Andromède 1 - ''A'' comme Andromède
Chapitre II
Au cours de l’année 1970, quand ces événements commencèrent, le ministère des Sciences, à Londres, avait été transféré dans un nouvel immeuble, aux murs de verre, près de Whitehall. Il était élégamment orné et meublé, comme pour prouver que la technologie faisait maintenant partie des arts.
Le sous-secrétaire d’Etat permanent, Michael Osborne, était un homme des plus cultivés, vêtu généralement de tweed et qui s’asseyait plus volontiers dans les confortables fauteuils de son bureau que derrière sa table de travail.
L’Angleterre, à cette époque, ressemblait un peu à l’état-major avancé d’une zone assiégée — une zone qui comprenait l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord. Aucun pays n’était officiellement en guerre avec aucun autre, mais les pressions de l’Asie et de l’Afrique se faisaient plus vives, et les garnisons américaines en Angleterre et dans l’Ouest de l’Europe commençaient à ressembler aux légions romaines des avant-postes au IIIe e ou IV siècle. En fait, bien que les apparences des souverainetés nationales fussent sauvegardées, les initiatives et les décisions incombaient presque totalement aux Américains. Et, bien que le général Vandenberg n’eût d’autre titre que celui de représentant au comité de coordination de la Défense, il jouait presque, en réalité, d’une façon amicale mais prédominante, le rôle d’un chef. C’était un homme d’âge moyen, au cou de taureau, au visage carré, aux allures policées et civilisées — il était originaire de la Nouvelle-Angleterre — mais qui savait parler avec autorité. Sa conversation avec Osborne se rapportait à Whelan. Le sous-secrétaire d’Etat tenait négligemment dans sa main une note concernant ce dernier.
— Je ne peux rien faire maintenant.
— Il y a pourtant une sorte de priorité.
Osborne se leva et appela sa secrétaire par l’intercom. Quand celle-ci parut — elle était jeune et jolie — il lui donna la note en lui disant :
— Trouvez quelqu’un qui s’occupe de ça…
Elle prit la note et posa sur le bureau une chemise pleine de papiers.
— Vos documents pour Bouldershaw, dit-elle.
— Merci. Ma voiture est-elle là ?
— Oui, monsieur.
— L’inauguration a lieu demain, dit-il au général. Mais je pars là-bas aujourd’hui pour m’entretenir avec Reinhart. Puis-je vous déposer en haut de Whitehall ?
— Avec plaisir.
Ils étaient las l’un de l’autre, mais polis, presque cérémonieux. Le général demanda en se levant de son siège :
— Avez-vous un programme pour Bouldershaw Fell ?
— Pas encore.
— Ça devient pourtant sérieux.
— Les étoiles peuvent attendre. Elles le font depuis longtemps.
— Le comité de coordination attend, lui aussi.
Osborne eut un léger haussement d’épaules.
— Reinhart, dit-il, s’occupera des questions militaires quand il le pourra et comme il le pourra. C’est conforme à l’arrangement pris…
— Pour nous, ce télescope n’est pas un jouet d’enfant.
— Pour eux non plus.
Quelques instants plus tard, il y eut un coup de téléphone de Fleming. Mais ils étaient partis.
*
* *
Judy arriva à Bouldershaw Fell un peu avant Osborne et Reinhart et elle put parler tranquillement dans le hall avec Harries, tandis que celui-ci astiquait une poignée de porte.
— Que savez-vous sur Bridger ? demanda-t-elle.
— Il a fait deux ou trois visites à un bookmaker dans une rue retirée. Rien à part cela.
— Nous ferions bien de le surveiller.
— Je le surveille.
Quand Osborne et Reinhart arrivèrent, ils emmenèrent Judy avec eux dans la salle de contrôle qui était presque déserte. Harvey manipulait quelque chose derrière le grand bureau.
— Vous avez l’air fatigué, lui dit le professeur, comme si vous ne vous étiez pas couché de la nuit.
— C’est le cas. Et il en fut de même pour le docteur Fleming et le docteur Bridger.
— Quelque chose qui n’allait pas ?
— Pas exactement, monsieur. Nous avons fait du repérage.
— Sur l’ordre de qui ?
— Du docteur Fleming. Et nous allons recommencer.
— Pourquoi ne me l’a-t-on pas dit ?
— Fleming semble n’en faire qu’à sa tête, observa Osborne.
— Et vous repériez quoi ?
— Une source de signaux, dans Andromède.
— M 31 ?
— Non… Un autre signal dans cette zone, avec des interruptions.
— Aviez-vous déjà entendu cela ?
— Non, monsieur.
— Appelez-moi Fleming.
Quand celui-ci vint, il semblait fatigué, n’était pas rasé. Bien qu’il n’eût pas bu, il avait l’air excité. Il tenait à la main une liasse de papiers provenant d’une machine enregistreuse. Cette fois, Reinhart lui parla assez brutalement :
— Alors, vous vous êtes approprié le télescope ?
Fleming les regarda.
— Je vous demande pardon, messieurs, mais je n’ai pas eu le temps de vous faire un rapport en trois exemplaires.
Il ajouta, en se tournant vers Osborne :
— J’ai téléphoné à votre bureau, mais vous étiez parti.
— Que se passe-t-il ? demanda Reinhart.
Il le leur dit, puis jeta les papiers sur la table voisine.
— …Et voilà ce message.
— Vous voulez dire ce signal, fit le professeur en le regardant avec curiosité.
— Je dis bien message. Des points et des traits. N’est-ce pas, Harvey ?
— Ça en avait l’air.
— Et ça a duré toute la nuit. La source est maintenant derrière l’horizon, mais nous pourrons essayer de nouveau ce soir.
— Et l’inauguration ? demanda Judy.
— Au diable l’inauguration ! Il s’agit d’une voix qui vient de millions et de millions de kilomètres.
— Une voix ? fit-elle, le souffle coupé.
— Et qui a parcouru deux cents années-lumière avant de nous atteindre. Le ministre, lui, pourra bien attendre vingt-quatre heures.
Reinhart reprenait son sang-froid et regardait Fleming d’un œil amusé.
— À moins que ce ne soit un satellite.
— Il n’y a pas de satellite.
— Nous allons vérifier.
— C’est fait.
— Vous êtes sûr que ce n’était pas la grande nébuleuse ?
— Nous avons situé cette source. N’est-ce pas, Harvey ?
Harvey opina, mais Reinhart ne semblait toujours pas convaincu.
— Je sais reconnaître un message, dit Fleming. En outre, il y a dans celui-ci quelque chose que je n’ai jamais vu. Entre les groupes de points et de traits, on remarque une masse de signes beaucoup plus rapides. Il faudra établir un appareil spécial pour enregistrer cela. Tenez, regardez.
Pendant que le professeur examinait les papiers, il demanda par l’intercom à Bridger de venir.
— Est-ce intelligible ? fit Osborne de sa voix un peu hennissante.
— Ça en a l’air.
— Vous pouvez le déchiffrer ?
— Ciel ! Ce n’est pas un message de boy-scouts en morse !
Bridger apparut. Il était pâle et crispé, mais sa présence sembla calmer Fleming. Il confirma ce que celui-ci avait dit.
Reinhart tendit les papiers à Osborne en disant :
— Cet assemblage de traits et de points a assurément un aspect cohérent.
— Pourquoi n’a-t-on pas capté ça auparavant ?
— Parce que personne n’avait un équipement comme celui-ci.
Osborne s’assit sur la table, regardant les papiers d’un air déconcerté.
— S’il y a des créatures intelligentes qui essaient de communiquer… Non, cela n’a pas de sens…
— La chose est possible, dit le professeur.
— Ce ne sont pas nécessairement de petits hommes verdâtres, intervint Fleming. Ni même de la vie organique… Simplement une intelligence…
Judy frissonna, puis se maîtrisa.
— Pourquoi est-ce que je frissonne ? dit-elle.
— Pour la même raison que moi, dit Fleming.
Osborne sortit de sa stupeur.
— Tout le monde frissonnera, dit-il, si cela provient bien d’une source astronomique.
Finalement, ils décidèrent de reprendre l’écoute cette nuit même. Reinhart était redevenu calme et positif. Avec les deux jeunes hommes, il examina de nouveau les papiers.
— Ça a l’air basé sur l’arithmétique binaire, dit Fleming.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Judy.
— C’est un système arithmétique qui repose uniquement sur les chiffres 0 et 1 au lieu de reposer sur des chiffres de 1 à 10, comme dans notre système usuel. 0 et 1 pourraient correspondre respectivement au trait et au point. Ou inversement. Le système dont nous usons est arbitraire, alors que le système binaire est fondamental, basé sur le positif et le négatif, le oui et le non, le point et le trait. Il est universel…
Ils restèrent un moment silencieux.
— Qu’est-ce que je vais dire à la presse ? demanda Judy.
— Rien, fit Osborne.
— Rien ?
— Sommes-nous une société secrète, ou quoi ? s’exclama Fleming.
— Vous ne pouvez pas diffuser cette information indigeste. Il y a des gens à consulter. Nous ne voulons pas semer la panique pour que tous les imbéciles se mettent à voir des soucoupes volantes bourrées de créatures aux yeux de grenouilles. Rien dans la presse, miss Adamson.
Ils quittèrent le coléreux Fleming et se rendirent dans le bureau du professeur pour téléphoner au ministre. Puis ils allèrent déjeuner à l’hôtel du Lion. Osborne se leva à plusieurs reprises pour téléphoner encore.
— Qu’a dit le ministre ? demanda Reinhart.
— Il a dit de consulter Vandenberg.
— Et qu’a dit Vandenberg ?
— Que pensez-vous qu’il pouvait dire ? De ne pas bouger, naturellement. De garder le silence.
La presse fut avisée, sans plus, que l’inauguration était annulée par suite d’un incident technique.
*
* *
Ce soir-là, le message fut capté de nouveau. Pendant toute la nuit, il fut enregistré à tour de rôle par Fleming et Bridger ; et non seulement les passages composés de points et de traits, mais ceux qui étaient transmis à une allure beaucoup plus rapide.
Le lendemain matin, Dennis Bridger se rendit seul à Bouldershaw, et Harries le suivit. Après avoir garé sa voiture près de l’hôtel de ville, Bridger descendit une petite rue pavée qui menait dans la partie basse de la ville. Harries le suivait de loin. Vêtu d’un ample manteau de pluie, il ressemblait beaucoup plus à un bandit écossais qu’à un garçon de laboratoire. Il ne remarqua pas deux hommes qui se tenaient sur le trottoir de l’autre côté de la rue devant une petite porte sur laquelle on lisait : Jas. Oldroyd, courses hippiques. Bridger entra là, suivit un long couloir étroit et obscur, gravit un escalier garni de linoléum et arriva devant une porte vitrée portant la mention : Frappez et entrez, ce qu’il fit.
Oldroyd prenait un tardif déjeuner sur son bureau. C’était un homme d’un certain âge, vêtu d’un cardigan aux couleurs éteintes. Il mangeait des œufs frits. Il était seul. La petite pièce était encombrée de papiers, de téléphones, d’une machine à additionner, d’un téléscripteur, d’une grosse horloge.
— Oh ! c’est vous ! fit Oldroyd.
Bridger fit un signe de tête vers le téléscripteur.
— Ça marche ?
En guise de réponse, l’autre se mit dans la bouche un morceau de pain chargé de jaune d’œuf, tandis que Bridger s’installait devant l’appareil.
— Comment vont les affaires ? demanda-t-il en composant un numéro sur le cadran.
— Comme ci, comme ça.
Bridger tapa les mots suivants : Kaufmann Télex 21303 Genève. Puis il entendit un remuement sur le papier. Une silhouette se profila sur le verre dépoli de la porte. Il y eut un grognement, et la silhouette disparut, poussée par d’autres personnages moins distincts. Oldroyd semblait n’avoir rien remarqué. Bridger se remit à taper. Puis il se glissa prudemment sur le palier. L’escalier et le couloir en bas étaient déserts. Dans la rue, il ne vit rien d’anormal. Simplement une voiture qui s’éloignait. Bridger se dirigea alors vers l’endroit où il avait garé son auto. Il sentait ses jambes trembler.
*
* *
L’information concernant le « message » fut diffusée par une agence assez tôt pour les journaux du soir. Le général Vandenberg se rendit au ministère des Sciences pour protester. Le ministre n’était pas là, mais il fut reçu dans le bureau de celui-ci par Osborne au moment même où la télévision donnait connaissance d’un communiqué gouvernemental.
L’information concernant le « message » était tombée dans une période creuse. Les journaux avaient donc naturellement grossi et déformé la nouvelle. Les responsables de l’espace s’alarment : est-ce une attaque ? demandaient-ils.
Sur l’écran de la télévision — dans un coin du bureau — un speaker lisait le communiqué officiel :
— Le gouvernement a démenti formellement ce soir les rumeurs concernant une invasion possible venant de l’espace. Un porte-parole du ministère des Sciences a déclaré que, s’il était exact que ce qui semblait être un message avait été capté par le nouveau radiotélescope géant de Bouldershaw Fell, il n’y avait aucune raison de croire qu’il émanait soit d’un astronef, soit d’une planète voisine. Si le signal reçu est en fait un message, il provient d’une source très lointaine.
Aucune explication satisfaisante de la fuite ne fut trouvée. Reinhart ne savait rien, et l’agent du ministère de la Défense qui était sur place — Harries — avait inexplicablement disparu. Vandenberg sortit de sa serviette deux dossiers qu’il ouvrit sur la table du ministre. Il lut :
— Fleming, docteur John. — 1960 et années suivantes : anti-O.T.A.N., pro-africain, participa à la marche d’Aldermaston, prône la désobéissance civile, le désarmement nucléaire. Pensez-vous que tout cela inspire confiance ?
— C’est un savant, fit Osborne, et non un candidat à la présidence d’une commission de police.
— Mais on peut penser qu’il est responsable… Voyons l’autre : Bridger, Dennis. — Appartint au parti communiste de 1958 à 1963. Puis a travaillé avec des cartels internationaux, et avec le pire : « Intel ». Quelles références ! De toute façon, vous pouvez vous passer de lui.
— Fleming ne voudrait pas travailler sans lui…
— Eh bien, fit le général en fermant ses dossiers, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous sommes vulnérables dans ce secteur…
— Très bien, dit Osborne d’un air las.
Il décrocha le téléphone et demanda Bouldershaw Fell du même ton qu’il aurait pris pour commander des fleurs.
Dans la salle de contrôle, on continuait à capter le message. Fleming était seul avec Bridger qui semblait nerveux.
— Voyons, John, fit brusquement ce dernier, crois-tu que cela va continuer indéfiniment ?
— Peut-être, dit Fleming.
— Moi, je vais faire mes valises. Tous les plans de l’appareillage sont terminés. Je n’ai plus rien à faire ici.
— Tu vas avoir au contraire énormément à faire.
— Comment ça ?
— Une idée qui m’est venue. Ce… ce message, ce sont peut-être des informations, des indications pour quelque chose…
— Eh bien, travaille tout seul là-dessus…
— Nous ferons ce travail ensemble.
Judy, à ce moment-là, entra dans la salle et leur lança :
— Qui de vous deux a parlé à la presse ?
Fleming la regarda, étonné. Elle se tourna vers Bridger.
— Il y a eu une fuite… Quelqu’un en est responsable. Ce n’est ni le professeur Reinhart ni moi. Ni Harvey ni les autres… Ils n’en savaient pas assez. Or, tout a été diffusé. Ce ne peut donc être qu’un de vous…
— C.Q.F.D., dit Fleming.
— Combien vous a-t-on payé, docteur Bridger ?
— Je…
Bridger n’acheva pas sa phrase. Fleming intervint.
— Ça vous regarde ? demanda-t-il.
— Parfaitement. Je…
— Dans ce cas, qui êtes-vous ?
Il s’était approché d’elle. Elle nota que son haleine sentait à nouveau l’alcool.
— Je…, balbutia-t-elle. Je suis l’attachée de presse.
— Je suis désolé, fit Bridger.
— Est-ce tout ce que vous trouvez à dire ?
Fleming ricanait, méprisant, mal assuré sur ses jambes.
— S’il vous plaît, laissez mon ami tranquille.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est moi qui ai parlé…
Elle se recula, comme si elle avait été giflée.
— Vous ! Etiez-vous ivre ?
— Oui, dit Fleming. Et c’eût été la même chose si j’avais été à jeun. Et on ne m’a rien payé…
Sur quoi, il s’éloigna. Judy resta un moment interdite. Dehors, l’arche du télescope se détachait sur le ciel. Le haut-parleur sifflait et craquait. Bridger dit soudain :
— Je crois que vous avez perdu une idole, miss Adamson.
*
* *
Judy, en sa qualité d’attachée de presse, dut faire un rapport à Osborne, qui transmit la chose au ministre. On ne savait toujours rien de Harries. Sa disparition ne fut pas annoncée. La presse était maintenant convaincue qu’il s’agissait d’une erreur ou d’une mystification. Vandenberg reçut l’assurance que pareille fuite ne se reproduirait pas. On rechercha Harries plus activement. Fleming fut appelé à Londres.
Tout d’abord, on crut qu’il voulait couvrir Bridger. Mais il fut bientôt prouvé qu’étant en état d’ivresse, il avait effectivement tout raconté, à l’hôtel du Lion, à un reporter d’agence nommé Jenkins.
Bien que Bridger eût remis sa démission, comme il devait encore assurer trois mois de service, on le retint à Bouldershaw Fell en l’absence de Fleming. Le message continuait à être capté, transcrit et imprimé selon le code 0 et 1.
Fleming ne semblait nullement troublé. En partant pour Londres, il emporta ces papiers et les étudia dans le train, jetant des notes dans les marges ou sur les vieilles enveloppes qu’il avait dans ses poches. Il semblait ne pas être conscient de quoi que ce fût d’autre.
Osborne, qui l’attendait en compagnie de Reinhart et d’un monsieur aux cheveux gris, assez raide d’allure, le reçut sans chaleur, de façon très officielle. Après les présentations — le monsieur grisonnant était le commodore de l’air Watlin, de la section de sécurité au ministère de la Défense — et lorsqu’ils se furent assis, Fleming demanda :
— Suis-je devant une commission d’enquête ?
Il y eut un silence. Watlin alluma une cigarette et dit :
— Etiez-vous informé que votre travail s’effectuait sous le couvert de la sécurité ?
— Qu’est-ce que cela signifie ?
— Que ce travail est confidentiel. Alors pourquoi… ?
— Je ne suis pas d’avis qu’on bâillonne les savants.
— Calmez-vous, John, fit Reinhart.
— Avez-vous lu les journaux ? reprit Watlin.
— Quelques-uns. Mais, ce que j’ai donné à la presse, ce sont les faits exacts. Comment pouvais-je savoir que les journaux les déformeraient ?
— Ce n’est pas à vous de vous occuper de ces choses, docteur Fleming, dit Osborne. Je vous l’avais dit moi-même.
— Il nous a fallu envoyer un rapport au comité de coordination de la Défense, reprit Watlin sur un ton sévère. Et le Premier ministre prépare une note pour les Nations-Unies.
— Alors, tout va très bien !
— Non. Notre position n’est pas agréable. C’est comme si on nous avait forcé la main. À cause de vous.
— Est-ce qu’on attend de moi que je me mette à genoux ? dit Fleming d’une voix qui devenait coléreuse. Ce que je fais de mes propres découvertes est ma propre affaire. Nous sommes encore dans un pays libre, n’est-ce pas ?
— Vous faites partie d’une équipe, John, dit Reinhart sans lever les yeux.
Osborne se pencha dans son fauteuil.
— Ce que nous voulons de vous, c’est une déclaration personnelle.
— À quoi ça servira ?
— Tout ce qui est de nature à rassurer l’opinion est utile.
Fleming les regarda avec mépris.
— Bon. Et quand j’aurai fait une déclaration disant que j’ai parlé à tort et à travers, qu’est-ce qui se passera ?
— Je crains…, fit Reinhart en examinant ses doigts.
— Je crains que nous n’ayons pas pu donner le choix au professeur Reinhart, dit Watlin.
— Ils désirent que vous quittiez notre équipe, fit Reinhart.
Fleming se leva, eut l’air de réfléchir. Ils s’attendaient à une explosion de sa part.
— Bien, dit-il calmement. C’est facile.
— Je préférerais ne pas vous perdre, John, dit le professeur en faisant un geste d’excuse avec ses petites mains.
— Oui, naturellement. Seulement, il y a un cheveu…
— Quoi donc ?
— Vous ne pourrez pas continuer sans moi.
Ils s’attendaient à cela. Osborne dit qu’il y avait d’autres savants dans l’équipe.
— Oui. Mais ils ne savent pas ce qu’est ce message.
— Et vous ?
Fleming fit un signe affirmatif et sourit. Watlin se tenait plus raide que jamais.
— Vous l’avez déchiffré ? demanda-t-il.
— Je pense savoir ce qu’il contient.
— Vous voulez nous faire croire cela ?
Osborne, visiblement, n’en croyait rien. Ni Watlin. Mais Reinhart semblait troublé et demanda :
— De quoi s’agit-il, John ?
— Continuerai-je à m’occuper de la chose ?
— De quoi s’agit-il ?
Fleming sourit.
— Ce sont des indications pour que nous fabriquions nous-mêmes un certain truc… Et ce n’est pas d’origine humaine. Je vais vous le prouver.
Il ouvrit sa serviette et en sortit ses papiers.
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