Compagnon déchu (Revendiquée par Lucifer t. 3) (French Edition)
Chapitre 25
C H A P I T R E V I N G T- C I N Q
Sophia
J’ai à peine le temps de comprendre ce qui se passe que nous nous mettons à courir tous les trois aussi vite que possible à travers les arbres. Nous avons dévié du chemin et nous nous dirigeons tout droit vers la montagne. Autour de chaque arbre, on dirait qu’il y a un démon et un ange qui s’affrontent. Le sang, la bile et les cris emplissent tous mes sens. Je ne sais pas s’ils sont censés s’unir pour nous combattre, ou s’ils sont censés se massacrer les uns les autres en espérant nous tuer, mais c’est le chaos absolu.
Lucifer est agrippé après mon poignet alors que nous naviguons à travers les arbres et les rochers. « Nous devons aller à l’obélisque ! » il crie par-dessus les bruits de la bataille. « C’est la seule façon de mettre fin à tout cela ! »
Subitement, des haches de guerre et des épées sont lancées vers nous. Nous esquivons les armes et, à contre-cœur, Lucifer et moi devons nous lâcher. Je le vois se transformer en une forme grise et robuste et se lancer sur deux démons. Les yeux écarquillés, je me concentre sur le fait d’esquiver les attaques et d’avancer. Je ne veux pas m’éloigner de Lucifer, mais je ne sais pas quoi faire. Comment suis-je censée me battre avec des démons et des anges ?
Je suis confrontée à ce dilemme presque immédiatement.
Un ange, avec une lance de combat hissée au-dessus de sa tête, court vers moi à toute vitesse. Je me fie entièrement à mon instinct et j’espère que cela me gardera en vie. Mes ailes se déploient et me soulèvent dans les airs. Au moment où l’ange passe sous moi, je me laisse tomber sur lui. La lance est jetée loin d’eux, et nous nous battons l’un contre l’autre avec rien d’autre que nos poings.
Je ressens chaque coup comme s’il pesait une tonne, mais lorsque je riposte, je peux les voir tressaillir et grimacer.
Je dois être plus forte que je ne le pensais.
L’adrénaline prend le dessus et je parviens à porter un coup chanceux au centre de leur nez avec suffisamment de force pour que leur tête se torde violemment sur le côté. Me relevant, je saisis leur lance avant de chercher Lucifer. Il s’approche déjà de moi, saisit ma main libre et poursuit son chemin.
Et ça continue ainsi. On court, on se bat et on esquive les attaques. C’est plus un flou d’arbres, d’entrailles et de sang que quelque chose de cohérent. Les cris, les pleurs et le cliquetis des armes sont absolument assourdissants. Et je sais pertinemment que c’est l’adrénaline, et uniquement l’adrénaline, qui me permet de bouger. Bien que je suppose que le sang surnaturel qui coule dans mes veines a aussi un rôle à jouer. Aucun humain ne pourrait continuer de courir dans de telles conditions.
C’est un effort laborieux, mais gratifiant, de gravir le reste de la montagne. La peur me traverse chaque fois que je me retrouve face à face avec un démon ou un ange, mais la satisfaction m’envahit chaque fois que je fais saigner l’un d’eux. Je ne me suis jamais sentie aussi capable et puissante de toute ma vie. C’est encore plus excitant lorsque Lucifer et moi travaillons ensemble pour abattre une bête. Je vole sur leurs épaules et les aveugle pendant que Lucifer leur arrache la gorge. Ou il en retient un pendant que je lui enfonce la lance dans la poitrine. Nos yeux se croisent de temps en temps et je sais qu’il ressent la même excitation et la même connexion que moi.
Il n’y a que nous pour trouver la romance dans une bataille entre le Paradis et l’Enfer.
Le terrain s’incline de plus en plus et nous savons que nous approchons du sommet. La guerre environnante est bloquée par les battements de mon cœur. Nous sommes si près d’en finir, nous sommes presque libres. Je n’ai encore aucune idée de ce qui se passera quand nous arriverons à l’obélisque, mais nous le découvrirons ensemble. J’ai un tel sentiment dans mon cœur, que nous saurons quoi faire quand le moment sera venu. Il s’agit juste d’y arriver.
Au moment où nous atteignons une clairière, ma tête se retourne pour voir Uriel se battre seul contre un trio d’anges. Je commence à me retourner pour l’aider quand Lucifer me serre l’épaule. « Regarde », souffle-t-il.
Clignant rapidement des yeux, j’essaie de donner un sens à la chose qui se trouve devant nous. C’est une pierre assez mince, mais massive. Elle semble aussi noire que la nuit et pourtant... je peux la voir. La seule lumière provient des étoiles et des feux épars des batailles derrière nous, mais je peux voir la forme noire.
Ça doit être ça. C’est obligé. Nous allons vraiment mettre fin à cette guerre, n’est-ce pas ?
« Tu dois te croire très intelligent », gronde une voix familière.
Deux silhouettes flottent en descendant, nous empêchant de voir la statue. Bien sûr, c’est Céphale et Michel. Mon père me lance un regard noir, la haine brûlant avec l’intensité de mille soleils luisant dans ses yeux. Ce n’est pas grave, car je lui renvoie le même regard.
Céphale laisse échapper un rire. « Vous deux, vous pensez vraiment que vous êtes meilleurs que les pouvoirs du Paradis et de l’Enfer ? Vous venez de nous. Vous n’êtes rien de plus que des parasites gâtés qui ne semblent pas comprendre votre rôle de pions ! »
« Oh, nous le comprenons », grogne Lucifer. « Mais nous le refusons, tout simplement. Nous n’allons pas être des pions dans votre guerre inutile. Tout cela ? Juste pour rester au pouvoir ? Comment pouvez-vous être si égoïstes ? »
« Comment peux-tu être aussi naïf ? » hurle Céphale. « Tu ne comprends pas l’équilibre délicat de l’univers et ce que tu menaces en étant ici ! »
« Non », leur dis-je, d’une voix plus ferme que jamais. « Nous savons très bien que votre récit d’équilibre n’est rien d’autre que de la propagande. Nous ne vous laisserons pas continuer à tuer des milliers, des millions de démons, d’anges et d’humains. C’est assez. C’est terminé. »
L’épée de Michel brille lorsqu’il la dégaine et des cornes massives sortent de la tête de Céphale.
« C’est là que tu te trompes, ma fille », siffle-t-il. « Nous n’en aurons jamais assez. »
Ils volent vers nous plus vite que n’importe quelle autre créature. J’ai le souffle coupé par la vitesse et la férocité avec lesquelles Lucifer me repousse. Je cligne des yeux et j’essaie de me stabiliser alors que Céphale et Michel se jettent sur lui. Il s’envole vers le haut et sur le côté, mais parvient à attraper l’épaule de son père et à le projeter vers la ligne des arbres. Et bien que j’apprécie et comprenne son impulsion à me protéger, je ne peux pas laisser Lucifer s’occuper de ça tout seul.
Saisissant la lance volée dans ma main, je saute dans les airs et me dirige vers eux. Alors que j’ai envie d’intervenir et de m’en prendre à mon père, je remarque que Céphale se relève et revient vers nous. Je fais confiance à mes sens, ne voulant pas laisser mon esprit se mettre en travers de l’action. La pointe de ma lance transperce sa plaque d’épaule et je parviens à le mettre à terre. Son visage pâle est si profondément renfrogné que son expression ressemble plus à celle d’une bête qu’à celle d’un humain. Lorsque ses mains saisissent mes bras, son contact est si brûlant que je ne peux que crier et m’éloigner.
En jetant un coup d’œil à ma chair, je peux y voir des brûlures rouges en forme de mains.
C’est quoi ce bordel ?
Je ne sais pas pourquoi je suis choquée qu’il ait une forme de pouvoir surnaturel. C’est le leader de l’Enfer. J’aurais dû l’anticiper.
Je suis tellement distraite que je n’entends pas les grognements et les cris qui se rapprochent de moi. Levant les yeux, je n’ai que le temps de les écarquiller avant que Céphale ne s’approche de moi. Mais avant qu’il ne puisse m’atteindre, il est plaqué au sol. Uriel maintient son père au sol, rouant de coups de poing le visage du roi des Enfers. Je me tiens là, abasourdie, accablée et désespérée de faire quelque chose. Je dois aider à mettre un terme à tout ça.
En m’élevant dans les airs, je scrute les alentours jusqu’à ce que je trouve Lucifer et Michel. Ils sont en train de se battre, se lançant des jurons, tandis que leurs poings et leurs talons s’entrechoquent. Me précipitant dans leur direction, j’essaie d’analyser la situation pour trouver le meilleur angle.
Merde. Je réfléchis trop, n’est-ce pas ?
Je ne sais pas. Mon esprit tourbillonne et mon cœur est prêt à sortir de ma poitrine. Au moins, Lucifer semble avoir le dessus pour l’instant, clouant Michel à un arbre tandis qu’il lance une litanie d’attaques.
Mais juste au moment où je m’approche, il y a un flou de mouvement et Michel pousse Lucifer sur son dos. J’accélère pour essayer de réduire la distance entre nous. Ils sont maintenant debout, dans une bagarre, et puis je vois l’éclat du métal doré dans la main de Michel.
Lucifer tombe à genoux avec une épée enfoncée entre ses côtes.
« Non ! » je crie.
Le temps ralentit subitement. J’ai l’impression de regarder l’expression choquée de Lucifer et son corps s’affaisser au ralenti lorsque Michel retire l’épée. Mais je sais que je bouge plus vite que je ne l’ai jamais fait. Mon corps tremble, ou peut-être vibre-t-il d’une colère inégalée. C’est le genre de sentiment qui me dépasse, comme si une sorte d’instinct primitif se mettait en marche et que je devais goûter au sang pour venger cette injustice.
Je percute de plein fouet mon père et nous dévalons le terrain accidenté. Nous nous arrêtons et nous nous battons. Je ne réfléchis plus, je n’anticipe plus, mon corps réagit tout simplement. Je donne des coups de pied, des coups de poing et je fais tout ce que je peux pour lui infliger la même douleur que j’ai ressentie en voyant Lucifer s’effondrer comme il l’a fait.
Mais ma lance est tombée il y a quelques instants et je sais que je dois la récupérer si je veux en finir.
Alors que je gratte le sol dans une tentative désespérée de l’attraper, une grande main s’empare de ma cheville et me tire vers l’arrière. Je lève ma botte et lui donne un coup de pied sur le côté du visage, puis je continue à chercher la lance. Il ne m’échappera pas. Il va payer pour avoir blessé Lucifer.
« Ça suffit ! » crie-t-il en m’attrapant par les cheveux. « Tu es un agent du Paradis. Tu dois suivre mes ordres ! »
« Je ne te suivrai jamais », lui dis-je sur un ton venimeux, me dégageant de son emprise même si la douleur dans mon cuir chevelu me fait pleurer. « Tu n’as jamais été un homme digne d’honneur ou de respect. »
« Je suis l’épée du Paradis ! Le souffle qui le maintien en vie. Le battement du cœur de... »
Son monologue est coupé court par ma lance qui transperce son armure.
Il me faut toute ma force pour la manier si férocement, mais une rage aveuglante m’anime, se déversant dans mes muscles comme de l’adrénaline à l’état pur. Tout le monde peut me voir comme une humaine faible, mais j’ai le même sang d’ange qui coule dans mes veines que lui. Ma force et mes capacités dépassent mon entendement.
La lame entre en collision avec sa chair et je peux sentir la sensation bizarre de son cœur battant qui fait vibrer la lance. Ses yeux sont rivés aux miens et je lui renvoie un regard noir.
« Ça c’est pour Lucifer », je siffle avant d’enfoncer la lance plus profondément, la sentant traverser sa cage thoracique et sortir de son dos. « Et ça, c’est pour ma mère. »
La lumière dans ses yeux s’éteint, son corps s’affaissant contre le sol. Je peux voir le moment exact où la vie s’échappe de son corps et je ne perds pas de temps à regarder son cadavre. Je laisse la lance empalée en lui et ramasse son épée avant de me précipiter vers Lucifer.
Mon compagnon a besoin de moi.
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