Adolpho Lutz: Dermatologia e Micologia
Congrès International de Dermatologie et de Siphiligraphie, 1889. Discours de M. le Dr. Lutz (de Saint-Paul, Brésil) au banquet d' adieu réunissant les membres du Congrès
Congrès International de
Dermatologie et de Siphiligraphie,
1889. Discours de M. le Dr. Lutz (de
Saint-Paul, Brésil) au banquet d' adieu
réunissant les membres du Congrès *
Messieurs et chers confrères,
Je me suis réservé pour ce soir une petite communication qui n'aurait su trouver sa place dans les ordres dujour déjà surchargés des lichen plan et acuminé, pityriasis rubra, syphilis, lèpre et autres affections, toutes plus ou moins désagrèables. Je crois avoir assisté dans ces derniers jours au développement d'une autre affection plus bénigne et plus agréable qui, quoiqu'on ne puisse la classifier de nouvelle, pourtant n'a pas encore été observée dans de si grandes dimensions. C'est avec plaisir que je l'ai vue prendre le caractère épidémique et j'ai même fait des voeux pour qu'elle parvienne au degré d'une pandémie universelle. Je dois avouer qu'il ne s'agit pas d'une affection purement cutanée ou systématisée tégumentaire, pour parler avec M. Leloir; elle n'est ni externe ni superficielle, mais se localise surtout dans les centres nerveux. Pour la contracter, il faut une certaine disposition que je crois cependant très généralement répandue entre nous, et je pense qu'il n'y a que très peu de sujets absolument réfractaires. Notre affection peut débuter d'une manière aigue par une éruption et une, explosion subite; mais cependant je crois devoir la classer parmi les inflammations chroniques se rapprochant de la dermatite herpétiforme par ses poussées récidivantes.
Elle n'est point liée, à l'abus de l'alcool ou des plaisirs de la table, mais ses manifestations sont favorisées par des libations d'un vin généreux et je dirai même par un menu choisi. Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'elle est d'autant moins étudiée qu'elle nous est plus familière et qu'elle n'admet pas de différence, ni de nationalité, ni même d'âge, représentant le type pur d'une affection internationale. Vous avez déjà deviné qu'elle est de nature essentiellement psychique et, malgré su contagiosité, n'a rien de commun ni avec la petite, ni avec la grande vérole. On n'y trouve point de microbes, pas même des psorospermies, comme dans la maladie de Paget. On ne peut l'inoculer, parce que quiconque en a la disposition, la contracte spontanément, et il faut se garder de vouloir l'atténuer, parce qu'un degré intense est de beaucoup préférable à une forme légère et superficielle. Ainsi que je n'ai jamais redouté de guérir trop vite les eczémas des enfants, craignant, hélas! plutôt de les guérir trop lentement, cependant je ne voudrais pour rien au monde combattre cette affection, craignant par sa suppression d'amener les conséquences les plus facheuses pour notre organisation.
Je ne vous parlerai pas de l'examen microscopique parce que, à un banquet comme le nôtre, on évite avec raison l'usage des coupes microscopiques, et du reste cette affection doit toujours être appréciable à l'oeil nu. Je regrette de ne pas posséder des moulages Baretta de tous les confrères présents qui ont contracté cette affection pour en orner le musée de l'hopital, mais pour le moins nous avons eu soin d'en faire une photographie.
Messieurs et chers confrères, je crois devoir finir ici ma description fragmentaire de cette affection, parce que je crois que tous vous devez déjà en éprouver les symptômes. En effet, l'affection dont je vous parlais est cette affection, cette sympathie, cette amitié qui nait de la collégialité, de la communauté, non seulement de l'instruction, mais aussi des tendances et des sentiments de nous tous qui avons étudié la médecine en général et la dermatologie en particulier.
Et comme les différents membres d'une famille éparpillée sur la surface du globe cherchent à se réunir pour mieux se connaitre, ainsi nous tous, membres de la grande famille médicale en général, dermatologiste en particulier, nous nous sommes réunis ici et nous nous retrouverons de trois en trois ans pour jouir de cette intimité familière. Je me permets d'exprimer mes voeux que cette sympathie, cette amitié, cette affection mutuelle, collégiale en fait, aille toujours en croissant et que notre science donne l'exemple de cette fraternisation internationale dont la généralisation est réservée à des siècles plus éclairés et plus heureux que le nôtre. L'affection mutuelle internationale des dermatologistes, quel rêve!
* Congrès International de Dermatologie et de Siphiligraphie, 1889. Paris, G. Masson, 1890, p.870-1. Ce discours d´Adolpho Lutz, comme représentant du Brésil, a été prononcé a l´occasion du banquet realisé au dernier jour du congrès, samedi, le 10 octobre 1889. Les interventions, d´ailleurs assez bréves, qu´il a faites tout au long des sessions sont reproduites dans le texte de présentation de ce volume: "Adolpho Lutz e a dermatologia em perspectiva histórica". As the Brazilian representative, Adolpho Lutz delivered this speech at the Congress closing cerimony, on Saturday, October 10th 1889. His short interventions during the debates have been quoted in the introdution to the present volume. [N.E.]