Une Araignée appelée à régner

Alfred Hitchcock · Chapitre 3 sur 18

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Une Araignée appelée à régner

Chapitre 2 Une surprenante invitation

Chapitre 2

 

 

Une surprenante invitation

 

Ce jour-là, les Trois jeunes détectives se trouvaient réunis, comme cela leur arrivait souvent, à leur quartier général. Celui-ci consistait en une caravane désaffectée, dissimulée au milieu d’énormes piles d’objets de rebut et de tas de ferraille, dans la cour du Paradis de la Brocante.

Le courrier du matin n’avait rien apporté de bien palpitant. Bob venait de lire une lettre envoyée par une dame qui habitait Malibu et faisait appel aux garçons pour retrouver son chien disparu.

Soudain, la sonnerie du téléphone retentit. Ce téléphone privé était payé par les trois amis qui gagnaient quelque argent en aidant Titus Jones dans son travail. Il ne sonnait pas souvent. Mais quand cela se produisait, on pouvait toujours s’attendre à d’agréables perspectives.

Hannibal se hâta de décrocher.

« Allô ! dit-il. Ici les Trois jeunes détectives. Hannibal Jones à l’appareil.

— Bonjour, jeune Hannibal ! »

C’était la voix sonore d’Alfred Hitchcock. Bob et Peter l’entendaient aussi clairement qu’Hannibal, car celui-ci, fort ingénieux, avait imaginé une sorte de haut-parleur qui amplifiait les sons issus de l’écouteur.

« Je suis heureux de vous trouver au gîte, continua Alfred Hitchcock. Je voulais vous avertir que vous aurez à brève échéance la visite de quelqu’un.

— Quelqu’un ? répéta Hannibal. S’agit-il d’une personne désireuse de s’assurer nos services ?

— Je ne peux rien vous révéler, déclara Alfred Hitchcock. J’ai promis le secret. Néanmoins, sachez que j’ai eu un long entretien avec la personne que vous allez recevoir et à laquelle je vous ai chaudement recommandés. Cette personne vous transmettra une surprenante invitation. C’est tout ce que je peux vous dire. Je vous ai téléphoné uniquement pour vous préparer à cette visite. Et maintenant, je vous quitte… »

Il raccrocha là-dessus, et Hannibal en fit autant. Les trois garçons se regardèrent.

« Crois-tu qu’il puisse s’agir d’une nouvelle enquête ? » demanda Bob.

Hannibal n’eut pas le temps de répondre, car, à cette minute précise, la voix de Mathilda Jones résonna aux oreilles des jeunes garçons. Elle parlait du bureau du Paradis de la Brocante mais sa voix était distincte, grâce à un autre dispositif spécial imaginé par le cerveau fertile de son neveu.

« Hannibal ! criait-elle. Viens vite. Tu as un visiteur. »

Une minute plus tard, les détectives se faufilaient dans le Tunnel numéro 2, grosse conduite de fonte qui partait de derrière la caravane et conduisait à une issue secrète, proche du bureau des Jones. Il ne leur fallut ensuite qu’un instant pour contourner les tas d’objets hétéroclites qui encombraient la cour et se retrouver devant le bureau lui-même.

Une petite voiture était garée dans la cour. Un jeune homme se tenait debout juste à côté. Les garçons le reconnurent sur-le-champ. C’était l’Américain qui faisait partie de l’escorte du prince Djaro le jour où la Rolls avait failli heurter la limousine du jeune Varanien.

« Bonjour ! dit le visiteur. Sans doute ne vous attendiez-vous pas à me revoir. Cette fois-ci, permettez-moi de me présenter : Robert Young ! Et voici mes lettres de crédit ! » ajouta-t-il en souriant.

Il leur montra une carte d’aspect très officiel, puis la replaça dans son portefeuille.

« Je suis attaché aux Affaires étrangères, murmura-t-il… Le gouvernement me fait confiance pour une délicate mission dont j’aimerais vous entretenir… Où pourrions-nous parler sans être dérangés ?

— Par ici ! » répondit Hannibal.

Les yeux du détective en chef, après avoir exprimé la surprise, brillaient maintenant d’intérêt. Ce Robert Young était un agent gouvernemental et il désirait leur parler en privé ! Et, avant de venir les trouver, il avait rendu visite à Alfred Hitchcock pour le questionner à leur sujet. Quelle aventure ! Qu’est-ce que tout cela pouvait bien signifier ?

Vivement, Hannibal conduisit son visiteur jusqu’à l’atelier de bricolage. Il s’y trouvait deux chaises. Il en offrit une à Robert Young et s’assit sur l’autre. Bob et Peter prirent place sur deux vieilles caisses. Les trois garçons frémissaient d’impatience.

« Peut-être, commença Young, avez-vous deviné pourquoi j’étais ici… »

Ils avaient deviné, bien sûr ! Mais ils ne répondirent rien, attendant la suite.

« C’est au sujet du prince Djaro de Varanie.

— Le prince Djaro ! répéta Bob. Comment va-t-il, monsieur ?

— Il se porte à merveille et m’a chargé de vous transmettre son amical souvenir. Je l’ai vu il y a seulement deux jours, et nous avons parlé de vous. Mais autant en venir tout de suite au fait : le prince serait heureux que vous lui rendiez visite et que vous séjourniez à Denzo pour son couronnement, dans quinze jours. »

Peter ouvrit des yeux grands comme des soucoupes.

« Quoi ! s’écria-t-il. Faire tout ce voyage jusqu’en Europe centrale ? Êtes-vous bien sûr que le prince Djaro désire notre présence ?

— Absolument certain. Il souhaite vivement vous recevoir en Varanie ! Je crois qu’il a fait avec vous un pacte d’amitié le jour où vous avez visité Disneyland ensemble. Le prince n’a pas beaucoup d’amis, voyez-vous. Parmi les jeunes Varaniens de son entourage, il est incapable de discerner ceux qui sont pour de bon ses amis et ceux qui lui sont attachés uniquement parce qu’il est prince. Mais il a confiance en vous trois. Pour le grand événement qui se prépare, il lui serait agréable de s’entourer de personnes sûres et il vous a choisis. Je peux bien vous révéler la vérité… c’est un peu à cause de moi qu’il s’est fourré cette idée dans la tête.

— Vous lui avez suggéré de nous inviter ? demanda Bob, étonné. Pourquoi ?

— Ma foi, murmura Robert Young, autant vous donner dès maintenant quelques explications… La Varanie est un État pacifique. C’est un pays neutre, comme la Suisse. Et cette neutralité plaît beaucoup aux États-Unis. Elle est une garantie que la Varanie ne donnera jamais son appui à des pays qui nous seraient hostiles. »

Hannibal se mêla enfin à la conversation.

« Mais quelle aide, demanda-t-il, un si petit État pourrait-il fournir à d’autres nations ?

— Une aide bien plus grande que vous ne l’imaginez, mon jeune ami ! La Varanie pourrait en effet devenir un quartier général d’espions, par exemple ! Mais je ne peux pas vous parler de toutes les possibilités envisageables. Je ne suis ici que pour vous poser cette question : voulez-vous aller en Varanie ? »

Les trois garçons s’interrogèrent du regard. Un voyage en Varanie les tentait fort. Mais ils prévoyaient de grosses difficultés. Leurs familles pour commencer. Les frais de déplacement ensuite.

Robert Young devina leur pensée.

« Je me charge de parler à vos parents, déclara-t-il. Je crois que je les convaincrai aisément que vous serez en bonnes mains. Du reste, j’irai moi aussi à Denzo et je veillerai sur vous. Par ailleurs, vous serez les invités du prince. En ce qui concerne le voyage, nous vous offrirons vos billets d’avion. Nous vous fournirons aussi de l’argent de poche, car nous désirons que vous agissiez comme de jeunes Américains typiques… enfin… tels que les Varaniens se représentent les garçons de chez nous. C’est-à-dire que vous achèterez des souvenirs et que vous prendrez des photos. »

Bob et Peter étaient tellement ravis des perspectives qu’on faisait miroiter à leurs yeux qu’ils ne songeaient qu’à se réjouir. Hannibal, en revanche, fronça les sourcils d’un air soucieux.

« Pourquoi le gouvernement américain ferait-il tout cela pour nous ? demanda-t-il. Je ne pense pas que ce soit par pure générosité, n’est-ce pas ? Les gouvernements sont toujours plus ou moins intéressés. »

Robert Young eut un petit sourire.

« Alfred Hitchcock m’avait vanté votre perspicacité, dit-il. Je suis heureux de constater qu’il avait raison. Autant vous avouer, sans plus tourner autour du pot, que le gouvernement américain désire que vous alliez en Varanie en tant que jeunes agents secrets. »

Peter s’écria avec indignation :

« Quoi ! On voudrait que nous espionnions le prince Djaro ? »

Robert Young secoua la tête avec force. « Certainement pas ! Nous voulons que vous gardiez vos yeux ouverts… que vous sachiez voir ce qui est susceptible d’arriver… et, si quelque chose de suspect se produit, que vous nous avertissiez sur-le-champ. Pour ne rien vous cacher, il se trame du vilain en Varanie. Nous ne savons pas au juste quoi et nous pensons que vous pourrez nous aider à le découvrir.

— Cela paraît étrange, murmura Hannibal, qui continuait à froncer les sourcils. Je pensais que le gouvernement avait des sources d’information qui…

— Nous ne sommes que des hommes, soupira Robert Young. Et la Varanie est un pays où il est difficile de fourrer son nez. Voyez-vous, les Varaniens sont chatouilleux et fiers. Ils ne veulent recevoir d’aide de personne. Ils se sentiraient insultés si une nation étrangère leur proposait son appui. Ils possèdent au plus haut point le sentiment de leur indépendance.

— Cependant, vous avez bien découvert que quelque chose de louche se préparait là-bas…

— Oui, certaines indiscrétions nous ont permis d’apprendre que le régent, le duc Stefan, n’était pas quelqu’un de sûr. Il doit gouverner jusqu’à ce que le prince Djaro soit couronné et peut-être ne désire-t-il pas le voir régner. Le duc Stefan, le Premier Ministre et le Conseil Suprême, qui est l’équivalent de notre Congrès, forment un bloc étroit. Il est à craindre qu’ils ne se liguent pour empêcher Djaro d’accéder au pouvoir.

— Mais en quoi ces convulsions intérieures peuvent-elles intéresser les États-Unis ? demanda Hannibal.

— À ce stade seul, il serait normal de laisser les Varaniens se débrouiller entre eux. Leurs affaires ne nous regardent pas. Mais il semble que le duc Stefan ait des projets importants en tête… des projets concernant la politique internationale. C’est là que le bât blesse. Nous souhaitons découvrir ce qui se trame. Si donc vous allez vivre au palais, vous serez peut-être à même de dénicher quelque chose. Aucun adulte délégué par notre gouvernement ne pourrait approcher d’assez près les Varaniens pour apprendre la vérité. Il est possible que Djaro lui-même sache quelque chose. Mais il est trop orgueilleux pour demander une aide officielle. En revanche, il peut fort bien se confier à vous… Il est également possible que ses ennemis, ne voyant en vous que trois gamins sans importance, agissent sans trop se cacher et vous permettent de deviner leurs projets. »

Robert Young s’interrompit pour regarder les trois garçons en face :

« Et maintenant, je vous pose à nouveau la grande question : acceptez-vous d’aller en Varanie ? Voulez-vous vous charger de la mission que je vous propose ? »

Bob et Peter restèrent silencieux. Ils attendaient qu’Hannibal, leur chef, ait pris une décision. Hannibal réfléchit un instant, puis acquiesça :

« Si vous nous demandez d’aider le prince Djaro, dit-il, vous pouvez compter sur nous. À condition, bien entendu, que nos familles soient d’accord. Nous avons dit à Djaro que nous étions ses amis et nous ferons de notre mieux pour servir ses intérêts.

— Bravo ! Je suis heureux de vous entendre parler ainsi ! s’écria Robert Young. Mais attention ! Ne révélez pas à Djaro que vous soupçonnez qu’il se trame du vilain. Efforcez-vous au contraire d’obtenir ses confidences spontanées. Ainsi il pensera vous avoir mis au courant lui-même. Autre chose : que personne ne devine les raisons véritables de votre séjour en Varanie ! Presque tous les Varaniens sont fidèles à Djaro. Ils adoraient son père qui périt dans un accident de chasse voici environ huit ans. En revanche, ils n’apprécient guère le duc Stefan. Néanmoins, s’ils se doutent que vous êtes à Denzo pour espionner, fût-ce pour la bonne cause, ce sera une levée de boucliers contre vous. Je vous conseille donc d’ouvrir les yeux et les oreilles… mais pas la bouche. Compris ?… Fort bien ! En avant donc, et bonne chance ! »

 

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