Une audacieuse ingénue

Carole Mortimer · Chapitre 14 sur 16

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Une audacieuse ingénue

Chapitre 14

 

— Oh, mon Dieu ! Qu’avez-vous fait, Hawk ? balbutia Jane en portant les mains à ses tempes.

Elle s’agenouilla auprès du comte de Whitney qui gisait sur le chemin et s’enquit :

— Etes-vous blessé, milord ? Puis-je vous aider…

— Laissez-le ! Il n’a eu que ce qu’il méritait, intervint le duc en prenant Jane par le bras pour la relever.

— Lâchez-moi !

Hélas, les efforts qu’elle fit pour s’arracher à l’emprise de Hawk furent vains. Il la tenait d’une main de fer, nullement disposé à la libérer et très fâché de la voir s’apitoyer sur la victime.

— Comment osez-vous ? dit-elle en se débattant de nouveau. Comment osez-vous me malmener ainsi après avoir frappé un innocent qui a eu le courage de m’aider à vous fuir ?

Le duc était loin de partager l’avis de Jane quant aux qualités de Whitney. L’homme était tout sauf innocent, et le courage n’était pas sa première vertu.

Stourbridge savait par expérience qu’en dépit de son âge le comte était fort capable de se défendre. Il fréquentait en effet trois fois par semaine le ring du célèbre boxeur gentleman John Jackson et gagnait autant de combats qu’il en disputait.

Mais la lueur de mépris que le duc lisait dans les yeux de Jane indiquait qu’il avait eu tort d’administrer cette correction à Whitney. Nul doute qu’en cet instant miss Smith le considérait comme le dernier des sauvages et qu’il aurait du mal à reconquérir son estime.

Le gémissement de douleur que fit entendre le comte eut pour effet de conforter Jane dans le dégoût que lui inspirait son « tuteur ».

— Je… je suis sûr que vous m’avez brisé… la mâchoire, Stourbridge, marmonna Whitney.

— Si c’était le cas, mon cher, vous ne pourriez pas articuler un seul mot, ce qui serait pour nous tous une bénédiction. Hélas, je constate que votre langue de vipère est intacte.

— Vous avez un cœur de pierre et une main de fer, Stourbridge, soupira le malheureux Whitney en tâtant sa mâchoire tuméfiée.

Il leva les yeux vers Jane et la prit à témoin.

— N’est-ce pas votre avis, Jane ?

Comme elle avait enfin réussi à se libérer, Jane s’accroupit auprès du comte et lui releva la tête avec d’infinies précautions.

— C’est tout à fait vrai, milord, confirma-t-elle en foudroyant le coupable du regard. Je dirais même que le duc est un homme sans cœur.

Ce que Jane ne vit pas, c’est le clin d’œil complice que le comte adressa au même instant à son agresseur comme pour le rassurer sur son état.

A l’évidence cette crapule n’avait rien de grave, se dit Stourbridge. Il gémissait pour s’attirer la compassion de Jane, voilà tout. Et, visiblement, il y parvenait !

La tête bien calée sur le giron de miss Smith qui lui caressait la mâchoire pour apaiser sa douleur, le comte reprit d’une voix de mourant :

— Je pense… que vous devriez… me ramener à Mulberry Hall, Stourbridge, et envoyer l’un de vos valets quérir d’urgence le docteur.

Et d’un nouveau clin d’œil Whitney rassura définitivement le duc.

Cependant, à le voir jouer ainsi la comédie tout en se délectant des caresses de Jane, Hawk eut bien envie de lui asséner un autre coup de poing pour l’envoyer une bonne fois pour toutes à l’infirmerie !

— Peut-être… pourriez-vous m’installer dans mon cabriolet, Stourbridge ? Ce serait… plus confortable pour le transport.

— Oh, certainement ! approuva Jane. Hawk, je vous en prie, aidez-moi à relever monsieur le comte. Nous ne pouvons pas le laisser ainsi au bord du chemin. Et puis il faudrait une compresse froide pour calmer la douleur…

Le duc admit qu’une rougeur était apparue sur la mâchoire du comte, mais de son point de vue Jane s’alarmait inutilement. Bon gré mal gré, il consentit à aider Whitney à se relever et l’invita à s’appuyer sur son épaule pour aller jusqu’à la voiture.

— Une grave erreur tactique de votre part, Stourbridge, murmura le comte à l’oreille du duc tandis que Jane ouvrait la portière. Ne vous a-t-on jamais dit que c’est toujours le perdant qui obtient les faveurs des dames ? Ce n’est pas vous qu’elle admire pour votre coup de poing, c’est moi qu’elle plaint, mon cher !

— Miss Smith n’est pas une récompense, Whitney. En outre, vous ne la méritez pas.

— C’est sans doute là que vous vous trompez, mon ami, ricana l’autre.

— Taisez-vous !

— Jane est un trésor que je place au-dessus de tout, renchérit le comte.

Hawk n’eut pas le temps de répliquer à cette nouvelle insolence car Whitney émit un gémissement déchirant. Jane accourut aussitôt pour aider le malheureux à se hisser sur le siège et lui glissa un coussin sous la nuque.

— Hawk, mieux vaut que vous laissiez votre cheval ici pour prendre les commandes du cabriolet, suggéra-t-elle tout en cajolant le blessé.

Bien sûr, retourner à Mulberry Hall n’était pas dans les projets de Jane, bien au contraire, mais en ces circonstances elle n’avait pas le choix.

Elle pestait en silence contre le duc. Quelle idée lui était donc passée par la tête pour frapper ainsi le comte ? Certes, Whitney l’avait poussé à bout comme il savait si bien le faire, mais cela n’excusait pas un geste aussi brutal. Désormais, le comte avait une bonne raison de convoquer son rival sur le pré et de l’affronter en duel, et il était à craindre que l’un d’eux n’y survive pas !

* * *

— Mais que diable s’est-il passé ?

Debout sur le pas de la porte, Arabella n’en croyait pas ses yeux. Soutenu par son frère et par Jane Smith, le comte de Whitney gémissait comme s’il était au plus mal tandis que les domestiques accouraient et proposaient leur aide.

— Oh, mon Dieu ! Le comte aurait-il eu un accident ? s’enquit Arabella en s’écartant pour laisser le passage.

— Oui. Je suis tombé sur le poing de votre frère, milady, précisa le comte en faisant l’effort de relever la tête.

— Hawk !

— Oh ! ne vous alarmez pas pour moi, lady Arabella, continua Whitney tandis qu’on l’emmenait vers l’escalier. Cette chère Jane a pris grand soin de moi et je me sens déjà beaucoup mieux.

Il ajouta, alors que ses porteurs gravissaient les premières marches :

— Toutefois, il me semble qu’un bon vieux cognac contribuerait à ma guérison…

— N’ayez crainte, Arabella, intervint Jane. Je ne crois pas que le comte soit en danger et il sera vite remis.

Dans le cabriolet qui les conduisait à Mulberry Hall, elle avait en effet remarqué que la mâchoire de lord Whitney commençait à désenfler et que les traces du coup s’atténuaient.

En outre, elle soupçonnait le comte d’avoir insisté pour être soigné au château dans le but de la ramener en douceur à Mulberry Hall. Sa complicité avec le duc ne faisait aucun doute !

— Cette affaire est bien cruelle, ma chère Jane ! gémit Whitney en affectant un ton dramatique. Oui… vraiment très cruelle !

Elle leva les yeux vers Hawk, qui haussa les épaules. Désormais, Jane n’avait plus aucun doute : la comédie qui se jouait sous ses yeux était bien l’œuvre de ces deux bouffons. La victime était un simulateur de talent, et l’agresseur son complice !

Dès lors, elle laissa le comte de Whitney aux soins des serviteurs, estimant qu’il était sans doute fort capable de tenir sur ses jambes.

— Je crois qu’il est grand temps pour moi de vous laisser et de continuer ma route, annonça-t-elle.

— Continuer… votre route, Jane ? s’étonna Arabella. Que voulez-vous dire ? Avez-vous vraiment l’intention de nous quitter ?

— Je…

— Non. Miss Jane ne nous quitte pas, déclara le duc pour mettre un terme à cette discussion.

Jane leva les yeux vers lui, ne sachant trop s’il était ou non résolu à la garder auprès de lui. Mais, son visage impassible ne laissait rien deviner de ses intentions.

— Est-il toujours dans vos projets de me livrer à la justice, milord ? questionna-t-elle.

— A la justice ! s’écria le comte qui semblait décidément reprendre des forces.

Il ordonna aux serviteurs de le déposer à terre et apostropha vertement le maître des lieux.

— Qu’est-ce que j’entends, Stourbridge ? Livrer Jane à la justice ? Est-ce là votre dernière machination diabolique ? Ah ! on peut dire que vous ne perdez pas une occasion de vous distinguer.

Jane croisa alors le regard de Hawk et ils s’observèrent quelques instants en silence.

— En effet, monsieur le comte, confirma Jane. Sa Grâce le duc de Stourbridge a bien l’intention de me faire arrêter pour vol de bijoux.

Elle se tourna vers l’intéressé en ajoutant :

— C’est bien cela, n’est-ce pas, monsieur le duc ?

— Vol de bijoux ? s’étonna Arabella.

S’adressant alors à son frère, elle manifesta bruyamment son indignation.

— Hawk, mais vous n’y songez pas ! Tout cela n’est pas sérieux, je suppose ?

Le duc garda le silence. Comment sa sœur, le comte et Jane elle-même pouvaient-ils supposer qu’il était capable de livrer sa protégée aux rigueurs de la justice anglaise ?

— Jane… c’est impossible… vous devez vous tromper, se récria Arabella. J’ai vu le collier de perles et les boucles d’oreilles de ma mère dans votre chambre voici moins d’une heure. Cette affaire est une farce ridicule !

— Il ne s’agit pas des bijoux de votre mère, Arabella. Je suis accusée du vol des bijoux de lady Sulby, ma tutrice du Norfolk.

— Votre tutrice… du Norfolk ? répéta lord Whitney, stupéfait.

Se tournant vers le duc, il demanda :

— Stourbridge, ne m’avez-vous pas présenté miss Jane Smith comme votre pupille ?

— J’ai le privilège d’être son tuteur, en effet ! confirma le maître de maison avec un sourire crispé.

— Il me semble pourtant vous avoir délivré de cette charge au cours de notre conversation de ce matin, milord, intervint l’intéressée.

— Je crains que vous n’ayez volontairement déformé mes propos, Jane.

— Vous ai-je mal compris quand vous m’avez accusée d’avoir dérobé les bijoux de lady Sulby ? Me suis-je trompée quand vous m’avez conseillé de vous restituer ces joyaux afin que vous les remettiez à sir Barnaby en lui recommandant de revenir sur les accusations de sa femme ? Allons, dites-moi, Votre Grâce, suis-je stupide au point de n’avoir rien compris ?

Elle leva vers Hawk des yeux embués de larmes et attendit qu’il s’explique.

Comme Jenkins venait de faire son apparition dans le hall, le duc parut gêné par la présence de son domestique.

— Hum ! Jane… je crois qu’il serait préférable de poursuivre cette conversation dans le salon… si nous devons vraiment la poursuivre.

— Je ne crois pas que ce soit nécessaire, Votre Grâce. Vous m’avez suffisamment humiliée ainsi !

— Jane, si j’ai bien compris, intervint le comte de Whitney, vous venez d’arriver du Norfolk ?

— Oui… en effet, confirma-t-elle, un peu surprise qu’il pose pareille question.

— Dites-moi, Jane…, reprit-il, quand vous parliez à mon neveu au cours du dîner d’hier, il me semble vous avoir entendue lui dire que vous aviez grandi dans le Somerset.

— En effet, milord, c’est là que j’ai passé mon enfance, mais je n’ai pas revu ce comté depuis des années. A la mort de mon père, voici douze ans, je suis partie chez des… connaissances de ma mère.

Jane sentit soudain un frisson l’envahir à l’évocation de ces événements.

— Ces personnes que votre mère connaissait, ne se nommaient-elles pas sir Barnaby et lady Gwendoline Sulby ?

Hawk lança alors au comte un regard interrogateur. Il se demanda si Whitney connaissait les Sulby, et, à en juger par l’expression de dégoût qu’il affichait à l’évocation de leur nom, il se dit que c’était très probable.

Par ailleurs, le comte regardait Jane avec une étrange insistance et cela l’inquiétait.

— Jenkins, apportez-nous du thé, commanda-t-il à son valet qui s’attardait un peu trop à son goût.

— Du thé ? fit le comte avec une moue indiquant qu’il n’avait aucun goût pour ce breuvage.

— Oui, du thé !

Et il ajouta à l’intention du valet :

— Du thé pour quatre, Jenkins !

Il s’avança alors vers le comte et s’enquit :

— Que savez-vous précisément des Sulby, Whitney ?

Ce dernier ne répondit pas, visiblement trop captivé par la silhouette de Jane.

— Qui est exactement Jane Smith, Stourbridge ? questionna-t-il sans la quitter des yeux.

Mais pour une fois son regard n’avait rien de concupiscent. Ce n’était pas celui du libertin, que le duc ne connaissait que trop.

— Je ne sais rien de son passé, Whitney. Pas plus que vous, je suppose ?

Le comte leva vers lui ses yeux bleus et insista.

— Mais vous êtes certain qu’elle est bien la pupille de sir Barnaby Sulby ?

— Oui. Absolument certain.

— Oh, mon Dieu ! soupira le comte, abasourdi par cette révélation.

Hawk le considéra avec stupéfaction, se demandant pourquoi cette nouvelle le troublait à ce point. A sa connaissance, rien ni personne n’avait jamais étonné l’insolent Justin Long, comte de Whitney. Rien ne le perturbait jamais. Même la rivalité qui les opposait après l’épisode de la comtesse de Morefield ne lui avait pas inspiré la moindre idée de vengeance.

— Si je comprends bien, Whitney, vous connaissez les Sulby depuis longtemps ?

— Je suis ami avec lady Sulby, tout au moins assez ami pour savoir que je ne lui confierais pas mes chiens, et encore moins l’éducation d’un tendron comme miss Smith !

— Comme vous y allez !

Hawk se souvint toutefois que sa protégée lui avait fait à peu près la même remarque à propos de ses tuteurs.

Il revit la chambre vide de Jane après sa disparition et admit un peu à contrecœur que, si Whitney ne l’avait pas rencontrée sur sa route, elle aurait peut-être disparu à jamais dans la foule de Londres.

Et il en serait resté inconsolable !

— Whitney… je dois vous remercier pour avoir ramené Jane à Mulberry Hall, confessa-t-il humblement.

— Son absence vous a causé une grande douleur, n’est-ce pas ?

— Pas autant que l’uppercut que je vous ai administré, je suppose ?

— C’est très probable, concéda Whitney en se tâtant la mâchoire.

En cet instant, Jane se demandait de quoi pouvaient bien discuter les deux hommes tandis qu’elle les précédait avec Arabella dans le salon. Elle prêtait toutefois l’oreille aux questions de la sœur du duc, qui l’interrogeait sur les accusations de vol des Sulby.

— La disparition des bijoux de lady Sulby est certainement une simple coïncidence, Jane, assura Arabella. J’ai appris à vous connaître depuis votre arrivée à Mulberry Hall, et je vous crois bien incapable de dérober quoi que ce soit.

Cet aveu fit du bien à Jane, qui gardait un goût amer des soupçons de Hawk. En effet, celui-ci ne croyait pas vraiment à son innocence et le lui avait clairement laissé entendre.

Comme ils étaient tous réunis dans le salon, Jane se tint volontairement à l’écart du maître des lieux. Elle s’approcha de la cheminée tandis que le duc s’avançait vers la fenêtre pour contempler le jardin sous le soleil.

A sa façon de se tenir très droit, le menton relevé, Jane devinait la tension qui l’habitait. Elle avait bien des raisons de supposer que la discussion qui allait suivre serait une épreuve pour elle. Le duc la soumettrait sans doute à un interrogatoire en règle, plus redoutable encore que celui de ce matin dans la bibliothèque.

Personne ne dit mot alors que Jenkins apportait le plateau garni de tasses à thé. Tandis que le valet les disposait sur la table, Jane ôta son bonnet et libéra ses boucles rousses emprisonnées depuis le matin.

— Quels sont précisément vos liens avec les Sulby, Jane ?

La question du comte rompit brusquement le silence. Elle la surprit tout autant que le ton sévère sur lequel elle était posée.

— Comme je vous l’ai déjà dit, milord, les Sulby étaient des connaissances de ma mère.

— Votre mère qui est morte en couches, si j’ai bien compris, n’est-ce pas ?

— Mais je n’avais qu’une mère, monsieur.

Jane aurait pu ajouter qu’elle avait eu deux pères, mais elle s’en garda bien. Le duc avait déjà d’elle une opinion assez médiocre, aussi était-il inutile de prendre le risque de relancer la conversation sur sa naissance.

Hawk se tenait toujours devant la fenêtre, muré dans un silence aussi énigmatique qu’inquiétant.

— Si votre intention n’est pas de me faire arrêter dans l’immédiat, Votre Grâce…

— Telle n’est pas mon intention, en effet.

— Dans ce cas, pouvez-vous me dire ce que vous comptez faire de moi ?

— Voilà une question très pertinente, Jane…

Une question à laquelle Hawk n’était pas obligé de répondre.

Ce qu’il aurait souhaité, c’était la prendre dans ses bras et l’emmener dans sa chambre. Là, il lui aurait fait l’amour encore et encore, puis ils se seraient endormis, étroitement enlacés dans le lit en désordre.

Hélas, rien de tel n’était possible pour le moment, tant qu’ils n’étaient pas délivrés de la présence de Whitney et d’Arabella.

Aux yeux de Hawk il importait avant tout de ne pas donner à Jane l’impression d’être prisonnière de Mulberry Hall. Il fallait lui laisser le temps de s’habituer à son nouveau domaine sans l’effaroucher en aucune façon.

— Jane, j’aimerais que nous ayons une conversation en tête à tête.

— Une conversation ? Puis-je savoir à quel propos, Votre Grâce ?

Un peu désarçonné par ce ton acerbe, Hawk ne put s’empêcher de lui en faire la remarque.

— Pour commencer, vous pourriez vous radoucir quand vous me parlez.

A la façon dont elle rougit, il comprit qu’elle était consciente de sa maladresse.

— Il m’a semblé que c’était mieux ainsi, répondit-elle en se reprenant.

— Mieux pour qui ?

— Pour vous et moi.

S’ils avaient été seuls, il aurait pris le temps de lui expliquer combien il détestait l’attitude glaciale qu’elle adoptait avec lui. La veille, ils avaient partagé un moment d’intimité digne d’une nuit de noces, aussi ressentait-il plus cruellement encore la froideur qu’elle lui témoignait à présent.

— Un ton aussi formel entre nous m’est insupportable, Jane.

— Il faut croire que je suis la seule à le trouver adapté à la situation actuelle, répliqua-t-elle en le fixant de ses yeux d’émeraude.

— Hawk, que se passe-t-il ?

Le duc soutint un instant le regard impérieux de Jane, puis se tourna vers Arabella.

— Ma sœur… Je n’avais pas eu l’occasion de m’entretenir avec Jane jusqu’à présent et, tant que je n’en ai pas terminé avec elle, il me semble inopportun de vous mêler de nos affaires.

— Quelles affaires ? intervint Jane. Les accusations de vol que vous portez contre moi ?

Il se précipita sur elle et la saisit fermement par le bras pour tenter de la faire taire.

— Hawk ! Hawk, lâchez-moi, vous me faites mal, s’insurgea-t-elle en se débattant.

— Vous aussi vous me faites mal, Jane ! Je souffre de vous entendre dire que je vous considère comme une menteuse et une voleuse. Ce n’est pas vrai !

— Mais…

— Je ne l’ai jamais cru et je ne le crois toujours pas, insista le duc en la secouant.

— Mais enfin, Hawk…

— A mon avis, lord Stourbridge est sincère, Jane, intervint le comte, sortant soudain de sa réserve.

— Taisez-vous, Whitney ! Restez en dehors de tout ceci, je vous prie.

Effarée par la violente réaction de Hawk, Jane prit peur tout à coup. En cet instant, les beaux yeux d’or du maître des lieux faisaient songer à ceux d’un prédateur prêt à bondir sur sa proie !

— Hawk… je ne vous comprends pas…

— Peut-être verrez-vous les choses autrement si je vous dis que je compte faire de vous ma duchesse dans les jours qui viennent ?

— Votre… duchesse ?

Jane sentit son sang se glacer comme s’il venait de lui annoncer la fin du monde !

Devenir duchesse de Stourbridge était bien la dernière chose à laquelle elle aurait osé songer.

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