Au rendez-vous de la passion
Chapitre 10.
10.
Le lendemain matin dans le taxi, Jordan se contenta de répondre aux questions d’Alexandra par un sourire énigmatique.
Ce fut seulement à l’aéroport qu’elle découvrit enfin leur destination.
— Nous allons à Venise pour la journée ?
— Si je me souviens bien, autrefois Venise figurait sur ta liste juste après Rome, non ?
Il se souvenait de ça ?
— Oh ! Jordan, c’est une surprise merveilleuse ! Je ne sais pas quoi dire.
— Ma responsable marketing à court de mots ? Ça, c’est une première ! Mais je suis ravi d’avoir visé juste. Toute la semaine je me suis demandé si je ne commettais pas une erreur.
— Venise, une erreur ?
Des larmes de joie lui brouillèrent la vue. C’était le cadeau le plus touchant qu’on lui avait jamais fait. Cependant, un soupçon d’angoisse lui pinça le cœur. Chaque fois que Nathan s’était montré généreux avec elle, c’était avec une idée derrière la tête.
Comme s’il lisait dans ses pensées, Jordan déclara d’une voix douce :
— Ce voyage n’a pas d’autre but que de te faire plaisir, Alex. Je n’en attends qu’une chose. Passer une bonne journée avec toi. Rien de plus.
— Merci.
Il lui tint la main pendant toute la durée du vol.
— Et maintenant, nous prenons le vaporetto ? demanda-t-elle à l’arrivée, lorsqu’ils eurent passé la douane.
— Mieux que ça. J’ai loué un motoscafo.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un bateau taxi. Nous ne serons que tous les deux et nous aurons une vue panoramique sur la ville.
Il avait raison, constata-t-elle quelques instants plus tard. Quel spectacle extraordinaire ! L’eau turquoise de la lagune scintillait sous les rayons du soleil et les dômes de stuc crème se découpaient sur le ciel d’un bleu éclatant.
— La Serenissima, la ville la plus sereine, dit Jordan.
— C’est magnifique !
Il lui sourit.
— Oui, et je suis heureux de partager ce spectacle avec toi.
Le motoscafo remonta le Grand Canal. Tous ces édifices surgis de l’eau avaient quelque chose de surnaturel. Leurs façades, qui offraient une riche palette d’ocres allant du jaune le plus pâle ou brun le plus foncé, étaient égayées de balcons de pierre blanche ou de fer forgé garnis de fleurs. Certains lui étaient familiers. Elle les avait vus à la télévision, dans des films ou bien en photo. Mais dans la réalité, ils étaient encore plus sublimes.
— Oh ! et voici le fameux pont ! « Quelles nouvelles sur le Rialto ? » déclama-t-elle, citant Shylock dans Le Marchand de Venise.
— Un des endroits les plus romantiques au monde pour la pièce la moins romantique de Shakespeare…
— Tu as raison. Oh ! Jordan, c’est exactement comme je l’imaginais ! Non, c’est mille fois plus beau. Je… Merci infiniment.
Elle se jeta dans ses bras et l’embrassa.
Lorsque les bras d’Alexandra se refermèrent autour de son cou, Jordan sentit son cœur se gonfler de joie. Il avait fait le bon choix. Elle était enchantée. Comme il l’espérait.
Le motoscafo les déposa à proximité du pont Rialto et le pilote les aida à descendre.
— Mille grazie, dit Jordan en lui donnant un pourboire.
Puis il se tourna vers Alexandra.
— Nous partons à la découverte ?
— Bien sûr !
Il sortit son smartphone de sa poche et consulta le guide qu’il avait pensé à télécharger la veille.
— Je me suis dit qu’un plan et un guide nous seraient bien utiles.
— Tu n’es jamais venu à Venise non plus ?
— Non.
— Comment ça se fait ?
S’il n’avait jamais été à Venise, c’est parce qu’il ne supportait pas l’idée d’y aller sans elle. Sa présence l’aurait hanté. Mais il ne lui dit rien de tout cela, se contentant d’une réponse bien plus désinvolte.
— L’occasion ne s’est jamais présentée.
Ils montèrent sur le pont. La pierre de la balustrade était polie par le temps et les générations de touristes qui s’y étaient accoudés. Alexandra la caressa du bout des doigts.
— Je me demande combien de milliers de personnes ont fait ce geste avant moi.
— Bien plus que nous ne pouvons l’imaginer sans doute. Un petit sourire, s’il te plaît.
Il prit une photo d’Alexandra. La même que prenaient au même instant la plupart des touristes qui se pressaient sur le pont. Pourtant, il avait l’impression qu’ils étaient seuls. Et elle était si belle avec ses mèches dorées qui brillaient au soleil et ce sourire radieux… un sourire rien que pour lui.
— Allons voir le marché, dit-il en la prenant par la main.
Puis ils traversèrent le pont avant de s’enfoncer dans les ruelles étroites qui débouchaient sur la place du marché.
— C’est incroyable tous ces fruits et ces légumes ! s’exclama Alexandra avec émerveillement. Oh ! et toutes ces herbes, regarde !
Il acheta une barquette de fraises sauvages.
— Ferme les yeux et ouvre la bouche.
En la voyant lever son visage vers lui, les lèvres entrouvertes, il fut submergé par une vague de désir. Elle le rendait fou ! Refrénant une terrible envie de l’embrasser, il lui glissa une fraise dans la bouche.
— Je n’ai jamais rien goûté de plus délicieux, dit-elle.
Puis elle lui caressa la joue.
— A part toi, peut-être.
— Vraiment ?
Elle se contenta de sourire.
— Ferme les yeux, dit-elle après un petit instant de silence.
Et à son tour elle lui mit une fraise dans la bouche.
— Moi non plus je n’ai jamais rien goûté de plus délicieux à part toi.
Elle promena de nouveau autour d’elle un regard émerveillé.
— Je n’arrive pas à croire que nous sommes à Venise !
— Allons au marché aux poissons, proposa-t-il lorsqu’ils eurent fini la barquette de fraises.
Après avoir déambulé parmi les étals chargés de poulpes, d’araignées de mer, de crevettes et de poissons inconnus, ils achetèrent des gelati. Ils prirent ensuite de nouveau le pont du Rialto et se dirigèrent vers la place Saint-Marc, en empruntant un dédale de ruelles et de canaux enjambés par des ponts en pierre ou en fer forgé. En chemin, ils firent un peu de lèche-vitrines. Alexandra admira des masques, puis elle s’arrêta devant une boutique de verrerie.
— Regarde cette coupe ! Ce dégradé de bleus est superbe. Field’s pourrait peut-être proposer ce genre d’articles.
— Peut-être, mais nous ne sommes pas ici pour travailler.
Il fut surpris de sa propre attitude. Cela lui ressemblait si peu. D’ordinaire il ne voyait aucun inconvénient à mélanger travail et loisirs. Mais aujourd’hui c’était différent. C’était une journée spéciale, rien que pour eux.
— Aujourd’hui nous faisons l’école buissonnière, ajouta-t-il d’une voix douce. Rien d’autre ne compte que nous deux.
— D’accord.
Ils arrivèrent place Saint-Marc, sous la tour de l’horloge. Les dômes de la basilique étincelaient au soleil, tandis que le palais des Doges ressemblait à un gros gâteau fourré rose et blanc.
— Là-haut, sur la façade de la basilique, ce sont les fameux chevaux de bronze ? demanda Alexandra.
Il consulta son guide.
— Apparemment, ce sont des reproductions. Les originaux sont à l’intérieur.
— Si nous allions les voir ?
— Bien sûr.
* * *
Dans la basilique, les mosaïques sur fond d’or constituées de milliers de tesselles étaient d’une beauté à couper le souffle. Pas étonnant que les touristes respectent les consignes de silence, songea Alexandra, très impressionnée. Devant une telle splendeur, les mots manquaient.
Elle acheta les billets donnant accès au musée, où ils admirèrent les chevaux de bronze originaux avant de sortir sur la galerie pour voir les reproductions. Ils restèrent un moment au soleil, à contempler la place et la lagune.
Jordan lui arracha un petit baiser.
— Ne bouge pas. Je vais te prendre en photo.
— Excusez-moi, intervint une dame d’un certain âge. Voulez-vous que je vous prenne tous les deux ?
— Oh oui, s’il vous plaît ! s’exclama Alexandra en sortant son portable de son sac.
Elle montra à la dame comment s’en servir, puis elle posa avec Jordan à côté des chevaux.
— Vous êtes en voyage de noces ?
Alexandra se crispa aussitôt. Non… Ils n’étaient pas mariés. Et ils ne pourraient sans doute jamais fonder une famille. D’ailleurs, elle ne cessait de se demander quelle serait la réaction de Jordan s’il savait.
Mais pour l’heure, ce dernier était de toute évidence loin d’imaginer les questions qui la tourmentaient. Ravi, il glissa un bras autour de sa taille et l’attira contre lui.
— Nous ne sommes pas mariés, mais c’est un voyage très spécial pour nous, répondit-il à la dame.
A ces mots, elle se détendit un peu. C’était vrai. Et cette journée était trop précieuse pour la gâcher en anticipant les problèmes. Il fallait savourer l’instant sans penser au passé ni à l’avenir.
— C’est en voyage de noces que nous sommes venus ici pour la première fois, mon mari et moi, déclara la dame. Depuis, nous revenons tous les ans pour notre anniversaire. Aujourd’hui il ne peut plus monter les marches, mais je viens toujours sur la galerie pour admirer la vue, comme nous l’avons fait lors de notre première visite.
— Je vous souhaite un heureux anniversaire, dit Alexandra avec chaleur.
— Merci. Pour ma part, je vous souhaite que Venise vous porte bonheur autant qu’à nous.
* * *
Lorsqu’ils eurent terminé la visite de la basilique, ils trouvèrent un petit kiosque qui vendait de la piadina, une feuille de pâte farcie au prosciutto et au pecorino. Ils la dégustèrent sur un banc, à l’ombre d’une petite place.
— Comme je suis heureuse d’être ici ! s’exclama Alexandra. Merci, Jordan. Tu as vraiment eu une idée fantastique.
— Que dirais-tu de prolonger notre escapade ?
— Que veux-tu dire ?
— Si nous restions jusqu’à demain.
— Mais… nous n’avons pas réservé de chambre. Et nous n’avons pris aucun bagage.
— Il suffit de reporter le vol, de trouver un hôtel et de faire quelques achats.
Jordan lui prit la main et la porta à ses lèvres.
— Si nous passons la nuit ici ça nous laisse le temps de faire un tour en gondole. Et ce soir nous dînerons place Saint-Marc. Il paraît qu’il faut absolument la voir tout illuminée. Qu’en dis-tu ?
— D’accord, mais à condition que je partage les frais.
Jordan réprima un soupir. Son attitude le décevait, c’était évident.
— Voyons Alex, si je t’invite c’est uniquement pour te faire plaisir. Ça ne t’engage à rien. J’ai juste envie de t’offrir de bons souvenirs.
Pour l’aider à oublier les mauvais, elle l’avait deviné. Bien sûr, elle savait qu’il n’était pas comme Nathan. Malgré tout, elle tenait à participer.
— Laisse-moi au moins t’inviter à dîner.
— Marché conclu. Combien de chambres je réserve ? Une ou deux ?
Elle hésita. Depuis le début de leur relation, elle faisait tout son possible pour ne pas retomber amoureuse de Jordan. Ne pas dormir avec lui était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour tenter de garder une certaine distance avec lui. Mais n’était-ce pas une bataille perdue d’avance. Et puis ils étaient à Venise…
— Une seule.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Jordan l’embrassa tendrement.
— Nous allons passer une soirée fantastique, tu vas voir.
Il sortit son portable de sa poche, consulta internet, puis donna deux coups de téléphone, dont un en italien.
— C’est fait, dit-il en raccrochant. Notre vol est reporté à demain après-midi et nous avons une chambre. A présent, faisons un peu de shopping.
* * *
Pendant qu’Alexandra essayait une petite robe noire et des escarpins à talons, Jordan repéra un pendentif de verre en forme d’étoile de mer, dans un dégradé de bleus semblable à celui de la coupe qu’elle avait admirée un peu plus tôt. Elle allait l’adorer… Il l’acheta, glissa la boîte dans sa poche, puis il s’approcha de la cabine d’essayage.
— Alex ?
— Oui ?
— Je peux voir à quoi tu ressembles ?
Elle sortit la tête en maintenant le rideau devant elle.
— Aurais-tu l’intention de m’aider à choisir mes vêtements ?
— Non. J’aimerais juste te voir les essayer, lui murmura-t-il à l’oreille.
Elle s’empourpra.
— Pas ici.
Il lui vola un baiser.
— D’accord. Je t’attends dehors. Prends ton temps.
Ce ne fut pas long. Un moment plus tard, elle sortit de la boutique avec un grand sac.
— J’ai pris la robe pour ce soir, une tenue pour demain, et de la lingerie. Je crois que je vais avoir besoin d’une petite valise.
Lorsqu’ils eurent terminé leurs achats, il sortit la boîte de sa poche et la tendit à Alexandra.
— Tiens, pour aller avec ta robe.
Elle ouvrit la boîte et ses yeux s’écarquillèrent.
— Jordan, c’est splendide… mais je ne peux pas accepter.
Il ravala un juron. Cette volonté farouche d’indépendance le rendait fou. Certes, depuis qu’elle lui avait parlé de Nathan il en comprenait les raisons. Mais il y avait des limites.
— Alex, c’est juste un cadeau. Tu es ma petite amie. J’ai le droit de t’offrir des bijoux.
Elle tressaillit.
— Alex ? Que se passe-t-il ?
— Non, rien. Ce pendentif est très beau. Il me plaît beaucoup. Merci.
Surpris, il lui jeta un regard perplexe. Sa réaction étrange ne lui avait pas échappé. Cela avait-il à voir avec son ex-mari ? Avait-elle déclenché sa fureur en s’achetant un bijou ?
Il savait que, s’il se montrait trop curieux, elle risquait de se replier sur elle-même. Cependant, il valait mieux crever l’abcès sans attendre.
— Ça fait des heures que nous marchons, déclara-t-il. Allons prendre un café.
Quelques instants plus tard, ils étaient assis à la terrasse d’un café devant des cappuccinos.
— Tu veux que je t’explique, n’est-ce pas ? dit-elle d’un air un peu triste.
— Oui.
Elle soupira, mais ne se déroba pas.
— Je suppose que je te dois la vérité.
Il lui prit la main.
— Tu ne me dois rien du tout. Je pense simplement que tu as besoin de parler. J’ai l’impression que tu as refoulé tout un tas de choses, et il va bien falloir qu’elles sortent un jour ou l’autre si tu veux qu’elles cessent de te gâcher la vie.
Elle prit une profonde inspiration.
— C’était toujours Nathan qui décidait de tout. Au début j’étais plutôt soulagée de pouvoir enfin me reposer sur quelqu’un. Mais très vite j’ai eu le sentiment d’étouffer.
Elle se mordit la lèvre, visiblement très affectée par ces souvenirs.
— Je voulais repasser mes examens mais il tentait de m’en dissuader. Il disait que ça ne servirait à rien et que de toute façon je n’avais même pas besoin de travailler puisqu’il était là.
— Il aurait dû comprendre que c’était une démarche importante pour toi.
— Je crois qu’il craignait que je lui échappe. Pour avoir un peu plus de liberté, j’ai commencé à lui mentir. Je lui disais que je sortais avec mes amies une fois par semaine, alors qu’en réalité je suivais des cours du soir. Mais un soir où j’étais en cours, une amie m’a téléphoné alors qu’il me croyait avec elle. Quand je suis rentrée, il m’a accusée d’avoir une liaison. Et quand je lui ai dit la vérité…
Elle marqua une petite pause.
— Ça ne l’a pas calmé. Au contraire. C’est à partir de ce moment qu’il a exigé des justifications pour chacune de mes dépenses. Comme nous avions un compte commun sur lequel était viré mon salaire, il pouvait contrôler tous mes achats par carte et tous mes retraits.
« Les livres pour mes cours, je les payais en liquide et je les cachais chez une amie. Mais chaque fois j’étais obligée d’inventer une histoire pour expliquer mes retraits d’argent. De son côté, lorsqu’il m’offrait un cadeau — un bijou la plupart du temps — ce n’était jamais pour me faire plaisir mais parce qu’il attendait quelque chose en échange. »
— Je regrette amèrement les malentendus qui nous ont séparés autrefois. Tu n’aurais jamais épousé Bennett et je t’aurais encouragée à repasser tes examens.
— Je sais.
La voix d’Alexandra tremblait et des larmes brillaient dans ses yeux. Il comprit qu’il était temps de changer de sujet.
— Viens. Allons chercher un restaurant pour ce soir.
Ils se promenèrent sur la place Saint-Marc, regardèrent les menus et réservèrent une table dans l’un des caffè les plus anciens de Venise. Ensuite, ils se rendirent à l’hôtel. En voyant où il la conduisait, Alexandra s’exclama avec effarement :
— Jordan, cet hôtel est l’un des plus chers de Venise ! Il est célèbre dans le monde entier !
— Et alors ?
Elle secoua la tête.
— C’est de la folie !
— Contente-toi de profiter de la soirée. Puisque nous faisons l’école buissonnière autant la faire avec panache, non ?
Voyant qu’elle ne semblait pas rassurée, il ajouta d’un ton apaisant :
— Alex, tu n’es pas avec Bennett, mais avec moi. Jordan Smith. D’accord ? Je n’ai aucune idée derrière la tête. Puisque nous passons la nuit à Venise, j’avais envie que ce soit dans un cadre exceptionnel. Pas pour que tu te sentes redevable. Juste pour nous faire plaisir. A tous les deux.
— D’accord.
— Allez, viens.
En pénétrant dans la chambre, il constata avec satisfaction qu’Alexandra semblait avoir oublié ses réticences. Il fallait bien avouer que les lieux étaient incroyables. Un immense lit à baldaquin garni de rideaux de soie trônait au milieu de la chambre, également meublée d’une table, de fauteuils Louis XIV recouverts de velours bleu et d’une coiffeuse de bois massif marqueté d’écailles. Des voilages et de lourdes tentures assorties aux fauteuils pendaient aux fenêtres, tandis que le sol était habillé d’un épais tapis de laine. L’éclairage était assuré par d’imposants lustres, y compris dans la salle de bains en marbre où ils se reflétaient dans des miroirs anciens.
— Incroyable, murmura Alexandra, éblouie.
Elle se dirigea vers la porte-fenêtre et s’exclama :
— Et nous avons un balcon sur le Grand Canal ! Oh ! Jordan ! C’est fantastique !
Il la rejoignit et noua les bras autour de sa taille.
— Oui, ce n’est pas mal.
Ce n’était pas qu’il n’appréciait pas le cadre, au contraire, mais ce qui comptait le plus pour lui, c’était de partager tout ça avec elle. La femme qu’il aimait.
Parce qu’il n’y avait aucun doute maintenant. Il aimait Alexandra. Il l’aimait déjà à dix-neuf ans, alors qu’il sortait à peine de l’adolescence, et il l’aimait encore davantage aujourd’hui qu’il était adulte. C’était la femme de sa vie.
Mais ses sentiments étaient-ils partagés ? Pour l’instant, elle restait profondément marquée par son mariage désastreux. Il fallait à tout prix lui prouver qu’elle pouvait avoir confiance en lui.
Il déposa un baiser sur sa nuque.
— Il est temps de nous préparer.
Il la souleva de terre pour la porter dans la salle de bains.
Alexandra ne sut jamais qui avait déshabillé qui. Toujours est-il qu’ils se retrouvèrent soudain nus dans l’énorme baignoire de marbre sous un jet d’eau chaude.
— Tu es tendue.
Jordan lui savonna le dos tout en la massant avec dextérité. Peu à peu, elle sentit ses muscles se relâcher et un délicieux bien-être l’envahir. Les mains de Jordan se posèrent sur son ventre et il l’attira contre lui. Au contact de son sexe dur contre ses fesses, elle fut envahie par une chaleur intense. S’il pouvait lui caresser les seins…
— Tes désirs sont des ordres, murmura-t-il à son oreille.
Ses joues s’enflammèrent aussitôt. Elle avait parlé tout haut ? Mon Dieu !
— Désolée…
Il la fit pivoter sur elle-même.
— D’exprimer tes désirs ?
— Je n’ai pas l’habitude…
— Il n’est jamais trop tard.
Il l’embrassa tendrement.
— J’aime que tu me dises ce dont tu as envie.
Il fit couler du gel douche sur ses seins et le fit mousser du bout des doigts.
— Comme ça ?
Elle gémit doucement, tandis qu’il insistait sur les deux pointes durcies.
— Oui…
Les sensations qui la submergeaient étaient si intenses qu’elle faillit le supplier de mettre fin à son supplice sans attendre. Mais pas tout de suite… D’abord, elle voulait le rendre fou à son tour… Il était temps de renverser la situation. Elle versa du gel douche dans le creux de sa paume et lui savonna le torse.
— Mmm, très agréable, murmura-t-il.
— Là aussi ? demanda-t-elle en faisant glisser ses mains sur son ventre.
— Oui…
Avec une intense satisfaction, elle constata que son souffle se faisait plus court.
Elle poursuivit alors lentement sa descente et effleura son sexe fièrement dressé du bout des doigts avant de refermer la main dessus. Laissant échapper un grognement, il ferma les yeux tandis qu’elle le caressait.
— Attention… Si tu continues comme ça, je ne pourrai bientôt plus grand-chose pour toi, finit-il par murmurer d’une voix rauque.
— Alors il vaut mieux que j’arrête.
Avec un sourire malicieux, elle le lâcha et mit les mains derrière son dos.
— Alex, j’ai envie de toi… maintenant.
— Oui, maintenant, acquiesça-t-elle dans un souffle.
En un éclair Jordan sortit de la baignoire et fouilla dans les poches de son jean à la recherche d’un préservatif. Quelques secondes plus tard, il la rejoignit. L’agrippant par les hanches, il la souleva pour l’appuyer contre la paroi carrelée. Elle noua les jambes sur ses reins en même temps qu’il s’enfonçait en elle.
Le plaisir monta très vite l’emportant dans une spirale vertigineuse. Quand l’orgasme déferla enfin en elle, il l’embrassa avec fougue et la rejoignit presque aussitôt.
Ils restèrent encore un long moment dans la baignoire à se savonner et à se caresser. Puis Jordan ferma le robinet.
— Viens, nous allons avoir la peau toute fripée si nous restons sous la douche plus longtemps.
Il la déposa sur le sol puis l’enveloppa dans un drap de bain. Elle se laissa faire avec délectation, pour une fois, elle abandonnait le contrôle.
— Désolé, c’est ma faute, dit Jordan en désignant le tas d’habits trempés sur le sol. Je… je pensais à autre chose.
Oui. A trouver un préservatif le plus vite possible… Ce n’était pas elle qui le lui reprocherait !
— Heureusement que nous avons acheté de quoi nous changer, ajouta-t-il en riant. Viens, allons nous habiller sinon nous allons être en retard.
— Je crois que nous devrions éviter de nous changer dans la même pièce.
— Tu as raison. C’est plus prudent.
— Va dans la chambre, dit-elle avec un grand sourire. J’arrive.
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