Une audacieuse ingénue
Chapitre 7
Assise à la table pour le dîner, Jane leva sur son hôte des yeux malicieux.
— Dois-je comprendre que votre entrevue avec lady Arabella ne s’est pas déroulée comme vous le souhaitiez, Votre Grâce ?
Elle n’avait pas eu l’occasion de parler au duc depuis la conversation de ce dernier avec sa sœur. Certes, elle aurait pu échanger quelques mots avec lui après sa promenade, mais Hawk s’entretenait à ce moment-là avec son majordome. Et l’administration du domaine avait priorité aux yeux du maître !
Assurément, la question qu’elle venait de poser quant aux rapports de Hawk et de sa jeune sœur semblait pertinente, puisque le duc ne paraissait pas pressé d’y répondre. D’ailleurs, Arabella et lady Hammond, la tante du duc, avaient fait savoir qu’elles ne descendraient pas dîner.
Ainsi, Jane et le duc étaient assis chacun à une extrémité de cette longue table où pouvaient prendre place une douzaine de convives. En fait, cela ne faisait qu’ajouter, s’il en était besoin, à la distance qui affectait leurs relations depuis leur arrivée à Mulberry Hall.
Ce soir, le duc était, comme toujours, d’une élégance irréprochable. Il portait un costume noir et une chemise d’un blanc immaculé sous un gilet de soie blanche. Tant de perfection donnait à Jane une piètre idée de sa propre toilette : la robe de mousseline qu’elle portait depuis son départ de Markham Park. C’était là tout ce dont elle disposait pour dîner en compagnie du prestigieux duc de Stourbridge !
— Comme vous l’avez deviné, Jane, ma conversation avec Arabella n’a pas été des plus aisées, confirma le duc, un rien tendu.
— Ce n’est que la fougue de la jeunesse…
— Je ne sais pas grand-chose de votre passé, miss Jane, mais je doute que vous ayez été aussi contrariante et obstinée que ma sœur. Il est difficile de faire pire !
Jane leva les yeux vers le serviteur, silencieux et compassé, qui retirait son assiette vide avec son habituelle indifférence. Même si le duc ne prêtait aucune attention à son serviteur, elle était gênée par l’omniprésence de Jenkins.
Naturellement, rien n’échappait à celui-ci et, en plus des plats et des assiettes, il rapportait certainement aux cuisines les propos tenus à la table du maître et mille détails sur le comportement des convives. Dieu merci, le duc semblait savoir à quoi s’en tenir et se gardait de faire preuve de familiarité envers elle. Après tout, elle était censée n’être que la dame de compagnie de sa sœur, rien d’autre.
— Chez les Sulby, le moindre caprice de ma part aurait été vu comme un signe d’orgueil impardonnable, Votre Grâce !
— Je veux bien le croire, en effet.
Hawk eut un sourire gêné. Ses propos avaient été très déplacés : comment Jane aurait-elle pu se montrer obstinée et capricieuse alors qu’elle était traitée aussi durement par ses tuteurs ? Par ailleurs, il ne lui avait pas échappé qu’elle répugnait à tenir pareille conversation en présence de Jenkins, à en juger par les regards soupçonneux qu’elle lançait de temps à autre au serviteur.
— Ce sera tout pour le moment, Jenkins, dit-il pour la délivrer de cet embarras.
Et, tandis que le valet servait avec une lenteur calculée le rôti et les légumes, il ajouta avec plus d’insistance :
— Je vous sonnerai si nous avons besoin de vous par la suite.
Si Jenkins avait noté le ton inhabituel de son maître, il n’en laissa rien deviner. Il ne bougea même pas un cil et quitta la pièce droit comme un I.
Une fois qu’il fut sorti, Hawk ne put réprimer un long soupir.
— Voyez-vous, Jane, ce qui s’est passé entre Arabella et moi me prouve que je suis bien maladroit avec les jeunes filles capricieuses.
— Vous me surprenez, Votre Grâce.
Il crut apercevoir un rien de malice dans les yeux de sa protégée. A l’évidence, Jane avait cru déceler quelque allusion dans sa remarque.
— Naturellement, je parle des jeunes filles de ma famille, précisa-t-il.
— C’est bien ce que j’avais compris. Mais, si c’est là ce qui vous tracasse, il vous suffit d’oublier que lady Arabella est votre sœur. Ainsi, ce sera plus facile pour vous, croyez-moi !
Hawk serra les dents. Décidément, miss Jane Smith aimait le tourner en dérision ! Nul doute qu’elle lui donnerait du fil à retordre.
Il songea alors à la disparition inexpliquée de la jeune femme un peu plus tôt dans la soirée. Curieusement, elle était rentrée de son « escapade » à l’instant même où il demandait à Jenkins s’il avait vu la jeune fille…
Hawk était bien décidé à la questionner sur ce point, le moment venu.
— Je ne suis pas très sûr de vous comprendre, Jane, reprit-il, un brin dubitatif. J’ai certes des rapports difficiles avec Arabella en ce moment, mais il n’en demeure pas moins qu’elle est ma sœur et il me serait difficile de l’oublier.
— Naturellement, Votre Grâce.
— Jane, je sens comme un brin d’ironie dans le ton de votre voix.
— Vous m’avez mal comprise, Votre Grâce, se défendit-elle. Ce que j’ai cru remarquer, c’est que lady Arabella veut être considérée comme une jeune femme et non comme une enfant. Elle a dix-huit ans à présent, et ce n’est plus un compagnon de jeu qu’elle recherche en vous.
Hawk accusa ce nouveau coup porté à son prestige de grand frère et pinça les lèvres.
— A l’évidence, Arabella n’est encore qu’une enfant, Jane, et elle se comporte comme une adolescente capricieuse et trop gâtée.
— Une enfant qui a tout de même reçu plusieurs demandes en mariage au cours de sa saison à Londres ! Auriez-vous tenté de lui trouver un mari que vous estimez digne des Stourbridge si elle était encore l’adolescente dont vous parlez ?
— Jane, vous m’offensez, s’insurgea-t-il. Je n’ai nullement l’intention de conduire ma sœur à l’autel uniquement par ambition personnelle.
— Les intentions qui vous animent ou les qualités du prétendant sont hors de propos dans cette conversation, Votre Grâce. Ce qui me dérange, c’est que vous présentez votre sœur comme débutante à Londres et que par ailleurs vous la traitez comme une enfant à laquelle vous entendez dicter sa conduite !
Tout cela commençait à titiller les nerfs de Hawk, qui se sentait pris en défaut. A l’évidence, il s’était exposé aux critiques de Jane en abordant ce sujet avec elle, et il commençait à le regretter.
Depuis qu’il tenait le rôle de chef de famille des St Claire, il avait fait en sorte que ses frères et sa sœur lui obéissent. Mais, depuis quelques semaines, il éprouvait le sentiment cruel de n’être plus respecté des siens. Un vent de révolte soufflait chez les Stourbridge. Tout d’abord Sebastian, qui avait refusé toute idée de mariage – surtout si elle venait de son frère aîné –, et maintenant Arabella qui n’en faisait qu’à sa tête !
Et ce qui rendait cette révolte plus amère encore, c’était que Jane Smith, une étrangère à la famille, ait souligné le fait que son autorité de chef de clan était sur le déclin.
— Jane, je ne peux pas admettre que vous m’accusiez de despotisme à l’égard de mes frères et de ma sœur.
— Despotisme ? Le mot est un peu fort, Votre Grâce. Disons que vous ne supportez plus que vos trois « trublions » viennent perturber votre paisible existence de duc et pair du royaume !
Hawk se servit un verre de bordeaux et en avala une bonne lampée. Il en avait bien besoin ! Il leva ensuite les yeux vers cette jeune femme qui elle aussi commençait à troubler sa tranquillité depuis leur rencontre « accidentelle » à Markham Park.
Mais, malgré tous les griefs qu’il pouvait avoir envers Jane, il la trouvait tout à fait ravissante ce soir. Comment résister à ces boucles rousses retombant sur son front, à cette gorge de nacre dépourvue de bijoux et à la sensualité de ce corps juvénile ? Oui, elle était délicieusement naturelle, presque sauvage et… terriblement désirable !
Hawk ne pouvait nier qu’il était sensible à son charme au point d’en perdre la tête et d’en oublier qu’elle était son « invitée ».
— Jane, iriez-vous jusqu’à prétendre que j’entends aussi vous dicter votre conduite ?
— Surtout ce que je ne dois pas faire, s’empressa-t-elle de rectifier.
— Je présume que vous faites allusion à mon refus de vous laisser partir seule pour Londres.
— J’estime surtout qu’à vingt-deux ans je suis assez grande pour prendre moi-même certaines décisions, Votre Grâce.
C’était là un argument que le duc entendait bien récuser.
— Même si ces décisions sont autant d’erreurs susceptibles de vous nuire ?
— Bien sûr ! Notre expérience se nourrit de nos erreurs, vous le savez bien.
Abasourdi par ce sens de la repartie, il observa Jane du coin de l’œil et reprit :
— Dites-moi, Jane, avez-vous suivi les Sulby quand ils se sont installés à Londres pour la saison ?
— Oui. J’étais avec eux, en effet.
— Et pendant votre séjour à Londres avez-vous connu… quelqu’un ? Un jeune homme, par exemple ?
— Que voulez-vous dire ?
— Que cela pourrait expliquer pourquoi vous êtes si pressée de revoir la capitale… Une fois à Londres, vous auriez tout le loisir de vous mettre à la recherche de ce galant et…
— Et ? Je n’ai rencontré personne au cours de mon séjour à Londres, monsieur le duc. D’ailleurs, je n’en aurais pas eu le temps. Je ne sortais que pour aller faire des emplettes avec la jeune fille de la maison et mes « promenades » consistaient à porter les paquets de miss Olivia.
Hawk se souvint que chez les Sulby, en effet, Jane Smith était considérée comme une soubrette et non comme un membre de la famille. Même pas comme une gouvernante ou une dame de compagnie. Sa présence à la table du dîner le soir de la réception à Markham Park tenait plus de l’exception que de la règle.
Hawk prit une gorgée de vin et aborda le sujet qui le tracassait.
— Jane, vous êtes sortie, ce soir, n’est-ce pas ? Où êtes-vous allée ?
Elle se raidit tout à coup.
— Me feriez-vous surveiller, Votre Grâce ? J’espère que vous m’accordez au moins la liberté de me promener librement dans le parc ?
Jane prit tout à coup conscience qu’elle était sur la défensive. Assurément, elle avait réagi trop vivement à cette question, risquant ainsi de raviver les soupçons de son hôte. Bien sûr, elle ne s’était pas contentée d’une promenade dans le parc de Mulberry Hall, malgré les attraits qu’il présentait. En réalité, elle s’était rendue aux écuries dans l’intention de demander au palefrenier combien de temps il fallait pour atteindre le Somerset à cheval !
C’était là sa seule préoccupation.
Et elle avait posé la question avec tant d’innocence que l’homme ne s’était même pas douté qu’elle avait l’intention de s’enfuir.
Tout au moins l’espérait-elle.
Mais qu’arriverait-il si le duc interrogeait le palefrenier sur ce point ?
— Vous ai-je jamais interdit d’aller et venir à votre guise dans le domaine, miss Smith ? questionna Hawk.
— Vous l’avez laissé entendre.
Hawk serra les poings. Il n’en croyait pas ses oreilles. Non seulement il avait eu à affronter sa sœur et ses caprices, mais voilà que Jane le défiait à présent avec une impertinence inimaginable. Elle le poussait à bout, et cela il ne le supportait pas.
— Jane, dois-je comprendre que ma sollicitude vous pèse ? questionna-t-il d’un ton conciliant. Vous n’aimez pas que l’on se soucie de vous ?
— En effet !
Hawk poussa un long soupir et reposa son verre avant de se lever.
— Donc, si je comprends bien, je dois vous laisser libre de vous mettre en danger à tout moment ? Vous préférez que je n’intervienne pas pour vous empêcher de commettre les pires folies ?
Agacé par le comportement de sa jeune protégée, il prit un verre et sa carafe de cognac sur la desserte avant de se diriger vers la porte d’un pas résolu.
S’il ne quittait pas la pièce sur-le-champ, il pourrait s’emporter contre Jane… ou bien prendre furieusement ses lèvres !
— Hawk !
Il ne répondit pas, bien décidé à mettre un terme à cette discussion. Il fallait qu’il s’éloigne de Jane au plus vite s’il tenait à conserver un brin de dignité. Elle l’avait appelé par son prénom, mais cela ne suffirait pas à le faire fléchir. S’il ne quittait pas cette pièce à l’instant même, il ne répondrait plus de sa conduite et dès lors son « invitée » aurait à lui reprocher bien d’autres choses que son arrogance !
Avant de sortir, il se borna à l’informer d’un détail.
— J’ai omis de vous dire que ma sœur compte organiser un dîner très prochainement.
Il ajouta avec un rien de cynisme :
— Cette même jeune fille à qui – selon vous – je m’obstine à dicter sa conduite ! A qui je dis ce qu’elle doit faire ou ne pas faire et à quel moment elle doit le faire. C’est là une détestable habitude dont je ne peux me délivrer, je l’admets.
Jane n’avait jamais vu le duc dans un tel désarroi. Si lady Arabella l’avait mis dans de mauvaises dispositions un moment plus tôt, Jane estimait qu’elle n’y était pas étrangère non plus.
— Je…
— J’informerai donc ma sœur qu’il vous faut une nouvelle robe pour ce dîner, conclut-il sans lui laisser une chance de l’interrompre.
— Mais…
— Et je vous prie de ne pas me contredire ! interrompit-il d’un ton glacial. Faites-moi l’honneur de croire – pour la première fois depuis que nous nous connaissons – que je fais cela pour vous être agréable et non pour mon prestige personnel.
Jane releva le menton, bien décidée cette fois à placer un mot.
— C’est le genre d’argument qu’emploient tous les dictateurs, il me semble, lança-t-elle.
Les yeux de Hawk brillèrent d’un éclat redoutable.
— Vous finirez par aller trop loin, Jane, je le crains. Et je vous assure que ce jour-là vous découvrirez de quoi je suis capable.
Hawk tourna brusquement les talons et quitta la pièce, la laissant seule avec ses pensées.
Elle resta un moment immobile, tournant et retournant son projet de fuite dans son esprit. Finalement, elle devrait avancer son départ pour le Somerset…
* * *
— Sont-ce mes chevaux que vous venez admirer, Jane, ou avez-vous une autre raison de fréquenter assidûment les écuries ?
Jane sursauta en entendant la voix du maître des lieux derrière elle. En se retournant, elle perdit l’équilibre et vacilla un instant.
Soudain, elle sentit la paille se dérober sous ses pieds et tomba à la renverse.
Fort heureusement, la stalle dans laquelle elle se trouvait avait été nettoyée par le lad le matin même. C’est donc sur un coussin de paille fraîche et odorante que la jeune femme atterrit. Etendue sur le dos, encore sous le coup de la surprise, elle leva les yeux vers le duc de Stourbridge et demeura muette devant son imposante stature. Ce matin, le duc était encore plus séduisant que d’habitude dans son habit rustique de propriétaire terrien : une veste brune très ajustée, une culotte de whipcord et des bottes de cuir fauve.
— Est-ce une invitation, Jane ? plaisanta-t-il. Ou bien éprouvez-vous le besoin de vous allonger un moment pour vous reposer ?
Il s’avança d’un pas et se pencha sur elle. Dans la pénombre, Jane ne pouvait distinguer l’expression de son regard, animé sans doute d’une lueur de désir.
Elle se demanda si le duc la taquinait comme il avait tendance à le faire, ou si elle devait prendre sa première question au sérieux.
Considérant que la veille il avait quitté la table du dîner de fort méchante humeur, Jane se plut à imaginer que cette question était teintée de raillerie.
Assise dans la paille, prisonnière de ce regard intense, elle jugea nécessaire de s’expliquer.
— Je n’aurais peut-être pas perdu l’équilibre si vous n’étiez pas arrivé à pas de loup derrière moi, Votre Grâce.
— S’il vous plaît, Jane, restez où vous êtes, pria-t-il, alors qu’elle tentait de se relever. Après l’humidité des dunes que nous avons partagée la dernière fois, avouez que cette stalle garnie de paille est un endroit bien douillet pour bavarder.
Et sans plus attendre il s’assit auprès d’elle en toute simplicité.
Quelle tête ferait le garçon d’écuries s’il les surprenait dans cette posture ?
— Vous avez dit… pour bavarder, Votre Grâce ? interrogea Jane tout en ôtant les brins de paille de sa robe.
Hawk observa un instant la jeune femme. Elle avait des fétus dans les cheveux et ses joues étaient roses de confusion.
Le silence régnait dans les écuries, hormis, de temps à autre, le frémissement d’un cheval. Après le nettoyage quotidien des stalles qui avait lieu le matin, tous les lads étaient occupés à l’entraînement des chevaux sur le domaine.
Hawk était donc seul avec sa protégée, et il y avait peu de chances qu’ils soient dérangés !
Une vague de désir s’empara soudain de lui. Comme la veille, il mourait d’envie de prendre Jane dans ses bras et de goûter ses lèvres. Ce désir, il avait su le surmonter hier soir en la quittant brusquement, mais il n’était pas certain d’y résister encore une fois.
Compte tenu des circonstances, il n’était peut-être pas très sage de sa part d’inviter Jane à rester sur la paille.
En fait, Hawk ne serait pas parti à sa recherche si Jenkins ne lui avait pas signalé qu’il l’avait vue se diriger vers les écuries. Et le serviteur avait encore augmenté ses doutes en lui affirmant que, le jour précédent, Jane s’y était déjà rendue.
Dès lors, Hawk avait été hanté par une question : que manigançait Jane ?
Il fixa ses yeux sur les lèvres rouges de Jane. Tout bien réfléchi, à la voir ainsi près de lui, les cheveux parsemés de brins de paille, les joues roses et les lèvres délicieusement entrouvertes, il comprenait que ses soupçons n’étaient pas la seule raison de sa venue ici. Dieu comme il la désirait !
— Votre Grâce…
— Jane ?
— Vous vouliez… me parler ?
— Moi ?
Devant l’insistance avec laquelle le duc l’observait, Jane sentit un frisson parcourir tout son corps. Il fut immédiatement suivi de bouffées de chaleur intense tandis que les yeux de Hawk se posaient sur la naissance de sa gorge.
La respiration de Hawk se faisait plus rapide tandis que son souffle chaud venait lui caresser le visage.
Il semblait plus près d’elle maintenant. Avait-il changé de place sans qu’elle y ait pris garde ? Assurément, il s’était rapproché sans éveiller sa méfiance, et son habileté avait quelque chose d’inquiétant.
Jane croisa le regard du duc et en demeura prisonnière, comme hypnotisée par les reflets d’or dans ses yeux. Alors, il leva lentement la main, lui effleura la joue, puis dessina d’un doigt le contour de ses lèvres.
Ce geste d’un érotisme brûlant fit naître en elle une sensation de plaisir indicible qui fit dresser la pointe de ses seins sous son corsage de mousseline en une délicieuse souffrance !
— Oh mon Dieu, Jane…, murmura-t-il en cherchant ses lèvres.
Blottie dans ses bras, elle ressentait toute l’énergie qui émanait de ce corps d’homme, ce corps qu’elle avait vu quelques jours plus tôt dans une nudité presque totale ! Comme elle avait été troublée par ces larges épaules, par ces muscles bien dessinés et par ces hanches à la fois étroites et puissantes…
Et les lèvres de Hawk ! Tantôt pincées, tantôt animées d’un sourire, elles prenaient maintenant les siennes avec ardeur et gourmandise. Le cœur de Jane battait à tout rompre comme elle s’abandonnait sans réserve à cette étreinte sauvage.
Hawk laissa échapper un grognement de plaisir. Il avait beau se reprocher d’avoir cédé à la tentation d’embrasser Jane, maintenant qu’elle était étendue sur la paille, il ne pouvait plus renoncer à ce plaisir. La chaleur de son corps, le parfum enivrant qui émanait d’elle, tout contribuait à raviver son désir.
Jane s’arc-bouta soudain contre lui et il intensifia son baiser en réponse. Les mains de la jeune femme se glissèrent sous sa chemise et il ne put s’empêcher de frémir sous ses caresses. Malgré son inexpérience, elle était tout aussi enflammée que lui.
Hawk ne savait trop où cela allait les conduire, mais son besoin de la serrer dans ses bras et de goûter ses lèvres était plus fort que tout. Maintenant, sa bouche brûlante parcourait la gorge de Jane tandis que ses doigts cherchaient à dégrafer son corsage pour libérer ses seins.
Fasciné par les pointes roses enfin libérées de l’étoffe, il prit un téton entre ses lèvres et se mit à le taquiner de sa langue. Elle gémit, ravivant encore le désir de Hawk. C’en était trop. Jane représentait une tentation trop forte, une passion qu’il redoutait déjà.
Leurs regards se croisèrent un instant au plus fort de l’étreinte, puis Hawk reprit avec délice ses caresses, arrachant à la jeune femme des soupirs de plaisir. Il effleurait de la langue ces pointes roses qui se dressaient comme une offrande, plus dures, plus tendues que jamais pour mieux le tenter.
Il prit un sein de Jane dans sa main, délicieusement souple et soyeux sous ses doigts. Ses lèvres s’y attardèrent volontiers, faisant renaître le désir encore et encore.
Il savait qu’en cet instant il devait mettre fin à leur étreinte, sous peine d’aller plus loin, trop loin peut-être ? Il devait s’arracher à Jane avant que le désir ne les emporte tous les deux dans une passion irréversible dont il n’osait imaginer les conséquences. Mais, hélas, Hawk n’avait pas la force d’y mettre un terme alors qu’il sentait les mains de Jane courir sur lui et se glisser sous ses vêtements. Elle cherchait le contact de sa peau pour mieux partager avec lui les sensations que faisaient naître ses caresses.
Hawk ne put réprimer un gémissement de plaisir lorsque les doigts de Jane s’attardèrent sur sa poitrine et titillèrent ses tétons.
Aucune femme ne l’avait jamais caressé ainsi, avec une sensualité mêlée d’innocence. Le manque d’expérience de Jane abattait en fait toutes les barrières de la pudeur pour mieux leur faire franchir tous les obstacles. Il n’y avait pas de règles, pas de limites, et l’audace dont elle faisait preuve ravivait plus encore le désir de Hawk.
L’ardeur qu’elle éveillait en lui atteignait désormais les limites du supportable.
Il la désirait. Maintenant. Ici même, dans la paille. Ce besoin de posséder Jane était tel qu’une fièvre ardente gagnait son corps tout entier. Ce plaisir mêlé de souffrance, ces sensations de délices qui portaient en elles la cruauté de l’attente, était pour lui comme un supplice. Le parfum de ce corps de femme était comme un poison enivrant, et ses lèvres humides, comme un élixir aussi doux que redoutable !
Jane fit glisser ses mains sur la peau moite de Hawk. Dès la première étreinte, elle avait compris qu’elle allait perdre son âme, et malgré cela elle avait été incapable de s’arracher à lui. Maintenant qu’elle sentait ses mains se glisser sous sa jupe, le danger se faisait plus pressant, et cependant elle était prête à prendre tous les risques, à s’abandonner sans réserve.
Et tandis qu’il effleurait sa cuisse et remontait lentement vers la source de son désir, entre ses jambes, elle s’arc-bouta pour mieux goûter la suavité de ses caresses.
Le plaisir l’enflammait tout entière. Jamais elle n’aurait pu imaginer pareilles sensations, même dans ses rêves les plus érotiques.
Elle s’abandonna dans la paille avec un soupir de plaisir alors que la bouche de Hawk courait sur sa peau, s’attardant aux points les plus secrets pour des caresses plus intimes. Jane gémissait, le cœur battant à tout rompre tandis qu’elle manifestait son impatience par des murmures et des supplications.
— Oh oui, Hawk ! Oh ! oui…
Mais soudain, des voix lointaines se firent entendre.
— Je lui ai dit que je n’avais pas vu le duc ce matin, Tom. Et toi, est-ce que tu l’as vu ? Il n’est peut-être pas encore sorti ?
Hawk se redressa précipitamment. La voix de son palefrenier avait eu sur lui l’effet d’une douche froide.
Il se tourna vers Jane. Une lueur de panique brillait dans ses yeux. Les cheveux en désordre, sa robe relevée jusqu’à la taille, sa gorge nue, on ne pouvait douter de ce qu’elle était en train de faire à peine quelques secondes auparavant.
Qu’arriverait-il si ses deux valets les surprenaient dans cette situation ?
Hawk tendit l’oreille. Avec un peu de chance, les deux importuns ressortiraient comme ils étaient entrés, sans pousser plus loin leurs recherches.
Seigneur ! Quelques secondes plus tôt, avant cette stupide interruption, Jane était sur le point de se donner à lui. Il l’aurait possédée sur la paille comme une simple servante qui aurait cédé à l’insistance de son maître. Il aurait agi comme un jeune écervelé incapable de dominer son désir.
— Hawk…
— Chut ! Silence, Jane.
De nouveau, il tendit l’oreille, espérant que Tom et le palefrenier renonceraient à poursuivre leurs recherches dans les écuries.
— Non, on l’aurait vu ou entendu s’il était là, dit Tom. On ferait mieux de retourner à l’office pour dire à M. Jenkins que nous ne l’avons pas trouvé.
— Tu as raison.
Comme le bruit de leurs pas s’éloignait, Hawk se sentit un peu soulagé. Cependant, il fit signe à Jane de se taire au cas où les deux valets changeraient d’avis et reviendraient sur leurs pas.
Qu’avait-il fait ? Non seulement Jane était une jeune fille innocente, sans la moindre expérience des hommes, mais il l’avait poussée à le suivre jusqu’à Mulberry Hall en prétextant qu’il voulait la protéger des libertins !
Maintenant que tout danger semblait écarté, Hawk se leva et glissa ses doigts dans ses cheveux.
— Je crois que nous avons commis une erreur, Jane, soupira-t-il. Une regrettable erreur. Je n’aurais pas dû…
— En effet, vous n’auriez pas dû ! confirma-t-elle en se levant à son tour.
Elle rajusta sa robe, puis le foudroya du regard avant de quitter les lieux d’un pas pressé.
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