Une Araignée appelée à régner

Alfred Hitchcock · Chapitre 2 sur 18

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Une Araignée appelée à régner

Chapitre 1 Le prince Djaro

Chapitre 1

 

 

Le prince Djaro

 

« Attention ! hurla Bob Andy.

— Gare, Warrington ! » cria de son côté Peter Crentch.

Warrington, qui pilotait la grosse Rolls-Royce plaquée or, freina à mort. À l’arrière de la voiture, les Trois jeunes détectives, déséquilibrés, dégringolèrent de la banquette et tombèrent les uns sur les autres. La Rolls, dans un horrible grincement, finit par s’arrêter à quelques centimètres à peine d’une somptueuse limousine.

Immédiatement, plusieurs hommes descendirent de celle-ci et se précipitèrent vers Warrington qui, de son côté, avait mis pied à terre. Faisant de grands gestes avec les mains, ils commencèrent à déverser un flot de paroles en un langage inconnu. Warrington ne leur accorda même pas un regard. S’approchant de l’autre véhicule, il apostropha le chauffeur, vêtu d’une ahurissante livrée rouge et or.

« Alors, mon ami, dit Warrington, on ignore le signal “Stop” ? Savez-vous que vous avez failli provoquer un grave accident ? Vous êtes dans votre tort, car j’avais la priorité.

— Le prince Djaro a toujours la priorité ! répliqua l’autre chauffeur d’un ton arrogant. Les gens doivent veiller à ne pas se mettre sur sa route. »

Pendant ce bref dialogue, Peter, Bob et Hannibal avaient repris une position normale. Ils regardaient avec intérêt et curiosité la scène qui se déroulait sous leurs yeux.

Maintenant, les hommes qui avaient jailli de la limousine semblaient danser une sorte de ballet autour de Warrington. Ils étaient manifestement surexcités. L’un, qui était plus grand que les autres et parlait avec autorité, s’exprima soudain en anglais.

« Imbécile ! cria-t-il à Warrington. Vous avez failli tuer le prince Djaro ! Cela aurait en outre causé des complications internationales. Vous devriez être sérieusement mis au pas ! »

Sans se démonter, Warrington répondit d’une voix forte et ferme :

« J’observe les règles du code de la route. Vous ne pouvez pas en dire autant. Votre chauffeur est dans son tort.

— Qu’est-ce que c’est que cette histoire de prince ? chuchota Peter à l’oreille de Bob.

— Tu n’as donc pas lu les journaux ? répondit Bob sur le même ton. Le prince Djaro vient d’Europe centrale… d’un pays appelé Varanie… l’un des sept plus petits États du monde. Il est actuellement en visite aux États-Unis… en touriste.

— Quel honneur ! Et c’est ce digne prince que nous avons failli réduire en purée avec notre énorme Rolls… ?

— Warrington était dans son droit, rappela Hannibal Jones en se mêlant à la conversation. Allons vite nous ranger à ses côtés ! »

Les trois amis sortirent de la Rolls. À cet instant précis la portière de la limousine s’ouvrit, livrant passage à un garçon un peu plus grand que Bob, aux épais cheveux noirs qu’il portait assez longs, selon la mode en vigueur en Europe. Il ne devait guère avoir que deux ans de plus que les détectives. Cependant, ses allures étaient celles d’un chef.

« Silence ! » ordonna-t-il.

Aussitôt, les hommes qui entouraient Warrington cessèrent de crier et de gesticuler. Le garçon les écarta d’un simple mouvement de la main et s’approcha de Warrington.

« Veuillez, je vous prie, accepter mes excuses, dit-il en excellent anglais. Mon chauffeur est entièrement responsable de ce qui vient de se produire. Je veillerai à ce qu’il respecte le code de la route à l’avenir.

— Mais, Votre Altesse… », protesta le plus grand des étrangers.

Le prince Djaro lui imposa silence d’un geste de la main. Puis il regarda avec intérêt le petit groupe formé par Bob, Peter et Hannibal.

« Je suis navré de ce qui est arrivé, leur dit-il. Grâce au sang-froid et à l’habileté de votre chauffeur, un grave accident a pu être évité… Cette magnifique voiture vous appartient-elle ? ajouta-t-il en désignant la Rolls.

— Nous n’en sommes pas exactement les propriétaires, répondit Hannibal, mais nous en usons à l’occasion. »

Il aurait été trop long, pensait-il, d’expliquer au prince comment la Rolls et son chauffeur se trouvaient être à la disposition des trois détectives : Hannibal avait remporté le premier prix d’un concours organisé par une société de location de voitures, c’est-à-dire gagné le droit d’utiliser la Rolls et les services de Warrington pendant un mois.

Ce jour-là les détectives s’étaient fait conduire en voiture jusqu’à Hollywood pour donner à Alfred Hitchcock tous les détails relatifs à leur dernière aventure… une aventure qui s’était terminée par un succès, bien entendu ! Et c’est sur le chemin du retour que le « presque-accident » était arrivé…

« Je suis Djaro de Varanie, continua le prince. Pas tout à fait encore prince régnant. En effet, je ne serai couronné de façon officielle que le mois prochain… Dites-moi… êtes-vous de jeunes Américains typiques ? »

C’était là une question bizarre. Hannibal, Peter et Bob se considéraient assez comme de jeunes Américains typiques, mais ils n’étaient pas certains d’avoir bien saisi la pensée du prince.

Hannibal se chargea de répondre.

« Bob et Peter sont des garçons typiquement américains, dit-il. En ce qui me concerne, je ne pense pas que l’on puisse me juger “typique”, car beaucoup de gens estiment que je suis prétentieux, que j’emploie parfois des mots trop recherchés, tant et si bien que je n’éveille pas toujours la sympathie. Mais je suis incapable de me transformer. »

Bob et Peter échangèrent un sourire. Hannibal disait vrai, mais c’était la première fois qu’il l’avouait devant eux. Il avait une constitution robuste et possédait une intelligence supérieure à la normale. Pour cette raison, les gens lui prêtaient volontiers « une grosse tête ». Mais les gens en question étaient en général des garçons jaloux de lui ou des adultes qui lui enviaient son cerveau plein de ressources.

En revanche, ses amis ne juraient que par lui. Si un problème les tracassait, ils pouvaient être certains qu’Hannibal le débrouillerait pour eux mieux que quiconque.

Ayant répondu au prince, Hannibal tira un bristol de sa poche. C’était la carte de visite des Trois jeunes détectives. Il en avait toujours quelques-unes sur lui.

« Voici nos noms, expliqua-t-il. Moi, je suis Hannibal Jones. Permettez-moi de vous présenter Peter Crentch et Bob Andy. »

Le prince Djaro prit la carte et la lut gravement :

 

LES TROIS JEUNES DÉTECTIVES

Enquêtes en tout genre

? ? ?

Détective en chef : HANNIBAL JONES

Détective adjoint : PETER CRENTCH

Archives et recherches : BOB ANDY

 

Les Trois jeunes détectives attendaient… Presque toujours, on leur demandait ce que signifiaient les trois points d’interrogation.

Soudain, le visage de Djaro s’épanouit. Il sourit. Il avait un très joli sourire qui révélait des dents régulières, d’une blancheur éblouissante, que faisait encore ressortir son teint mat.

« Brojas ! s’écria-t-il. Cela veut dire “magnifique” en varanien. Je suppose que ces trois points d’interrogation constituent le symbole officiel de votre association ? »

Les trois amis le dévisagèrent avec respect. Il avait deviné du premier coup la vérité ! Djaro sortit à son tour de sa poche une carte, qu’il tendit à Hannibal.

« J’ai une carte, moi aussi », dit-il en souriant.

Bob et Peter se pressèrent derrière Hannibal pour mieux voir le carton. Il était blanc, assez épais, finement gravé, et portait ces simples mots : Djaro Monterak (Monterak était son nom de famille). Au-dessus un dessin en relief, noir et or, représentait une araignée portant un glaive, au centre d’une toile dorée. Mais il fallait y regarder de près pour distinguer le détail, car le tout était remarquablement stylisé.

« C’est mon symbole à moi, expliqua le prince avec gravité. Une araignée. C’est l’emblème de la famille régnante de Varanie. Il serait trop long de vous relater dans quelles circonstances nous l’avons adopté. Laissez-moi seulement vous déclarer aujourd’hui que je suis très heureux de faire votre connaissance, Peter, Bob et Hannibal. »

Il leur serra la main à tous les trois.

Au même instant, un homme se dirigea vers le petit groupe. Il était mince, jeune, avec un visage agréable et intelligent. Il venait de sortir d’une voiture noire qui s’était arrêtée juste derrière la limousine du prince. Il lui suffit d’ouvrir la bouche pour révéler sa nationalité : c’était manifestement un Américain.

« Je prie Votre Altesse de m’excuser, dit-il, mais notre programme est chargé. Il ne faudrait pas nous mettre en retard si nous voulons visiter la ville aujourd’hui.

— Je ne désire pas spécialement visiter la ville, répondit Djaro. J’ai déjà vu des quantités de villes. Je préfère de beaucoup parler un peu plus longtemps avec ces jeunes garçons. Ce sont les premiers Américains typiques que j’aie eu l’occasion de rencontrer jusqu’ici. »

Puis il se tourna vers les détectives. « Dites-moi, demanda-t-il, à votre avis, Disneyland vaut-il la peine d’être visité ? »

Les trois amis lui affirmèrent que cela valait le déplacement. Djaro parut satisfait de la réponse mais assez hésitant.

« Il n’est guère agréable de circuler au milieu de gardes du corps, vous savez, murmura-t-il. Le duc Stefan, qui est mon tuteur et aussi le régent actuel de Varanie en attendant que je sois sacré prince régnant, a donné des ordres stricts pour que personne ne puisse m’approcher. Il craint je ne sais quoi. C’est ridicule. Je ne suis pas une personnalité assez importante pour que quelqu’un désire m’assassiner. La Varanie, à ma connaissance, n’a pas d’ennemis ! »

Il rêva un instant, puis parut se décider :

« Est-ce que vous accepteriez de venir avec moi à Disneyland ? demanda-t-il. Vous me montreriez ce qu’il y a à voir. Je vous en serais fort reconnaissant. Pour une fois, il me plairait d’être entouré d’amis. »

La requête était assez inattendue. Elle prenait de court les Trois jeunes détectives. Cependant, la perspective d’une visite à Disneyland en compagnie du prince ne leur déplaisait pas. Et puis, ils n’avaient fait aucun projet pour la journée. Ils acceptèrent donc.

Hannibal prévint sa tante, Mathilda Jones, en téléphonant au Paradis de la Brocante. Cela lui fut facile car il y avait un appareil à bord de la Rolls. Djaro parut fort intéressé par l’opération.

Ensuite, les hommes constituant l’escorte du prince s’entassèrent dans la voiture noire tandis que le prince, Bob, Peter et Hannibal prenaient place dans la limousine avec le personnage qui s’était montré si virulent au moment de l’accident !

Ce dernier déclara d’un air sombre :

« Le duc Stefan ne sera pas content de ce qui se passe. Il avait bien recommandé de ne prendre aucun risque !

— Mais où voyez-vous que je coure le moindre risque ? riposta Djaro. Il est grand temps que le duc Stefan apprenne à aimer ce que j’aime. Avant longtemps, je régnerai en maître dans mon pays, et c’est moi qui ferai la loi ! Pas le duc Stefan !… Et maintenant, dites à Markos de veiller à mieux respecter le code de la route. Voici la troisième fois que nous échappons de peu à un grave accident à cause de lui. Il persiste à conduire comme s’il circulait en Varanie. Que je n’aie plus d’observation à lui faire ! »

Le compagnon du prince – qui répondait au nom de duc Borka – se tourna vers le chauffeur, auquel il adressa un flot de paroles, en varanien, bien entendu. Le dénommé Markos acquiesça d’un air contrit. Puis il démarra en douceur et les Trois jeunes détectives remarquèrent que, désormais, il respectait les panneaux de signalisation et conduisait avec prudence.

Il fallut environ quarante-cinq minutes pour atteindre Disneyland. Les jeunes garçons ne virent pas le temps passer tant le prince Djaro les occupa en les bombardant de questions. Il voulait tout savoir au sujet de l’Amérique en général et de la Californie en particulier.

Puis, une fois à Disneyland, Hannibal, Peter et Bob furent trop pris par les promenades et les attractions pour penser à autre chose.

À un certain moment, le prince Djaro s’aperçut que le duc Borka traînait un peu en arrière. Avec une flamme malicieuse au fond des yeux, il suggéra d’en profiter pour faire une escapade et prendre le petit train qui offrait à ses passagers un voyage circulaire autour du parc. Hannibal, Bob et Peter ne demandaient pas mieux !

Tous quatre s’éclipsèrent donc brusquement derrière un groupe de visiteurs et, une fois hors de la vue de Borka, se hâtèrent de monter les marches de la gare en miniature et de s’installer dans le train qui venait tout juste d’arriver.

Quand celui-ci eut démarré, ils aperçurent, à la première courbe, Borka et les gardes du corps du prince qui les cherchaient en vain dans la foule.

Une fois l’agréable périple terminé, il fallut bien revenir au point de départ. Bob, Peter et Hannibal virent le duc Borka et ses hommes se précipiter en courant à leur rencontre. Cependant, avant que le duc ait eu le temps d’ouvrir la bouche, Djaro le devança et s’écria d’un ton sévère :

« Je vous prends en défaut, duc ! Vous auriez dû rester auprès de moi. Or, vous avez flâné à l’arrière-garde. Cette faute sera signalée au régent.

— Mais… mais… mais… » bégaya le duc Borka, ahuri.

Djaro l’empêcha de poursuivre.

« Plus un mot ! À présent, nous rentrons. Je regrette seulement que mon programme ne me permette pas de revenir pour visiter cet endroit plus en détail. »

De retour à la limousine, Djaro ordonna au duc de monter dans la voiture suivante avec les hommes de l’escorte. Ainsi, durant le trajet de Disneyland à Rocky, le prince se trouva-t-il seul avec ses nouveaux amis. Ils purent bavarder en toute liberté.

Le prince Djaro questionna les garçons sur eux-mêmes. Les trois détectives expliquèrent, en parlant à tour de rôle, comment ils avaient eu l’idée de créer leur agence, comment ils s’étaient liés d’amitié avec Alfred Hitchcock et comment, enfin, ils avaient déjà vécu de palpitantes aventures… Ils évoquèrent même certaines des plus marquantes.

« Brojas ! Magnifique ! s’exclama le jeune Varanien. Oh ! comme je vous envie ! Vous autres, garçons américains, vous jouissez d’une telle liberté ! Je voudrais bien n’être pas prince ! Je vous assure que je le souhaite presque ! Cependant, il est de mon devoir de gouverner mon pays, bien qu’il ne soit qu’un tout petit État. Je n’ai jamais fréquenté aucune école… Des professeurs venaient m’instruire au palais… Aussi n’ai-je jamais pu me faire aucun ami… En fait, mon existence a toujours été extrêmement monotone jusqu’à ce voyage aux États-Unis. Aujourd’hui est sans doute le jour le plus palpitant de toute ma vie. »

Il parlait avec exaltation. On le devinait sincère. Le métier de prince ne devait pas être gai, au fond !

« Voulez-vous devenir mes amis ? demanda enfin Djaro aux Trois jeunes détectives. Cela me ferait infiniment plaisir.

— Nous serons bien volontiers vos amis, répondit Peter.

— C’est un grand honneur pour nous », assura Bob de son côté.

Le prince Djaro eut un large sourire.

« Je vous remercie. Dois-je vous l’avouer ? Aujourd’hui, c’est la première fois que j’ose envoyer promener le duc Borka. Il en est resté stupéfait. Et le duc Stefan le sera encore plus : Mais ce n’est qu’un début. Je me propose de lui donner d’autres émotions. Après tout, je suis le futur souverain et j’entends asseoir… Voyons ! Comment dites-vous au juste ?

— Asseoir votre autorité ? » suggéra Hannibal.

Djaro le remercia d’un sourire.

« C’est cela ! Asseoir mon autorité. Je réserve quelques surprises au régent dès mon retour en Varanie. Il est temps que je jette mon poids dans la balance de l’État. »

Cependant, on arrivait à Rocky. Hannibal indiqua la route qui menait au Paradis de la Brocante, le fameux bric-à-brac des Jones. Quelques instants plus tard, la limousine princière franchissait les grilles de la cour.

Dès qu’Hannibal eut mis pied à terre, il invita Djaro à visiter le quartier général des détectives. Le prince refusa à regret :

« Je crains de ne pas en avoir le temps, soupira-t-il. Ce soir, je dois assister à un banquet officiel et demain je repars en avion pour la Varanie. La capitale de mon pays est Denzo. Je vis là dans un palais moderne bâti sur les ruines de l’ancien château. Il y a environ trois cents pièces… pas tellement confortables, pour tout vous dire. C’est un des ennuis mineurs de mon état de prince. »

Il jeta un coup d’œil d’envie en direction des piles d’objets hétéroclites parmi lesquelles serpentaient les mystérieux tunnels conduisant au quartier général.

« Non, répéta-t-il. Je n’ai pas le temps de rester, bien que j’en meure d’envie. Je ne peux pas davantage prolonger mon séjour aux États-Unis. Il faut que je rentre dans mon pays pour le gouverner. Mais je ne vous oublierai jamais, mes amis. Quelque jour, nous nous retrouverons, j’en suis certain. »

Sur ces mots, il remonta dans la grosse limousine et s’éloigna, suivi par la voiture noire bourrée de ses gardes du corps qui avaient peine à y contenir et dont les têtes furieuses paraissaient aux portières.

Les trois garçons le regardèrent partir.

Puis Peter déclara :

« Pour un prince, il est fameusement sympathique, vous ne trouvez pas ?… Hé ! Hannibal !… À quoi penses-tu ? Tu fais une drôle de tête. »

Hannibal tressaillit.

« Je me demandais… murmura-t-il. Je pensais à l’instant où notre grosse Rolls a failli emboutir la voiture de Djaro… Est-ce que rien ne vous a semblé étrange, dans cet incident ? »

Bob ouvrit des yeux étonnés.

« Étrange ? répéta-t-il. Non… mais nous avons eu de la veine ! Ou plutôt, c’est le prince qui en a eu. Notre Rolls allait plus vite que sa voiture et comme elle est beaucoup plus grosse…

— Je ne vois pas où tu veux en venir, dit Peter, aussi intrigué que Bob.

— Ce Markos, le chauffeur de la limousine du prince… expliqua Hannibal. Rappelez-vous ! Il a surgi d’une rue sans respecter le signal stop. Or, vu sa position, il ne pouvait manquer de nous voir… Lorsque la collision a été sur le point de se produire, il aurait encore pu l’éviter en forçant la vitesse. Or, avez-vous remarqué ? Il a au contraire ralenti de telle sorte qu’il nous prêtait le flanc. Si Warrington n’était pas un conducteur de première classe, il aurait percuté la limousine exactement à l’endroit où Djaro se trouvait assis. Et le pauvre prince aurait fort bien pu être tué.

— Sans doute Markos a-t-il freiné d’instinct, suggéra Peter.

— Hum… Je me le demande. Oh ! Après tout, je suppose que cela n’a pas grande importance. Je suis bien content d’avoir fait la connaissance de Djaro. L’ennui, c’est que nous ne le reverrons sans doute jamais ! »

Mais, pour une fois, l’intuition d’Hannibal se trouvait en défaut.

 

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