Ulyse - Tome II

James Joyce · Chapitre 2 sur 2 · partie 6/9

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Ulyse - Tome II

Chapitre III

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 9 parties.

 

– 519 –

Y avait-il une grosse fortune à faire par des entreprises industrielles ?

La mise en valeur de dunams de terrains sablonneux arides, conseillée par le prospectus d’Agendath Netaïm, Bleibtreustrasse, Berlin, W. 15, grâce à la plantation d’orangers, à la culture des melons et au reboisement. L’utilisation de tous les vieux papiers, des peaux des ron-geurs qui fréquentent les égouts et des excréments humains qui sont doués de propriétés chimiques, considérant l’énorme production des premiers, le nombre considérable des seconds et l’immense quantité des derniers, tout individu normal, d’activité et d’appétit moyens, produisant par an, sans tenir compte des sous-produits liquides, un poids total de 36 kilogs 320 grammes (régime mixte carné-végétarien) à multiplier par 4 386 035, population totale de l’Irlande au re-censement de 1901.

 

Y avait-il des projets de plus grande envergure ?

Un projet dont la formule devait être trouvée et soumise à l’approbation des membres de la commission du port pour l’exploitation de la houille blanche (force hydraulique) obte-nue par des installations hydroélectriques au plein de l’eau à la barre de Dublin ou aux chutes de Poulaphouca ou à Po-werscourt ou bien des barrages de captation sur les princi-paux cours d’eau afin d’obtenir un rendement économique de 500 000 C.V.H. d’électricité. Un projet pour entourer de digues le delta péninsulaire du North Bull à Dollymount, et ériger sur cette pointe de terre, utilisée comme terrains de golf et de tir, une esplanade d’asphalte avec des casinos, des petites boutiques, des galeries de tir, des hôtels, des pensions de familles, des salons de lecture, des établissements de

– 520 – bains mixtes. Un projet de voitures à chiens et de voitures à chèvres pour la livraison du lait le matin. Un projet pour le développement du tourisme irlandais à Dublin et aux envi-rons par le moyen de bateaux-mouches avec moteurs à pé-trole, qui assureraient le service fluvial entre Island Bridge et Ringsend, de chars à bancs et de chemins de fer d’intérêt lo-cal à voie étroite, de bateaux de plaisance pour la visite des côtes (10 shillings par personne et par jour, guide trilingue compris). Un projet pour la renaissance des transports de passagers et de marchandises par les voies fluviales de l’Irlande, après curage des fonds herbeux. Un projet pour re-lier par une ligne de trams le Marché aux bestiaux (North Circular Road et Prussia Street) aux quais (Sheriff Street Lo-wer et East Wall), parallèle à la ligne de jonction qui s’étend (en conjonction avec la grande ligne du Southern et Western Railway) entre le Parc aux Bestiaux, Liffey Junction, et le terminus du Midland Great Western Railway, 43 à 45 North Wall, et à proximité des stations terminales ou portions ur-baines du Great Central Railway, Midland Railway of En-gland, City of Dublin Steam Packet Company, Lancashire Yorkshire Railway Company, Dublin and Glasgow Steam Packet Company, Glasgow, Dublin and Londonderry Steam Packett Company, (Laird line), British and Irish Steam Pack-et Company, Dublin and Morecambe Steamers, London and North Western Railway Company, Dublin, et des hangars de la Commission des Ports et Docks et des entrepôts de Pal-grave, Murphy and Company, armateurs, et représentants pour les lignes de la Méditerranée, Espagne, Portugal, France, Belgique et Hollande et agents des Assureurs Asso-ciés de Liverpool, et pour le transport des animaux, le kilo-métrage de voie ferrée nécessaire, à la charge de la Compa-gnie des Tramways Réunis de Dublin, limited, devant être couvert par les droits de pâture.

 

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La dite protase étant posée, un contrat passé en vue de réaliser de tels projets deviendrait-il une naturelle et inévi-table apodose ?

Grâce à une caution équivalente à la somme requise, le concours, par acte de donation et titres de transfert du vivant du donateur, ou par legs après extinction sans douleur du dit, d’éminents financiers (Blum Pacha, Rothschild, Guggenheim, Hirsch, Montefiore, Morgan, Rockefeller), avec des revenus qui se chiffrent par millions, récoltés au cours d’une fruc-tueuse carrière, et joignant au capital le sens de l’opportunité, la chose serait faite.

 

Quelle éventualité aurait pu l’affranchir d’un tel con-cours ?

La découverte du filon d’une inépuisable mine d’or.

 

Pour quelle raison méditait-il des projets d’une réalisa-tion aussi difficile ?

C’était un de ses axiomes que de semblables méditations ou les récits qu’il se faisait à lui-même de faits dont il était le héros ou encore une paisible évocation du passé quand on prend l’habitude de s’y adonner avant de se retirer pour la nuit, allègent la fatigue et ont pour résultat de provoquer un sommeil profond et un renouveau de vitalité.

 

Quels étaient ses arguments ?

 

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Adepte des sciences physiques, il avait appris que sur les 70 ans qui constituent la durée d’une vie humaine normale, les 2/7 au moins, c’est-à-dire 20 ans, se passent à dormir. En tant que philosophe il savait qu’à la fin de la part d’existence dévolue à chacun une proportion infinitésimale des désirs de cette existence a seule connu la réalisation. Comme physio-logiste il croyait à la possibilité d’apaiser par des moyens mécaniques les influences malignes qui opèrent principale-ment pendant le demi-sommeil.

 

Que craignait-il ?

La perpétration de l’homicide ou du suicide pendant le sommeil par une aberration de la lumière de la raison, cette faculté incommensurable et catégorique qui a son siège dans les circonvolutions cérébrales.

 

Quelles étaient habituellement ses réflexions dernières ?

Une réclame seule et unique qui ferait s’arrêter tous les passants le nez en l’air, le dernier mot de la nouveauté en af-fiches, débarrassée de toutes excroissances parasitaires, ré-duite à ses termes les plus simples et les plus suggestifs, n’outrepassant pas le champ de la vision fortuite et s’accordant au train accéléré de la vie moderne.

 

Que contenait le premier tiroir dont il tourna la clef ?

Un cahier d’écriture à couverture illustrée, appartenant à Milly (Millicent) Bloom, avec sur certaines pages des dessins géométriques portant l’inscription Petitpère, et qui représen-

– 523 – taient une énorme tête ronde avec 5 cheveux dressés, 2 yeux vus de profil, le tronc de face orné de trois grands boutons, 1 pied triangulaire ; 2 photographies passées de la Reine Alexandra d’Angleterre et de Maud Branscombe, actrice et beauté à la mode ; une carte de Noël, avec l’image d’une plante parasite, la légende, Mizpah, la date, Noël 1892, le nom des expéditeurs : de la part de M. and Mme M. Comerford, et le distique : Que ce joyeux Noël t’apporte Paix et Bonheur de toute sorte ; le bout d’un bâton de cire rouge à moitié fondu, provenant des réserves de MM. Hely, Ltd, 89, 90 et 91 Dame Street ; une boîte conte-nant le reste d’une grosse (douze douzaines) de plumes J do-rées, provenant des mêmes stocks des mêmes magasins ; un vieux sablier couché qui roulait avec son sable qui roulait ; une prophétie sous cachets (jamais décachetée) écrite par Léopold Bloom en 1886 au sujet des conséquences du vote du Home Rule bill de William Ewart Gladstone, en 1886 (ja-mais voté) ; un ticket d’entrée N° 2004 de la Vente de Charité de St-Kevin, prix 6 d., 100 lots ; une épître enfantine, datée, dublin petit dé, teneur : Petitpère, grand pé, virgule, Com-ment grand cé, allez-vous point d’interro-, gation Je grand ji, vais très bien, point, alinéa suivant, signature enjolivée, Milly grand em, pas de point ; un camée-broche, appartenant à El-len Bloom (née Higgins), décédée ; 3 lettres dactylogra-phiées, destinataire, Henry Fleury, Poste Restante, Westland Row, expéditeur, Martha Clifford, Poste Restante Dolphin’s Barn ; le nom et l’adresse de l’expéditrice des trois lettres transcrits en un cryptogramme réservé alphabétique bous-trophédontique quadrilinéaire pointé (voyelles supprimées), N.IGS./WI.UU.OX/W.OKS.MH/Y.IM ; une coupure d’un pé-riodique hebdomadaire anglais, Le Beau Monde, sujet, les châtiments corporels dans les écoles de filles ; un ruban rose qui avait enguirlandé un œuf de Pâques de l’année 1899 ;

– 524 – deux condoms en baudruche à moitié déroulés, et des po-chettes de réserve, commandés par poste à Boîte 32, Poste Restante, Charing Cross, Londres W.C. ; un paquet de 1 douzaine d’enveloppes crème et de papier à lettres à ré-glure pâle filigrané, maintenant diminué de 3 ; un petit lot de pièces de monnaie austro-hongroises ; 2 billets de la Loterie Royale Hongroise autorisée ; une loupe de faible grossisse-ment ; 2 cartes photographiques pornographiques représen-tant : a, coït buccal entre une señorita nue (vue de derrière, position supérieure) et un torero nu (côté face, position infé-rieure), b, défloration anale par un religieux (complètement habillé, le regard bas) d’une religieuse (en partie vêtue, re-gard élevé), commandés à la Boîte 32, Poste Restante, Cha-ring Cross, Londres, W.C. ; une coupure de journal, recette pour remettre à neuf les vieux souliers jaunes ; 1 timbre d’un penny, collé, lavande, à l’effigie de la Reine Victoria ; un ta-bleau des mensurations de Léopold Bloom collectionnées avant, pendant et après deux mois d’usage consécutif de l’exerciser à poulie Sandow-Whiteley (pour hommes 15 shillings, pour athlètes 20 shillings), soit poitrine 71 cent, et 73 cent. 8 ; biceps 22 cent. 8 et 25 cent. 4 ; avant-bras 21 cent. 6 et 22 cent. 8 ; cuisse 25 cent. 4 et 30 cent. 6 ; mol-let 28 cent et 30 cent. 6 ; un prospectus du Thaumaturge, le remède universel pour les affections du rectum, expédié di-rectement par le Thaumaturge, Coventry House, South Place, Londres, E.C., adressé à M me L. Bloom et accompagné d’une note succincte commençant par Chère Madame.

 

Citez les termes textuels employés par le prospectus pour proclamer les vertus de son produit miraculeux ?

 

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Il calme et lubréfie pendant que vous dormez, en cas de méthéorisme et flatuosités, il vient assister la nature d’une façon qui tient du prodige, opérant un soulagement immédiat par l’évacuation des gaz, il assure la propreté des parties et la liberté des fonctions naturelles, un débours initial de 7 shillings 6 fera de vous un autre homme en transformant votre vie du tout au tout. Les dames surtout apprécient les bienfaits du Thaumaturge, quelle agréable surprise quand elles en constatent le divin résultat comparable à la fraîcheur délicieuse d’une eau de source qu’on boit par un jour de ca-nicule. Recommandez-le à votre dame, à vos amis et con-naissances, on en a pour toute la vie. Introduisez par le bout arrondi. Thaumaturge.

 

Y avait-il des attestations ?

Nombreuses. D’un pasteur, d’un officier de la marine anglaise, d’un auteur bien connu, d’un homme d’affaires, d’une infirmière, d’une grande dame, d’une mère de famille nombreuse, d’un pioupiou distrait.

Quelle conclusion à cette dernière attestation du piou-piou distrait ?

Quel malheur que le gouvernement n’ait pas muni les troupes de thaumaturges pendant la campagne sud-africaine ! Comme on aurait été soulagé !

 

Quel objet ajouta Bloom à cette collection d’objets ?

Une 4e lettre dactylographiée reçue par Henry Fleury (si H.F. = L.B.) de Martha Clifford (trouvez M.C.).

 

– 526 –

Quelle agréable réflexion accompagna ce geste ?

La réflexion qu’en dehors de la lettre en question, le ma-gnétisme qui se dégageait de son visage, de sa prestance et de ses manières l’avait fait accueillir avec faveur au cours de la journée précédente par une femme mariée (M me Joséphine Breen, née Josie Powell) ; une infirmière, Miss Callan (nom de baptême inconnu) ; une jeune, fille, Gertrude (Gertie, nom de famille inconnu).

 

Quelle possibilité semblait en découler ?

La possibilité d’exercer un pouvoir viril de fascination dans l’avenir le plus immédiat après un repas luxueux, en cabinet particulier, avec une élégante courtisane, au corps ir-réprochable, à peine vénale, ayant une instruction variée, et issue d’une excellente famille.

 

Que contenait le second tiroir ?

Des documents : l’acte de naissance de Léopold Paula Bloom ; une police d’assurance dotale de 500 livres de la So-ciété d’Assurances La Veuve Écossaise au profit de Millicent (Milly) Bloom, devenant après 25 ans une police de 430 livres avec intérêts, de 462 livres 10 shillings et de 500 livres à 60 ans ou au décès et à 65 ans ou au décès respectivement, ou au choix une assurance avec intérêts (entièrement versée) de 299 livres 10 shillings jointe à un paiement en espèces de 133 livres 10 shillings ; un compte de dépôts délivré par l’Ulster Bank, agence de Collège Green, avec le relevé de comptes pour le semestre finissant au 31 décembre 1903, ba-

– 527 – lance au profit du dépositaire : £ 18-14-6 (dix-huit livres, quatorze shillings et six-pence, sterling), avoir net un titre de rente de 900 livres, fonds d’État (libérés du timbre) Cana-diens 4 % (nominatifs) ; des certificats du Comité du Cime-tière Catholique (Glasnevin), relatifs à un achat de terrain ; une coupure de feuille locale concernant un changement de nom par acte simple.

 

Citez les termes exacts de cette note.

Moi, Rudolph Virag, résidant actuellement au numéro 52 Clanbrassil Street, Dublin, précédemment à Szombathely, Royaume de Hongrie, par la présente informe que j’entends dorénavant, en tout temps et toutes occasions, être connu sous le nom que j’ai assumé de Rudolph Bloom.

 

Quels autres objets ayant trait à Rudolph Bloom (né Vi-rag) se trouvaient dans le second tiroir ?

Un daguerréotype imprécis de Rudolph Virag et de son père Léopold Virag exécuté en l’année 1852 dans l’atelier de portraits de leur cousin (respectivement du 1er et du 2e degré), Stefan Virag de Szesfehervar, Hongrie. Un ancien livre Hagadah dans lequel une paire de lunettes à verres convexes et à monture de corne marquait le passage des ac-tions de grâce dans les prières rituelles pour Pessach (la Pâque) ; une carte postale avec vue du Queen’s Hôtel, Ennis, Rudolph Bloom propriétaire ; une enveloppe adressée À Mon Cher Fils Léopold.

 

– 528 –

Quels lambeaux de phrases la lecture de ces cinq mots gros de sens évoquait-elle ?

Demain il y aura une semaine que j’ai reçu… c’est inutile Léopold de… avec ta chère maman… plus le supporter da-vantage… vers elle… tout est fini pour moi… sois bon pour Athos, Léopold… mon cher fils… toujours… à moi… das Herz… Gott… dein…

 

Quels souvenirs d’un être humain atteint d’une mélanco-lie progressive ces objets évoquaient-ils pour Bloom ?

Un vieillard, un veuf, les cheveux négligés, dans son lit, ou avec la tête couverte, soupirant ; un vieux chien malade. Athos ; de l’aconit auquel il recourait par doses de grains et scrupules toujours croissantes pour atténuer des névralgies à crises paroxystiques ; le visage, après la mort, d’un septua-génaire suicidé par empoisonnement.

 

Pourquoi Bloom éprouvait-il un sentiment de remords ?

Parce qu’avec l’intolérance de la jeunesse il avait traité sans respect certaines croyances et certaines pratiques.

 

Telles que ?

L’interdiction d’user de viande et de lait au même repas, le symposion hebdomadaire de ses excompatriotes et exco-religionnaires, abstraits sans coordination, concrets et mer-cantiles avec une ardeur quasi mystique ; la circoncision des

 

– 529 – enfants mâles ; le caractère surnaturel des Livres Judaïques ; l’ineffabilité du tétragrammaton ; la sainteté du Sabbat.

 

Comment lui apparaissaient aujourd’hui ces croyances et ces pratiques ?

Pas plus rationnelles qu’elles ne lui apparaissaient alors, pas moins rationnelles que d’autres croyances et pratiques lui apparaissaient aujourd’hui.

 

Quel premier souvenir avait-il de Rudolph Bloom (décé-dé) ?

Rudolph Bloom (décédé) décrivant à son fils Léopold Bloom un arrangement rétrospectif d’établissements à et de migrations entre Dublin, Londres, Florence, Milan, Vienne, Budapest, Szombathely, en notant au passage d’heureux événements (son grand-père avait vu Marie-Thérèse, impéra-trice d’Autriche, reine de Hongrie), en lui donnant des con-seils de bon commerçant (épargnez les sous, les louis vien-dront tout seuls). Léopold Bloom (âgé de 6 ans) suivait ces récits en consultant continuellement une carte géographique (et politique) de l’Europe et en suggérant la création de suc-cursales commerciales dans les divers centres en question.

 

Le temps n’avait-il pas également mais différemment ef-facé la mémoire de ces migrations chez le narrateur et chez l’auditeur ?

Chez le narrateur par la venue des ans et eu égard à l’emploi d’un narcotique toxique ; chez l’auditeur par la ve-

– 530 – nue des ans et eu égard à l’action des diversions sur les ex-périences vicaires.

 

Quelles idiosyncrasies du narrateur étaient produites par l’amnésie concomitante ?

Quelquefois il mangeait sans avoir préalablement ôté son chapeau. Quelquefois il absorbait avec avidité en pen-chant son assiette le jus de groseilles à maquereau écrasées avec de la crème. Quelquefois il essuyait les traces laissées sur ses lèvres par la nourriture au moyen d’une enveloppe déchirée ou de tout autre morceau de papier à sa portée.

 

Quels étaient les deux phénomènes de sénilité les plus fréquents ?

Le compte des pièces de monnaie par la palpation du myope avec les doigts, et l’éructation consécutive à la réplé-tion.

 

Quels objets consolaient en partie Bloom de ces tristes réminiscences ?

La police dotale, le carnet de chèques, le titre de son ac-tion.

 

Réduisez Bloom par une succession de multiplications croisées de revers de fortune dont ces trois sécurités le met-taient à l’abri, et par l’élimination de toutes ses valeurs posi-

 

– 531 – tives, à une quantité irréelle, irrationnelle, négative et négli-geable.

En descendant successivement jusqu’au dernier échelon de l’ilotie : la Pauvreté, celle de colporteur en verroterie, celle d’aboyeur à la poursuite de créances douteuses, celle de collecteur de la taxe des pauvres et taxes assimilées. La Mendicité : celle du banqueroutier frauduleux avec un actif dérisoire qui paie 10 centimes pour 100, de l’homme-sandwich, du distributeur de prospectus, du rôdeur de bar-rière, du louche sycophante, du marin estropié, du jeune aveugle, du pousse-cul sur le retour, du trouble-fête, du pique-assiette, de l’empêcheur de danser en rond, de l’écornifleur, de la pauvre vieille caricature sur un banc de jardin public et sous son parapluie en dentelle. Déchéance : celle du pensionnaire de l’Hospice des Vieillards (Hôpital Royal), à Kilmainham, du pensionnaire de l’Hôpital Simpson pour les goutteux et aveugles incurables sans ressources mais bien pensants. Nadir de la misère : le vieil indigent pa-ralytique privé de tous ses droits, à la charge de la société, gâteux et moribond.

 

Avec quel cortège d’humiliations ?

La glaciale indifférence de femmes naguère avenantes, le mépris des mâles bien râblés, l’acceptation de croûtes de pain, le regard systématiquement détourné des anciennes connaissances, la latration de cabots bâtards sans collier et sans maître, le bombardement enfantin par projectiles végé-taux décomposés, valant peu, ou rien, ou moins que rien.

 

Par quoi un tel état pouvait-il être évité ?

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Par un décès (changement d’état), par un départ (chan-gement de lieu).

 

Lequel de préférence ?

Le dernier, pour satisfaire à la loi du moindre effort.

 

Quelles considérations faisaient que la chose n’était pas tout à fait indésirable ?

La cohabitation continuelle s’opposant à une tolérance mutuelle des travers de chacun. L’habitude d’achats indé-pendants, de plus en plus développée. La nécessité de con-trebalancer par de fréquentes absences la sédentarité.

 

Quelles considérations faisaient que la chose n’était pas irrationnelle ?

Les parties en cause, en s’unissant, avaient crû et multi-plié, après quoi, la descendance engendrée une fois menée à maturité, les parties, si maintenant désunies, étaient obligées de se réunir, pour croître et multiplier, ce qui était absurde, et de reformer par leur réunion le couple primitif apte à l’union, ce qui était impossible.

 

Quelles considérations rendaient la chose désirable ?

L’aspect engageant de certaines localités en Irlande et ailleurs, qui figurent sur les cartes géographiques générales

 

– 533 – en couleurs ou sur les cartes partielles d’état-major avec des échelles et des hachures.

 

En Irlande ?

Les falaises de Moher, les landes battues des vents de Connemara, le loch Neagh avec sa ville engloutie et pétrifiée, la Chaussée des Géants, le Fort Camden et le Fort Carlisle, le Val d’Or de Tipperary, les îles d’Aran, les pâturages de la royale Meath, l’orme de Brigid à Kildare, les chantiers mari-times de Queen’s Island à Belfast, le Saut du Saumon, les lacs de Killarney.

 

Ailleurs ?

Ceylan (des plantations aromatiques qui fournissent du thé à Thomas Kernan, représentant de Pulbrook, Robertson & C°, 2 Mincing Lane, Londres, E.C., 5 Dame Street, Dublin), Jérusalem, la cité sainte (avec la mosquée d’Omar et la porte de Damas, le but de toutes les aspirations), le détroit de Gi-braltar (l’incomparable lieu de naissance de Marion Twee-dy), le Parthénon (où il y a des statues, des divinités grecques nues), le marché financier de Wall Street (qui con-trôle la finance mondiale), la Plaza de Toros de La Linea, Es-pagne (où O’Hara du régiment des Camerons avait tué le taureau), le Niagara (sur lequel aucun être humain n’a pu passer impunément), la contrée des Esquimaux (mangeurs de savon), la région interdite du Thibet (dont aucun voya-geur ne revient), la baie de Naples (la voir c’est mourir), la Mer Morte.

 

– 534 –

Avec quel guide, à la suite de quel signe ?

Sur mer, vers le Septentrion, la nuit, guidé par l’étoile polaire, située au point d’intersection d’une ligne droite tirée de bêta à alpha de la Grande Ourse, prolongée et coupée ex-térieurement à oméga, et de l’hypoténuse du triangle rec-tangle formé par la ligne alpha-oméga ainsi prolongée et la ligne alpha-delta de la Grande Ourse. Sur terre, vers le Sud, une lune bisphérique, qui se révèle par des phrases impar-faites et intermittentes de lunaison à travers l’interstice pos-térieur imparfaitement occulté de la jupe d’une donzelle bien en chair et négligente qui déambule. Sa Colonne de nuées pendant le jour.

 

Quelle note de presse révélerait cette éclipse du dispa-ru ?

Il a été perdu un gentleman d’environ 40 ans, répondant au nom de Bloom, Léopold (Poldy), taille 1 m. 76, corpulent, teint olivâtre, peut avoir laissé pousser sa barbe, vêtu d’un complet noir lors de sa disparition de son domicile, 7 Eccles Street, 5 livres de récompense à toute personne qui fournira des renseignements pouvant amener sa découverte.

 

Quelle appellation binomiale et d’application générale serait la sienne en tant qu’entité et non-entité ?

Portée par quiconque, étrangère à tous, Toutlemonde, Personne.

 

Quels tributs les siens ?

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La louange et les présents des étrangers, amis de Tou-tlemonde. Une nymphe d’une beauté immortelle, l’épouse de Personne.

 

Le disparu ne reparaîtrait-il jamais nulle part ni d’aucune façon ?

Il errerait à jamais, sous sa propre impulsion, jusqu’aux extrêmes limites de son orbite cométaire, au delà des étoiles fixes et des soleils variables et des planètes télescopiques, chemineaux du ciel, jusqu’aux frontières de l’espace, allant de monde en monde, parmi les peuples et parmi les événe-ments. Quelque part, imperceptiblement, il entendrait et en quelque sorte contre son gré, sous l’impulsion du soleil, il obéirait à l’ordre du retour. De là, disparaissant de la constel-lation de la Couronne Boréale, il réapparaîtrait, pour ainsi dire né à nouveau, au-dessus du delta de la constellation de Cassiopée, et après des myriades de millénaires de pérégri-nations, il reviendrait sous la forme d’un mystérieux redres-seur de torts, d’un implacable justicier dont le bras s’appesantit sur les mécréants, un sombre croisé, un dor-meur éveillé, avec des moyens pécuniaires qui dépasseraient théoriquement ceux de Rothschild ou du roi de l’argent.

 

Qu’est-ce qui rendait irrationnel un pareil retour ?

Une décevante équation entre un exode et un retour dans le temps à travers l’espace réversible et un exode et re-tour dans l’espace à travers le temps non réversible.

 

– 536 –

Quel jeu de forces, produisant l’inertie, rendait un départ indésirable ?

L’heure avancée, qui rend temporisateur ; l’obscurité de la nuit qui rend invisible ; l’incertitude des routes qui rend hasardeux ; le besoin de repos, qui s’oppose au mouvement ; la proximité d’un lit occupé qui s’oppose aux recherches ; la prévision d’une chaleur (humaine) tempérée par la fraîcheur drapaire qui s’oppose au désir et rend désirable ; la statue de Narcisse, son sans écho, désir qui se désire.

 

Quels avantages présentait un lit occupé, en regard d’un lit inoccupé ?

La suppression de la solitude nocturne, la qualité supé-rieure du calorique humain (femme épanouie) sur le calo-rique inhumain (cruchon), le stimulant du contact matinal, l’économie de repassage fait à la maison pour peu qu’on plie soigneusement ses pantalons et qu’on les place dans le sens de la longueur entre le sommier (à rayures) et le matelas pure laine (quadrillé marron clair).

 

Quelles causes successives de fatigues accumulées, ap-préhendées avant de se lever, Bloom, avant de se lever, ré-capitula-t-il silencieusement ?

La préparation du déjeuner (sacrifice du rognon) ; con-gestion intestinale et défécation préméditée (Saint des Saints) ; le bain (rite de Jean) ; l’enterrement (rite de Sa-muel) ; l’annonce d’Alexandre Gleys (Urim et Thummim) ; le lunch sommaire (rite de Melchisédec) ; la visite au musée et à la Bibliothèque nationale (Saints Lieux) ; la pêche aux bou-

 

– 537 – quins dans Bedford Row, Merchant’s Arch, Wellington Quay (Simchath Torah) ; la musique à l’Ormond Hôtel (Sira Shirim) ; l’altercation avec un truculent troglodyte dans le débit de Bernard Kiernan (Holocauste du bouc émissaire) ; un laps de temps indéterminé impliquant une course en voi-ture, une visite à la maison mortuaire, des adieux (le désert) ; l’excitation sexuelle engendrée par exhibitionnisme féminin (rite d’Onan) me ; l’accouchement laborieux de M Mina Pu-refoy (Oblation) ; la séance dans la maison close de Mme Bella Cohen, 82 Tyrone Street, Lower, et la dispute et la rixe fortuite qui s’en suivirent dans Castor Street (Armaged-don) ; la déambulation nocturne pour aller à l’Abri au Co-cher, Pont Butt, et pour en revenir (Expiation).

 

Quelle énigme qui s’imposait, Bloom, prêt à se résoudre à se lever pour partir, afin de conclure de peur de n’arriver pas à une conclusion, appréhendait-il involontairement ?

La cause d’un craquement bref sec fort imprévu unique dû à la tension veineuse de la substance inconsciente d’une table de bois.

 

Quelle énigme par soi-même embrouillée Bloom debout, partant, rassemblant les pièces multicolores multiformes et multiples de son vêtement, appréhendait-il volontairement de ne pas comprendre ?

Qui était M’Intosh ?

 

Quelle énigme par soi-même lumineuse Bloom, qui l’avait méditée pendant 30 ans avec une constance intermit-

– 538 – tente, comprit-il sans un mot, d’un seul coup, pour avoir ré-tabli l’obscurité naturelle par l’extinction de la lumière artifi-cielle ?

Où était Moïse quand la chandelle s’est éteinte ?

 

Quelles imperfections d’une journée parfaite Bloom, pas à pas, une à une, sans un mot, énumérait-il ?

Un insuccès provisoire à obtenir le renouvellement d’une annonce, à obtenir de Tom Kernan (représentant de Pulbrook, Robertson & C°, 5 Dame Street Dublin, et 2 Mincing Lane, Londres E.C.) une petite provision de thé, à constater la présence ou l’absence d’un orifice postérieur rectal chez les divinités grecques du sexe féminin, à obtenir une entrée (gratuite ou payante) pour la représentation de Léa me avec M Bandmann Palmer, au théâtre de la Gaîté, 46, 47, 48, 49, South King Street.

 

Quelle image d’un visage absent Bloom, qui s’était arrê-té, évoquait-il en silence ?

Le visage du père de sa femme, feu le Major Brian Coo-per Tweedy, du Royal Dublin Fusiliers, de Gibraltar et de Rehoboth, Dolphin’s Barn.

 

Quelles images récurrentes du même visage étaient-elles possibles par hypothèse ?

S’éloignant, terminus du Great Northern, Amiens Street, avec une accélération constante et régulière, le long de

 

– 539 – lignes parallèles qui se rencontreraient à l’infini si elles étaient prolongées ; le long de lignes parallèles prolongées, retour de l’infini, avec un retard constant et régulier, termi-nus de Great Northern, Amiens Street, revenant.

 

Quel assortiment d’effets personnels ressortissant à la toilette féminine aperçut-il ?

Une paire de bas de femme neufs, mi-soie, noirs, sans odeur, une paire de jarretières neuves violettes, un pantalon de femme en mousseline des Indes, grande taille et de coupe hospitalière, imprégné d’opoponax, de jasmin et de tabac turc (cigarettes Muratti), muni d’une longue épingle de nour-rice en acier qui brillait, courbe fermée, une camisole de ba-tiste avec une étroite dentelle au bord, un jupon de moirette bleue accordéon, tous ces objets mis sans ordre sur le dessus d’une malle rectangulaire, à quatre lattes et coins renforcés, avec des étiquettes de toutes les couleurs et sur le côté en lettres blanches les initiales B.C.T. (Brian Cooper Tweedy).

 

Quels objets impersonnels aperçut-il ?

Une chaise percée, un pied cassé, le dessus recouvert exactement d’un carré de cretonne, à impression de pommes, et sur lequel était posé un chapeau de femme en paille noire. Une garniture à filets orange, achetée chez Hen-ry Price, vannerie, articles de fantaisie, porcelaines et quin-caillerie, 21, 22, 23, Moore Street, disposé en désordre sur la table de toilette et par terre, comprenant une cuvette, une boîte à savon et un plateau à brosses (sur la table côte à côte), pot à eau et nocturne (par terre, séparés).

 

– 540 –

Les actes de Bloom ?

Il déposa les pièces de vêtement sur une chaise, il ôta ses derniers vêtements, prit au chevet du lit, sous le traver-sin, une longue chemise de nuit blanche pliée, introduisit sa tête et ses bras dans les ouvertures correspondantes de la chemise de nuit, transporta un oreiller de la tête au pied du lit, rabattit le drap en conséquence et entra dans le lit.

 

Comment ?

Avec circonspection, comme chaque fois qu’il pénétrait dans un lieu habité (par lui ou par autrui) ; avec sollicitude, les ressorts serpentspirales du sommier étant vieux, les pommes de cuivre et les barreaux vipérins ayant pris du jeu jusqu’à branler sous pressions et tensions ; avec prudence, comme pour mettre le pied dans un nid de couleuvres, un guet-apens de luxure ; légèrement, pour déranger le moins possible ; avec respect, pour le lit de conception et de nais-sance, de consommation de mariage et de rupture, de som-meil et de mort.

 

Que rencontrèrent ses membres en s’étendant graduel-lement ?

De nouveaux draps, propres ; des odeurs supplémen-taires ; la présence d’un corps humain, féminin, le sien à elle ; l’empreinte d’un corps humain masculin, non le sien à lui, quelques miettes, quelques bribes de viande de conserve, recuite, qu’il épousseta.

 

– 541 –

S’il avait souri pourquoi eût-il souri ?

De penser que toujours celui qui entre s’imagine entrer le premier alors qu’il n’est jamais que le dernier numéro de la série précédente même s’il est le premier de la suivante, chacun s’imaginant être le premier, le dernier, le seul et unique, alors qu’il n’est ni premier ni dernier, ni seul ni unique, dans une série qui procède d’une infinité d’autres et se reproduit à l’infini.

 

Quelle série précédente ?

En tenant Mulvey pour le premier de sa série, Penrose, Bartell d’Arcy, le professeur Goodwin, Julius Mastiansky John Henry Menton, le Père Bernard Corrigan, un fermier à l’Exposition Chevaline de la Société Royale de Dublin, Mag-got O’Reilly, Matthew Dillon, Valentin Blake Dillon (Lord Maire de Dublin), Christopher Callinan, Lenehan, un joueur d’orgue italien, un spectateur inconnu au Théâtre de la Gaî-té, Benjamin Dollard, Simon Dedalus, Andrew (Pisser) Burke, Joseph Cuffe, Lesage Hely, le conseiller municipal John Hooper, Dr Francis Brady, Père Sébastien du Mont Argus, un décrotteur de l’Hôtel des Postes, Hugh E. (Dache) Boylan, et ainsi de suite sans jamais en voir la fin.

 

Quelles étaient ses réflexions relatives au dernier membre de cette série et dernier occupant du lit ?

Réflexions sur sa vigueur (un enfonceur), ses proportions (un afficheur), ses aptitudes commerciales (un bluffeur), son impressionnabilité (un faiseur).

– 542 –

Pourquoi l’observateur notait-il l’impressionnabilité en plus de la vigueur, des proportions et des aptitudes commer-ciales ?

Parce qu’il avait observé chez les membres précédents de la même série, mais en brûlant de plus en plus les étapes, une même concupiscence communiquée avec ardeur en pas-sant par le trouble, l’accord, le désir satisfait, et aboutissant à la lassitude, avec des phases alternatives d’épicène compré-hension et d’appréhension.

 

De quels sentiments contradictoires les réflexions qu’il fit ensuite étaient-elles influencées ?

D’envie, de jalousie, d’abnégation, d’équanimité.

 

D’envie ?

Pour un organisme mâle, au physique et au mental, spé-cialement apte à la position dominante qu’il occupe dans un coït humain plein de fougue et à l’énergique va-et-vient du piston dans le cylindre nécessaire à la satisfaction complète d’une concupiscence latente sinon aiguë logée dans un orga-nisme féminin, au physique et au mental, passif mais non ob-tus.

 

De jalousie ?

Parce qu’un corps solide, mais volatile à l’état libre, était alternativement un agent et un réactif d’attraction. Parce que

– 543 – la force attractive entre les agents et les réactifs variait à tout instant dans une proportion inverse de croissance et de dé-croissance, avec une expansion circulaire incessante, et une recondensation. Parce que la contemplation délibérée des fluctuations de l’attraction produisait chez lui, à volonté, une fluctuation de plaisir.

 

D’abnégation ?

En vertu a) de relations qui avaient commencé en sep-tembre 1903 dans les salons de George Mesias, tailleur et chemisier, 5 Eden Quay, b) d’une hospitalité offerte et reçue dans les mêmes termes, réciproquement rendue entre les mêmes personnes, c) d’une jeunesse relative sujette à des poussées d’ambition, de magnanimité, d’altruisme vis-à-vis d’un collègue et d’égoïsme amoureux, d) d’une attraction ex-traraciale, d’une inhibition intraraciale, d’une prérogative supraraciale, e) d’une tournée de concerts en province, im-minente, dépenses courantes et profits nets mis en commun.

 

D’équanimité ?

Parce qu’aussi naturel que n’importe lequel des actes na-turels d’une nature qui s’exprime ou se fait entendre, accom-pli dans la nature naturée par des créatures naturelles en ac-cord avec sa (à lui), sa (à elle) et leurs natures naturées, d’une similarité dissemblable. Parce que moins calamiteux qu’un anéantissement cataclysmal de la planète par suite d’une collision ou d’une rencontre avec un soleil éteint. Parce que moins répréhensible que le larcin, le vol de grand chemin, la cruauté envers les enfants et les animaux, que de se faire donner de l’argent par tromperie, que les faux, que

– 544 – les malversations, le péculat, l’abus de confiance, la diffama-tion, la simulation, les détournements de mineurs, le libelle, le chantage, la contumace, l’incendie par malveillance, la trahison, la félonie, la mutinerie à bord, la violation de pro-priété, le vol avec effraction, la rupture de ban, le vice contre nature, la désertion devant l’ennemi, le parjure, le bracon-nage, l’usure, l’intelligence avec l’ennemi, l’abus d’état civil, l’attaque à main armée, l’homicide par imprudence, l’assassinat avec préméditation. Parce que pas plus anormal que tous les autres instables procédés d’adaptation aux ins-tables conditions d’existence, se traduisant par un équilibre réciproque de l’organisme et de ses contingences, nourriture, boissons, habitudes acquises, penchants qu’on suit, maladies type. Parce que plus qu’inévitable, irréparable.

 

Pourquoi plus d’abnégation que de jalousie, moins d’envie que d’équanimité ?

Parce que de l’outrage (mariage) à l’outrage (adultère) il ne s’est produit qu’outrage (copulation) et cependant le vio-leur conjugal de la conjugalement violée n’a pas été outragé par le violeur adultère de l’extraconjugalement violée.

 

Quelles représailles, si représailles il y avait ?

L’assassinat, jamais, car deux maux ne font pas un bien. Duel à l’épée ou au pistolet, non. Divorce, pas maintenant. Flagrant délit grâce à un moyen mécanique (lit truqué) ou preuve orale (témoin oculaire dissimulé), pas encore. Action en dommages et intérêts par les voies légales ou agression simulée avec marques apparentes des sévices subis (auto-tomes), à la rigueur. Si une complicité apparente s’impose,

– 545 – susciter une concurrence (matérielle, une agence de publicité rivale et prospère ; morale, un agent rival et prospère dans le domaine amoureux) et par suite dévalorisation, désunion, humiliation, séparation protégeant la séparée du séparé, pro-tégeant de tous les deux le séparateur.

 

Par quelles réflexions lui, réacteur conscient contre le vide de l’incertitude, justifiait-il ses sentiments à ses propres yeux ?

La fragilité prédéterminée de l’hymen, l’intangibilité pré-supposée de la chose en elle-même ; la disproportion sau-grenue entre la longue tension volontaire de l’opération à ef-fectuer et la relaxation par autorétrécissement de l’opération effectuée ; la débilité fallacieusement attribuée à la femme, la vigueur musculaire du mâle ; les variations des lois de l’éthique ; la transition grammaticale naturelle par inversion n’impliquant aucune altération de sens d’une proposition ao-riste prétérit (analyse grammaticale : sujet masculin singu-lier, verbe transitif monosyllabique onomatopéique avec complément direct féminin) de la voix active dans sa propo-sition correspondante aoriste prétérit (analyse grammati-cale : sujet féminin, verbe auxiliaire et participe passé quasi monosyllabique onomatopéique avec agent complémentaire masculin) de la voix passive ; la production continue des en-semenceurs par la génération ; la production continuelle de la liqueur séminale par la distillation ; la puérilité du triomphe, de la protestation ou de la vengeance ; l’inanité de la vertu tant vantée ; la léthargie de la matière inconsciente ; l’apathie des astres.

 

– 546 –

À quelle satisfaction finale aboutissaient ces sentiments antagonistes et ces réflexions réduites à leur plus simple ex-pression ?

Satisfaction causée par l’ubiquité dans les deux hémis-phères, austral et boréal, dans toutes les îles et terres habi-tables, explorées ou inexplorées (le pays du soleil de minuit, les Îles Fortunées, les archipels grecs, la Terre Promise), d’hémisphères féminins postérieurs et adipeux, fleurant le lait et le miel, et une chaleur extravasée sanguine et sémi-nale, évoquant, toutes les générations et toutes les familles de courbes d’amplitude, et non susceptibles de s’impressionner d’influences extérieures ou d’exprimer des sentiments contraires, mais présentant leur animalité à ma-turité immuable et muette.

 

Les signes visibles de présatisfaction ?

Une approximative érection ; une intense attention ; une graduelle élévation ; un geste de dévélation ; une silencieuse contemplation.

 

Ensuite ?

Il embrassa les ronds mamelons melons melliflons de sa croupe, chaque rond et melonneux hémisphère à son tour, et leur sillon minon marron, avec une osculation ténébreuse, prolongée, provocante, melon-odorante.

 

Les signes visibles de postsatisfaction ?

 

– 547 –

Une silencieuse contemplation ; un geste de vélation ; un abaissement graduel ; une intense inattention ; une approxi-mative érection.

 

Qu’est-ce qui suivit cette silencieuse action ?

Une somnolente appellation, une moins somnolente identification, une commençante excitation, de catéchis-tiques interrogations.

 

Quelles modifications apporta le narrateur dans ses ré-ponses à cet interrogatoire ?

Négatives : il s’abstint de parler de la correspondance clandestine entre Martha Clifford et Henry Fleury, de l’altercation publique à l’intérieur et dans le voisinage immé-diat du débit autorisé de Bernard Kiernan & C°, Limited, 8, 9 et 10 Little Britain Street, de l’excitation sexuelle et de son résultat provoqués par l’exhibitionnisme de Gertrude (Ger-tie), nom de famille inconnu. Positives : il mentionna une re-présentation de me Léa avec M Bandmann Palmer, à la Gaieté, 46, 47, 48, 49 South King Street, une invitation à dîner à l’Hôtel Wynn (ancien Murphy), 35, 36, 37 Lower Abbey Street, un livre à coupables tendances pornographiques inti-tulé Les Douceurs du Péché, anonyme, par un homme du monde, un ébranlement momentané causé par un mouve-ment mal calculé au cours d’une séance de gymnastique après le repas, dont la victime (complètement rétablie de-puis) était Stephen Dedalus, professeur et auteur, aîné des fils survivants de Simon Dedalus, sans profession, et un ex-ploit de navigation aérienne accompli par lui (narrateur) en

 

– 548 – présence d’un témoin, le professeur et auteur susnommé, avec une prompte décision et une souplesse toute sportive.

 

Y eut-il d’autres modifications apportées à cette narra-tion ?

Aucune.

 

Qu’est-ce qui s’affirmait, personne ou événement, comme le point saillant de cette narration ?

Stephen Dedalus, professeur et auteur.

 

Quelles limitations d’activité et quelles inhibitions de droits conjugaux étaient présentes à l’esprit de l’auditrice et du narrateur pendant cette narration entrecoupée et de plus en plus laconique ?

Pour l’auditrice une limitation de sa fécondité, étant donné que le mariage avait été célébré un mois plein après le 18e anniversaire de sa naissance (8 septembre 1870), c’est-à-dire le 8 octobre, et consommé à la même date, avec nais-sance d’un enfant, du sexe féminin le 15 juin 1889, qu’il y avait eu consommation anticipée le 10 septembre de la même année, et que le Commerce charnel complet avec éja-culation de sperme dans l’organe féminin approprié avait eu lieu pour la dernière fois le 27 novembre 1893, c’est-à-dire 5 semaines avant la naissance, 29 décembre 1893, du second enfant (et seul mâle), décédé le 9 janvier 1894, âgé de 11 jours ; restait une période de 10 ans, 5 mois et 18 jours pendant laquelle le commerce charnel avait été incomplet,

– 549 – sans éjaculation de sperme dans l’organe féminin approprié. Pour le narrateur, une limitation de l’activité, physique et mentale, étant donné qu’aucun commerce mental complet entre lui et l’auditrice n’avait eu lieu depuis l’apparition de la puberté, indiquée par une hémorragie cataméniale, chez l’enfant du sexe féminin issu du narrateur et de l’auditrice, à savoir depuis le 15 septembre 1903 ; restait une période de 9 mois et 1 jour, pendant laquelle en conséquence d’une compréhension naturelle et préétablie dans l’incompréhension entre les deux femmes faites (l’auditrice et sa fille), sa complète liberté d’action physique s’était trou-vée circonscrite.

 

Comment ?

Par des interrogations féminines diverses et réitérées au sujet de la destination masculine vers laquelle, de l’endroit où, du temps auquel, de la durée pendant laquelle, du but avec lequel, en cas d’absences momentanées, projetées ou déjà réalisées.

 

Qu’est-ce qui bougeait visiblement au-dessus des pen-sées invisibles de l’auditrice et du narrateur ?

Le reflet au plafond d’une lampe et de son abat-jour, une série inconstante de cercles concentriques de gradations changeantes de lumière et d’ombre.

 

Dans quel sens étaient couchés l’auditrice et le narra-teur ?

 

– 550 –

Auditrice : est sud-est ; Narrateur : ouest nord-ouest ; au 53e e parallèle de latitude nord, et 6 méridien de longitude ouest ; à un angle de 45° à l’équateur.

 

Dans quel état de repos ou de mouvement ?

Au repos relativement à eux-mêmes et l’un à l’autre. En mouvement tous deux étant emportés vers l’ouest, l’un en avant et l’autre en arrière, par le mouvement propre et per-pétuel de la terre à travers les chemins toujours changeants de l’espace qui ne change jamais.

 

Dans quelle posture ?

Auditrice : étendue semilatéralement, à gauche, la main gauche sous la tête, la jambe droite étendue en ligne droite et appuyée sur la jambe gauche, fléchie, dans l’attitude de Gea-Tellus, comblée, couchante, grosse de semence. Narra-teur : couché latéralement, à gauche, la jambe droite et la gauche fléchies, l’index et le pouce de la main droite appuyés sur l’arête du nez, dans l’attitude représentée sur une photo-graphie instantanée faite par Percy Apjohn, l’homme-enfant las, l’enfant-homme dans les limbes.

 

Limbes ? Las ?

Il repose. Il a voyagé.

 

Avec ?

 

– 551 –

Sinbad le Marin et Tinbad le Tarin et Jinbad le Jarin et Whinbad le Wharin et Ninbad le Narin et Finbad le Farin et Binhad le Barin et Pinbad le Parin et Minbad le Malin et Hin-bad le Harin et Rinbad le Rabbin et Dinbad le Karin et Vin-bad le Quarin et Linbad le Yarin et Xinbad le Phtharin.

 

Quand ?

Allant vers le sombre lit il y avait un carré rond Sinbad le Marin œuf de roc d’alque dans la nuit du lit de tous les alques des rocs de Sombrembad le Jourclairdairin.

 

Où ?

Oui puisque avant il n’a jamais fait une chose pareille de demander son petit déjeuner au lit avec deux œufs depuis l’hôtel des Armes de la Cité quand ça lui arrivait de faire semblant d’être souffrant au lit avec sa voix geignarde jouant le grand jeu pour se rendre intéressant près de cette vieille tourte de Mme Riordan qu’il pensait être dans ses petits pa-piers et qu’elle ne nous a pas laissé un sou tout en messes pour elle et son âme ce qu’elle pouvait être pingre embêtée d’allonger huit sous pour son alcool à brûler me racontant toutes ses maladies elle en faisait des discours sur la poli-tique et les tremblements de terre et la fin du monde payons-nous un peu de bon temps d’abord et quel Enfer serait le monde si toutes les femmes étaient de cette espèce-là à dé-blatérer contre les maillots de bain et les décolletés que bien sûr personne n’aurait voulu la voir avec je suppose qu’elle était pieuse parce qu’aucun homme n’aurait voulu la regar-der deux fois j’espère bien que je ne serai jamais comme ça c’est étonnant qu’elle ne nous ait pas demandé de nous cou-

– 552 – vrir la figure mais tout de même c’était une femme bien éle-vée et ses radotages sur M. Riordan par ci et M. Riordan par là je pense qu’il a été content d’en être débarrassé et son chien qui sentait ma fourrure et se faufilait pour se fourrer sous mes jupes surtout quand d’ailleurs j’aime assez ça chez lui malgré tout qu’il soit poli avec les vieilles dames comme ça et les domestiques et les mendiants aussi il n’est pas fier parti de rien mais quelquefois si jamais il attrapait quelque chose de grave c’est bien mieux qu’ils aillent à l’hôpital où tout est si propre mais je suppose qu’il me faudrait bien un mois pour arriver à le persuader oui et tout de suite une in-firmière entrerait en scène et il s’incrusterait là jusqu’à ce qu’on le mette à la porte ou encore une religieuse comme cette photo cochonne qu’il a qui n’est pas plus religieuse que moi oui parce qu’ils sont si faibles et si pleurnicheurs quand ils sont malades ils ont besoin d’une femme pour aller mieux si son nez saigne vous croiriez que c’est Ô quel drame et cet air de moribond en descendant du South Circular quand il s’était foulé le pied à la fête de la chorale du mont Pain de Sucre le jour que j’avais mis cette robe Miss Stack qui lui ap-portait les fleurs les plus fanées qu’elle pouvait trouver au rabais elle ferait n’importe quoi pour entrer dans la chambre à coucher d’un homme avec sa voix de vieille fille elle es-sayait de s’imaginer qu’il était en train de mourir pour l’amour d’elle ne jamais te revoir mais il avait plutôt l’air d’un homme qui a laissé pousser sa barbe au lit papa c’était la même chose et puis je déteste faire des bandages et don-ner des potions quand il avait coupé son doigt de pied avec le rasoir en grattant ses cors il avait peur d’avoir un empoi-sonnement du sang mais si c’était moi par exemple qui tom-bais malade alors on verrait comme je serais soignée seule-ment la femme ne se plaint pas pour ne pas donner tout le mal qu’ils donnent eux oui il a fait ça quelque part je connais

 

– 553 –

ça à l’appétit qu’il avait en tout cas il n’en est pas amoureux sans quoi penser à elle lui couperait l’appétit peut-être avec une de ces belles de nuit si c’est vraiment là-bas qu’il a été et l’histoire de l’hôtel c’était un ramassis de mensonges pour cacher ce qu’il a fait Hynes m’a retenu qui ai-je rencontré ah oui j’ai rencontré vous rappelez-vous Menton et qui donc d’autre voyons cette grosse face de poupon je l’ai vu qu’il était à peine marié fleureter avec une jeune fille au Pooles Myriorama et je lui ai tourné le dos quand il s’est défilé l’air tout penaud pas de mal à ça mais il a eu le toupet de me faire la cour une fois bien fait pour lui quelle gueule conquérante et ses yeux de poisson bouilli de tous les gros imbéciles que j’ai jamais et on appelle ça un homme de loi mais je déteste avoir une longue chamaillerie au lit ou bien si ça n’est pas ça c’est une petite poule quelconque qu’il a levée dieu sait où ou ramassée en cachette si seulement elles le connaissaient aussi bien que moi oui puisque avant-hier il était en train de griffonner quelque chose une lettre quand je suis entrée dans le salon chercher les allumettes pour lui montrer la mort de Dignam dans le journal comme si quelque chose m’avait poussée et il l’a couverte avec le buvard en faisant semblant de réfléchir à ses affaires aussi c’est bien probablement c’était ça à une qui croit qu’elle a trouvé en lui une bonne poire parce que tous les hommes deviennent un peu comme ça à son âge surtout à l’approche de la quarantaine ce qu’il a maintenant de façon à lui soutirer tout l’argent qu’elle pourra il n’y a pas plus fou qu’un vieux fou et alors son baiser habi-tuel sur mon derrière était pour me donner le change au fond je m’en fiche avec qui il le fait et qui il a eu avant tout de même j’aimerais savoir du moment que je ne les ai pas tous les deux sous mon nez tout le temps comme avec cette souil-lon de Mary que nous avions à Ontario Terrace qui rembour-rait son faux derrière pour l’exciter ça n’est déjà pas drôle de

 

– 554 – renifler sur lui l’odeur de toutes ces grues-là une fois ou deux je me suis douté de quelque chose en le faisant venir près de moi quand j’avais trouvé un cheveu long sur son veston sans compter la fois que je suis arrivée dans la cuisine et qu’il pré-tendait qu’il venait boire de l’eau 1 femme ça ne leur suffit pas c’était sa faute à lui il débauchait les bonnes et puis il a proposé qu’elle vienne manger à table le jour de Noël ma pa-role non merci pas de ça chez moi elle volait mes pommes de terre et les huîtres à 2 shillings 6 la douzaine elle sortait pour aller chez sa tante ma parole ce n’était ni plus ni moins qu’une voleuse mais je savais qu’il y avait quelque chose avec celle-là je m’y entends pour découvrir ces choses-là il disait vous n’avez aucune preuve que c’était elle une preuve Ô oui sa tante aimait beaucoup les huîtres mais je ne lui ai pas mâché à elle ce que j’en pensais il me trouvait des rai-sons de sortir pour rester seul avec elle je ne voulais tout de même pas m’abaisser à les espionner les jarretières que j’ai trouvées dans sa chambre le vendredi qu’elle était sortie c’était suffisant pour moi trop même il a fallu que je m’en mêle je voyais bien que sa figure se décomposait de colère quand je lui ai donné ses huit jours si seulement on pouvait se passer d’elles les chambres je les fais plus vite s’il n’y avait pas la sacrée cuisine et les ordures à vider en tout cas je lui ai donné à choisir ça serait elle ou moi qui quitterait la maison je ne pourrais même plus le toucher si je savais qu’il allait avec une souillon effrontée une menteuse un torchon pareil qui osait me le nier en face chantant partout dans les WC aussi parce qu’elle savait qu’elle était trop bien tombée oui il ne peut pas se passer si longtemps de faire ça il doit le faire ailleurs et la dernière fois qu’il a déchargé entre mes fesses quand était-ce la nuit que Boylan m’a tant serré la main en marchant le long de la Tokla mets ta main dans la mienne je n’ai fait que presser le dos de la sienne comme ça

 

– 555 – avec mon pouce pour répondre en chantant Ô réponds à mes caresses il se doute de quelque chose entre nous deux il n’est pas si bête que ça il a dit je dînerai en ville et j’irai à la Gaieté mais je ne vais pas lui donner cette satisfaction de toute fa-çon Dieu sait qu’il m’apporte un certain changement ne pas être toujours et toujours à porter le même vieux chapeau à moins que je paie un joli garçon pour faire ça puisque je ne peux pas faire ça moi-même je plairais bien à un très jeune je lui ferais un peu perdre contenance si j’étais seule avec lui je lui laisserais voir mes jarretières les neuves je le ferais deve-nir tout rouge en le regardant je le séduirais je sais ce qu’ils sentent les garçons avec ce duvet sur leurs joues toujours en train de faire joujou avec leur bout questions et réponses fe-riez-vous ceci et cela etcetera avec le charbonnier du coin oui avec un évêque oui je le ferais parce que je lui avais parlé de ce Chanoine ou cet Évêque qui s’était assis à côté de moi dans le jardin de la Synagogue pendant que je tricotais cette affaire en laine il ne connaissait pas Dublin quel endroit est-ce et ainsi de suite pour tous les monuments et il m’a fati-guée avec les statues l’encourager le faire pire qu’il m’est dites-moi à qui vous pensez en ce moment qui vous passe par la tête qui est-ce dites-moi son nom qui dites-moi qui est-ce l’empereur d’Allemagne oui imaginez que je suis lui pen-sez à lui le sentez-vous bien il cherche à faire de moi une pu-tain ce que je ne serai jamais il ne devrait plus faire tout ça à l’âge qu’il a ça vous démolit une femme et il n’y a pas de plaisir prétendant qu’il aime ça jusqu’à ce qu’il jouisse et alors moi de mon côté je me finis comme je peux et ça vous fait les lèvres pâles en tout cas c’est fini maintenant une fois pour toutes malgré tout ce qu’on raconte il n’y a que la pre-mière fois qui compte et après ça devient l’ordinaire faisons-le et n’en parlons plus pourquoi ne peut on pas embrasser un homme sans l’épouser au début on aime quelquefois ça

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