Au rendez-vous de la passion

Kate Hardy · Chapitre 7 sur 12

Pages du PDF

Au rendez-vous de la passion

Chapitre 7.

7.

 

Jordan poussa un profond soupir et reposa le dossier qu’il avait entre les mains. C’était la troisième fois qu’il relisait la même page de ce rapport financier. Il lui était impossible de se concentrer. Il ne pensait qu’à Alexandra. Aux baisers qu’il lui avait donnés. Et qu’elle lui avait rendus. Avant de battre en retraite.

Dire qu’il s’était engagé à s’en tenir à des relations strictement professionnelles…

Quel idiot ! Comment serait-ce possible, alors qu’il était soumis tous les jours à une véritable torture ? Toute la semaine il avait cru devenir fou. D’ailleurs, il avait été désagréable avec tout le monde. Alors que de son côté elle était toujours restée parfaitement sereine.

Du moins en apparence. A plusieurs reprises, il avait surpris dans son regard une lueur nostalgique. De toute évidence, cette situation la frustrait autant que lui.

Il jeta un coup d’œil à sa montre. 19 h 30. Tous les gens qui travaillaient à l’étage devaient être partis. Il ne restait plus que les agents de sécurité. Et Alexandra, sans aucun doute.

Il gagna son bureau et s’immobilisa sur le seuil. Elle ne l’avait visiblement pas entendu arriver, et continuait de travailler. Elle était tellement concentrée qu’elle se mordillait le bout de la langue…

Sa bouche… Sa bouche le rendait fou.

Tout chez elle le rendait fou.

Ça ne pouvait plus durer.

Il frappa à la porte ouverte et entra dans le bureau.

— Tu as besoin de quelque chose ? demanda-t-elle en levant les yeux.

Oui. Il avait besoin d’elle.

Il s’assit sur le bord du bureau.

— Nous avons une affaire en suspens, Alex.

— De quoi parles-tu ?

— Tu le sais aussi bien que moi.

Elle inspira profondément.

— Nous nous sommes mis d’accord pour nous en tenir à des relations strictement professionnelles.

Il secoua la tête.

— Je ne pense pas pouvoir continuer comme ça beaucoup plus longtemps. Et toi non plus, à mon avis.

Il chercha son regard avant de poursuivre :

— Mais je n’ai pas envie d’en discuter ici. Chez toi ou chez moi ?

— Juste pour discuter, alors.

Alors que Jordan lui répondait par l’affirmative d’un simple hochement de tête, Alexandra sentit un long frisson la traverser. Non, ils ne se contenteraient pas de discuter. Tous les deux, seuls, dans un appartement… Ce qui allait se passer n’était que trop évident. Ça couvait depuis des jours. Ça faisait battre son cœur à grands coups chaque fois qu’elle le croisait. Elle ne pensait qu’à ça, jour et nuit.

— Chez toi, murmura-t-elle.

Il décrocha son téléphone et commanda un taxi. Fascinée, elle ne put s’empêcher de regarder ses mains. Comme elles étaient belles ! Elle mourait d’envie de les sentir courir sur son corps… Même si c’était sans doute la plus mauvaise idée qu’ils avaient jamais eue l’un et l’autre.

— Allons-y, dit-il dès qu’elle eut éteint son ordinateur.

Le taxi attendait devant l’immeuble. Ils gardèrent le silence pendant tout le trajet, puis Jordan l’entraîna jusqu’à l’ascenseur toujours sans prononcer un mot. Dans l’atmosphère électrique de la cabine, elle avait l’impression de suffoquer. De toute évidence, Jordan était sur des charbons ardents. Comme elle…

Dès qu’il eut refermé la porte de son appartement, il la prit dans ses bras et s’empara de sa bouche dans un baiser enflammé qui en disait long sur l’intensité de son désir. Elle y répondit avec la même ardeur.

Lorsqu’il finit par s’arracher à ses lèvres, ils étaient l’un et l’autre parcourus de tremblements.

— C’est insensé…

Il secoua la tête, visiblement effaré.

— Alex, je ne dors pratiquement plus depuis une semaine. Je ne pense qu’à toi, jour et nuit. Je rêve même de toi ! J’en arrive à envisager d’ouvrir une succursale en Australie et de m’occuper moi-même de son lancement sur place. Je crains que mettre toute la planète entre nous soit ma seule chance de retrouver mon sang-froid.

Il prit sa main et déposa un baiser au creux de sa paume. Un baiser si doux qu’elle en fut bouleversée. Pourquoi se compliquaient-ils la vie, alors qu’elle pouvait être très simple ?

— Même si tu ouvrais une succursale sur la Lune — ou sur Mars, ou dans une autre galaxie — ça ne changerait rien, déclara-t-elle d’une voix vibrante d’émotion. Je ne cesserais pas un seul instant de penser à toi.

Visiblement ému par cet aveu, Jordan prit son visage entre ses mains et effleura doucement ses lèvres dans un baiser d’une tendresse infinie. Puis il la souleva de terre et la porta jusqu’à sa chambre. Après l’avoir reposée sur ses pieds, il déboutonna son chemisier avec une lenteur délibérée, puis il le fit glisser sur ses épaules et s’écarta d’elle pour la contempler.

Comme la toute première fois, alors qu’elle venait d’avoir dix-huit ans, se rappela-t-elle, envahie par une chaleur délicieuse. Et aujourd’hui comme autrefois, l’éclat de ses yeux l’excitait autant qu’il l’intimidait. Elle était transportée à l’idée que cet homme sexy la voulait, elle.

— Tu es belle, Alex. Si belle…

La voix de Jordan, altérée par le désir, acheva de lui faire perdre la raison. Elle gémit lorsqu’il se mit à promener lentement les mains sur ses épaules, ses seins, ses hanches, faisant courir des frissons dans tout son corps. Dix ans plus tôt, elle était encore une jeune fille timide. Vierge. Lorsqu’il lui avait fait découvrir le plaisir, elle avait été abasourdie par l’intensité du séisme qu’il avait déclenché en elle. Elle avait eu l’impression que le monde volait en éclats.

Aujourd’hui elle n’était plus une adolescente naïve. Elle savait à quoi s’attendre. Et même s’ils ne s’étaient plus touchés depuis des années, elle avait une certitude. Rien n’avait changé entre eux. Ce serait toujours aussi explosif.

Le souffle court, elle s’humecta les lèvres.

— Jordan, j’ai envie de toi…

Il parsema ses épaules de baisers.

— Ta peau est douce…

Il déposa un baiser sur la pointe d’un sein à travers la dentelle de son soutien-gorge. Quand il aspira le bourgeon hérissé entre ses lèvres, elle laissa échapper un gémissement.

— Jordan…

— Je sais. Moi aussi.

Il se redressa et plongea son regard dans le sien.

— Moi aussi, j’ai envie de toi. A en devenir fou. J’ai envie de m’enfoncer en toi maintenant, sans attendre. Mais je veux aussi prendre tout mon temps, savourer pleinement chaque seconde de nos retrouvailles.

Aller vite et lentement à la fois… Elle comprenait ce qu’il voulait dire. Elle ressentait la même chose. Elle voulait tout et son contraire.

Aiguillonnée par le désir qui brillait dans les yeux de Jordan, elle dénoua sa cravate puis déboutonna sa chemise. A son tour elle prit tout son temps, promenant au passage ses doigts sur sa peau, lui prodiguant des caresses furtives qui attisèrent encore le feu qui le consumait.

Il tremblait, constata-t-elle avec satisfaction. De toute évidence, il était obligé de faire appel à toute sa volonté pour garder son sang-froid… Elle laissa tomber sa chemise par terre puis elle déposa un baiser mouillé à la base de son cou. Renversant la tête en arrière, il ferma les yeux tandis qu’elle couvrait son torse de baisers tout en ouvrant la boucle de sa ceinture. Elle s’attaquait à sa braguette avec la même lenteur, lorsque Jordan finit par craquer. Sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrivait, elle se retrouva nue dans ses bras. Il l’allongea sur le lit et la rejoignit presque aussitôt.

Il captura sa bouche dans un baiser fougueux, puis parsema son cou de baisers tandis qu’elle couvrait ses épaules et son dos de caresses. Poursuivant sa descente, il referma la bouche sur la pointe d’un sein et l’aspira goulûment. Cette fois il n’y avait plus de dentelle entre le bourgeon hérissé et ses lèvres, sa langue, ses dents, qui suçaient, léchaient, mordillaient. Renversant la tête en arrière, elle enfonça les doigts dans ses cheveux en gémissant.

Il quitta son sein pour tracer un sillon de baisers jusqu’à son ventre et glissa la main entre ses cuisses. Lorsqu’il effleura du bout des doigts son sexe ruisselant de désir, elle perdit toute retenue. Elle se cambra pour venir à sa rencontre et ondula des hanches en murmurant d’une voix suppliante :

— Jordan…

Il se redressa.

— Il nous faut un préservatif.

« Non, c’est inutile », songea-t-elle avec un pincement au cœur. Ce qui avait abouti à leur séparation dix ans plus tôt ne risquait pas de leur arriver aujourd’hui. Elle ne pouvait pas tomber enceinte en faisant l’amour. Pour avoir un enfant, il lui faudrait recourir à la médecine et compter sur une bonne dose de chance. Autant dire que les probabilités étaient très faibles…

Mais comment se résoudre à le lui expliquer ? C’était bien trop douloureux pour elle… Et ce n’était pas le moment.

Jordan lui caressa la joue, puis il se leva pour prendre un petit étui dans la poche de son pantalon. Quelques secondes plus tard, il la rejoignit. Nouant les jambes sur ses reins, elle l’accueillit en elle avec un soupir extatique et s’abandonna à la valse lente de leurs deux corps mêlés. C’était comme s’ils ne s’étaient jamais quittés…

— J’avais tellement envie de toi, murmura-t-il d’une voix rauque.

— Moi aussi…

Sa voix tremblait tant sa gorge était nouée par l’émotion. Mais il y avait si longtemps qu’on ne lui avait pas dit ça… Si longtemps qu’on ne lui avait pas fait l’amour juste pour elle et pas pour tenter de faire un enfant…

Jordan plongea son regard dans le sien.

— Ça va ?

Elle se contenta de hocher la tête, de peur que sa voix ne la trahisse de nouveau.

— Si tu veux que je m’arrête, il suffit de le dire.

Elle inspira profondément.

— Surtout pas.

Il s’empara de sa bouche et l’entraîna de nouveau dans un tourbillon de caresses et de baisers. Alors que le plaisir commençait à monter en elle, il s’immobilisa, lui arrachant un gémissement de protestation et de plaisir mêlés.

— Jordan…

D’un coup de reins vigoureux, il s’enfonça encore plus profondément en elle puis accéléra peu à peu le rythme, l’emportant dans une spirale de feu.

L’orgasme monta en elle, vague après vague et la laissa pantelante et à bout de souffle. Il la rejoignit quelques secondes plus tard en murmurant son nom d’une voix rauque.

Il resta un moment immobile, la serrant étroitement contre lui, puis il se sépara d’elle. Elle fut heureuse de remarquer qu’il le faisait plutôt à contrecœur.

— Il faut que j’enlève le préservatif.

Lorsqu’il disparut dans la salle de bains, elle fut prise d’une vague de panique aussi subite que violente et se leva d’un bond. Elle ramassa ses vêtements tout chiffonnés et se rhabilla à la hâte. Elle venait de finir de boutonner son chemisier quand Jordan sortit de la salle de bains entièrement nu.

— Me voici en position de faiblesse, dit-il d’un ton pince-sans-rire.

— Je… Je vais boire un verre d’eau dans la cuisine. Si ça ne te dérange pas…

— Bien sûr que non.

Les joues en feu, elle enfila ses chaussures et quitta précipitamment la chambre. Jordan la rejoignit dans la cuisine quelques instants plus tard, vêtu d’un pantalon noir et du pull en cachemire, les mêmes qu’il portait le soir où ils étaient allés au théâtre. Elle fut parcourue d’un long frisson. Il était très tentant de caresser cette laine soyeuse… Mais pas question de se laisser aller. D’autant plus qu’elle ne pourrait pas empêcher ses mains de se glisser dessous…

— Nous avons commis une erreur mais il n’y a pas de raison que ça affecte notre relation professionnelle, déclara-t-elle d’un ton qui se voulait détaché. Nous avons juste un peu perdu la tête. Lundi matin il suffira de faire comme s’il ne s’était rien passé.

— Je ne suis pas certain d’y parvenir.

— Alors quoi ?

— Nous sommes incapables l’un et l’autre de résister à la tentation. Chaque fois que je te vois j’ai envie de te prendre dans mes bras. Et ne me dis pas que ce n’est pas la même chose pour toi.

Elle ouvrit la bouche pour protester, mais il effleura du dos de la main la pointe d’un sein, qui se durcit aussitôt.

— Reconnais-le. Tu me désires autant que je te désire.

— Oui.

Impossible de mentir…

— Mais je ne veux surtout pas m’engager dans une relation, précisa-t-elle.

— Moi non plus, mais tu m’obsèdes.

— C’est purement physique. Ça finira par passer. Nous devrions peut-être…

Mal à l’aise, elle était incapable de trouver ses mots.

— Nous éviter ?

Jordan secoua la tête.

— Impossible. Nous nous voyons tous les jours au bureau. Et de toute façon, ignorer le problème ne le fera pas disparaître.

— Tout ça m’effraie, avoua-t-elle en appuyant son front contre le sien.

— Si ça peut te consoler, tu n’es pas la seule. Voilà ce que je te propose. Je te raccompagne chez toi. Demain matin tu me téléphones quand tu te réveilles. J’apporte le petit déjeuner et nous décidons du programme de la journée.

— Demain c’est samedi. Tu n’as pas prévu de travailler ?

Il lui adressa un sourire irrésistible.

— Il m’arrive de prendre un jour de congé de temps en temps. Et je sais que tu n’as rien de prévu de ton côté. Alors, c’est d’accord ?

Une journée entière avec Jordan. Libres de faire tout ce qui leur plairait. Comme c’était tentant…

— D’accord ? insista-t-il.

— D’accord.

— Allons-y. Mais d’abord, je tiens à être très clair, Alex.

Il plongea son regard dans le sien.

— Je meurs d’envie que tu restes ici avec moi cette nuit. Cependant, tu as visiblement besoin d’un peu de solitude et je l’accepte.

— Merci.

Il l’embrassa.

— Allons-y avant que mon self-control ne vole en éclats.

OceanofPDF.com