Au pied du sapin
Épilogue
Un an plus tard.
— Cole, je te félicite ! s’exclama Claudia. Depuis que tu fréquentes mon fils, tu as mis des couleurs dans sa vie et dans sa maison. Et, que vois-je ? Un vrai sapin de Noël ?
— À vrai dire, nous avons eu un véritable débat à ce sujet pour savoir quel était l’impact le plus néfaste pour la planète, répondit Cole, incapable de se retenir. Toutefois, on s’est dit qu’il était préférable de soutenir le business local que d’acheter un arbre en plastique en provenance de Chine.
— Il n’y a rien de mieux que le parfum d’un vrai sapin ! assura Claudia. Et ce Yoda au sommet, c’est une pure merveille !
— Merci, nous y sommes très attachés.
Les décorations étaient très hétéroclites, on y trouvait un surprenant mélange de vaisseaux de Star Wars et de boules plus traditionnelles. Il y avait tant de cadeaux au pied du sapin qu’il était presque impossible de l’approcher.
— Oh, et j’adore ce tapis pourpre ! Quelle élégance !
— Sache, pour ta gouverne, cria Daniel de son bureau, que j’ai acheté ce tapis avant de rencontrer Cole. Enfin, avant de le rencontrer à nouveau.
— Par contre les serviettes bordeaux sont de mon fait uniquement, ajouta Cole, taquin.
Il avait emménagé avec Daniel cet été, pourtant il avait l’impression d’avoir toujours vécu avec lui. La vie était bien étrange parfois.
— Vous êtes sûre que vous ne voulez rien manger ? demanda-t-il à Claudia.
— C’est gentil, mais je n’ai pas faim. J’ai été agréablement surprise par la qualité du dîner fourni dans le train. Je ne regrette vraiment pas d’avoir payé pour être en première classe.
Elle se passa la main dans ses longues boucles brunes et les rejeta en arrière comme une actrice, et reprit :
— Il faut dire que je le vaux bien !
— Complètement. D’ailleurs, vous êtes de toute beauté.
— Merci, mon trésor, répondit-elle, touchée. Je vais t’avouer mon secret : je dois tout au Pilates ! Et un peu à Pierre aussi.
Le dernier petit ami en date de Claudia était parti se coucher, mais Cole murmura tout de même :
— C’est un très bel homme.
— N’est-ce pas ? sourit-elle de toutes ses dents. Je crois que cette fois-ci, c’est le bon !
— Je l’espère pour vous.
— Ton oncle et ta tante sont-ils arrivés ?
— Oui. Ils sont déjà au lit. Le voyage a été long depuis Winnipeg, surtout que leur correspondance a eu du retard à Toronto.
Des cris provenant du sous-sol l’interrompirent.
— Je suis sûr que les enfants vont rester debout trop tard à jouer aux jeux vidéo, reprit-il, amusé, mais il faut bien qu’ils se détendent. En tout cas, ils sont tous bien installés avec des sacs de couchage bien chauds.
Cole ne s’était pas attendu à ce que son oncle Steve et sa tante Judy acceptent son invitation à célébrer les fêtes de fin d’année à Ottawa. Mais il était ravi d’avoir sa famille avec lui. Pam et sa petite amie viendraient le lendemain dans l’après-midi. Leur maison serait pleine pour le déjeuner de Noël. Un bonheur.
— La nuit est faite pour réveillonner ! sourit Claudia. De toute façon, avec tout le sucre qu’ils ont dû engloutir, impossible qu’ils ferment l’œil de sitôt.
Le téléphone de Cole vibra et il coula un regard vers l’écran.
— Papa dit bonsoir et bonnes fêtes.
— Eh bien, réponds à Bill : « tout pareil ». Tu sais, ton père c’est vraiment un cas ! Mais je ne regrette pas de l’avoir épousé, parce que si je ne l’avais pas fait, tu ne serais pas aujourd’hui dans nos vies. Je vais aller me coucher, mon grand : mon sommeil de beauté m’appelle. Je t’aime. Bonne nuit.
Elle déposa un baiser d’une infinie tendresse sur la joue de Cole.
— Vous aussi, répondit-il, ému.
Une fois qu’elle fut à l’étage, Cole éteignit la lumière de la cuisine et alla rejoindre Daniel dans son bureau. S’il fallait qu’il le tire par la peau des fesses pour qu’il arrête de travailler, il le ferait.
— Je sais, je sais, lui dit Daniel avant même qu’il n’ait pu ouvrir la bouche. J’arrive.
Cole se glissa derrière lui, chatouillant sa nuque de son nez et jetant un œil à ce qui l’accaparait autant.
— Qu’est-ce qui est si important que ça ne puisse pas attendre après le Nouvel An ? Ton bureau n’a pas fermé aujourd’hui à midi ?
— Si, si, répondit Daniel en continuant à gratter le papier. J’ai fait circuler une nouvelle fiche d’informations dans la boîte et j’ai exigé de tout le monde qu’ils me la rendent avant Noël, du coup, il faut que je m’y plie aussi.
— Au fait, est-ce que tu sais si Justin a retrouvé du boulot ?
— Pas encore, lâcha Daniel, essayant de ne pas sourire. Apparemment, lorsque tu mens sur ton CV pour te faire embaucher et, qu’en plus, tu n’as pas les compétences requises, il n’est pas aisé de retomber sur tes pattes après t’être fait licencier.
— C’est bien fait pour lui ! grommela Cole.
Daniel acquiesça et continua à remplir sa fiche. Cole, refusant d’être ignoré, se mit à frotter sa joue contre la sienne.
— Tu n’es pas supposé bosser la semaine de notre anniversaire.
— Oh, ce n’est plus seulement un jour anniversaire ?
— Il serait dur de trouver un jour officiel, une semaine me paraît être plus adaptée.
— Tu as raison. Ce formulaire peut attendre.
Il ramassa toute sa paperasse et la posa en tas sur le coin de son bureau.
— Allons célébrer dignement notre anniversaire ! En sourdine.
— Heureusement, cette année, j’ai mes deux mains à disposition. Et je sais plutôt bien m’en servir.
— Je confirme, dit Daniel en se levant et en prenant Cole dans ses bras pour l’embrasser passionnément. Je t’aime.
— Je t’aime aussi. Tu sais, peut-être que l’année prochaine on pourrait retourner à Mont-Tremblant. Toi, moi et le jacuzzi.
— C’est dûment noté ! Faisons un an sur deux. Un Noël avec la famille, l’autre dans notre petit chalet privé.
Alors qu’ils allaient sortir de la pièce encore enlacés, Daniel s’arrêta.
— Attends, il faut que je prenne mon chargeur. Je veux être sûr d’avoir assez de batterie demain matin pour faire des photos.
— Je m’en occupe, dit Cole, toi va te préparer.
Cole se glissa derrière le bureau pour récupérer le chargeur, qui était dans la prise. Il remarqua le formulaire que Daniel était en train de remplir et y jeta un œil. Une ligne attira son attention :
En cas d’urgence, contacter : Cole Smith, compagnon, 343-555-555.
Un sourire idiot sur les lèvres et le cœur gonflé à bloc, Cole rejoignit Daniel, son compagnon, son plus beau cadeau de Noël.
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