Une Araignée appelée à régner

Alfred Hitchcock · Chapitre 14 sur 18

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Une Araignée appelée à régner

Chapitre 13 Une lueur dans les ténèbres

Chapitre 13

 

 

Une lueur dans les ténèbres

 

« Diable ! murmura Rudy. Nous n’avons plus le choix. Il va nous falloir grimper ces échelons et sortir au grand jour. Je passe le premier… »

Le jeune Varanien commença à monter, suivi de près par Hannibal et Bob. L’escalade, faite à tâtons, était malaisée. Enfin, Rudy arriva en haut des échelons. S’agrippant des deux mains au dernier barreau, il s’arc-bouta contre la plaque qui fermait le conduit. Ses puissantes épaules soulevèrent un peu le lourd couvercle. Un rai de lumière filtra. Tout doucement, Rudy souleva la plaque de quelques centimètres encore. Puis, l’espace étant suffisant, il regarda à l’extérieur. Il laissa alors échapper une exclamation de détresse et rabattit vivement la plaque.

« Il y a une patrouille de gardes juste au coin de la rue, murmura-t-il. Ils nous guettent. Nous n’aurions jamais le temps de sortir de ce trou et de courir jusqu’à l’ambassade…

— Peut-être le mieux est-il de rester perchés ici, suggéra Hannibal sans grand espoir.

— Nous ne pouvons rien faire d’autre, admit le jeune Varanien en soupirant. Peut-être la patrouille finira-t-elle par s’en aller ! »

Les fugitifs regardèrent au-dessous d’eux. Les gardes qui, certainement, s’étaient lancés à leur poursuite, n’apparaissaient pas encore. En revanche, la lueur qui les avait alarmés grandissait d’instant en instant. Soudain, un petit bateau surgit à leur vue. Un homme, assis à l’arrière, le manœuvrait à l’aide d’une perche. Une fille, installée à l’avant, inspectait les alentours à la lueur d’une lampe électrique.

« Elena ! s’écria Rudy en la reconnaissant. Elena ! Nous sommes ici. Reste où tu es. Nous descendons.

— Rudy ! Je te cherchais ! »

Le canot s’immobilisa. La lumière éclaira les pas des garçons qui se hâtaient de descendre les échelons.

« Le prince Paul nous protège ! s’exclama Elena. Je vous ai enfin trouvés. Ainsi, vous avez pu vous échapper ! Montez vite ! »

Dès que les fugitifs furent à bord, l’homme fit faire demi-tour à l’embarcation et, à grands coups de perche, reprit le chemin par lequel il était venu.

« Le garde nous avait avertis de votre présence dans les égouts, dit Rudy à sa sœur.

— Nous vous cherchons depuis des heures, expliqua la jeune fille. Nous avions peur que vous n’ayez pas réussi à sortir de votre cachot. Oh ! Rudy, comme je suis heureuse de te voir !

— Nous aussi, je te le garantis, nous sommes heureux de te retrouver ! » affirma Rudy avec un sourire. Et, désignant le pilote à Hannibal et à Bob : « Voici notre cousin Dimitri, mes amis. Et maintenant, Elena, quelles nouvelles de l’extérieur ?

— Pas le temps de parler maintenant ! répondit Elena vivement. Regarde devant nous ! »

À quelque distance des fugitifs, une trouée de lumière éclairait l’égout.

« Quelqu’un a soulevé une plaque de la rue ! chuchota Dimitri. On nous guette au passage. Il va falloir avancer à toute allure ! »

Il donna des poussées plus fortes encore à sa perche. Le petit bateau bondit en avant, en plein dans le rond lumineux. Les garçons levèrent la tête. Des gardes descendaient dans l’égout. À la vue du canot, l’un d’eux se mit à crier et tenta de sauter à bord. Dimitri l’évita avec habileté. Le garde tomba à l’eau. On l’entendit se débattre furieusement, cracher et proférer des menaces.

Déjà le canot avait replongé dans les ténèbres et filait bon train le long du boyau.

« Ils vont nous suivre à pied mais leur avance sera lente, déclara Rudy.

— Je crois plutôt, soupira Dimitri, qu’ils vont soulever toutes les plaques d’égout de la ville et nous guetter au passage comme ils viennent de le faire ici ! Ah ! Voici une bifurcation. Je change de cap… »

On venait d’atteindre un carrefour où trois grands tunnels déversaient leurs eaux. Dimitri engagea son bateau dans le tunnel de gauche plus étroit que les autres. Rudy s’empara d’une petite gaffe et, avec adresse, évita que le canot ne vienne heurter les parois de pierre du boyau. Parfois la voûte devenait tellement basse que les fugitifs devaient courber la tête pour ne pas se cogner.

« Vous connaissiez déjà Dimitri de vue, dit Rudy aux garçons. C’était lui qui dirigeait l’orchestre du parc aux attractions. Comme nous, il est familiarisé avec les égouts depuis l’enfance. »

Par moments, il y avait si peu d’espace entre la voûte et la barque que Bob se demandait avec anxiété s’ils arriveraient à passer. Cependant, ils y parvenaient toujours. De plus, il n’y avait aucun signe de poursuite derrière eux.

« Où est Peter ? s’enquit Hannibal.

— Il nous attend, répondit Elena. Le bateau n’est pas assez grand pour que nous ayons pu l’emmener. En outre, je préfère qu’il soit resté en sûreté. J’aurais même voulu qu’il se rende tout droit à l’ambassade des États-Unis mais il s’y est refusé : il n’ira qu’avec vous ou pas du tout ! »

C’était là Peter tout craché !

« Où sommes-nous en ce moment, Dimitri ? demanda Rudy. Je me sens perdu.

— Nous avons fait un large détour pour atteindre l’endroit où nous devons aller, répliqua Dimitri. Nous y serons dans cinq minutes. »

On arrivait à une nouvelle intersection de tunnels. Cette fois, Dimitri prit le plus large, juste au centre. Les fugitifs n’avaient plus besoin de se courber. Soudain, une minuscule lueur troua les ténèbres devant eux.

« Espérons que c’est Peter ! dit Elena. Nous voici arrivés à l’endroit où nous devons le rencontrer. »

La lumière devint plus brillante. Bob et Hannibal virent qu’elle provenait d’une lanterne elle-même placée dans une excavation creusée au flanc du boyau. Accroupi auprès de la lanterne… il y avait Peter !

« Vous voilà enfin ! s’écria-t-il en voyant ses amis. Je commençais à me faire vieux dans mon coin. Quelques rats ont tenté de me tenir compagnie mais je les ai chassés. »

Dimitri rangea son canot le long de la paroi. Les jeunes gens débarquèrent. Hannibal constata que l’excavation était naturelle, creusée à même un énorme roc.

« Ceux qui ont construit les égouts, expliqua Rudy, ne se sont pas donné la peine de faire sauter cet obstacle. Du reste, la dynamite n’était pas inventée à l’époque. Ils ont donc contourné ce rocher creux que j’ai découvert jadis. Enfants, nous l’utilisions comme cachette pour nous amuser. Aujourd’hui, cette cachette nous est devenue précieuse.

— Tenons conseil ! dit Elena d’un air soucieux. Nous devons abandonner nos précédents projets, hélas !

— Avant tout, réclama Rudy, comment se fait-il que vous soyez ici ?

— C’est bien simple, expliqua Dimitri. J’étais chez ton père quand des gardes sont venus l’arrêter au nom du régent. J’ai pu m’échapper par une porte dérobée. Mais, une fois de l’autre côté du battant, je suis resté à écouter. J’ai entendu le capitaine des gardes dire à ton père : “Votre traître de fils a été fait prisonnier. Bientôt, vous passerez tous en justice.” Mais il semblait ne rien savoir au sujet d’Elena. J’ai espéré qu’elle avait pu fuir. Je connaissais tes plans. Je me suis donc dépêché de gagner les égouts pour voir si Elena y était et si je pouvais lui venir en aide. Comme il pleuvait à torrent, j’ai pris le vieux bateau.

— Dimitri nous a trouvés fort à propos, enchaîna Elena. Peter et moi, nous avions fui du palais, selon nos plans, pour nous réfugier dans les égouts. Mais nous ne savions que faire pour vous venir en aide. Dimitri a décidé que nous resterions sur place au cas où vous réussiriez à vous échapper vous-mêmes.

— Avant de prendre le bateau, précisa Dimitri, je m’étais débrouillé pour faire délivrer un message à Rudy par un Ménestrel enrôlé dans les gardes du palais. Maintenant que nous voilà réunis, il faut délibérer. Commençons par écouter ce que dit la radio. »

Il avait confié un petit poste à Peter, qui tourna le bouton. Un flot de paroles en jaillit, suivi des flonflons d’une musique martiale. Elena traduisit le discours aux jeunes Américains.

« Le speaker demande à tous les citoyens de notre pays de rester à l’écoute dans l’attente d’une importante déclaration qui sera diffusée à huit heures du matin. Cette déclaration, nous savons d’avance ce qu’elle sera… Le régent annoncera au peuple qu’on vient de découvrir un complot fomenté par des étrangers – c’est-à-dire vous trois –, que le prince Djaro est impliqué dans ledit complot et que le duc Stefan restera régent !… J’ai reconnu la voix du speaker ! C’est celle du Premier ministre… enregistrée sur bande, bien entendu ! Il ne se doutait pas alors que vous vous échapperiez. Leur idée était de faire votre procès publiquement, avec les journalistes, la radio et tout le bruit nécessaire. Après quoi, on vous aurait expulsés du pays tandis que mon père et Rudy, emprisonnés, auraient été châtiés sévèrement.

— Oh ! là, là, soupira Bob, épouvanté. En venant au secours de Djaro, nous l’avons enfoncé un peu plus dans le pétrin. Nous aurions bien mieux fait de rester chez nous !

— Vous ne pouviez prévoir comment tourneraient les événements, fit remarquer Elena. Je crois que le plus sage, à présent, serait que vous vous rendiez à l’ambassade américaine.

— C’est aussi mon avis, déclarèrent en chœur Rudy et Dimitri.

— Mais vous ? s’inquiéta Hannibal. Et votre père ? Et Djaro ?

— Nous y songerons plus tard, répondit Elena en soupirant. Je crains que les plans de Stefan ne soient trop bien préparés pour que nous puissions désormais leur faire échec. Bien sûr, si nous pouvions épauler Djaro, si nous pouvions avertir la population de Denzo que le prince court un grave danger, alors, nous aurions de grandes chances de réduire le complot à néant. Par malheur, le sort parait favoriser pour l’instant le duc Stefan et ses complices.

— Oui, fit Dimitri en hochant la tête. Une fois que nous vous aurons mis à l’abri, il sera temps de songer à nous-mêmes. Notre cause est perdue, je le crains. Peut-être aurons-nous plus de bonheur par la suite… Allons ! il faut partir ! Dehors il fait déjà presque grand jour. Dans une heure, la radio et la télévision diffuseront les nouvelles du palais. J’espère bien qu’à ce moment-là vous serez sains et saufs à l’ambassade. Suivez-moi… D’ici, nous pouvons nous y rendre à pied. »

À tour de rôle, les fugitifs se laissèrent glisser dans l’eau. Pour ne pas se perdre, ils tenaient la corde, tressée dans les couvertures du cachot, qui les reliait l’un à l’autre.

La tête basse et le cœur gros, Hannibal, Bob et Peter suivirent leurs sauveteurs le long des égouts de Denzo…

 

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