Une Araignée appelée à régner

Alfred Hitchcock · Chapitre 7 sur 18

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Une Araignée appelée à régner

Chapitre 6 Stupéfiante découverte

Chapitre 6

 

Stupéfiante découverte

 

N’ayant rien de mieux à faire, les trois détectives passèrent le reste de l’après-midi à flâner. Ils visitèrent de vieilles boutiques et d’intéressants musées. Puis ils firent une petite promenade en vapeur sur le Denzo.

Rudy, qui ne les quittait pas d’une semelle, leur révélait, de temps à autre, qu’ils ne cessaient d’être suivis… sans doute, cette fois, par des agents du service secret varanien, à la solde du duc Stefan.

« Peut-être ont-ils seulement pour mission de veiller sur vous, hasarda Rudy d’un air sombre, mais j’en doute fortement. Ils s’intéressent à vous. J’aimerais bien savoir au juste pourquoi. »

Les garçons aussi auraient bien aimé savoir à quoi s’en tenir. Il n’y avait aucune raison apparente à la filature dont ils étaient l’objet. Ils n’avaient encore rien fait. Et, surtout, ils n’avaient aidé d’aucune manière le prince Djaro.

À plusieurs reprises, au cours de leur promenade, ils dépassèrent de petits groupes d’hommes et de femmes qui jouaient de divers instruments de musique au coin des rues.

« Ce sont les Ménestrels, expliqua Rudy. Tous descendent de la famille qui donna asile au prince Paul autrefois. Je fais moi-même partie de leur groupement, ainsi que mon père qui fut Premier ministre jusqu’au moment où le duc Stefan l’a destitué de ses fonctions. Nous sommes les plus loyaux sujets du prince Djaro ! Suivant un décret du prince Paul, nous ne payons aucun impôt. Nous avons constitué un parti secret qui s’oppose à celui du duc Stefan : le parti des Ménestrels. Mais, le plus souvent, on nous appelle les Ménestrels, tout court. D’une manière générale, le peuple n’est pas favorable au duc Stefan, je peux vous l’affirmer. »

Chaque fois que l’on dépassait un groupe de Ménestrels, Rudy ralentissait un peu. Puis, quand un des musiciens lui avait fait un signe discret, il accélérait de nouveau.

« Nous jouons au plus malin, expliqua-t-il. Nous surveillons ceux qui vous surveillent. Et nous ne vous perdrons jamais de vue, faites-nous confiance. Nous avons nous aussi nos espions au Palais et jusque dans la garde princière. Nous sommes au courant de beaucoup de choses mais nous ignorons encore pourquoi vous semblez avoir tant d’importance aux yeux de nos ennemis. Je soupçonne un complot. Or, les complots du duc Stefan ne peuvent aboutir à rien de bon. »

Les trois détectives, cependant, prirent tant de plaisir à leur promenade à travers Denzo qu’ils finirent par oublier qu’on les suivait. Ils montèrent sur un manège géant, dans le parc des attractions, puis allèrent dîner dans un restaurant de plein air dont les produits de la rivière constituaient la spécialité.

Ils rentrèrent enfin au palais assez las mais avec une ample provision de souvenirs et fort satisfaits de leur journée.

Le Grand Chambellan, petit homme grassouillet en uniforme d’un beau rouge, se précipita à leur rencontre.

« Bonsoir, messieurs, leur dit-il. Le prince Djaro est désolé de ne pouvoir vous rencontrer ce soir mais il prendra son petit déjeuner avec vous demain. Permettez-moi de vous accompagner jusqu’à votre appartement. Je craindrais que vous ne vous perdiez parmi tant de couloirs et d’escaliers ! »

Il escorta donc Hannibal, Bob et Peter à travers une succession ahurissante de volées de marches et de corridors, jusqu’à leur chambre. À peine y furent-ils entrés qu’il s’éclipsa, comme si une affaire importante l’eût réclamé ailleurs.

Les trois amis refermèrent l’épaisse porte de chêne et regardèrent autour d’eux. La pièce et les lits avaient été faits avec soin mais personne ne semblait avoir touché à leurs valises qui étaient telles qu’ils les avaient laissées. Bob remarqua que la grosse toile d’araignée s’étalait toujours dans le coin proche du pied de son lit. À la vue des garçons, une araignée noir et or fila rapidement sur le parquet pour chercher refuge dans son trou, entre le plancher et la plinthe.

Bob sourit. Il avait accepté le fait que les araignées étaient considérées comme sacrées en Varanie. Il se rendait compte, aussi, que ces bestioles étaient plutôt jolies, quand on se donnait la peine de les examiner de près.

« Nous n’avons rien de nouveau à apprendre à M. Young, murmura Hannibal dans un murmure (qui sait s’il n’y avait pas un microphone caché quelque part dans la pièce !), mais je pense que nous ferions bien de l’appeler, ne serait-ce que pour lui demander ses instructions. Peter, ferme donc la porte à clef ! On n’est jamais trop prudent ! »

Peter tourna la clef dans la serrure. Hannibal actionna son walkie-talkie.

« Ici le détective en chef ! chuchota-t-il. Me recevez-vous ?

— Parfaitement, répondit la voix de Robert Young. Qu’avez-vous encore à m’apprendre ?

— Rien de spécial ! avoua Hannibal. Nous avons visité la ville. Mais nous avons été suivis constamment par les agents du service secret du duc Stefan.

— Votre présence l’inquiète, dit Robert Young. Avez-vous pu parler à Djaro ? Comment prend-il la chose ?

— Nous n’avons pas pu le voir Le Grand Chambellan nous a déclaré que nous ne le rencontrerions pas avant demain matin, au petit déjeuner.

— Hum ! (Et l’on pouvait presque entendre le cerveau du jeune attaché d’ambassade américain fonctionner à toute allure.) Hum ! Je me demande si on ne l’a pas empêché de vous rejoindre de propos délibéré ! Il est d’importance vitale que vous lui parliez demain matin pour le mettre au courant des faits. Pour l’instant, ôtez la bande enregistreuse de votre magnétophone et mettez-la dans votre poche. Il faut que vous me l’apportiez demain à l’ambassade. Quittez le palais comme si vous alliez visiter la ville et dites à votre chauffeur de vous conduire ici. J’ai idée que les événements ne vont pas tarder à se précipiter. Compris ?

— Oui, monsieur ! dit Hannibal.

— Essayez encore de voir de quelle manière vous pouvez venir en aide au prince Djaro. Le duc Stefan contrôle si étroitement la radio, la presse et la télévision que nous ne pouvons toucher le peuple par leur entremise. Mais vous trouverez bien un moyen… De toute façon, demain, vous serez relevés de votre mission.

— Je comprends, monsieur ! répondit Hannibal. À demain ! »

Il coupa la communication, ouvrit son appareil et ôta la bobine enregistreuse. Puis il la tendit à Peter :

« Tiens, mon vieux ! Prends ça. Je te la confie. Veille à ce que personne ne te la chipe !

— Compte sur moi », dit Peter en fourrant l’objet dans sa poche.

Pendant ce temps, Bob s’était dirigé vers la commode et fourrageait dans un tiroir pour y prendre un mouchoir propre. Ceux qu’il avait empilés dans un coin y étaient toujours mais, alors qu’il en tirait un, il perçut un faible bruit métallique.

Curieux de nature, il chercha immédiatement la cause de ce bruit. Il regarda de plus près et aperçut quelque chose caché sous ses mouchoirs. Il tira l’objet à lui et poussa un cri :

« Hannibal ! Peter ! Regardez ! »

Les deux autres, surpris, se retournèrent.

« Une araignée ! s’exclama Peter. Lâche-la vite !

— Elle est inoffensive ! affirma Hannibal. C’est une araignée du prince Paul. Pose-la sur le plancher, Bob !

— Vous ne comprenez donc pas ! hurla presque Bob. Ce n’est pas une araignée ! C’est l’araignée !

— L’araignée ? répéta Peter. Que veux-tu dire ?

— L’araignée d’argent de Varanie ! haleta Bob. Celle qui a été volée dans la chambre forte ! Ce ne peut être qu’elle ! Elle est si parfaite qu’on la croirait réelle mais elle ne l’est pas. C’est un bijou… un bijou semblable à celui que nous avons admiré… mais encore plus beau ! »

Hannibal s’approcha de Bob et toucha l’araignée de métal.

« Tu as raison, dit-il. C’est un chef-d’œuvre. On la prendrait vraiment pour un insecte véritable. Où l’as-tu trouvée, Bob ?

— Sous mes mouchoirs. Quelqu’un l’y avait cachée. Elle a tinté contre ma bague et c’est ainsi que je l’ai découverte. Elle n’était pas là ce matin, j’en suis sûr. »

Hannibal s’assombrit. Il essayait de comprendre.

« Pourquoi quelqu’un aurait-il dissimulé l’araignée de Varanie dans notre chambre ? se murmura-t-il à lui-même. Cela ne rime à rien… sauf si l’on veut nous faire accuser de ce vol. Et dans ce cas…

— Que faut-il faire, Babal ? demanda Peter, très effrayé. Tu sais, si l’on nous pince avec cette araignée, c’est la peine de mort qui nous attend !

— Je crois… », commença Hannibal.

Mais il n’eut pas le loisir d’exprimer sa pensée. Les pas d’une petite troupe en marche firent soudain résonner les dalles du couloir qui conduisait à leur chambre. Puis quelqu’un frappa à la porte et tenta de tourner le bouton.

Comme les trois amis, apeurés, restaient cois, une voix rageuse s’éleva :

« Ouvrez la porte, au nom du régent ! Ouvrez, au nom de la loi ! »

Alors, sans s’être concertés, Hannibal et Peter se précipitèrent contre l’huis et poussèrent un énorme verrou de fer qui se trouvait dessus.

Bob, trop surpris pour penser clairement, resta sans bouger au milieu de la pièce, l’araignée de Varanie à la main… Son esprit en pleine confusion ne lui suggérait aucun moyen de se débarrasser du dangereux bijou !

 

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