Connaissance de la Déesse
Fait revivre les jours perdus
Enfouis aux âges révolus,
Ô Vesta, puissante déesse,
Quels destins me sont dévolus?
Je songe a ces dernières rondes
Ou les prêtres d’Antinoüs
Jouant avec mes tresses blondes
Me dirent de leur voix profonde
Les rares faveurs de Vénus.
Mais je voilais ma gorge ronde
Aux gais compagnons demi-nus
De ma jeunesse vagabonde…
Depuis, distraitement complice
Des ardeurs de la Pythonisse,
À leurs noms soudain reconnus,
D’une question insidieuse
J’évoque leur bouche rieuse:
Je sais ce qu’ils sont devenus.
Leur lèvre jointe à de plus folles,
Le pin sacré vêtu de fer
Les a vus, au bord de la mer,
Se livrer au Plaisir frivole.
Plus tard, gravi notre acropole,
Ils ont, à mon sourire amer
Offert la colombe et l’obole:
J’ai scellé le lien de leur chair.
Ils m’ont fait bénir leurs compagnes,
Ils m’envoient du fond des campagnes
De beaux enfants chargés de thym:
Hélas! la joie d’être féconde.
Moi qui voudrais porter un monde,
M’est refusée par le Destin!
Tout m’est un piège clandestin.
Le parvis qui luit sous la flamme
Est gravé des épithalames:
Tant de lois, refrénant mes pleurs,
Au brasier j’ai tendu la torche
Des couples couronnés de fleurs:
Et quand ils ont passé le porche
Les couples dansants et ravis.
À leur foyer portant la flamme,
Je foule aux pieds l’épithalame
Et m’écroule sur le parvis!
Quand je rêve sur la terrasse,
Plus que des murs et de l’espace.
De mes serments et de ma race,
Prisonnière de ma blancheur:
Quand je vois le jeune faucheur
Me faire du sentier qu’il trace.
Un signe amical et rieur;
Quand le soir mouillé de fraîcheur
Suscite parmi les colombes,
Entre les autels et les tombes,
L’Amour interdit a mon cœur,
Je sens dans mon âme de neige.
Lever le désir sacrilège
De connaître un autre Bonheur!
Pardonne ces troubles ardeurs…
Dis-moi d’où viennent ces impures,
Feu subtil dont je suis l’augure!
J’ai perdu les joies du sommeil
Pour te nourrir, Feu que j’adore!
Ô toi qui fais lever l’Aurore.
Toi qui enfantes le Soleil,
Dissipe pour moi le mystère
Et les désirs persécuteurs
Qui profanent ton sanctuaire:
Toi qui sondes le fond des cœurs.
Dis-moi quelle étrange fureur
Me fait adorer leur morsure,