Ulyse - Tome II

James Joyce · Chapitre 2 sur 2 · partie 5/9

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Ulyse - Tome II

Chapitre III

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 9 parties.

 

Cette première séparation qui en présageait une seconde l’avait-elle affecté ?

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Moins qu’il ne se l’était imaginé, plus qu’il ne l’avait es-péré.

 

De quelle autre disparition eut-il conscience à la même époque, similaire bien que différente ?

D’une disparition momentanée de sa chatte.

 

Pourquoi similaire, pourquoi différente ?

Similaire, parce que mues toutes deux par un secret mo-bile, la recherche d’un mâle nouveau (l’étudiant de Mullin-gar) ou d’une herbe curative (valériane). Différente, à cause de la différence des retours possibles vers les habitants ou vers l’habitation.

 

À d’autres points de vue leurs différences étaient-elles similaires ?

En ce qui regarde la passivité, l’économie, l’instinct tra-ditionnel, l’inattendu.

 

Par exemple ?

Si l’on considère que penchée elle soulevait ses cheveux blonds pour qu’il y passât le ruban (voir la chatte qui arron-dit le cou). D’autre part, sur la surface libre du lac de Ste-phen’s Green son crachat inaperçu, décrivant parmi la ré-flexion inverse des arbres des cercles concentriques d’anneaux d’eau, indiquait par la persistance de sa présence

 

– 477 – la courbe de quelque poisson somnolent et figé (voir la chatte qui guette la souris). De plus, dans le but de fixer dans sa mémoire la date, les combattants, l’issue et les consé-quences de quelque célèbre opération guerrière, elle tirait sur une mèche de ses cheveux (voir chatte passant sa patte sur l’oreille.) En outre, elle avait rêvé, Milly-linotte, qu’elle avait eu un dialogue inarticulé qu’elle se rappelait ne pas se rappeler avec un cheval qui se serait appelé Joseph à qui (auquel) elle avait offert un plein verre de limonade qu’il (Jo-seph) avait semblé avoir accepté (voir chatte rêvant au coin du feu). D’où, en ce qui regarde la passivité, l’économie, l’instinct traditionnel, l’inattendu, leurs différences étaient similaires.

 

De quelle manière avait-il utilisé des cadeaux, 1° une chouette, 2° une pendule (qui avait fêté leur entrée en mé-nage) pour l’intéresser et pour l’instruire ?

Comme leçons de choses pour lui expliquer : 1° la nature et les habitudes des animaux ovipares, les possibilités de la navigation aérienne, certaines anomalies de la vision, le pro-cédé séculaire de l’embaumement ; 2° le principe du pen-dule, illustré par le balancier, la roue dentée, et le régulateur, la transposition en facteurs d’organisation individuelle ou sociale des différentes positions horométriques d’indicateurs mobiles sur un cadran immobile, l’exactitude à chaque heure du retour d’un instant par heure où l’indicateur le plus long et l’indicateur le plus court se trouvent au même angle d’inclinaison, videlicet, 5 minutes 5/11 plus tard par heure à chaque heure selon la progression arithmétique.

 

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Comment l’avait-elle payé de retour ?

Elle avait la mémoire des dates : elle lui avait offert à l’occasion du 37e anniversaire de sa naissance une tasse à déjeuner « à moustache » en imitation de porcelaine Crown Derby. Elle avait le sens pratique : au moment des rentrées trimestrielles, ou à quelques jours de là, si ou quand des ac-quisitions avaient été faites par lui mais non pour elle, elle se montrait attentive à ses besoins, allant au-devant de ses dé-sirs. Elle savait admirer : si un phénomène naturel avait été expliqué par lui mais non pour elle, elle exprimait sur-le-champ le désir d’acquérir sans préparation une portion de sa science, la moitié, le quart, la millième partie.

 

Quelle proposition fit Bloom, diambule, père de Milly, somnambule, à Stephen, noctambule ?

De consacrer au sommeil les heures qui devaient s’écouler entre jeudi (convention) et vendredi (réalité) sur un couchage improvisé, dans la pièce immédiatement au-dessus de la cuisine, immédiatement attenante à la chambre à cou-cher de l’hôte et de l’hôtesse.

 

Quels avantages divers eussent ou eussent pu résulter de la prolongation de cette improvisation ?

Pour l’invité : la sécurité d’un toit et une retraite pour y étudier. Pour l’hôte : le rajeunissement de l’intelligence, la satisfaction par procuration. Pour l’hôtesse : la désintégra-tion de l’obsession, l’acquisition d’une prononciation cor-recte de l’italien.

 

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Pourquoi toutes ces contingences temporaires entre l’invité et l’hôtesse n’eussent-elles pas nécessairement em-pêché et n’eussent-elles pas été empêchées par l’éventualité permanente d’une union réconciliatrice entre un condisciple et la fille d’un juif ?

Parce qu’il fallait passer par la mère pour arriver à la fille, par la fille pour arriver à la mère.

 

À quelle question irréfléchie et polysyllabique de son hôte l’invité fit-il une réponse monosyllabique et négative ?

S’il avait connu feue Mme Émilie Sinico, morte acciden-tellement à la gare de Sydney Parade, le 14 octobre 1903.

 

Quelle remarque corollaire toute prête l’hôte refoula-t-il en conséquence ?

Une remarque justifiant son absence lors de l’enterrement de Mme Mary Dedalus née Goulding, le 26 juin 1903, veille de l’anniversaire du décès de Rudolph Bloom (né Virag).

 

L’offre d’un asile fut-elle acceptée ?

Promptement, inexplicablement, aimablement, avec gra-titude elle fut déclinée.

 

À quel trafic monétaire se livrèrent l’hôte et l’invité ?

 

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Le premier restitua au dernier, sans intérêts, une somme totale de (£ 1-7-0), une livre sept shillings, avancée par le dernier au premier.

 

Quelles contre-propositions furent alternativement avancées, acceptées, modifiées, déclinées, refaites en d’autres termes, réacceptées, ratifiées, confirmées une fois de plus ?

Ouvrir, et organiser au préalable, un cours d’italien au lieu de résidence de l’élève. Ouvrir un cours de chant au lieu de résidence de la maîtresse. Entreprendre une série de dia-logues intellectuels statiques, semistatiques et péripaté-tiques, au lieu de résidence des deux interlocuteurs (si les deux interlocuteurs résidaient au même lieu), à l’hôtel et ta-verne du Ship, 6 Lower Abbey Street (W. et E. Connery, pro-priétaires), à la Bibliothèque Nationale d’Irlande, 10 Kildare Street, à la Maternité, 29, 30 et 31 Holles Street, dans un jar-din public, aux abords d’un édifice du culte, au croisement de deux ou plusieurs voies publiques, au point de bisection d’une ligne droite tirée entre leurs lieux de résidence (si les orateurs résidaient en des lieux différents).

 

Qu’est-ce qui rendait problématique aux yeux de Bloom la réalisation de ces propositions qui s’excluaient l’une l’autre ?

L’irréparabilité du passé : une fois, à une représentation du cirque Albert Hengler à la Rotunda, Rutland Square, Du-blin, un clown café-au-lait plein d’intuition dans la recherche de sa paternité, quittant la piste, s’était avancé jusqu’à l’endroit des gradins où Bloom était assis solitaire, et avait

– 481 – déclaré publiquement à une assemblée en joie que lui (Bloom) était son papa à lui (clown). L’imprévision de l’avenir : une fois pendant l’été de 1898 lui (Bloom) avait fait trois coches à un florin (2 shillings) sur le bord mouliné et l’avait donné en paiement d’un compte dû à et reçu par J. et T. Davy, épicerie des familles, 1 Charlemont Mall, Grand Canal, pour le jeter dans le courant de la circulation fidu-ciaire, escomptant un retour possible en ligne directe ou après tours et détours.

 

Le clown était-il le fils de Bloom ?

Non.

 

La pièce de Bloom lui revint-elle ?

Jamais.

 

Pourquoi une nouvelle déception l’eût-elle déprimé da-vantage ?

Parce qu’à ce tournant critique de l’existence il aurait désiré améliorer un grand nombre de conditions sociales, fruits de l’inégalité, de l’avarice et de l’hostilité entre les na-tions.

 

Croyait-il donc que la vie humaine fût susceptible d’un perfectionnement indéfini, une fois ces conditions élimi-nées ?

 

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Il restait les conditions génériques imposées par la loi naturelle, distincte de l’humaine, en tant que parties inté-grantes de l’univers humain ; la nécessité de détruire pour se procurer des matières alimentaires ; le caractère douloureux des manifestations extrêmes de l’existence individuelle, ago-nies de la naissance et de la mort ; la fastidieuse menstrua-tion des simiennes et (spécialement) des humaines femelles se prolongeant de la puberté à la ménopause ; les inévitables accidents en mer, dans les mines et dans les usines ; cer-taines maladies extrêmement douloureuses et les interven-tions chirurgicales qu’elles entraînent ; la folie congénitale et la criminalité héréditaire ; les épidémies qui fauchent ; les ca-tastrophes cataclysmales qui font que la terreur est la base de la mentalité humaine ; les secousses sismiques dont les épicentres se situent en des régions à population dense ; le phénomène de l’activité vitale à travers les bouleversements de l’évolution, depuis l’enfance en passant par l’âge mûr, jusqu’à la caducité.

 

Pourquoi renonça-t-il à ces spéculations ?

Parce que c’était l’œuvre d’une intelligence supérieure de substituer d’autres phénomènes plus acceptables aux phénomènes moins acceptables qu’il aurait fallu supprimer.

 

Stephen partagea-t-il son découragement ?

Il fit ressortir sa signification d’animal raisonnable et conscient qui procède par syllogisme du connu à l’inconnu, et de réactif conscient et raisonnable entre un micro et un macrocosme inéluctablement édifiés sur l’incertitude du vide.

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Cette affirmation fut-elle saisie par Bloom ?

Pas dans les termes. En substance.

 

Qu’est-ce qui le réconfortait dans son incompréhen-sion ?

Qu’en tant que citoyen démuni de clef mais averti, il avait énergiquement procédé de l’inconnu vers le connu à travers l’incertitude du vide.

 

Dans quel ordre de préséance, avec accompagnement de quelle cérémonie s’effectua l’exode depuis la maison de la servitude jusqu’à la solitude sans maison ?

Bougie Allumée dans Bougeoir porté par

 

BLOOM

 

Chapeau Ecclésiastique sur Bâton de Frêne porté par

 

STEPHEN

 

Quel psaume commémoratif entonnait-il secreto ?

 

– 484 –

Le 113e, modus peregrinus : In exitu Israel de Egypto, do-mus Jacob de populo barbaro.

 

Que lit chacun à la porte de sortie ?

Bloom posa le bougeoir par terre. Stephen mit le cha-peau sur sa tête.

 

Pour quel être la porte de sortie fut-elle une porte d’entrée ?

Pour une chatte.

 

Quel spectacle leur apparut quand ils, l’hôte le premier, ensuite l’invité, surgirent en silence et pareillement sombres de l’obscurité par un passage de derrière dans la pénombre du jardin ?

L’arbreciel d’étoiles lourd d’humides fruits bleunuit.

 

De quelles considérations Bloom accompagna-t-il l’indication qu’il fit à son compagnon de diverses constella-tions ?

Considérations de plus en plus vastes sur l’évolution ; sur la lune invisible au début de la lunaison, quand elle ap-proche de son périgée ; sur l’infini poudroiement blanduleux nébuleux de la Voie Lactée, visible en plein jour pour un ob-servateur placé à la base d’une cheminée cylindrique vertica-lement enfoncée en terre jusqu’à 5.000 pieds de profondeur ;

 

– 485 – sur Sirius (alpha du Grand Chien) qui met dix ans à nous en-voyer sa lumière (57 000 000 000 000 de milles) et dont le volume est 900 fois supérieur à celui de notre planète ; sur Arcturus ; sur la précession des équinoxes ; sur Orion, sa ceinture, thêta son soleil sextuple et sa nébuleuse où tien-draient cent systèmes planétaires comme le nôtre ; sur des astres à l’agonie et sur de nouvelles étoiles à l’état naissant comme la Nova de 1901 ; sur notre système entraîné vers la constellation d’Hercule ; sur la parallaxe ou déviation paral-lactique des prétendues étoiles fixes, qui en réalité se meu-vent depuis les millénaires les plus fabuleusement reculés vers des futurs aussi fabuleusement éloignés auprès desquels les septante années qui constituent d’ordinaire la longévité humaine ne sont dans leur brièveté qu’une infinitésimale pa-renthèse.

 

Y eut-il inversement des considérations régressives avec champ de moins en moins vaste ?

Sur les millénaires des périodes géologiques enregistrées dans les stratifications du globe ; sur les myriades d’existences organiques, entomologiques, microscopiques cachées dans les cavités de la terre, sous les pierres qu’on déplace, dans les alvéoles et les monticules, les microbes, germes, bactéries, bacilles, spermatozoaires ; sur les incalcu-lables trillions de billions de millions d’imperceptibles molé-cules maintenus par la cohésion de l’affinité moléculaire dans une seule tête d’épingle ; sur le sérum humain univers constellé de corps blancs et rouges, eux-mêmes univers pleins d’espace constellés d’autres corps, chacun étant, en continuité, un univers composé de corps divisibles dont cha-cun est encore divisible par la division de corps composants

 

– 486 – redivisibles, dividendes et diviseurs diminuant toujours sans division réelle, si bien que si la progression pouvait se conti-nuer assez loin, jamais on ne se trouverait devant rien.

 

Pourquoi n’avait-il pas perfectionné ses calculs pour at-teindre à un résultat plus précis ?

Parce que quelques années auparavant, en 1886, alors qu’il s’occupait du problème de la quadrature du cercle, il avait appris l’existence d’un nombre calculé à un degré d’exactitude approximative comme étant de telle amplitude et d’un tel nombre de chiffres, par exemple la 9e puissance de la 9e puissance de 9, que, le résultat une fois obtenu, 33 volumes imprimés en petits caractères de 1000 pages chacun représentant un nombre énorme de mains et rames de papier de soie, eussent été nécessaires pour contenir la liste com-plète de ses nombres entiers, unités, dizaines, centaines, mille, dizaines de mille, centaines de mille, millions, dizaines de millions, centaines de millions, billions, le noyau de la né-buleuse de chacun des chiffres simples de chaque série con-tenant sous un petit volume la potentialité d’être élevé à l’extrême résultante cinétique de toute puissance de n’importe laquelle de ses puissances.

 

Trouvait-il que le problème de l’habitabilité des planètes et de leurs satellites par une race, comportant des espèces, et celui de la rédemption sociale et morale de ladite race par un rédempteur éventuel, fussent plus faciles à résoudre ?

D’un ordre de difficulté différent. Sachant que l’organisme humain capable de supporter normalement une pression atmosphérique de 19 tonnes, souffre quand il est

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élevé à une altitude considérable dans l’atmosphère avec une intensité qui croît mathématiquement, suivant qu’on ap-proche la ligne de démarcation de la troposphère et de la stratosphère, d’hémorragie nasale, d’embarras respiratoire et de vertige, il avait en se proposant la solution de ce pro-blème, et en manière d’hypothèse invérifiable qui ne pouvait être infirmée, supposé qu’une race d’êtres avec plus de facili-tés d’adaptation et une construction anatomique différente, pouvait exister à sa manière sous un régime Martien, Mercu-riel, Vénérien, Jovial, Saturnien, Neptunien ou Uranien satis-faisant et équipollent, bien qu’une humanité à son apogée d’êtres créés selon des formes variées, avec les limitations de la matière aboutissant à une similarité dans l’ensemble et d’un individu à l’autre, resterait probablement là comme ici inaltérablement, et inaliénablement attachée à ses vanités, aux vanités des vanités et à tout ce qui est vanité.

 

Et le problème d’une rédemption possible ?

La mineure était démontrée par la majeure.

 

Quelles diverses particularités des constellations furent envisagées tour à tour ?

Les diverses couleurs indiquant les divers degrés de vita-lité (blanc, jaune, rouge, vermillon, cinabre) ; le degré de leur éclat ; leur grandeur visible à l’œil nu jusqu’à la septième grandeur y comprise ; le bouvier de l’Ourse ; le chemin Wal-singham ; le chariot de David ; les anneaux de Saturne ; la condensation en soleils des nébuleuses spirales ; l’interdépendance des révolutions des soleils doubles ; les découvertes isolées et synchro-niques de Galilée, Simon Ma-

 

– 488 – rius, Piazzi, Le Verrier, Herschel, Galle ; les systématisations tentées par Bode et par Képler avec les cubes des distances et les carrés des temps de révolution ; la compressibilité presque infinie des comètes chevelues et les immenses or-bites elliptiques, excentriques et périodiques de leur périphé-lie à leur aphélie ; l’origine sidérale des bolides ; les innonda-tions libyques de Mars à peu près à l’époque de la naissance du plus jeune des deux astroscopistes ; le retour annuel des pluies de météores aux environs de la fête de Saint Laurent (martyr, 10 août) ; le retour mensuel dit la nouvelle lune por-tant la vieille lune dans ses bras ; l’influence attribuée aux corps célestes sur les humains ; l’apparition d’une étoile (de 1re grandeur) et d’un éclat incomparable et visible en plein jour (nouveau soleil engendré par la collision et l’amalgame incandescent de deux soleils éteints) à peu près au moment de la naissance de William Shakespeare, dans le delta de Cassiopée, constellation couchée qui ne se couche jamais, et celle d’une étoile (de 2e grandeur) d’origine similaire mais d’éclat moindre qui parut et disparut dans la constellation de la Couronne Boréale à peu près à l’époque de la naissance de Léopold Bloom et d’autres étoiles d’origine similaire (présu-mée) qui avaient (effectivement ou à ce qu’on présumait) pa-ru et disparu dans la constellation d’Andromède à peu près à l’époque de la naissance de Stephen Dedalus, paru et disparu dans la constellation du Chariot quelques années après la naissance et la mort de Rudolph Bloom jeune, paru et dispa-ru dans d’autres constellations quelques années avant ou après la naissance ou la mort d’autres personnes ; les phé-nomènes complémentaires des éclipses, solaires et lunaires, depuis l’interposition jusqu’à la réapparition : l’apaisement du vent, le déplacement de l’ombre, le mutisme des êtres ai-lés, l’émergence des animaux nocturnes ou crépusculaires, la

 

– 489 – persistance d’une lumière spectrale, la noirceur des eaux ter-restres, la pâleur des êtres humains.

 

Sa conclusion logique (celle de Bloom), après avoir pesé le pour et le contre, et sauf erreur possible ?

Que ce n’était par un arbreciel, ni un antreciel, ni un animalciel, ni un hommeciel. Que c’était une Utopie, parce qu’il n’y avait pas de méthode connue du connu à l’inconnu ; que c’était un infini qui pouvait également s’interpréter comme fini grâce à l’apposition vraisemblable autant que supposée d’un ou plusieurs corps également de la même et de différentes grandeurs ; que c’était un mobile de formes il-lusoires immobilisé dans l’espace, remobilisé dans l’air ; un passé qui avait peut-être cessé d’exister en tant que présent avant que ses futurs spectateurs fussent entrés dans la réalité de la présente existence.

 

Était-il plus convaincu de la valeur esthétique du spec-tacle ?

Indubitablement, à cause des exemples répétés des poètes qui dans le délire d’une passion frénétique ou dans l’humiliation de se voir rejetés, ont invoqué soit l’ardeur sympathique des constellations soit la frigidité du satellite de leur planète.

 

Est-ce donc qu’il acceptait comme article de foi la théo-rie des influences astrologiques sur les désastres sublu-naires ?

 

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Elle lui semblait également susceptible de preuve ou de réfutation et la nomenclature employée dans les cartes sélé-nographiques tout aussi imputable à une intuition contrôlée qu’à une fallacieuse analogie : le lac des rêves, la mer des pluies, le golfe des rosées, l’océan de la fécondité.

 

Quelles affinités particulières lui paraissaient exister entre la lune et la femme ?

Son antiquité qui a précédé la succession des généra-tions telluriennes et leur a survécu ; sa prédominance noc-turne ; sa dépendance de satellite ; sa réflexion luminaire ; sa constance durant toutes ses phases, se levant et se couchant aux temps fixés, grandissante et déclinante ; l’invariabilité obligée de son aspect ; sa réponse indéterminée aux interro-gations non affirmatives ; sa puissance sur le flux et le re-flux ; son pouvoir de rendre amoureux, de mortifier, de revê-tir de beauté, de rendre fou, de pousser au mal et d’y aider ; la calme impénétrabilité de son visage ; l’horreur sacrée de son voisinage solitaire, dominateur, implacable et resplen-dissant ; ses présages de tempête et de bonace ; l’excitation de son rayonnement, de sa marche et de sa présence ; l’avertissement de ses cratères, ses mers pétrées, son si-lence ; sa splendeur quand elle est visible ; son attirance quand elle est invisible.

 

Quel signe visiblement lumineux attira le regard de Bloom, qui attira le regard de Stephen ?

Au second étage (côté jardin) de sa maison (celle de Bloom) la lumière d’une lampe à huile de pétrole avec abat-jour oblique, projetée sur l’écran d’un store à bobine fourni

– 491 – par Frank O’Hara, fabricant de stores, tringles à rideaux et fermetures mécaniques, 16 Aungier Street.

 

Comment expliqua-t-il le mystère d’une présence invi-sible, sa femme Marion (Molly) Bloom, visiblement dénoncée par un signe resplendissant, une lampe ?

Par des allusions et des précisions indirectes et directes ; avec une affection et une admiration contenues ; avec dé-tails ; avec embarras ; avec persuasion.

 

Tous deux restèrent-ils ensuite silencieux ?

Silencieux, chacun contemplant l’autre dans le miroir charnel de son le sienpaslesien visage semblable.

 

Restèrent-ils indéfiniment inactifs ?

À la suggestion de Stephen, à l’instigation de Bloom, tous deux, Stephen d’abord, ensuite Bloom, se mirent à uri-ner dans la pénombre, côte à côte, leurs organes de miction rendus réciproquement invisibles par l’interposition de la main, leurs regards, d’abord celui de Bloom, puis celui de Stephen, levés vers la projection lumineuse et semi-lumineuse de l’ombre.

 

Avec similarité ?

Les trajectoires, d’abord successives, puis simultanées, de leurs jets étaient dissimilaires : celui de Bloom plus long,

 

– 492 – moins saccadé, affectant incomplètement la forme fourchue de la pénultième lettre de l’alphabet, Bloom qui dans l’ultime année de ses classes (1880) l’avait emporté en hauteur sur les efforts de tous ses concurrents, les 210 élèves de l’institution ; celui de Stephen plus haut, plus sibilant, Ste-phen qui dans les heures ultimes du jour précédent avait augmenté par des consommations diurétiques une pression vésicale obstinée.

 

Quels problèmes divers s’offraient à chacun d’eux con-cernant l’organe de l’autre, invisible, sonore, collatéral ?

À Bloom des problèmes d’irritabilité, de tumescence, de rigidité, de réaction, de dimension, d’asepsie, de pilosité. À Stephen, le problème de l’intégrité sacerdotale de Jésus cir-concis (1er janvier, jour férié, obligation d’entendre la messe et de s’abstenir de tous les travaux serviles qui ne sont pas indispensables) et celui de savoir si le divin prépuce, anneau nuptial, fait de chair, de la sainte Église catholique aposto-lique et romaine, conservé à Calcata, relevait de la simple hyperdulie ou du quatrième degré de latrie dévolue après ablation à de divines excroissances telles que les cheveux et les ongles.

 

Quel signe céleste tous deux observèrent-ils simultané-ment ?

Une étoile précipitée avec une grande vélocité apparente à travers le firmament depuis Véga de la Lyre au-dessus du zénith et au-delà du groupe d’étoiles de la Chevelure de Bé-rénice jusque vers le signe zodiacal du Lion.

 

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Comment le demeurant centripète donna-t-il issue au partant centrifuge ?

En introduisant la tige d’une clef mâle rugueuse de rouille dans le trou d’une serrure femelle instable, et par une impulsion sur l’anneau de la clef faisant tourner sa garde de la droite vers la gauche, ce qui chassa le pêne de la gâche, et en tirant à soi par à-coups une vieille porte branlante qui ménagea une ouverture permettant libre issue et libre accès.

 

Comment prirent-ils congé l’un de l’autre en se sépa-rant ?

Ils se tenaient perpendiculaires à la même porte et à des côtés différents de sa base, les lignes de leurs bras valédic-toires se rencontrant en n’importe quel point et formant n’importe quel angle inférieur à la somme de deux angles droits.

 

Quel bruit vint accompagner l’union de leurs mains tan-gentielles, la désunion de leurs mains respectivement centri-fuges et centripètes ?

Le bruit de la sonnerie de l’heure de la nuit tintant au ca-rillon de l’église Saint-Georges.

 

Quels échos de ce bruit entendit chacun d’eux ?

Stephen :

 

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Liliata rutiliantium. Turma circumdet. Iubilantium te virginum. Chorus excipiat.

 

 

Blomm :

 

Aïho, aïoh,

Aïho, aïoh.

 

Où se trouvaient les différents personnages du groupe qui à l’appel de cette sonnerie avait ce jour-là voyagé avec Bloom de Sandymount dans le Sud jusqu’à Glasnevin dans le Nord ?

Martin Cunningham (au lit), Jack Power (au lit), Simon Dedalus (au lit), Tom Kernan (au lit), Ned Lambert (au lit), Joe Hynes (au lit), John Henry Menton (au lit), Bernard Cor-rigan (au lit), Patsy Dignam (au lit), Paddy Dignam (au tom-beau).

 

Resté seul, qu’entendit Bloom ?

La répercussion jumelle des pas qui s’éloignaient sur la terre sanctifiée, résonances jumelles de guimbarde dans l’allée sonore.

 

Resté seul, qu’éprouva Bloom ?

 

– 495 –

Le froid des régions interstellaires, des milliers de degrés au-dessous du point de congélation ou du zéro absolu de Fa-hrenheit, Centigrade ou Réaumur ; les indices premiers de l’aube proche.

 

Que lui rappelait ce carillon, ce contact de main, et ce pas et ce frisson solitaire ?

Des camarades aujourd’hui chacun à sa façon et chacun en son lieu défunts : Percy Apjohn (mort au champ d’honneur, Modder River), Philip Gilligan (tuberculose, Hôpi-tal de Jervis Street), Matthew F. Kane (noyé accidentelle-ment, Baie de Dublin), Philip Moisel (pyélite, Heytesbury Street), Michael Hart (phtisie, Hôpital Mater Misericordiæ), Patrick Dignam (apoplexie, Sandymount.)

 

Quels phénomènes en perspective l’incitaient à rester ?

La disparition des trois dernières étoiles, la diffusion du jour, l’apparition d’un nouveau disque solaire.

 

Avait-il jamais assisté à ces phénomènes ?

Une fois, en 1887, après une séance de charades prolon-gée chez Luke Doyle, Kimmage, il avait patiemment attendu l’apparition du phénomène diurne, assis sur un mur, le re-gard tourné dans la direction de Mizrach, l’Orient.

 

Il se rappelait les phénomènes précurseurs :

 

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Un air plus vif, un coq matinal dans l’éloignement, des horloges sacrées dans différentes directions, une musique volucrine, le pas tout seul d’un passant tôt levé, la diffusion visible de la lumière d’un corps lumineux invisible, la pre-mière antenne d’or du soleil ressuscité qui point au ras de l’horizon.

 

Resta-t-il ?

Avec une profonde inspiration il s’en revint, retraversa le jardin, rentra dans le passage, referma la porte. Avec une brève expiration il reprit possession de la bougie, remonta l’escalier, se rapprocha de la porte de la salle, au rez-de-chaussée, et entra.

 

Qu’est-ce qui arrêta soudainement son entrée ?

Le temporal droit de la cavité de sa boîte crânienne en-tra en contact avec un angle de bois dur où pendant une infi-nitésimale mais perceptible fraction de seconde, se localisa une sensation douloureuse, conséquence des sensations an-técédentes transmises et enregistrées.

 

Décrivez les changements apportés dans le dispositif de l’ameublement.

Un sopha garni de peluche prune qui faisait face à la porte avait été transféré à côté de la cheminée dans le voisi-nage d’un Union Jack soigneusement enroulé (changement qu’il avait eu souvent l’intention de faire) ; la table aux car-reaux de majolique bleus et blancs avait été mise en face de

– 497 – la porte à la place laissée libre par le sopha de peluche brune ; le bahut de noyer (dont un angle saillant avait mo-mèntanément interrompu sa marche vers l’intérieur) avait échangé la place qu’il occupait à côté de la porte pour une place plus heureuse mais plus aventurée en face de la porte ; deux sièges qui encadraient la cheminée avaient pris la place primitivement occupée par la table aux carreaux de majo-lique bleus et blancs.

 

Décrivez-les.

L’un, du genre crapaud, rembourré et confortable, avec des bras solides et un dos incliné en arrière, qui, dans la re-culade d’un brusque abandon, avait retourné la frange irré-gulière d’une carpette rectangulaire, et laissait voir sur son large siège bien tendu une décoloration centrale qui s’atténuait en se diffusant vers la périphérie. L’autre, une grêle chaise de rotin toute en courbes, à pieds cagneux, pla-cée juste en face du fauteuil, était du dossier au siège et du siège aux pieds recouverte d’un vernis chocolat qui faisait ressortir le cercle blancluisant de son siège en jonc tressé.

 

Quelle signification se dégageait de ces deux sièges ?

Une signification de correspondance, d’attitude, un sens symbolique, une preuve circonstancielle, un témoignage perdurable.

 

Qu’est-ce qui occupait la place anciennement occupée par le bahut ?

 

– 498 –

Un piano droit (Cadby), clavier à nu ; sur son cercueil clos une paire de longs gants de femme jaunes, et un cen-drier vert qui contenait quatre allumettes charbonnées, une cigarette à moitié fumée, et deux bouts tachetés de ciga-rettes ; sur son pupitre la musique en sol naturel pour chant et piano de Pour un peu d’amour (paroles de A. Nilson Fysher, musique de Lao Silésu, chantée par M. George Carvey) ou-verte à la dernière page sur les indications con entusiasmo, forte , pédale, molto espressivo, soutenu, pédale, ritirando, fin.

 

Avec quelles sensations Bloom contempla-t-il ces choses à tour de rôle ?

Avec effort, en élevant un bougeoir ; avec souffrance, en sentant sur sa tempe droite une tumescente contusion ; avec attention, en concentrant son regard sur une masse terne et passive et son vis-à-vis grêle, brillant et actif ; avec sollici-tude, en se penchant pour remettre à l’endroit le bord de pe-luche à l’envers ; avec amusement, en se rappelant la théorie des couleurs du Dr Malachie Mulligan comprenant la gamme des verts ; avec satisfaction, en répétant les termes et l’acte précédent et en percevant par les divers canaux de la sensi-bilité intime la diffusion tiède et douce, conséquente et co-comitante d’une décoloration graduée.

 

Sa conduite ultérieure ?

Ce fut d’extraire d’une boîte ouverte sur la table de ma-jolique un minuscule cône noir d’une hauteur totale de deux centimètres et demi, de le poser sur sa base circulaire au centre d’un cendrier d’étain, de poser son bougeoir à l’angle droit du dessus de la cheminée, de tirer de son gilet la feuille

– 499 – pliée d’un prospectus (illustré) intitulé Agendath Netaïm, de déplier ladite feuille, d’y jeter un coup d’œil superficiel, d’en faire un fin rouleau cylindrique, de l’allumer à la flamme de la bougie, de l’appliquer une fois enflammé à la pointe du cône jusqu’à ce que celle-ci fût portée à un certain degré d’incandescence, de poser le rouleau cylindrique sur le pla-teau du bougeoir de façon à faciliter la combustion totale de la partie non encore consumée.

 

Que se passa-t-il à la suite de cette opération ?

Que le sommet du cratère du cône tronqué du minuscule volcan émit une fumée verticale et serpentine chargée des ef-fluves de tous les sérails de l’Orient.

 

Quels objets homothétiques autres que le bougeoir se trouvaient sur le dessus de la cheminée ?

Une pendule en marbre veiné de Connemara, arrêtée à 4 heures 46 du matin le 21 mars 1896, cadeau de noces de Matthew Dillon ; un arbre nain avec sa frondaison flocon-neuse sous son globe transparent, cadeau de noces de Luke et Caroline Doyle ; un hibou empaillé, cadeau de noces du Conseiller municipal John Hooper.

 

Quels regards échangèrent ces trois objets entre eux et avec Bloom ?

Dans le champ de la glace à cadre doré de la cheminée, le dos non peint de l’arbre nain considérait le dos raide du hibou empaillé. Devant la glace, le cadeau de noces du Con-

– 500 – seiller municipal John Hooper, avec un regard clair, mélan-colique, philosophe, luisant, fixe et compatissant, considérait Bloom tandis que le regard obscur, paisible, profond, fixe et compatissant de Bloom considérait le cadeau de noces de Luke et Caroline Doyle.

 

Quelle image asymétrique et composite attira son atten-tion dans la glace ?

L’image d’un homme seul (relativement à soi) et chan-geant (relativement à autrui).

 

Pourquoi seul (relativement à soi) ?

 

Jamais il n’avait eu ni de sœur ni de frère, Quoique son père fût le fils de son grand-père

 

Pourquoi changeant (relativement à autrui) ?

Parce que de l’enfance à l’âge mûr il avait ressemblé à sa procréatrice et que de l’âge mûr à la vieillesse il ressemble-rait de plus en plus à son procréateur.

 

Quelle impression visuelle lui fournit finalement la glace ?

La réflexion optique d’un certain nombre de volumes in-vertis sur deux rayons en face de la glace, dans un ordre dé-

 

– 501 – fectueux par rapport à l’ordre alphabétique de leurs titres re-luisants.

 

Faites l’inventaire de ces livres.

Thom. L’Almanach des Postes et Télégraphe, Dublin, 1886.

Denis Florence M’Carthy. Œuvres Poétiques (feuille de hêtre cuivré marquant la page 5).

Shakespeare. Œuvres (maroquin grenat, filets dorés).

Le Parfait Calculateur (rel. toile brune).

L’Histoire Secrète de la Cour de Charles II (toile rouge, en-cadrement).

Le Guide de l’Enfance (toile bleue).

Sur les Bancs du Collège, par William O’Brien M.P. (toile verte, légèrement défraîchi, enveloppe marquant la p. 217).

Pensées Choisies de Spinoza (cuir marron).

Histoire des Cieux, par Sir Robert Bail (toile bleue).

Ellis. Trois Voyages à Madagascar (toile brune, titre effa-cé).

La Correspondance Stark-Munro, par A. Conan Doyle, provenant de la Bibliothèque publique de la Cité de Dublin, 106 Capel Street, prêté le 21 mai (veille de Pentecôte) 1904, à rendre le 4 juin 1904, 13 jours de retard (rel. toile noire, avec son numéro d’ordre sur étiquette blanche.)

Voyages en Chine , par « Viator » (recouvert de papier brun, titre à l’encre rouge).

– 502 –

Philosophie du Talmud (brochure).

Lockart. Vie de Napoléon (sans couverture, annotations marginales, rapetissant les victoires, exagérant les revers du principal acteur).

Soll und Haben, par Gustav Freytag (plats noirs, carac-tères gothiques, photo-prime marquant la page 24).

Hozier. Histoire de la Guerre Russo-Turque (toile brune, 2 volumes, étiquette collée au verso de la couverture, Biblio-thèque de la Garnison, Governor’s Parade, Gibraltar).

Laurence Bloomfield en Irlande , par William Allingham (2e édition, toile verte, semis de feuilles de trèfle dorées, nom du précédent propriétaire raturé au recto de la feuille de garde).

Manuel d’Astronomie (couverture en cuir brun, décollée, 5 planches, caractères anciens petit-romain, notes de l’auteur en bas de pages, caractères nonpareille, indications marginales petit-texte, titres de chapitres en cicéro a petit œil).

La Vie Secrète du Christ (plats noirs).

À la Suite du Soleil (toile jaune, sans page de titre, titre répété en tête de chaque page).

La Force Physique et les Moyens de l’Obtenir , par Eugène Sandow (toile rouge).

Éléments de Géométrie brièvement quoique clairement expo-sés, écrits en François par F. Ignat. Pardies et mis en Anglois par John Harris D.D. London, imprimé pour R. Knaplock à la Bishop’s Head MDCCXI, avec épître dédicatoire à son digne ami Charles Cox, esquire, Membre de la Chambre des Com-

– 503 – munes pour la ville de Southwark, et portant sur la feuille de garde une note manuscrite à l’encre certifiant que ce livre était la propriété de Michael Gallagher, et datée du 10e jour de mai 1822, priant la personne qui le trouverait, si le livre venait à s’égarer ou à être perdu, de le rapporter à Michael Gallagher, charpentier, à Dusery Gate, Enniscorthy, comté de Wicklow, le plus beau pays du monde.

 

Quelles réflexions l’absorbaient pendant qu’il procédait au redressement des volumes invertis ?

La nécessité de l’ordre, une place pour chaque chose et chaque chose à sa place ; l’imparfaite compréhension que les femmes ont de la littérature ; l’incongruité d’une pomme in-crustée dans un gobelet et d’un parapluie qui s’égoutte dans une cuvette de privé ; l’imprudence de cacher un document secret quelconque derrière un livre, sous un livre ou entre les pages d’un livre.

 

Quel volume avait le plus gros volume ?

L’Histoire de la Guerre Russo-Turque de Hozier.

 

Que contenait, parmi d’autres points de repère, le se-cond volume de l’ouvrage en question ?

Le nom d’une bataille décisive (oublié), dont se souve-nait fréquemment un officier plein de décision, le major Brian Cooper Tweedy (non oublié).

 

– 504 –

Pourquoi, premièrement et secondement, ne consulta-t-il pas l’ouvrage en question ?

Premièrement, dans le but d’exercer ses facultés mné-motechniques ; secondement, parce qu’après un temps d’amnésie, alors qu’assis à la table centrale il s’apprêtait à consulter l’ouvrage en question, il s’était rappelé par des moyens mnémotechniques le nom de l’opération militaire, Plevna.

 

Qu’est-ce qui faisait sa consolation pendant qu’il était assis ?

La candeur, la nudité, la pose, la tranquillité, la jeunesse, la grâce, le sexe, le conseil d’une statue debout au milieu de la table, un Narcisse acheté aux enchères chez P.A. Wren, 9 Bachelor’s Walk.

 

Qu’est-ce qui lui causait de l’irritation pendant qu’il était assis ?

La pression inhibitrice du faux-col (taille 42) et du gilet (5 boutons), deux articles vestimentaires mal tolérés par les quadragénaires et qui ne se prêtent pas aux modifications du volume par l’expansion.

 

Quel remède apporta-t-il à cette irritation ?

Défaisant son faux-col, il le déposa, encore muni de sa cravate noire et de son bouton à tête mobile, sur le côté gauche de la table. Il déboutonna successivement et de bas

 

– 505 – en haut gilet, pantalon, chemise, et gilet de flanelle le long d’une ligne de poils noirs, follets et frisés, qui convergeaient en triangle depuis l’excavation pelvienne, sur la surface de l’abdomen et la dépression ombilicale, en suivant la tige ra-chidienne, jusqu’à l’intersection de la sixième vertèbre dor-sale (correspondant aux pectoraux), et de là s’étendait des deux côtés à angle droit et se terminait en cercle décrit au-tour de deux points équidistants, à droite et à gauche, sur les sommets des protubérances mammaires. Il défit successive-ment les six boutons moins un des bretelles de son pantalon, disposés en paires, dont une incomplète.

 

Quels actes accomplit-il ensuite machinalement ?

Avec deux doigts il comprima la chair contiguë à une ci-catrice située au-dessous du diaphragme dans la région de l’hypocondre gauche et résultant d’une piqûre due, deux se-maines et trois jours auparavant (23 mai 1904) à une abeille. Sans avoir conscience d’aucun prurit, il gratta vaguement avec la main droite différents points et différentes surfaces d’un épiderme partiellement découvert et qui avait été entiè-rement soumis aux ablutions. Il introduisit sa main gauche dans la poche inférieure gauche de son gilet, en retira et y remit une pièce d’argent (1 shilling) placée là (probablement) à l’occasion (17 me octobre 1903) des obsèques de M Émilie Sinico, Sydney Parade.

 

Établissez le budget du 16 juin 1904. (Voir page sui-vante.)

 

– 506 –

Cette opération de dévêtement se poursuivit-elle ?

Sous l’impression d’une douleur bénigne mais persis-tante à la plante des pieds, il étendit sa jambe et tourna son pied de côté, examinant les plis, protubérances et nodosités causés par la compression du pied pendant ses allées et ve-nues répétées à travers la ville, puis, se baissant, défit les nœuds de ses lacets, en délaça une partie et relâcha le reste, enleva chacune de ses deux chaussures pour la seconde fois, décolla la partie humidifiée de sa chaussette droite à travers le bout de laquelle l’ongle de son gros orteil avait encore une fois fait brèche, leva son pied droit et, après avoir décroché une jarretelle extensible de couleur pourpre, ôta sa chaus-sette droite, posa son pied droit nu sur le bord du siège de sa chaise, écorna et déchira avec-précaution le bord libre de l’ongle du gros orteil, approcha de ses narines la partie dé-chirée et flaira l’odeur de chair vive, après quoi, satisfait, il jeta le fragment d’ongle déchiré.

Établissez le budget du 16 juin 1904

 

Doit Avoir

 

£. s. £. s.

d. d.

 

1 rognon de porc 0. 0. En caisse 0. 4.

3 9

 

1 exemplaire de 0. 1. Commission reçue de 1. 7. l’Homme Libre 0 l’Homme Libre 6

 

– 507 –

Bain et gratification 0. 1. Prêt (Stephen Dedalus) 1. 7.

6 0

 

Tramway 0. 0. 2.19.

1 3

 

1 Souscription Orphelins 0. 5. Dignam 0

 

2 Banbury cakes 0. 0.

1

 

Lunch 0. 0.

7

 

1 Renouvellement abon-0. 1. nement lecture 0

 

1 Pochette papier à 0. 0. lettre et enveloppes 2

 

1 Dîner et pourboire 0. 2.

0

 

1 Mandat poste et 0. 2. timbre 8

 

Tramway 0. 0.

1

 

– 508 –

1 Pied de cochon 0. 0.

4

 

1 Pied de mouton 0. 0.

3

 

1 Bâton de chocolat Fry 0. 0.

1

 

1 Pain-mie 0. 0.

4

 

1 Café et brioche 0. 0.

4

 

Prêt (Stephen Dedalus) 1. 7. restitué 0

 

BALANCE 0.17.

5

 

2.19.

3

 

Pourquoi satisfait ?

Parce que l’odeur flairée correspondait aux autres odeurs d’autres fragments d’ongles également flairés, que Bloom, alors jeune élève à l’École Enfantine de Mme Ellis, écornait et déchirait patiemment tous les jours pendant qu’il

– 509 –

était à genoux pour la courte prière du soir et se perdait en une ambitieuse méditation.

 

Quelle ultime ambition résumait à présent toutes ses ambitions concomitantes et successives ?

Ce n’était ni d’hériter par droit de primogéniture ou par partage égal ou par privilège au dernier né, ni de posséder à perpétuité un vaste domaine comprenant un nombre respec-table d’acres, de verges et de perches, mesures agraires lé-gales (estimation du fisc 42 livres), dè tourbières pâturages autour d’une gentilhommière avec pavillon de garde et grande avenue, ni non plus une construction à l’italienne ou une de ces villas jumelées baptisées Rus in Urbe ou Qui Si Sa-na, mais bien la propriété pleine et entière d’une sorte de bungalow couvert en chaume, habitation à deux étages ex-posée au midi, surmontée d’une girouette et d’un paraton-nerre relié à la terre, le porche couvert de plantes grimpantes (lierre ou vigne vierge), la porte d’entrée, vert olive, soignée comme de la carrosserie, avec ses cuivres polis, la façade en stuc, les moulures de la corniche et du pignon dorées, et, si possible située sur une petite hauteur, la terrasse à balus-trade de pierre offrant une vue agréable sur les herbages in-termédiaires, oisifs dans le présent et l’avenir, s’élevant au milieu de ses 5 ou 6 acres de terrain, et voisine d’une grande route d’où il serait possible de voir la nuit ses fenêtres éclai-rées par-dessus et à travers une haie vive de charmes taillés selon les règles de la topiaire, en un point donné qui ne fût pas éloigné de moins d’un mille de la périphérie de la métro-pole, et ne fût pas d’autre part à plus de cinq minutes, dis-tance horaire maximum, du tram ou de la voie ferrée (p. ex. Dundrum au Sud, ou Sutton au Nord, deux localités qui ont

 

– 510 – au même degré la réputation bien établie d’offrir comme les deux pôles des conditions climatiques favorables aux candi-dats à la tuberculose), les biens-fonds pris à cens, bail em-phytéotique de 99 ans, la maison et ses dépendances com-prenant un salon avec baywindow (ogives à double lancette), y compris le thermomètre, un petit salon, 4 chambres à cou-cher, 2 chambres de domestiques, 1 cuisine carrelée avec fourneau et office, un hall avec placards à linge, et un dispo-sitif de rayons de bibliothèque en chêne teinté contenant l’Encyclopædia Britannica et le New Century Dictionary, des panoplies d’anciennes armes médiévales et orientales, un gong pour les repas, une lampe d’albâtre, une jardinière sus-pendue, un appareil téléphonique en ébonite avec l’annuaire à côté, un tapis Axminster de haute laine à fond crème et bordure treillissée, une table à jouer la mouche avec pied central à griffes, une cheminée avec garniture en cuivre mas-sif, et sur la cheminée, une pendule de précision en ormolu, mouvement garanti avec carillon de Westminster, un baro-mètre-hygromètre, des canapés confortables et des coins re-couverts en peluche rubis avec d’excellents ressorts et un centre dans lequel on enfonce, un paravent japonais à trois panneaux et des crachoirs (style des grands clubs, beau cuir rouge-vin qui retrouve son brillant avec un minimum de peine par l’emploi d’huile de lin et de vinaigre), un lustre central à chandeliers avec des pendeloques en forme de prismes pyramidaux, un perchoir en bois courbe et un perro-quet assez apprivoisé pour se percher sur un doigt (réper-toire expurgé), au mur du papier Lincrusta à 10 shillings le rouleau de 12 mètres, motif transversal de guirlandes florales écarlates, et bandeau de frise ; l’escalier, en trois volées tournant à angles droits, les marches, contre-marches, noyau, balustres et main-courante en chêne clair verni, avec tout du long un lambris à panneaux, enduit de cire cam-

 

– 511 – phrée ; la salle de bains, eau chaude et eau froide, baignoire et douche en pluie ; des cabinets d’aisance à mi-étage, éclai-rés par une fenêtre oblongue à carreau unique, verre dépoli, siège articulé, lampe sur étagère, chaîne et poignée de la chasse d’eau en cuivre, accoudoirs, tabouret de pieds, chro-mo artistique sur le panneau intérieur de la porte ; second W.C., ordinaire ; appartement des domestiques, avec instal-lation hygiénique et sanitaire indépendante, pour la cuisi-nière, la cuisinière-bonne à tout faire et une aide (salaire croissant bi-annuellement selon une progression automa-tique de 2 livres, contrat d’assurance impliquant une prime à la fidélité, avec gratification annuelle (1 livre) et pension de retraite (basée sur le système des 65 ans d’âge) au bout de trente ans de service), dépense, cellier, garde-manger, gla-cière, dépendances, caves à bois et à charbon, casiers à vin (mousseux et non mousseux) destinés aux hôtes de marque qu’on inviterait à dîner (tenue de soirée), éclairage général au gaz d’hydrocarbone.

 

Quels agréments complémentaires la propriété pourrait-elle comporter ?

On pourrait y ajouter un court pour tennis et jeu de paume, une pépinière, une serre chaude avec plantes tropi-cales, scientifiquement aménagée, une rocaille avec un jet d’eau, un système de ruche conforme aux principes d’humanité, d’ovales massifs de fleurs sur des pelouses rec-tangulaires, plantés de tulipes-perroquets en ellipses allon-gées, de scilles bleues, de crocus, de primevères doubles, d’œillets de poète, de pois de senteur, de muguet (dont on peut se procurer les oignons et bulbes chez sir James W. Mackey (limited), Horticulteur-Pépiniériste, Oignons et

 

– 512 – graines (gros et détail), dépositaire d’engrais chimiques, 23 Sackville Street Upper) ; un verger, un jardin légumier, et une vigne, mis à l’abri, des maraudeurs par une enceinte de murs coiffés de tessons de bouteilles ; une décharge avec cadenas pour divers instruments préalablement inventoriés.

 

Tels que ?

Pièges à anguille, casiers à homards, cannes à pêche, hachette, balance romaine, meule, casse-mottes, botteleuse, chancelière, échelle pliante, râteau à 10 dents, des socques, une fourche à foin, trident, une serpe, un pot de peinture, un pinceau, une serfouette et cœtera.

 

Quelles améliorations pourraient être apportées par la suite ?

Un clapier, et un poulailler, un pigeonnier, une serre chaude, 2 hamacs (homme et dame), un cadran solaire abrité sous l’ombrage de cytises et de lilas, une clochette japonaise au timbre exotique et musical fixée au pilier gauche de la porte d’entrée, un vaste tonneau-citerne, une tondeuse horti-cole à débit latéral et boîte collectrice, une lance d’arrosage tournante avec tuyaux de caoutchouc.

 

Quels moyens de locomotion eussent été souhaitables ?

Pour gagner la ville, de fréquentes communications par trains ou par trams pris à leur terminus respectif ou à une station intermédiaire. Pour gagner la campagne, le cycle, une bicyclette routière acatène à roue libre avec voiturette

– 513 – d’osier parallèle, ou un véhicule à traction animale, un âne avec une charrette d’osier, ou bien un élégant phaéton attelé d’un cob bon trotteur, solide du jarret (rouan, hongre, taille 14 palmes).

 

Quel nom pourrait porter cette maison de plaisance en-core à bâtir ou déjà bâtie ?

Cottage Bloom. Villa St Léopold. Fleurville.

 

Le Bloom du 7 Eccles Street pouvait-il se représenter le Bloom de Fleurville ?

Avec d’amples vêtements pure laine, une casquette Har-ris en tweed, prix 8 shillings 6, et de pratiques chaussures de jardin à élastiques, muni d’un arrosoir, et en train de planter une ligne de jeunes sapins, de bassiner, d’émonder, de tuteu-rer, de semer du gazon, de voiturer une brouette chargée de mauvaises herbes, sans fatigue excessive, à la fraîche, dans l’odeur du foin nouvellement coupé, amendant son terrain, croissant en sagesse, atteignant un âge patriarcal.

 

Quel programme d’occupations intellectuelles pouvait simultanément se réaliser ?

La photographie instantanée, l’étude comparative des religions, le folklore relatif à un certain nombre de pratiques amoureuses et superstitieuses, et l’observation des corps cé-lestes.

 

– 514 –

Quelles occupations plus récréatives ?

Au dehors : jardinage et travaux des champs, cyclisme en plat sur des chaussées macadamisées, ascension de col-lines à faible altitude, natation en eau douce dans un coin tranquille et canotage de tout repos en rivière dans une plate offrant toutes les garanties de sécurité, ou dans une légère périssoire avec une petite ancre à touer, sur des parcours en ligne droite sans barrages ni courants violents (période esti-vale), déambulations vespérales ou tournées équestres et inspection du paysage désolé avec le contraste si plaisant des fumées de tourbes qui s’élèvent des chaumes (période hivernale). À l’intérieur : discussions au sein d’une tiède sé-curité des problèmes non résolus de l’histoire et des annales criminelles, la lecture de chefs-d’œuvre érotiques orientaux et non expurgés, un établi d’amateur avec boîte à outils comprenant marteau, poinçon, clous, vis, semences, vrille, tenailles, rabot, tournevis.

 

Avait-il des chances de devenir gentilhomme campa-gnard ayant faisance-valoir, cultures et élevage ?

C’était dans les choses possibles, avec 1 ou 2 vaches qui se laissent traire jusqu’à la dernière goutte, un journal de haut pâturage et tout l’outillage nécessaire dans une exploi-tation agricole, à savoir une baratteuse horizontale, un broyeur à raves, etc.

 

Quelles seraient ses fonctions civiques et sa situation sociale parmi les familles du pays et la noblesse terrienne ?

 

– 515 –

En suivant scrupuleusement l’ordre hiérarchique des va-leurs sociales croissantes, celles de jardinier, cultivateur, ré-gisseur, éleveur, et à l’apogée de sa carrière, magistrat local ou juge de paix avec armes à timbre et devise classique ap-propriée (Semper paratus), figurant comme il convient dans l’annuaire de la cour (Bloom, Léopold P., M.P., Conseiller privé, Chevalier de St Patrick, Docteur ès lettres honoris cau-sa, Bloomville, Dundrum) et nommé dans la gazette mon-daine (M. et Mme Léopold Bloom se sont embarqués à Kingstown pour l’Angleterre).

 

Quelle ligne de conduite se traçait-il en cette qualité ?

Une ligne située à mi-chemin entre une clémence hors de saison et une excessive rigueur ; dispenser, dans une so-ciété hétérogène aux classes artificielles, avec leurs fluctua-tions perpétuelles de plus grande ou de moindre inégalité so-ciale, une justice homogène indiscutable et qui va droit au but, mitigée par des tempéraments allant jusqu’aux plus ex-trêmes limites mais exécutoire jusqu’au dernier centime, y compris la confiscation des terres, biens meubles et im-meubles, au profit de la couronne. Soumis à la plus haute autorité constituée dans l’état, mû par un amour inné de l’équité, ses objectifs seraient le strict maintien de l’ordre public, la répression de nombreux abus mais non de tous à la fois (chaque mesure de réforme ou de retranchement étant un résultat préliminaire à comprendre par fluxion dans le ré-sultat final), la défense de la lettre de la loi (droit commun, lois parlementaires, droit commercial) contre les contesteurs en collusion et les contrevenants agissant en violation des règlements et ordonnances, et contre tous ceux qui (à propos de violation du droit de propriété et menus larcins de brou-

 

– 516 – tilles) veulent faire revivre des droits féodaux tombés en dé-suétude sur le ramassage dans les forêts, contre tous ceux dont le verbe redondant pousse aux persécutions raciales, tous ceux qui entretiennent les haines internationales, tous les médiocres bourreaux de la paix familiale, tous les enne-mis acharnés de l’honneur conjugal.

 

Prouvez qu’il avait aimé l’équité depuis son âge tendre.

En 1880, au lycée, il avait confié au jeune Percy Apjohn ses doutes sur la doctrine de l’église (protestante) irlandaise (à laquelle son père Rudolf Virag, plus tard Rudolph Bloom, abjurant la foi et les lois d’Israël, avait été converti en 1865 par la Société pour la propagation de la foi chrétienne parmi les juifs) et qu’il avait abandonnée plus tard en faveur du Ca-tholicisme à l’époque de, et pour faciliter, son mariage, en 1888. À Daniel Magrane et Francis Wade, en 1882, au cours d’une amitié juvénile (interrompue par l’émigration prématu-rée du premier), il avait vanté pendant leurs promenades nocturnes la théorie politique de l’expansion coloniale (p. ex. canadienne) et les théories évolutionnistes de Charles Dar-win, exposées dans les Origines de l’Homme et L’Origine des Espèces. En 1885, il avait donné publiquement son adhésion au programme national économique et collectif soutenu par James Fintan Lalor, John Fisher Murray, John Mitchel, J.F.X. O’Brien et autres, à la politique agraire de Michael Davitt, à l’agitation constitutionnelle de Charles Stewart Parnell (Député de Cork), au programme de paix, économies et réformes de William Ewart Gladstone (Député de Midlo-thian, Angleterre du Nord), et pour faire honneur à ses con-victions politiques, il avait été jusqu’à se percher parmi les branches d’un arbre, dans une position sans danger, afin de

 

– 517 – voir l’entrée (2 février 1888) dans la capitale d’une proces-sion enthousiaste de 20.000 porteurs de torches divisés en 420 corporations, escortant avec 2.000 torches le marquis de Ripon et John Morley.

 

Combien et comment se proposait-il de payer cette mai-son de campagne ?

Conformément au prospectus de la Société l’Amicale-Habitation, Étrangère, Acclimatée, Naturalisée et Subven-tionnée par l’État (constituée en 1874), un maximum de 60 livres par an, représentant le 1/6 d’un revenu assuré par des valeurs de premier ordre, soit l’intérêt simple à 5 % d’un ca-pital de 1 200 livres (prix d’achat payable en 20 ans) duquel 1/3 sera versé au moment de l’acquisition et la différence, soit 800 livres plus 2 1/2 % d’intérêt, sous forme de rente annuelle payable par trimestres en versements annuels égaux jusqu’à extinction par amortissement d’un prêt con-senti pour l’acquisition pendant une période de 20 ans, soit au total une rente annuelle de 64 livres, loyer de l’immeuble inclus, les titres de propriété devant rester en possession du ou des prêteurs avec une clause de dispense envisageant la vente forcée, reprise de possession, et des compensations mutuelles au cas de carence prolongée à effectuer les verse-ments indiqués, le domaine devant, en tous autres cas, deve-nir la propriété pleine et entière de l’occupant à l’expiration de la période stipulée.

 

Quels moyens rapides mais hasardeux de faire fortune eussent facilité une acquisition immédiate ?

 

– 518 –

Un poste privé de télégraphie sans fil à code Morse qui transmettrait les résultats d’une épreuve de handicap natio-nal. hippique (course plate ou d’obstacles) d’un mille au plus et quelques centaines de mètres, gagnée par un outsider co-tant 50 contre 1, à 3 h 8 m de l’après-midi à Ascot (heure de Greenwich), le message devant parvenir à Dublin et per-mettre de parier à 2 h 59 (heure de Dunsink). La découverte inespérée d’un objet de grande valeur, monnayable (pierre précieuse, timbres rares collés ou non, le 7 shillings mauve, non dentelé, Hambourg 1886 ; le 4 pence, rose, papier bleu, dentelé, Grande-Bretagne 1855 ; le 1 franc, bistre, officiel, piqué à la roulette, surcharge en diagonale, Luxembourg 1878), ou un anneau dynastique ancien, relique unique gisant en quelque extraordinaire réceptacle ou obtenue par des moyens extraordinaires : tombant du ciel (lâchée au vol par un aigle), grâce au feu (dans les ruines fumantes d’un édifice incendié), à la mer (parmi les épaves du flot, du jet, du lagan et de l’abandon), sur terre (dans le gésier d’un oiseau comes-tible). La donation par un prisonnier espagnol d’un lointain trésor d’objets précieux, espèces ou lingots, confié 100 ans auparavant à une société bancaire offrant toutes garanties, aux intérêts composés de 5 % de sa valeur globale de £ 5 000 000 (cinq millions de livres sterling). Un contrat pas-sé avec un contractant distrait pour la livraison de 32 consi-gnations d’une marchandise quelconque à raison d’un paie-ment en espèces à la livraison aux taux initial de 1/4 de penny à et la progression géométrique croissante de 2 (1/4, 1/2, 1 d., 2 d., 4 d., 8 d., 1 s. 4 d., 2 s. 8 d., jusqu’au 32e terme). Une martingale basée sur le calcul des probabili-tés pour faire sauter la banque à Monte-Carlo. Une solution de l’antique problème de la quadrature du cercle, prix offert par le gouvernement 1 000 000 de livres sterling.

Continuer : partie 6 sur 9