Au rendez-vous de la passion

Kate Hardy · Chapitre 11 sur 12

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Au rendez-vous de la passion

Chapitre 11.

11.

 

Lorsque Alexandra sortit de la salle de bains, Jordan l’enveloppa d’un regard admiratif.

— Cette robe est sublime. J’ai hâte de te l’enlever !

Touchée par ce compliment, elle éclata de rire.

— On ne t’a jamais dit que la patience était une grande qualité ?

Il la prit dans ses bras et parsema son cou de baisers.

— Je parie que je peux être bien plus patient que toi.

— Vous êtes trop sûr de vous, monsieur Smith.

— Viens. Nous avons le temps de nous promener un peu avant de dîner.

Alors qu’ils marchaient le long du Grand Canal, un gondolier vêtu du traditionnel maillot rayé et coiffé d’un canotier s’approcha d’eux.

— Un tour en gondole, madame, monsieur ?

— Ça me paraît incontournable, déclara Jordan. Après tout Venise est le seul endroit au monde où l’on a cette possibilité. On y va ?

Quand elle fut installée à côté de Jordan, il passa un bras autour de ses épaules. Tandis qu’ils glissaient sur le Grand Canal, le soleil descendit derrière l’horizon, embrasant la lagune. Eblouie, elle ouvrit la bouche mais la referma presque aussitôt, incapable de trouver ses mots. Non, il n’y avait pas de termes assez forts pour décrire ce spectacle fabuleux. Et quel bonheur de le partager avec Jordan !

Sous un pont, il captura sa bouche dans un baiser plein de tendresse. La gondole s’engagea dans un dédale de petits canaux où régnait une pénombre propice aux effusions. Enhardie, elle s’empara de sa bouche à son tour et ils s’embrassèrent de nouveau avec ferveur. Quelques instants plus tard, la gondole rejoignit le Grand Canal et ses lumières. Elle s’arrêta à proximité du pont du Rialto et le gondolier les aida à descendre en leur souhaitant une bonne soirée.

Main dans la main, ils se dirigèrent vers la place Saint-Marc tout illuminée, où des musiciens jouaient du jazz ou de la musique classique devant les terrasses des caffè, noires de monde. Des couples traversaient la place en se tenant par la taille, d’autres dansaient.

Un quartet jouait It Had to Be You.

— Nous ne pouvons pas ne pas danser sur cette chanson, décréta Jordan.

Et sans lui demander son avis, il la prit dans ses bras et la fit tournoyer en chantonnant. Il dansait merveilleusement bien et il avait une voix très sexy.

— Si j’avais su je t’aurais demandé de me chanter O Sole Mio sur la gondole, plaisanta-t-elle.

— Madame voudrait une sérénade ? Ça peut s’arranger, mais d’abord…

Il la renversa en arrière, comme dans les films, et l’embrassa.

— Allons dîner, dit-il ensuite en l’entraînant vers le caffè où ils avaient réservé.

— J’ai passé une journée de rêve, déclara-t-elle quand ils furent à table. Merci infiniment de m’avoir amenée ici.

— C’est un peu égoïste comme cadeau, parce que je suis très heureux de partager ces moments avec toi.

La nourriture était excellente et elle apprécia tout particulièrement les cookies vénitiens servis avec le café. De fines tranches de biscuit aux amandes nappées de chocolat fondu.

— Quand nous rentrerons à Londres, je demanderai à Giorgio de nous en faire.

— Bonne idée. Je te les ferai manger bouchée par bouchée, approuva Jordan. Au lit.

Elle fut parcourue d’un frisson.

— Je crois que j’ai assez mangé.

Ce qu’elle voulait maintenant c’était Jordan. Nu. Dans ses bras.

— Moi aussi. Allons-y.

Ils regagnèrent l’hôtel en un temps record.

— Il est encore tôt, dit-il dans le hall. J’aurais dû t’emmener boire des bellini au Harry’s Bar. J’ai tellement hâte de me retrouver en tête à tête avec toi que je n’y ai pas pensé.

Le bellini, mélange de nectar de pêche blanche et de prosecco, avait été créé au Harry’s Bar de Venise et devait son nom au peintre vénitien Giovanni Bellini.

— Moi aussi, j’ai hâte d’être en tête à tête avec toi, avoua-t-elle.

— J’ai une idée. Nous allons les boire sur notre balcon.

Elle monta dans leur chambre tandis qu’il allait au bar prendre commande. Dieu merci, il ne fut pas long.

— On nous les apporte dans la chambre dans quelques minutes. Allons-y.

Lorsqu’ils sortirent sur le balcon, elle frissonna légèrement. Il faisait un peu plus frais qu’ils ne le pensaient. Toutefois, la vue était magique. Les lumières des palais se reflétaient dans l’eau noire du canal et le silence était total à l’exception d’un léger clapotis provoqué par le passage d’une gondole.

— Tu as froid ? demanda Jordan.

— Ça va.

— Je vais quand même te réchauffer un peu, murmura-t-il en l’attirant contre lui.

Il promena les mains sur son ventre, avant de remonter lentement vers ses seins. Ses pouces en effleurèrent la courbe puis tracèrent les contours des aréoles. Il pinça ensuite délicatement les deux bourgeons hérissés tout en parsemant sa nuque de baisers. Alors qu’elle était sur le point de perdre la tête, on frappa à la porte.

Il émit un grognement.

— J’y vais. Ne bouge pas.

Il revint quelques secondes plus tard avec deux bellini.

— A Venise, dit-il en levant sa flûte.

— A Venise, répéta-t-elle avant de boire une gorgée. Mmm, c’est délicieux.

— Pas autant que toi, dit-il en lui prenant sa flûte des mains et en la posant à côté de la sienne sur un guéridon.

Puis il referma les bras sur elle et l’embrassa longuement avant de lui murmurer à l’oreille :

— C’est une chance que ta robe ne soit pas trop moulante.

— Pourquoi ?

Il la fit pivoter sur elle-même, face à la balustrade.

— Parce que c’est plus pratique…

Il glissa les mains sous sa robe et la remonta jusqu’à la taille. Elle fut transpercée par une flèche de désir qui lui coupa le souffle. Il voulait lui faire l’amour sur le balcon ?

— Jordan, nous ne pouvons pas…

— Mais si…

Il effleura le bord en dentelle de ses bas et laissa échapper un grognement.

— Si j’avais su plus tôt que c’étaient des bas, nous ne serions jamais arrivés au restaurant ! Je t’aurais fait l’amour dans une calle déserte.

— Jordan, si quelqu’un regarde en l’air…

— Il verra deux ombres face à la lagune. La balustrade nous cache jusqu’à la taille, fit-il valoir en faisant déjà glisser sa culotte sur ses cuisses.

— Elle est en fer forgé, protesta-t-elle, le souffle court.

— Les plantes font écran.

Faire l’amour sur le balcon d’un des hôtels les plus chic de Venise… Il était fou !

— Personne ne s’apercevra de rien, murmura-t-il en ouvrant sa braguette et en prenant un préservatif dans la poche de son pantalon.

Parcourue de longs frissons, elle réprima un gémissement lorsque son sexe effleura le sien, déjà ruisselant de désir.

— Jordan…

— Tiens-toi à la balustrade.

Elle s’exécuta et creusa les reins tandis qu’il entrait lentement en elle.

— Oh ! Jordan…

— C’est bon ?

— Oui…

— Regarde Venise, comme c’est beau, murmura-t-il en allant et venant avec lenteur entre ses reins.

Elle en fut incapable. Les premières vagues de plaisir la parcouraient déjà. Jamais elle n’avait éprouvé une excitation aussi intense. Fermant les yeux, elle renversa la tête en arrière tandis que Jordan accélérait peu à peu le mouvement, les mains crispées sur ses hanches.

Le raz-de-marée qui la balaya fut si intense, qu’elle faillit lâcher un cri rauque. Quelques secondes plus tard, Jordan sombra à son tour en refermant les bras autour d’elle.

Alors qu’elle était encore parcourue de frisson de volupté, il l’entraîna dans la chambre à reculons et tira les rideaux. Puis il l’allongea sur le lit. Là, il lui enleva sa robe, la couvrit de caresses et lui refit l’amour.

Plus tard, alors qu’elle était encore tout étourdie de plaisir, elle sentit des larmes rouler sur ses joues.

— Tu pleures ?

— Ce sont des larmes de joie.

A laquelle se mêlait une pointe de tristesse, mais cela, elle ne lui dit pas. Le passé risquait malheureusement de mettre en péril leur avenir… Il fallait absolument qu’elle se décide à dire la vérité à Jordan. Mais pas encore. Elle voulait savourer pleinement cette nuit et la matinée qui suivrait. Ce seraient de précieux souvenirs.

Elle s’endormit dans les bras de Jordan en disant silencieusement :« Je t’aime. Si seulement il y avait un moyen de sauver notre bonheur… »

* * *

Le lendemain matin, Jordan se réveilla le premier et contempla longuement Alexandra. Dire qu’avant de la retrouver, il se croyait satisfait de sa vie !

Aujourd’hui il savait à quel point il s’était menti à lui-même. S’il travaillait autant c’était pour éviter de prendre conscience qu’elle était désespérément vide. En réalité il enviait sans le savoir son meilleur ami et sa femme, éperdument amoureux et bientôt parents.

Il imaginait bien Alexandra avec un gros ventre… Rayonnante. Fonder une famille avec elle. La famille qu’ils avaient failli avoir autrefois.

Il l’embrassa. Elle se réveilla et lui sourit.

— Bonjour.

Elle l’aimait, il n’y avait aucun doute. Ça se voyait dans son regard. Et ce constat le combla de bonheur.

Mais très vite une lueur inquiète trop familière se ralluma dans les yeux noisette. Il eut un pincement au cœur. Elle lui avait fait des confidences sur son mariage, elle avait enfin accepté de passer la nuit avec lui, mais de toute évidence, toutes les barrières n’étaient pas encore tombées.

Parviendrait-il un jour à lui réapprendre la confiance ? Il déposa un baiser sur ses lèvres.

— Veux-tu prendre le petit déjeuner au lit ou bien sur la terrasse de l’hôtel ? Il y a du soleil et il paraît que la vue est splendide.

A son grand soulagement, le regard d’Alexandra s’éclaira et un large sourire illumina son visage.

— Prendre le petit déjeuner au lit on peut le faire n’importe où. Mais en contemplant le Grand Canal, ce n’est possible qu’à Venise. Allons sur la terrasse.

* * *

La lagune miroitait sous les rayons du soleil, très chaud pour un mois d’avril. Alexandra savoura chaque seconde de son petit déjeuner, composé d’un jus d’orange sanguine fraîchement pressée, d’une assiette de pâtisseries encore chaudes et d’un excellent café.

— Voilà ce qui s’appelle être gâtée ! déclara-t-elle en se calant dans son siège. Jordan, je ne te remercierai jamais assez pour ce week-end magique !

— Nous ne prenons l’avion que cet après-midi. Que dirais-tu d’aller à Murano voir les souffleurs de verre ?

— Avec grand plaisir.

Ils prirent le vaporetto pour Murano. Après avoir admiré la virtuosité des souffleurs de verre, ils firent un tour dans les verreries. Elle nota que Jordan examinait un presse-papier de la même teinte que le pendentif qu’il lui avait offert, et il semblait vraiment sous le charme. Elle parvint à l’acheter discrètement et à le glisser dans son sac sans qu’il s’en aperçoive.

Sur le chemin du retour, ils firent une halte à Burano, où elle photographia les maisons colorées qui se reflétaient dans l’eau. Ils parcoururent la rue principale en contemplant les ouvrages en dentelle et achetèrent des essi buranei, biscuits aux œufs en forme de S, spécialité de l’île.

Sur le vaporetto qui les ramenait à l’hôtel, elle donna son cadeau à Jordan.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une surprise.

— Il ne fallait pas.

— Si tu as le droit de me faire des cadeaux, il n’y a aucune raison pour que ça ne soit pas réciproque.

— Merci.

Il ouvrit le paquet et, à son grand plaisir, il parut vraiment surpris et surtout très touché.

— Oh ! Alex, il est splendide ! Je l’avais justement remarqué. Comment as-tu deviné ?

Pas question de lui avouer qu’elle passait l’essentiel de son temps à le dévorer des yeux…

— C’est un heureux hasard.

Mais le temps passait trop vite, et bientôt, il fut l’heure de partir. Après être repassés par l’hôtel pour prendre leurs affaires, ils se rendirent à l’aéroport. Dans l’avion, Jordan ne lui lâcha pas la main. Comme à l’aller, songea-t-elle avec un pincement au cœur. Sauf qu’à ce moment-là elle était tout excitée à la perspective de découvrir Venise.

Le retour à la réalité s’annonçait beaucoup moins joyeux. Il était impossible de retarder plus longtemps le moment de révéler à Jordan qu’elle ne pourrait jamais fonder une famille…

A l’atterrissage elle sentit son estomac se nouer, et en sortant de l’avion elle eut l’impression d’avoir des pieds de plomb.

— Il faut que nous triions nos affaires. Tu veux monter quelques minutes ? demanda-t-elle à Jordan lorsque le taxi les déposa devant chez elle.

— Oui, merci.

Elle était de retour chez elle, songea-t-elle en ouvrant sa porte. Sauf qu’elle ne s’était jamais vraiment sentie chez elle dans cet appartement. C’était juste un endroit où cuisiner et dormir. Sans plus. Alors qu’à Venise… Elle s’était sentie chez elle, parce qu’elle était avec Jordan. Ils ne s’étaient pas quittés une seule seconde. Ils s’étaient endormis ensemble, réveillés ensemble…

Quelle imprudence !

— A quoi penses-tu ?

Elle s’efforça de se ressaisir.

— Je trouve Londres un peu froid et terne après Venise.

— C’est vrai. Cependant, je suppose qu’un Vénitien trouverait Londres exotique.

Elle ouvrit la valise, puis après une brève hésitation elle déclara :

— C’est idiot. Je ferais aussi bien de laver tes affaires avec les miennes.

* * *

Jordan accepta la proposition d’Alexandra avec empressement. Parfait ! C’était une occasion de resserrer encore un peu les liens…

— Et je les récupérerai demain soir ? Oui, merci.

Il fit une pause avant d’ajouter, d’un ton détaché :

— A moins que je les laisse ici. Comme vêtements de rechange. Et tu pourrais en faire autant chez moi.

En voyant Alexandra se raidir, il sut qu’il avait été trop loin. C’était trop tôt.

— C’était juste une idée comme ça, s’empressa-t-il de préciser.

Elle mit le linge dans la machine sans répondre.

Pas de doute, il avait commis une gaffe. Quel idiot !

— Tu veux que je fasse du café ? demanda-t-il en s’efforçant de prendre un ton léger.

— Comme tu veux.

Bon sang, cette indifférence délibérée était insupportable. Elle était de nouveau en train d’ériger des barrières tout autour d’elle. Il n’y avait qu’un seul moyen de sauver la situation. Il s’approcha d’elle.

— Alex.

Elle tourna la tête vers lui.

— Oui ?

Il effleura ses lèvres. Imperceptiblement. Puis il recommença. Encore. Et encore… Jusqu’à ce qu’elle noue les bras sur sa nuque en lui offrant sa bouche. Il fut submergé par une vague de désir.

— Oublie la lessive, dit-il en la soulevant de terre pour la porter dans la chambre.

— Jordan, le sexe n’est pas la réponse à tout ! protesta-t-elle quand il la reposa sur ses pieds.

— Non, mais je ne vois pas d’autre moyen de t’empêcher de dresser de nouveau des barrières entre nous.

Il lui caressa la joue.

— La nuit dernière nous avons dormi ensemble. Je ne veux pas que ça reste une exception.

Elle prit une profonde inspiration.

— Que veux-tu exactement ?

— Je sais que je brusque les choses, mais ce week-end a été si fabuleux que je suis incapable de reprendre les anciennes habitudes. Etre obligé de me séparer de toi en pleine nuit, je ne le supporterai plus.

Il déposa un baiser sur son front.

— Il est trop tôt pour décider de vivre ensemble. Je le sais. Ce n’est pas ça que je te demande.

Pas encore, du moins. Mais ce n’était vraiment pas le moment de lui proposer une chose pareille. Il poursuivit donc :

— Je veux juste m’endormir et me réveiller avec toi. Pas forcément toutes les nuits. Mais cette nuit j’aimerais rester. Nous ne pouvons pas nous séparer comme ça après les deux jours que nous venons de passer ensemble. Je suis trop bien avec toi. C’est réciproque, non ?

Elle hocha la tête.

— Alors dis-moi oui, s’il te plaît. Pas par gratitude pour ce week-end à Venise, mais parce que tu en as envie.

Des larmes brillèrent furtivement dans les yeux d’Alexandra.

Puis elle murmura :

— Oui, tu peux rester.

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