Au pied du sapin
Chapitre 7
La carrosserie du monospace, brillante sous la caresse d’un soleil naissant, et les feux arrière rouge vif disparurent à l’angle. Derrière la grande baie vitrée, Daniel et Cole soupirèrent en chœur et éclatèrent de rire. Ils étaient enfin seuls !
— Alléluia ! s’exclama Cole, tout sourire.
Il portait encore son bas de pyjama, qui lui glissait sur les hanches et révélait une ligne du bonheur captivante sous son nombril. Daniel la suivit des yeux, avant de se ressaisir.
— Comment tu te sens ? demanda-t-il.
— Trop bien ! répondit Cole en s’étirant comme un chat paresseux. J’ai carrément mieux dormi que la nuit d’avant où tu m’as réveillé toutes les deux heures.
— Tu sais quoi ? sourit Daniel. J’ai carrément mieux dormi que la nuit d’avant où j’ai dû te réveiller toutes les deux heures.
— Quelle coïncidence !
Cole se gratta la joue. Il ne s’était pas rasé depuis son accident, et Daniel, qui avait toujours mis un point d’honneur à être rasé de près, avait décidé d’en faire de même. CTC et tout le toutim.
Le monospace disparu, ils en profitèrent pour regarder le paysage en silence. Les Laurentides s’élevaient derrière le lac glacé et les sapins recouverts de neige offraient un spectacle à couper le souffle. Ou était-ce la présence de Cole qui lui faisait cet effet ? Ils se tenaient à quelques centimètres l’un de l’autre, ces mêmes centimètres qui les avaient séparés ce matin, dans le lit. Daniel, qui s’était fort heureusement réveillé en premier, avait remarqué qu’il s’était tourné vers Cole durant la nuit, pas seulement tourné, mais dangereusement rapproché !
Il n’arrivait toujours pas à croire qu’il lui avait déballé son sac. Il aurait sûrement dû se sentir embarrassé de relater de telles choses, pourtant, avec Cole, il s’était senti en sécurité. Cole avait cette aura réconfortante, et son instinct lui assurait qu’il pouvait lui faire confiance, qu’il le soutiendrait.
Peut-être que leur passé commun pesait dans la balance ? Car jamais de sa vie Daniel n’aurait cru possible de pouvoir faire confiance à quelqu’un si vite – même Trevor avait dû faire ses preuves. Cole ne l’avait pas jugé, encore moins moqué. Il s’était contenté d’être une présence rassurante. Depuis, il s’était inexorablement senti attiré par lui… Est-ce que Cole ressentait cette attraction lui aussi ? Ou bien se montrait-il simplement amical, voire fraternel ?
Comme il aurait aimé pouvoir écrire un message à Pam : Tu sais quoi ? Après plus de six ans à être froid et mort de l’intérieur, je crois que la flamme se ravive et que je reprends vie. Envoie des renforts !
Daniel pensa à ce que Cole lui avait dit : il faut ouvrir les vannes parfois. L’image était appropriée : il s’était ouvert et il se sentait mieux. Comme un barrage qui cède et recrache des eaux sous haute pression, toutes ses pensées les plus noires, tous ses sentiments les plus amers s’étaient taris. Bon gré mal gré, il avait changé de cadence à fond !
— Qu’est-ce que tu as envie de faire ? demanda Cole, le sortant de ses réflexions.
Daniel soupira et tenta de remettre de l’ordre dans son esprit chamboulé. Je vais bien, tout va bien. Je n’ai pas perdu le contrôle, je suis toujours maître de moi-même.
Il remonta les manches de son T-shirt à col tunisien, alarmé à l’idée de l’avoir choisi, car il s’accordait le mieux à son pantalon. Toute la matinée, il avait eu l’impression de se préparer pour un premier rendez-vous !
— Pour être tout à fait franc, reprit-il d’une voix qu’il voulait assurée, j’ai envie de vider le jacuzzi et de le remplir à nouveau. Je sais que c’est du gâchis d’eau, mais…
— … Mais, après que Justin s’y est plongé, elle est devenue radioactive ! Je vais donc fermer les yeux sur ce gaspillage. Tu peux t’occuper du jacuzzi pendant que le manchot essaie de préparer le petit déjeuner ? Par contre, on devrait peut-être téléphoner à Claudia, elle doit être inquiète si elle n’a pas réussi à te joindre.
— Merde ! Tu as raison !
Daniel attrapa le téléphone sans fil et se retrouva bête.
— Il faut que j’aille récupérer mon portable.
— Tu ne connais pas le numéro de ta mère par cœur ? le taquina Cole.
— Je dois admettre que non… rougit-il, honteux.
Cole éclata de rire.
— À vrai dire, je ne connais que le mien et le 15 ! Ça tombe bien, vu que j’en ai souvent besoin.
Amusé, Daniel nota les coordonnées de sa mère et l’appela. Sans réponse, il laissa un message :
— Hé, maman, je ne sais pas si tu as essayé de me joindre, mais il n’y a pas de réseau ici. Je t’appelle du téléphone du chalet juste pour te dire que Cole va beaucoup mieux, alors ne t’inquiète pas. Allez, profite bien du Mexique !
Une fois qu’il eut raccroché, il se tourna vers Cole et plaisanta :
— Avec un peu de chance, j’ai été suffisamment convaincant pour qu’elle ne nous appelle pas toutes les deux secondes pour prendre de tes nouvelles.
— Oserais-je émettre mes doutes ?
— Je vois que la confiance règne !
Après cet échange, chacun s’affaira à sa besogne. Le jacuzzi vidé et à nouveau rempli, Daniel plaça la couverture par-dessus pour permettre à l’eau de chauffer. Puis, les pieds nus, il rejoignit Cole dans la cuisine.
— Qu’avons-nous là, monsieur le cordon bleu ?
— Des gaufres aux myrtilles congelées, sûrement oubliées par un précédent locataire, et le besoin urgentissime d’aller faire des courses. Est-ce que tu peux ouvrir le sirop d’érable ? Le bouchon est dégueulasse et je m’en suis mis de partout !
Alors que Daniel saisissait la bouteille, son regard fut attiré par les doigts de Cole. Plus précisément par la langue qui était venue les laper.
— Allô la Terre ? l’interpella Cole. Est-ce que tout va bien ?
Daniel sortit de sa rêverie et ouvrit la bouteille. Puis, pour se débarrasser de son trouble, il entreprit de nettoyer le plan de travail.
— Tu sais, je me disais qu’on pourrait décorer le sapin, reprit Cole.
— Le sapin ? s’étonna Daniel, qui avait tout oublié du sapin frais qui trônait dans le salon. Ça te tenterait ?
— Bien sûr ! s’exclama Cole, un sourire ravissant aux lèvres. Pourquoi pas ?
Les gaufres sorties du grille-pain, Daniel coupa celle de Cole. Assis au bar, ils mangèrent sans un mot. Ce silence aurait dû être pesant, pourtant il ne l’était pas.
Après s’être rassasiés, ils s’empressèrent d’ouvrir la boîte, qui avait été laissée à leur intention par les propriétaires du chalet au pied du sapin. Ils avaient même ajouté une carte : Pour fêter Noël ! Tous nos meilleurs vœux ! Ils en sortirent des décorations de toutes formes et de couleurs variées.
— J’en connais qui vont avoir une note de cinq étoiles ! s’exclama-t-il. Malgré l’abominable réseau wi-fi. Mais, dans le fond, c’est peut-être un mal pour un bien.
Repenser à son travail et à tous les mails qui allaient s’agglutiner sur sa messagerie le mit profondément mal à l’aise. Pourtant, il se ressaisit bien vite. Martin, en personne, avait dit que tout le monde devrait profiter de ces congés – question d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ! Et, franchement, là, il assurait comme une bête question équilibre !
Alors que Cole se débattait avec la guirlande lumineuse – la langue coincée entre les dents, concentré et adorable à la tâche – Daniel se retint de lui porter une main secourable. Il était blessé, pas un bébé ! Il se leva pour mettre un peu de musique. Avant d’allumer la chaîne hi-fi, il se rappela de baisser le son. Foutu Justin ! Rien que de penser à lui, il avait des envies de meurtre ! Il n’avait pas été aussi content de se débarrasser de quelqu’un depuis… Non, même si Trevor l’avait trahi, il ne pourrait jamais le haïr comme il haïssait Justin. Malheureusement, il serait contraint de le revoir quand il reprendrait le travail. Cette vérité le fit grincer des dents.
— Tu as dit quelque chose ? l’interpella Cole, qui étalait soigneusement la guirlande sur le parquet.
— Je me disais juste que si je pouvais demander un cadeau au Père Noël, ce serait de ne plus jamais croiser Justin. Mais comme nous avons des open spaces au bureau… Mon seul réconfort est que je ne suis pas à l’étage des designers.
— Mais, qui sait, peut-être que tu auras la chance de le recevoir en « tête à tête » ?
Daniel éclata de rire.
— Ne me fais pas fantasmer ! Justin n’est pas dans mon équipe, son avenir dans la boîte ne dépend pas de moi.
— Mais attends… Tu veux dire que tu n’as pas ton propre bureau ? Vous partagez tous le même espace ?
— Heureusement pour moi, notre vice-président a bien insisté pour que les ressources humaines soient séparées du reste des autres employés, vu que nous avons parfois des rendez-vous un peu musclés. Par contre, nous n’avons pas de murs, nous travaillons derrière des façades vitrées, mais c’est toujours mieux que d’être dans la piscine à boules.
— Piscine à boules ? Tu veux dire comme pour les gamins ?
— Tu n’as même pas idée ! Certains bossent dedans avec leur ordinateur… C’est juste… Je n’ai pas les mots !
Ce disant, Daniel alluma la chaîne et une douce musique envahit le chalet.
— On n’a peut-être pas le wi-fi, mais la radio par satellite passe nickel ! s’exclama-t-il en s’arrêtant sur une station adaptée pour les festivités. Ça te va ? Tu ne trouves pas ça trop cliché ?
— Quoi, deux homos qui décorent un sapin en écoutant Elton John chanter Noël ? Je trouve que c’est parfait !
Alors qu’ils vêtaient le sapin de parures colorées, Daniel se surprit à penser, qu’en effet, ce moment était parfait.
*
Alors que Cole terminait de décorer minutieusement le chalet, Daniel partit faire les courses. Et la journée passa en un clin d’œil.
Le soir venu, ils s’installèrent sur le canapé et regardèrent les X-men, à la lueur du sapin en mangeant des macaronis saupoudrés de panko. Daniel avait voulu faire simple pour que Cole puisse dîner sans devoir se battre avec ses couverts.
Les guirlandes scintillaient comme des étoiles : bleu, vert, jaune, rouge, rose et orange. La neige s’était remise à tomber, et Daniel prenait plaisir à maintenir le feu de cheminée en vie.
Cole finit par s’assoupir. Daniel hésita à le laisser là, cependant, il se dit qu’il dormirait mieux dans le lit et le réveilla gentiment. Une fois glissé sous la grosse couette, Cole se rendormit sur-le-champ. Bercé par sa respiration, Daniel ne mit pas longtemps à le suivre. Toutefois, à l’orée du sommeil, une évidence s’imposa à lui : aucun d’eux n’avait même seulement envisagé que Cole occupe une autre chambre.
*
Le lendemain matin, Cole fut intenable : il voulait voir le village de ses propres yeux. Alors, ensemble, ils partirent se balader dans la grand-rue où s’élevaient nombre de boutiques, restaurants et diverses enseignes. Au loin, ils pouvaient apercevoir les pistes skiables où serpentaient de minuscules silhouettes et où le manège des télésièges ne s’arrêtait jamais.
Les petites bâtisses de Mont-Tremblant brillaient de mille feux et les rues marchandes étaient parées de leurs plus beaux atours. On entendait le tintement des cloches, les « ho ho ho » enjoués d’un Père Noël qui posait avec les enfants et des cantiques de Noël chantés par des chorales.
Les températures étaient à peine au-dessous de zéro et il n’y avait pas de vent : c’était le temps idéal pour se promener au cœur de cette foule grouillante aux humeurs de fêtes de fin d’année. Daniel marchait aux côtés de Cole pour s’assurer qu’il ne lui arrive rien. Ni plus ni moins.
— Plaque de verglas droit devant, dit-il à Cole.
Après avoir contourné la zone à risque, Cole lui offrit son plus beau sourire.
— Tu sais, dit-il, maintenant que nous sommes de retour à la civilisation, je suis surpris que tu ne sois pas pendu à ton téléphone.
— Je l’avais complètement oublié, reconnut Daniel.
La veille non plus, lors de ses courses, il n’avait pas même pensé à y jeter un œil. Il avait été trop préoccupé par Cole, pour songer à autre chose que le rejoindre au plus vite. Il prit son portable.
— Trois barres ! confirma-t-il.
Les yeux rivés sur son écran, il vit qu’il avait de nombreuses notifications. Pourtant, il l’éteignit sans l’ombre d’un regret et le glissa dans sa poche.
— Ouah ! siffla Cole, admiratif. T’es devenu un pro du CTC !
— Le sergent Becky serait tellement fier de moi !
— Le sergent Becky, t’es sérieux ? Il va falloir que tu me racontes ça… Oh, regarde ! Ils ont un cinéma ! Et devine ce qui passe en ce moment ?
Le cœur de Daniel fit un bond dans sa poitrine quand il découvrit le film qui était à l’affiche : le dernier Star Wars.
— Oh, mais tu l’as déjà vu…
— Et ça ne me dérangerait pas de le revoir ! Au pire, si je m’endors, il n’y aura pas mort d’homme ! Viens, on va regarder les séances.
— Tu es sûr que ça ne t’embête pas ?
— Bien sûr que non, répondit Cole en le tirant par la manche. C’est la version française qui passe en ce moment, la VO est dans quarante-cinq minutes. Timing parfait ! En attendant, tu sais quoi ? On va aller se prendre des pop-corn et des tonnes de bonbons pour le déjeuner !
Une demi-heure plus tard, Daniel tenait deux grosses boîtes de pop-corn caramélisé au beurre et un gigantesque Coca-Cola. Cole portait un sac rempli de sucreries.
— Où est-ce que tu aimes t’asseoir ? lui demanda-t-il.
Il n’avait pas l’embarras du choix ; la salle se composait de huit rangées uniquement.
— Tout derrière, répondit Daniel. Je déteste quand les gens mettent des coups de pied dans mon siège.
— Sérieux ? Moi aussi !
— Et puis, tout le monde s’agglutine toujours au milieu et n’arrête jamais de parler. Ça m’énerve !
— Tout pareil ! Je te dirais bien « tope là ! », mais j’ai les mains un peu occupées.
Quand la salle fut plongée dans la pénombre, elle n’était qu’à moitié pleine ; la plupart des touristes devaient encore glisser sur les pistes. Cole batailla un moment avec son sachet de bonbons et Daniel haussa les sourcils.
— Désolé, murmura Cole, un petit cœur à la pêche pour me faire pardonner ?
Cole lui tendit la friandise et leurs doigts se frôlèrent. Une bouffée de chaleur l’envahit, et Daniel retint son souffle avant d’enfourner la sucrerie. Il fallait vraiment qu’il pense à refermer les vannes.
Heureusement, le célèbre thème créé par John Williams résonna dans la salle, le texte jaune se mit à défiler et il se détendit instantanément. Il ne s’était pas senti aussi bien depuis l’époque où il sortait avec Trevor et que tout roulait entre eux.
Cette vie lui sembla si lointaine, tout à coup. À présent, il était ici avec Cole et il n’aurait voulu être ailleurs pour rien au monde.
*
— Dis-moi que l’eau est enfin chaude ! s’exclama Cole en rentrant au chalet. Cela fait plus de vingt-quatre heures que ça mitonne, là !
— Elle est à trente-cinq degrés, vérifia Daniel, apparemment, c’est la température idéale. Il est grand temps de nous mettre en maillot de bain et… merde ! J’ai complètement oublié de prendre le mien. Je suis trop con ! Qui est-ce qui loue un chalet avec jacuzzi et oublie son maillot de bain ?
— À vrai dire, je n’ai pas emporté le mien non plus, commenta Cole. Pour ma défense : j’avais un traumatisme crânien et je ne savais pas du tout où tu allais m’emmener.
Ils se regardèrent dans le blanc des yeux.
— On peut peut-être faire trempette nus… reprit Cole, les joues en feu. Après tout, il n’y a que nous deux et… enfin, si ça ne te dérange pas ?
— Non, bien sûr ! répondit Daniel, la gorge subitement sèche. De toute façon, nous avons partagé notre salle de bains autrefois, alors on a bien dû se croiser à poil.
— Quelques fois, oui, admit Cole dans un souffle.
— Par contre, il faut absolument que l’on couvre ton plâtre. Viens, il y a des peignoirs et des claquettes en haut.
Ensemble, ils montèrent à l’étage. Daniel s’empressa de se changer. Tout irait bien. Il n’aurait pas le temps de voir quoi que ce soit et, de fait, de perdre les pédales. Quand il fut prêt, il s’aperçut que Cole était toujours habillé.
— Je me suis dit qu’il vaudrait peut-être mieux couvrir mon plâtre avant que je mette mon peignoir, baragouina-t-il, rouge comme une tomate.
— Bonne idée.
Daniel s’appliqua à lui enfiler la protection et glissa un élastique au niveau de l’épaule pour la maintenir en place.
— Et n’oublie pas, reprit-il, taquin, d’une pierre deux coups ! Après le jacuzzi, tu pourras soulager une vache.
— Je préfère passer mon tour, rit Cole.
— Est-ce que tu as besoin d’aide pour ton jean ?
Cole acquiesça en déglutissant avec difficulté.
Daniel, qui s’était juré de ne faire sauter que le bouton, se retrouva rapidement à genoux face à Cole pour le délester de son pantalon, la respiration soudain laborieuse. Daniel eut toutes les peines du monde à se concentrer sur le jean pour ne pas jeter un œil au sexe qui se trouvait pile sous son nez. Sa mission accomplie, il se redressa pour aller chercher le peignoir de Cole et le lui passer. Il détourna le regard quand Cole fit glisser son boxer à terre.
— Prêt ? demanda Cole.
Daniel se contenta de hocher la tête, pas véritablement convaincu de la réponse à cette question.
Dans la cuisine, il attrapa deux verres en plastique prévus pour le jacuzzi. Dans le sien, il versa du Merlot et dans celui de Cole du jus d’orange. Il prit les deux bouteilles sous son bras.
Cole l’attendait sagement devant la grande baie vitrée.
— Désolé, j’aurais bien retiré la couverture, mais je n’y arrive pas avec une seule main.
— Pas de souci. En plus, elle est bien plus lourde qu’il n’y paraît. Par contre, si tu pouvais ouvrir.
Cole fit glisser la porte coulissante, laissant Daniel passer sur une petite courbette. Daniel se chargea de retirer la couverture, plaça les verres dans le porte-gobelet et ouvrit en grand les cloisons amovibles du jacuzzi pour révéler la vue imprenable qu’ils avaient sur les montagnes. Le soleil couchant se reflétait sur le lac, créant des milliers de paillettes dorées sur la surface gelée.
— Quand faut y aller… lâcha Cole, avant d’enlever ses claquettes et de se mettre à piétiner. C’est froid ! C’est froid !
Il se dépêcha d’ôter son peignoir et l’accrocha à un portemanteau et, nu comme un ver, il plongea les pieds dans l’eau. Daniel fit vraiment tout son possible pour ne pas regarder ses bijoux de famille ; en vain.
Cole releva les yeux vers lui et lui tendit la main.
— Tu veux bien m’aider ?
Sorti de sa transe, Daniel lui attrapa la main pour lui permettre de garder l’équilibre alors qu’il entrait dans le jacuzzi. Cole se dirigea vers l’angle droit pour s’installer sur un siège et plaça avec précaution son bras blessé hors de l’eau.
— Ça va aller ? demanda Daniel, déçu d’avoir été contraint de lui lâcher la main.
— Oui, je crois que je suis bien installé.
Daniel se dévêtit à son tour, se glissa rapidement dans le jacuzzi et s’assit dans l’angle de gauche. Avachi sur son siège, il poussa un long soupir de contentement.
— Ça fait du bien, hein ? l’interpella Cole, un sourire aux lèvres.
— C’est un délice.
La nuit tombait et les guirlandes suspendues sur le balcon s’allumèrent. Il y avait quelque chose d’absolument magique dans cette scène : ils reposaient dans une eau chaude et profitaient de remous relaxants sans que l’air frais de la montagne puisse les atteindre.
— La vue est pas mal non plus, ajouta Cole.
Daniel avait une vue imprenable sur le torse musclé et les tétons roses et dressés de Cole.
— Magnifique, souffla-t-il.
Il avala une grande gorgée de son vin, et les notes fruitées taquinèrent ses papilles. Ses yeux détaillèrent les épaules pâles de Cole, ses bras fermes et athlétiques. Il se remémora sa main chaude, sa poigne forte et sa longue queue qu’il désirait tant goûter. Quelle saveur laisserait-elle sur sa langue ? Stop !
Putain de merde ! Il fallait vraiment qu’il pense à autre chose, parce qu’il commençait à bander. C’était indécent ! Il était supposé prendre soin de Cole, pas fantasmer sur lui. Quelle idée ! Ils étaient plus ou moins frères… plutôt moins que plus… Qu’importe ! Cole était blessé, il était plus jeune que lui, c’était inacceptable. Daniel devait se montrer raisonnable et digne de confiance. Quand Martin l’avait promu directeur, il l’avait fait car il avait estimé qu’il savait garder la tête froide en toutes circonstances et qu’il avait les pieds sur terre.
Alors pourquoi avait-il l’impression d’être un navire qui prenait l’eau, à deux doigts de sombrer ? Cela faisait à peine quelques jours qu’il avait retrouvé Cole, il ne devrait pas se sentir inexorablement attiré par lui… Il naviguait en mer inconnue.
Il vida son verre et s’empressa de le remplir à nouveau. Il était subitement à l’étroit dans sa peau, si vulnérable. Cette attirance qu’il éprouvait pour Cole l’ébranlait, ébranlait ses défenses hautement érigées. Il semblait perdre le contrôle.
Chris Evans, Chris Hemsworth et Chris Pratt auraient pu tous apparaître par miracle dans le jacuzzi, Daniel n’aurait eu d’yeux que pour Cole.
— Tu es sûr que ça va ? l’interpella Cole.
— Oui, oui, répondit-il à la hâte.
— Vraiment ? Tu as l’air bizarre. Tu es certain que l’eau chaude ne te monte pas à la tête ?
Ce n’est pas l’eau qui me monte à la tête, se maugréa Daniel.
— Je pensais à tout le boulot que je vais devoir abattre en janvier.
— Oublie le travail, gronda Cole en lui faisant les gros yeux. Ma thèse ne va pas s’écrire toute seule, mais je refuse d’y songer. Nous sommes en vacances. Ne t’inquiète pas, quand tu rentreras, tu trouveras dans ta chaussette des petits mails par milliers, promis, juré.
— Tu as raison.
Daniel acquiesça et vida son deuxième verre de vin. Sans succès. Il était toujours en érection. Quand le pied de Cole vint effleurer le sien, il sentit des picotements remonter le long de sa jambe. Cole, lui, continuait à siroter son jus d’orange comme si de rien n’était.
Daniel était hypnotisé par la vision de ces lèvres entrouvertes et humides. Il avait le désir fou de les redessiner du bout de la langue, de se faufiler entre elles pour approfondir son baiser, pour goûter, pour savourer. Il était à deux doigts d’éjaculer rien qu’à l’idée. Sans savoir pourquoi, il murmura :
— J’ai envie de t’embrasser.
Cole écarquilla les yeux et manqua s’étouffer avec sa boisson.
— Quoi ? balbutia-t-il.
— Oh, mon Dieu ! Je suis désolé ! s’exclama Daniel, cherchant une excuse recevable à son audace. Je ne crois pas avoir bu assez de vin pour être pompette… Ça doit être la chaleur qui me monte à la tête, tu as raison !
— Attends ! l’interrompit Cole. Tu as dit que tu voulais m’embrasser, c’est bien ça ? Je n’entends pas des voix ?
Daniel envisageait sérieusement de se glisser sous l’eau pour y noyer son embarras.
— Je… Oui… Je ne sais pas…
— Je suis pour ! s’exclama Cole en hochant vivement la tête.
— Tu… Quoi ? Vraiment ?
Un mètre à peine les séparait, et ils se regardaient dans le blanc des yeux. Daniel avait l’impression qu’une lave incandescente coulait dans ses veines, une lave en fusion qui engorgeait son sexe. Il brûlait de désir. Sous le choc fulgurant s’éveillait une joie extrême. Cela faisait des années que son corps s’était éteint, qu’il n’avait plus éprouvé de sensations charnelles si fortes !
Cole fit le premier pas et se rapprocha. Sans un mot, il s’assit à califourchon sur ses cuisses, faisant attention à placer son bras plâtré derrière sa tête, au sec. Leurs érections se frôlèrent et un long râle leur échappa à tous deux. Daniel était tellement soulagé de savoir qu’il n’était pas le seul à être émoustillé.
Il glissa les mains dans le dos de Cole, agréablement surpris de le sentir se lover contre ses paumes. Le corps souple et musculeux de Cole, ses jambes enroulées autour de ses hanches, étaient un plaisir.
— Est-ce que ce n’est pas un peu… bizarre ? souffla Daniel, l’esprit submergé par une tonne de questions.
— J’en ai rêvé depuis mes treize ans, avoua Cole, sans détour.
— Merde, maintenant ça me fait carrément bizarre !
Daniel tenta de se concentrer, de garder son attention sur le jeune homme qui le chevauchait et non pas sur le souvenir du gamin avec lequel il avait partagé sa salle de bains.
— Oh, la ferme ! grommela Cole, un sourire aux lèvres.
Daniel lui rendit son sourire et passa une main tendre sur son front pour retenir une gouttelette qui menaçait de lui couler dans les yeux. Bien qu’il en ait très envie, il n’osait pas faire le premier pas.
— Daniel, est-ce que je peux t’embrasser ? le devança Cole.
Daniel eut à peine le temps d’acquiescer que Cole se penchait déjà vers lui et déposait le souffle d’une caresse sur ses lèvres. Puis, il picora sa bouche de petits baisers timides. Daniel resserra son étreinte et glissa les doigts dans la chevelure de Cole. Au cœur du vrombissement du jacuzzi et du clapotis de l’eau, ils étaient seuls au monde.
Leurs nez se cognèrent, et ils éclatèrent de rire. Daniel n’avait embrassé personne depuis qu’il avait rompu avec Trevor. Et, en cet instant, il était tellement heureux que Justin ait été plus intéressé par sa queue que par ses lèvres, car ce baiser avec Cole était magique. Il avait oublié à quel point c’était agréable de partager un même souffle avec un autre. Une bouffée d’affection à l’égard de Cole gonfla sa poitrine.
Leur baiser se fit plus profond ; leurs langues valsaient dans un rythme langoureux. Cole avait un goût sucré, une saveur que Daniel dégusta à pleine bouche. Ses mains vagabondèrent le long du dos de Cole pour finir par se perdre sous la surface où elles trouvèrent la rondeur de ses fesses appétissantes. Cole lâcha un long soupir et se frotta contre lui.
— J’aime que tu bandes pour moi, gémit-il.
— J’ai bien cru que j’allais jouir sans même te toucher, reconnut Daniel en agrippant Cole, pour mieux le rencontrer.
Comme possédé par une ardeur conquérante, Cole se jeta sur sa bouche et sembla vouloir le dévorer. Ils se frottaient l’un contre l’autre, leurs érections comprimées entre leurs deux corps. Haletant, Cole attrapa le sexe de Daniel et lui susurra à l’oreille :
— Écarte-moi les fesses.
Inutile de se faire prier pour obéir à une telle injonction, pourtant Daniel refusait d’oublier l’essentiel.
— Il faut que j’aille prendre une capote.
— Ne t’inquiète pas pour ça, ronronna Cole, sa langue titillant ses lèvres. Fais-moi confiance : pour ce que j’ai en tête, nous n’en aurons pas besoin.
Ce disant, il se redressa et glissa le pénis de Daniel entre ses fesses qu’il resserra dans un soupir satisfait avant d’entamer un langoureux mouvement de va-et-vient.
Daniel gémit et suivit son rythme. Leurs torses collés l’un contre l’autre, la friction était merveilleuse. Daniel reprenait enfin vie ; il se réchauffait de l’intérieur.
— Merde, hoqueta Cole, j’ai trop envie de sentir ta queue en moi. Mais ça peut attendre, j’ai besoin de jouir, maintenant.
Daniel gronda. Il n’allait pas pouvoir tenir. Cole était si passionné, son corps si avide de caresses, ses fesses si chaleureuses, cette friction si délicieuse… Les bourses tendues et la tête rejetée en arrière, il éjacula dans un long râle. C’était tellement mieux que de se branler !
— Oui ! gémit Cole en dévorant ses derniers soubresauts du regard. Fais-moi cracher, maintenant !
Daniel glissa la main sous l’eau pour trouver le sexe de Cole encore fièrement dressé. Il entama de longs mouvements de va-et-vient, puis le décalotta pour mieux caresser le gland de son pouce. Cole lâcha un long râle et se mit à trembler.
Daniel changea sa cadence, plus appuyée, plus rapide, pour l’aider à atteindre le paroxysme du plaisir. Cole émit un gémissement étranglé et se cambra : il jouit. Vidé, il s’affaissa lourdement et posa le front sur l’épaule de Daniel. Quand leurs regards se croisèrent, Cole avait les pupilles dilatées, comme s’il avait fumé de l’herbe. La nuit était noire et seules les décorations de Noël éclairaient le jacuzzi.
Le cycle de la fonction bulles s’acheva et, dans le silence soudain, leur respiration erratique devint omniprésente. Le souffle court, se remettant de leurs émotions, Daniel se demanda s’ils ne venaient pas de commettre une monumentale erreur.
— Tu sais quoi ? sourit Cole. Je crois qu’on va être bons pour vider une nouvelle fois le jacuzzi.
Soulagé, Daniel lui répondit d’un baiser sur le front et le serra contre lui. Alors que la lune se levait derrière les montagnes enneigées, la joie qui l’avait quitté de trop nombreuses années émergeait tel un soleil dans son cœur.
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