À la une!
Appel aux savants de tous les pays
Quand Dieu le père – vous êtes trop jeune pour vous rappeler cela – s’aperçut qu’Adam et Ève avaient, malgré sa défense expresse, dévalisé certain espalier, Il entra – tous les horticulteurs comprendront ce sentiment – dans une colère abominable.
Il appela les archanges de service, puis :
« Faites-moi le plaisir, messieurs, commanda-t-Il d’une voix étranglée par la fureur, de reconduire ce monsieur et cette dame à la grille du parc, et si jamais vous les voyez rôder dans ces parages, passez-leur dans le corps vos épées flamboyantes. »
La piteuse attitude des coupables ne désarmait pas l’Éternel. Il traitait Adam comme le dernier des derniers et lui infligeait le pire des châtiments qui puissent désoler l’humanité : j’ai nommé le travail.
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Mais surtout, par un manque de galanterie que notre esprit religieux bien connu n’arrivera jamais à nous faire pardonner, c’est à la malheureuse Ève qu’en voulait le Seigneur.
Jamais poisson pourri ne fut qualifié de la sorte.
La tête basse, se disant à part elle : « Words ! Words ! » Ève laissait passer l’orage.
Mais quand le Grand Architecte de l’Univers, pour finir, lui prédit :
« Tu enfanteras dans la douleur ! »
Ève, malgré sa grande assurance, frémit de tout son pauvre joli corps.
Cependant, l’épée nue, nos deux archanges exécutaient l’ordre divin.
Demeuré seul, le Très-Haut sentait tomber son ire quand un aigu ricanement, auquel se mêlait un bruit de sonnettes, Lui fit tourner la tête.
Enlacé autour du tronc d’un « gaultheria procumbens » de toute beauté, le serpent, l’insidieux serpent, le vrai coupable dans toute cette affaire, le serpent, en un mot, lâchait libre
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cours à sa peu généreuse nature.
Littéralement, il se tenait les côtes de rire !
Le sang du Maître des Choses ne fit qu’un tour :
« Ah ! c’est toi, sale bête ! »
Et, si nous en croyons les livres saints, le Créateur n’hésita pas à infliger au serpent et à toute sa descendance, jusqu’à la consommation des siècles, ce châtiment exemplaire : il ramperait !
Il ramperait !
Et, en effet – tous les naturalistes vous le diront – le serpent ne connaît d’autre mode ambulatoire que ce qu’on appelle, un peu pédamment d’ailleurs, la reptation.
... Pourtant, un détail nous laisse songeur.
Que le serpent rampe, c’est un phénomène hors de conteste.
Mais, avant le péché originel, quel procédé le bougre employait-il donc pour se rendre d’un endroit à un autre ?
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Dénué de pattes, il ne marchait pas.
Sans ailes, comment eût-il volé ?
Alors, quoi ?
Et c’est là que nous voulions en venir.
Notre abonné, le professeur de zoologie de la faculté d’Upsal, voudrait-il nous renseigner sur ce point angoissant ?
Notre acheteur au numéro, préparateur de paléontologie au muséum de Buenos Aires, détient-il, à ce sujet, quelque avisé tuyau ?
Et tant d’autres que le défaut de place nous empêche d’implorer personnellement !
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Contrôle de l’État
L’accueil que me réservait le Captain Cap fut totalement dénué, comment dirai-je ? d’expansion. (Attribuez ce fait à un récent malentendu.)
Mais l’âme de Cap est une grande âme, et Cap, sur ma mine déconfite, sur mon visible chagrin, ne crut pas devoir maintenir la basse température de son accueil.
Au contraire même, et soudain, je le vis bondir sur la plate-forme de la cordialité.
« Qu’est-ce que vous prenez, Allais ?
– Je me disposais à vous le demander, Captain.
– Moi, un verre d’eau rougie.
– Et moi, de l’eau sucrée avec de la fleur d’oranger.
– Ne prenez pas trop de fleur d’oranger ; elle
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est très forte dans cette maison... Méfiez-vous ! »
Et Cap, au bout d’un court silence :
« Vous souvient-il, mon cher Alphonse, d’une conversation que nous eûmes naguère, relativement à des œufs ?
– Parfaitement !... Des œufs de harengs saurs, n’est-ce pas, que Casimir Périer s’amusait à faire couver par des autruches empaillées ?
– Non, pas ceux-là. Je veux parler des œufs de poules.
– Des œufs de poules ?
– Oui, des œufs de poules. Vous ouvrez d’énormes prunelles... Ignorez-vous donc que la poule soit ovipare ?
– Non, Cap. Tout jeune, je fus initié à ce détail.
– Vous souvenez-vous pas qu’un jour j’admirais devant vous... (admirer au sens latin du mot : mirari, s’étonner) j’admirais que les marchands d’œufs fussent assez idiots pour ne pas vendre très cher, et tout de suite, leurs œufs frais, au lieu d’attendre – ainsi qu’ils font – que
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ces mêmes œufs aient perdu de leur fraîcheur en même temps et de leur valeur ?
– Je me souviens, Cap.
– C’est heureux... Savez-vous, avec ce système-là, ce qui est arrivé à un de mes amis ?
– Je brûle de l’apprendre.
– Mon ami entre, hier soir, chez un fruitier. Il demande un œuf très frais, tout ce qu’il y a de plus frais, pour gober avant de se coucher.
– Excellente coutume.
– Mon ami rentre chez lui... D’un coup sec de son couteau, il brise la coquille de l’œuf, et de cette coquille surgit brusquement un petit poussin. Furieux d’être dérangé à pareille heure, le jeune gallinacé saute aux yeux de mon ami et les lui crève tous les deux.
– Voilà un événement bien particulier !
– Particulière ou pas, une telle aventure ne devrait jamais se produire dans un gouvernement issu du suffrage universel.
– Mais quel remède ?...
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– Il est trouvé ! Un de mes amis...
– Celui qui a eu les yeux crevés ?
– Non, un autre... un aviculteur turc des environs de Valence, dont voici la carte : Baldek-Hatzar, au Vélau (Drôme), a résolu la question. Oh ! mon Dieu, c’est bien simple !
– Parlez sans crainte, Cap.
– Voici : le gouvernement s’arrogera le monopole des œufs comme il a déjà celui du tabac et des allumettes. Chaque poule exerçant son industrie sur le territoire de la République française sera munie, à son orifice postérieur, d’un appareil enregistreur, compteur et dateur. Cet appareil, très simple, en somme, se compose d’un mouvement d’horlogerie donnant les dates et les heures, d’un rouleau encreur et d’un timbre dateur. Le tout pèse 68 grammes et 99 centigrammes.
– Merveilleux, Cap, merveilleux !
– Alors, plus de duperie, plus de fraude, plus de poussins inattendus !... Des expériences ont été faites qui réussirent à souhait. Mon ami, le
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Turc Baldek-Hatzar, a écrit au ministre de l’agriculture et au ministre des finances. Ces messieurs n’ont pas encore daigné répondre. Ah ! elle est chouette, votre Europe !
– À qui le dites-vous ?... »
Et Cap commanda deux tasses de tilleul, que nous sablâmes gaiement avant de nous séparer.
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