur genre Goodwin celui-là il avait tous ses degrés en alcool ils écri-vent tous leurs vers sur une femme eh bien je pense qu’il n’en trouvera pas beaucoup comme moi là où suavement soupire d’amour la guitare légère où la poésie est dans l’air la mer toute bleue et la lune qui brille si belle en revenant de

 

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Tarifa sur le bateau du soir le phare de la pointe d’Europe la guitare dont ce type jouait avait tant d’expression retourne-rai-je jamais là-bas rien que des nouveaux visages le regard de deux yeux de feu derrière le treillage je lui chanterai ça ce sont mes yeux s’il est tant soit peu poète deux yeux aussi brillants que l’astre de l’amour ça c’est vraiment trop beau que l’étoile du jeune amour Dieu sait que ça me changerait d’avoir quelqu’un d’intelligent à qui on peut parler de soi ne pas être toujours à l’écouter et l’annonce de Billy Prescott et l’annonce de Cleys et l’annonce du grand Turc et alors si leurs affaires ne marchent pas bien c’est à nous à en souffrir je suis sûre qu’il est très distingué j’aimerais avoir affaire à un homme comme ça mon Dieu qui n’est pas comme ceux de cette bande et puis il est jeune ces beaux grands garçons que je pouvais voir là-bas aux bains de Margate Plage du versant de la falaise debout au soleil nus comme une espèce de Dieu et puis piquant une tête dans la mer pourquoi tous les hommes ne sont-ils pas faits comme ça ça consolerait les femmes de bien des choses comme cette jolie petite statue qu’il a achetée je pourrais passer la journée à la regarder sa tête bouclée ses épaules et son doigt levé pour qu’on l’écoute ça au moins c’est de la vraie beauté et de la vraie poésie souvent j’ai pensé que j’aimerais l’embrasser partout et sa mignonne petite quéquette aussi si innocente comme ça j’aimerais la prendre dans ma bouche si personne ne me voyait c’est comme s’il vous demandait de la sucer tant il était propre et blanc avec sa figure de gosse et je le ferais en une demi-minute même s’il m’en tombe un peu ça ne ferait rien c’est seulement comme du gruau ou de la rosée il n’y a pas de danger d’ailleurs il serait si propre à côté de ces co-chons d’hommes qui ne pensent pas à se le laver d’un bout de l’année à l’autre je crois bien la plupart d’entre eux mais c’est ça qui donne aux femmes les moustaches ma foi ça se-

 

– 612 – rait épatant si je pouvais seulement avoir un beau jeune poète à mon âge la première chose que je ferai quand il fera jour ça sera de battre les cartes jusqu’à ce que je voie si la carte du souhait sort ou j’essaierai d’apparier la dame elle-même et de voir si lui il sort je vais lire et étudier tout ce que je pourrai trouver et apprendre un peu par cœur si je savais qui il préfère comme ça il ne me prendra pas pour une sotte s’il croit que toutes les femmes sont pareilles et moi je lui apprendrai tout et le reste je le ferai jouir des pieds à la tête jusqu’à ce qu’il défaille à moitié sous moi et alors il me met-tra dans ses vers amant et maîtresse et au grand jour avec nos 2 photographies dans tous les journaux quand il sera cé-lèbre Ô mais alors comment vais-je m’arranger avec l’autre.

non décidément il y va trop fort il n’est pas bien élevé ni pas raffiné non plus il n’a rien de rien pour lui me donner une claque comme ça par derrière sur mon postérieur parce que je ne l’appelais pas Hugues l’ignare qui ne saurait pas distin-guer un poème d’un chou-pomme voilà ce qu’on gagne à ne pas les tenir à leur place qu’il vous tire ses souliers et son pantalon là sur la chaise devant moi cette impudence sans même demander la permission et de se planter comme ça d’une façon si vulgaire dans cette espèce de demi-chemise qu’ils portent pour qu’on les admire comme un prêtre ou un boucher ou ces vieux hypocrites du temps de Jules César bien sûr il fait l’affaire tel qu’il est histoire de tuer le temps on pourrait aussi bien être au lit avec quoi avec un lion foutre je suis sûre qu’il saurait mieux s’y prendre que ça un brave Lion Ô après tout je pense bien que c’était parce qu’elles étaient si rondes et si tentantes sous mon jupon court qu’il n’a pas pu résister quelquefois elles m’excitent moi-même c’est tant mieux pour les hommes tout ce plaisir qu’ils peuvent prendre avec le corps d’une femme nous sommes si rondes et si blanches pour eux j’ai toujours désiré

– 613 – d’en être un moi-même pour changer rien que pour essayer avec ce machin qui leur devient si gonflé et dur et tout de même si doux au toucher mon oncle Saturnin il a un long machin j’ai entendu à ces galopins dire quand je passais le coin du Passage de l’Os-à-moelle et ma tante Perpétue elle a une chose poilue parce qu’il faisait noir et qu’ils savaient qu’une femme passait ça ne m’a pas fait rougir et pourquoi donc c’est la nature et il met son long machin dans la chose poilue de ma tante Perpétue et cetera et ça veut dire tout bonnement mettre un manche à un balai ça c’est encore une fois tout à fait les hommes ils peuvent choisir ce qui leur plaît une femme mariée ou une veuve joyeuse ou une jeune fille chacun son goût comme dans ces maisons de derrière Irish Street non mais nous nous devons rester à la chaîne ad vitam aeternam c’est toujours pas moi qu’on enchaînera n’ayez crainte une fois que je m’y mets je ne vous dis que ça malgré la jalousie de ces imbéciles de maris pourquoi ne resterait-on pas bons amis au lieu de se quereller là-dessus son mari a découvert ce qu’ils faisaient ensemble parbleu eh bien et s’il l’a découvert qu’est-ce qu’il y peut il aura beau faire il est co-ronado mais vraiment dans les Reines du Fouet c’est fou ce qu’il exagère dans l’autre sens la vérité c’est que l’homme ne se moque pas mal du mari ou de l’épouse c’est la femme qu’il veut et il l’a autrement pourquoi avons-nous été créées avec tous ces désirs je vous le demande je n’y peux rien si je suis encore jeune n’est-ce pas c’est extraordinaire que je ne sois pas devenue un vieux chameau tout ridé avant mon temps à force de vivre avec lui qui est si froid qui ne m’embrasse jamais excepté quelquefois quand il est endormi au mauvais bout de moi sans même savoir je crois qui est avec lui un homme capable d’embrasser le derrière d’une femme je n’en donnerais pas un radis alors il embrasserait n’importe quoi de pas naturel là où nous n’avons pas

 

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1 atome d’aucune espèce d’expression là nous sommes toutes pareilles 2 paquets de saindoux avant que je fasse ja-mais ça à un homme pouah les sales brutes c’est déjà trop d’y penser je baise les pieds de vous seño-rita voilà qui est bien trouvé est-ce qu’il n’a pas embrassé notre porte d’entrée oui il l’a fait quel fou personne ne comprend ses idées insen-sées excepté moi tout de même une femme a besoin d’être embrassée au moins 20 fois par jour à peu près pour qu’elle ait l’air jeune ça ne fait rien par qui du moment qu’on aime ou qu’on est aimée par quelqu’un si l’homme que vous vou-driez n’est pas là Seigneur Jésus il m’est arrivé de penser que je m’en irais bien le long des quais un soir qu’il ferait très noir que personne ne me reconnaîtrait et que je raccroche-rais un matelot débarqué tout chaud pour faire ça qui ne se ficherait pas mal à qui je pourrais appartenir rien que pour faire la chose quelque part sous un porche ou bien un de ces romanichels à moitié sauvages à Rathfarnham qui avaient installé leur campement près de la blanchisserie Bloomfield pour tâcher de voler nos affaires s’ils pouvaient j’avais en-voyé deux ou trois fois mon linge là à cause du nom blan-chisserie modèle ils m’ont rendu je ne sais pas combien de fois des bas dépareillés d’une vieille quelconque ce gaillard qui avait l’air fripouille avec ses beaux yeux et qui pelait l’écorce pour se faire une baguette s’il sautait sur moi dans l’obscurité et me carambolait contre le mur sans dire un mot ou un assassin n’importe qui ce qu’ils font eux-mêmes ces beaux messieurs en tuyau de poêle ce décoré qui vit quelque part ici et qui sortait du passage Hardwicke le soir qu’il nous a offert le dîner de poisson parce qu’il avait gagné pas mal à ce match de boxe naturellement c’était pour moi qu’il l’avait donné je l’ai reconnu à ses guêtres et à sa démarche et quand je me suis retournée une minute après pour jeter un coup d’œil il y avait une femme derrière qui en sortait aussi

 

– 615 – sûrement quelque sale prostituée et ensuite il retourne chez lui à sa femme mais voilà je crois bien que la moitié de ces marins sont pourris encore de maladies Ô enlève-moi un peu ta grande carcasse de là pour l’amour de Dieu écoutez-le moi les brises qui t’apportent mes soupirs bien qu’il dorme et qu’il soupire le grand Illusionniste Don Poldo de la Flora s’il savait comment il est sorti dans les cartes ce matin il aurait de quoi soupirer un homme brun qui se trouve dans l’embarras entre 2 7 aussi en prison pour Dieu sait ce qu’il fabrique que je ne sais pas et il veut que je descende traîner mes savates à la cuisine pour préparer le déjeuner de son al-tesse pendant qu’il dort entortillé comme une momie penses-tu non mais m’as-tu jamais vue dans ce rôle-là plus souvent ayez des attentions pour eux et ils vous traitent comme un paquet de linge sale malgré tout ce qu’on peut dire ça serait sûrement mieux si le monde était gouverné par les femmes vous ne verriez pas les femmes se massacrer et égorgera-t-on jamais vu les femmes rouler les rues en tanguant soûles comme ils font ni jouer jusqu’à leur dernier sou et perdre tout leur argent aux courses oui c’est parce qu’une femme quoi qu’elle fasse elle sait s’arrêter à temps sûrement sans nous ils ne seraient pas au monde ils ne savent pas ce que c’est que d’être une femme et une mère comment le pour-raient-ils où seraient-ils tous s’ils n’avaient pas eu pour prendre soin d’eux une mère que je n’ai pas eue c’est pour ça je pense qu’il va à la dérive à présent et court la nuit loin de ses livres et de ses études et n’habite pas dans sa famille à cause de la maison toujours en révolution je pense eh bien c’est malheureux quand on a un fils bien comme lui et qu’on n’est pas content et moi je n’en ai pas est-ce qu’il n’a pas pu m’en faire un ça n’a pas été ma faute nous avons joui en-semble quand je regardais les deux chiens grimpés sur la chienne derrière au beau milieu de la rue ça m’a découragée

 

– 616 – complètement peut-être que je n’aurais pas dû l’enterrer avec cette petite brassière de laine que j’avais tricotée toute en larmes comme j’étais plutôt la donner à un enfant pauvre quelconque mais je savais bien que je n’en aurais jamais un autre la première mort chez nous on n’a jamais pu être les mêmes depuis Ô non je ne vais plus me laisser aller dans les idées noires à ce sujet je serais curieuse de savoir pourquoi il n’a pas voulu rester pour la nuit je me rendais compte tout le temps que c’était quelqu’un d’étranger qu’il avait fait entrer plutôt que de rouler dans les rues et de rencontrer Dieu sait qui des racoleuses et des voleurs sa pauvre mère n’aimerait pas ça si elle vivait il peut s’abîmer pour toute la vie pourtant c’est une heure exquise si calme j’ai toujours aimé revenir à la maison après les danses l’air de la nuit ils ont des amis avec qui causer nous pas ou bien l’homme réclame ce qu’on ne veut pas lui donner ou c’est une femme toute prête à vous envoyer un bon coup de couteau j’ai horreur de ça chez les femmes rien d’étonnant qu’après ça ils nous traitent comme ils font nous sommes de sales animaux tout de même j’imagine que ce sont tous ces ennuis que nous avons qui nous rendent si hargneuses moi je ne suis pas comme ça il aurait bien pu dormir là dedans sur le divan dans l’autre chambre je pense qu’il a été intimidé comme un gosse si jeune à peine 20 ans par l’idée de me sentir là dans la chambre à côté il m’aurait entendue sur le vase mon Dieu et puis quel mal Dedalus je me demande c’est comme ces noms à Gibraltar Delapaz Delagracia ils avaient les noms les plus abracadabrants là-bas le Père Vial plana de Santa Maria qui m’a donné le rosaire Rosales y O’Reilly dans la Calle las Siete Revueltas et Pisimbo et M me Opisso de Governor Street Ô quel nom je courrais me jeter à l’eau si j’avais un nom pa-reil Ô ma mère et tous ces bouts de rues la rampe du Paradis et la rampe Beldam la rampe Rodgers et la rampe Crutchett

 

– 617 – et l’escalier de la Brèche au Diable bon ça n’est pas de ma faute si je suis une hurluberlue je sais que je le suis un peu je ne me sens pas plus vieille d’un jour que dans ce temps-là je le jure je me demande si je pourrais encore m’arranger à prononcer un espagnol quelconque como esta usted muy bien gracias y usted tiens je n’ai pas tout oublié je le croyais bien mais c’est la grammaire un substantif est le nom d’une personne d’un endroit ou d’une chose dommage que je n’aie même pas essayé de lire ce roman que cette pie-grièche de Mme Rubio m’avait prêté par Valera avec tous les points d’interrogation la tête en bas en tête j’ai toujours pensé que nous finirions par nous en aller je peux lui dire l’espagnol et lui me dire l’italien comme ça il verrait que je ne suis pas si ignorante quel dommage qu’il ne soit pas resté je suis per-suadée que le pauvre garçon était bien fatigué et avait bien besoin d’un bon somme j’aurais pu lui apporter son déjeuner au lit avec un bout de pain grillé du moment que je ne l’aurais pas fait au bout du couteau parce que ça porte mal-heur ou si la femme avait passé avec son cresson et quelque chose de bon et de savoureux il reste quelques olives en bas qu’il aimerait peut-être à moi elles ne m’ont jamais rien dit à Abrines je pourrais faire la criada la chambre est tout à fait bien depuis que je l’ai tournée dans l’autre sens voyez-vous quelque chose me disait tout le temps il faudrait que je me présente moi-même lui ne me connaissant ni d’Adam ni d’Ève ça serait très cocasse je suis sa femme ou faire comme si nous étions en Espagne lui dormant encore à moitié sans la plus petite notion où il est dos huevos estrellados señor Seigneur quelles folies me passent par la tête quelquefois que ce serait amusant s’il restait demeurer avec nous pourquoi pas il y a la chambre en haut qui est vide et le lit de Milly dans la chambre sur le jardin il pourrait faire ses écritures et ses études sur la table qui y est pour ce que lui il y gribouille

 

– 618 – et s’il désire lire dans son lit le matin comme moi puisqu’il fait le déjeuner pour 1 il peut aussi bien le faire pour 2 je pense je ne vais pas prendre n’importe quels pensionnaires pour lui faire plaisir parce qu’il a loué un caravansérail comme celui-là j’adorerais causer longuement avec quelqu’un de cultivé et de bien élevé il faudrait que j’achète une paire de jolies pantoufles rouges comme celles que ven-daient les Turcs avec leur fez ou jaunes et un déshabillé du matin un peu transparent dont j’ai tellement besoin ou une matinée fleur-de-pêcher comme celle il y a longtemps chez Walpole seulement 8 shillings 6 ou 18 shillings 6 je lui ferai encore une fois une seule ce plaisir je me lèverai tôt j’en ai soupé en tout cas de ce vieux lit Cohen je pourrais faire le tour des marchés je verrais les légumes et les choux et les tomates et les carottes et tous les beaux fruits qui entrent si jolis si frais qui sait qui serait le premier homme que je ren-contrerais ils rôdent en quête de ça dans la matinée Mamy Dillon le disait oui et la nuit aussi c’était sa façon d’aller à la messe j’aimerais avoir maintenant une grosse poire juteuse qui vous fond dans la bouche comme quand j’étais dans les envies et puis je lui flanquerai ses œufs dans son lit avec son thé dans la tasse à moustache qu’elle lui a donnée pour lui faire la bouche encore un peu plus grande sans doute il ai-merait aussi ma bonne crème je sais ce que je ferai j’irai et je viendrai en ayant l’air plutôt gaie pas trop en chantant un pe-tit peu de temps en temps mi fa pieta Masetto après ça je commencerai à m’habiller pour sortir presto non son piu forte je mettrai ce que j’ai de mieux comme chemise et pan-talon en le laissant bien se rincer l’œil pour faire bander sa quéquette et je ne le lui cacherai pas que si c’est ça qu’il vou-lait que sa femme s’est fait enfiler oui et comment jusqu’à en crever presque et pas par lui 5 ou 6 fois sans débrider voilà la trace de son sperme sur le drap propre je ne me donnerai pas

 

– 619 – la peine de l’enlever au fer chaud ça devrait le convaincre si vous n’y croyez pas tâtez mon ventre à moins que je ne le fasse se mettre là debout et me mettre l’autre dedans j’ai bonne envie de lui raconter tout par le menu et de le lui faire faire en face de moi c’est tout ce qu’il mérite c’est entière-ment sa faute si je suis une femme adultère comme le type du poulailler disait Ô que d’affaires si c’était tout le mal que nous faisions dans cette vallée de larmes Dieu sait que ça ne pèse pas lourd est-ce que tout le monde ne le fait pas seule-ment ils cachent je pense que c’est pour ça qu’une femme est censée être au monde sans quoi Il ne nous aurait pas bâties comme Il l’a fait si attirantes pour les hommes alors s’il veut embrasser mon derrière j’écarterai tout grand mon pantalon et je le lui bomberai en plein sur la figure qu’il colle sa langue dans mon trou jusqu’au fin fond pendant qu’il y est mon jouet quelque part et après je lui dirai qu’il me faut une livre ou peut-être 30 shillings je lui dirai que j’en ai besoin pour m’acheter des dessous alors s’il me donne ça eh bien ça pourra aller à la rigueur je ne veux pas le saigner à blanc comme il y a des femmes qui le font plus d’une fois j’aurais pu me remplir un beau chèque et écrire son nom dessus bon pour 2 livres et le signer de son nom les fois qu’il avait oublié de l’enfermer d’ailleurs il ne veut pas le dépenser je le laisse-rai jouir sur moi par derrière pourvu qu’il n’abîme pas mes pantalons propres Ô je pense bien qu’il faut que j’en passe par là je ferai celle à qui tout ça est bien égal 1 ou 2 ques-tions je saurai par les réponses quand il est comme ça il ne peut plus rien garder pour lui je le sais par cœur je serrerai bien les fesses et je lâcherai quelques mots cochons flai-refesses ou bien lèche ma merde ou bien la première chose folle qui me passera par la tête et puis je lui parlerai de oui Ô tiens mon petit ça va être à mon tour je serai tout à fait de bonne humeur et bonne fille sur le chapitre Ô mais j’oubliais

 

– 620 – cette horreur d’abomination pouah on se demande s’il vaut mieux en rire ou en pleurer quelle marmelade prunes et pommes nous faisons non il faudra que je garde mon vieux linge bien mieux comme ça plus flagrant il ne saura jamais si c’est lui qui l’a fait ou non c’est assez bon pour toi n’importe quelle vieille loque et puis je me l’essuierai machinalement son omission et puis je sortirai et il aura les yeux au plafond à se demander où va-t-elle maintenant faire qu’il me désire c’est le meilleur moyen le quart quelle heure pas de ce monde je me figure qu’ils sont en train de se lever en Chine et peignent leur queue pour la journée bon bientôt ce seront les Sœurs qui vont sonner l’angélus elles n’ont personne qui entre déranger leur sommeil excepté un prêtre ou deux pour leur office de nuit le réveil des gens d’à côté au premier co-corico qui carillonne à se fracasser le caisson voyons si je vais pouvoir me rendormir 1 2 3 4 5 quelle espèce de fleurs celles-ci qu’ils ont inventées comme les étoiles le papier de tenture de Lombard Street était bien plus joli le tablier qu’il m’a donné ressemblait un peu à ça seulement je l’ai seule-ment porté deux fois il vaudrait mieux baisser cette lampe et essayer encore pour pouvoir me lever de bonne heure j’irai chez Lambe là-bas à côté de Findlaters et je leur dirai de nous envoyer quelques fleurs pour mettre un peu partout ici si par hasard il l’amène demain je veux dire aujourd’hui non non le Vendredi est un mauvais jour il faut d’abord que j’arrange un peu la maison la poussière a l’air de pousser ici pendant que je dors et puis nous pourrons faire de la mu-sique et fumer des cigarettes je peux raccompagner d’abord il faut que je nettoie les touches du piano avec du lait qu’est-ce que je mettrai porterai-je une rose blanche ou ces made-leines de chez Lipton j’aime ce que ça sent dans une grande belle boutique à 15 sous la livre ou les autres avec les cerises et le sucre rose à 22 sous le kilog bien entendu une jolie

 

– 621 – plante pour le milieu de la table j’aurai ça à meilleur marché chez voyons où est-ce que je les ai vus il n’y a pas longtemps j’aime les fleurs j’aimerais que toute la maison nage dans les roses Dieu du ciel il n’y a rien de tel que la nature les mon-tagnes sauvages et puis la mer et les vagues qui galopent et puis la belle campagne avec des champs d’avoine et de blé et toutes sortes de choses et tous les beaux bestiaux qui se promènent ça vous réjouirait le cœur de voir des fleuves et des lacs et des fleurs de toutes les espèces de formes de par-fums et de couleurs qui poussent partout même dans le fossé des primevères et des violettes c’est la nature quant à ceux qui disent qu’il n’y a pas de Dieu je n’en donnerais pas gros de toute leur science pourquoi ne commencent-ils pas par créer quelque chose je le lui ai souvent demandé les athées ou comment ils se nomment qu’ils aillent d’abord se faire en-lever leur couche de crasse et après ça ils demandent le prêtre à cor et à cri quand ils sont à la mort et pourquoi parce qu’ils ont peur de l’enfer à cause de leur mauvaise conscience ah oui je les connais eh bien qui a été la première personne dans l’univers avant qu’il y ait personne d’autre ce-lui qui a tout créé qui ah ça ils n’en savent rien ni moi non plus et voilà tout ils pourraient aussi bien essayer d’empêcher que le soleil se lève demain matin c’est pour vous que le soleil brille comme il me disait le jour où nous étions couchés dans les rhododendrons à la pointe de Howth avec son complet de tweed gris et son chapeau de paille le jour que je l’ai amené à me parler mariage oui d’abord je lui ai passé le morceau de gâteau au cumin que j’avais dans la bouche et c’était une année bissextile comme cette fois-ci oui il y a 16 ans de ça mon Dieu après ce long baiser j’en avais presque perdu le souffle oui il a dit que j’étais une fleur de la montagne oui c’est bien ça que nous sommes des fleurs tout le corps d’une femme oui pour une seule fois il a dit

 

– 622 – quelque chose de vrai et c’est pour vous que le soleil brille aujourd’hui oui c’est pour ça qu’il m’a plu parce que je voyais qu’il comprenait ou qu’il sentait ce que c’est qu’une femme et je savais que je pourrais toujours en faire ce que je voudrais et je lui ai donné tout le plaisir que j’ai pour l’amener à me demander de dire oui et d’abord je ne voulais pas répondre je ne faisais que regarder la mer et le ciel je pensais à tant de choses qu’il ne savait pas à Mulvey et M. Stanhope et Hester et à père et au vieux capitaine Groves et aux marins qui jouaient à pigeon-vole et à saute-mouton et à pète-engueule comme ils l’appelaient sur la jetée et la sentinelle devant la maison du gouverneur avec la machine autour de son casqu blance pauvre bougre à moitié grillé et les petites Espagnoles qui riaient avec leurs châles et leurs grands peignes et la criée le matin les Grecs et les Juifs et les Arabes et dieu sait qui encore des gens de tous les bouts de l’Europe et Duke Street et le marché à la volaille tout glous-sant devant chez Larby Sharon et les pauvres bourricots qui trébuchaient à moitié endormis et les types vagues dans leurs manteaux qui formaient sur les marches à l’ombre et les grandes roues des chariots pour les taureaux et le vieux château vieux de centaines de siècles oui et ces beaux Arabes tout en blanc avec des turbans qui sont comme des rois qui vous demandent de vous asseoir dans leur petite boutique de rien et Ronda et les vieilles fenêtres des posadas de deux yeux de feu derrière le treillage pour que son amou-reux embrasse les barreaux et les cafés entrouverts la nuit et les castagnettes et la nuit que nous avons manqué le bateau à Algésiras le veilleur qui faisait sa ronde serein avec sa lan-terne et Ô cet effrayant torrent tout au fond Ô et la mer la mer écarlate quelquefois comme du feu et les glorieux cou-chers de soleil et les figuiers dans les jardins de l’Alameda et toutes les ruelles bizarres et les maisons roses et bleues et

 

– 623 – jaunes et les roseraies et les jasmins et les géraniums et les cactus de Gibraltar quand j’étais jeune fille et une Fleur de la montagne oui quand j’ai mis la rose dans mes cheveux comme les filles Andalouses ou en mettrai-je une rouge oui et comme il m’a embrassée sous le mur mauresque je me suis dit après tout aussi bien lui qu’un autre et alors je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m’a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la mon-tagne et d’abord je lui ai mis mes bras autour de lui oui et je l’ai attiré sur moi pour qu’il sente mes seins tout parfumés oui et son cœur battait comme fou et oui j’ai dit oui je veux bien Oui.

Trieste-Zurich-Paris

1914-1921

 

– 624 –

Vous avez terminé Ulyse - Tome II

James Joyce

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