Connaissance de la Déesse

Lucien Fabre · Chapitre 8 sur 35

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Connaissance de la Déesse

Fait revivre les jours perdus

 

Enfouis aux âges révolus,

Ô Vesta, puissante déesse,

Quels destins me sont dévolus?

 

Je songe a ces dernières rondes

Ou les prêtres d’Antinoüs

Jouant avec mes tresses blondes

Me dirent de leur voix profonde

 

Les rares faveurs de Vénus.

Mais je voilais ma gorge ronde

Aux gais compagnons demi-nus

De ma jeunesse vagabonde…

 

Depuis, distraitement complice

Des ardeurs de la Pythonisse,

À leurs noms soudain reconnus,

 

D’une question insidieuse

J’évoque leur bouche rieuse:

Je sais ce qu’ils sont devenus.

 

Leur lèvre jointe à de plus folles,

Le pin sacré vêtu de fer

Les a vus, au bord de la mer,

Se livrer au Plaisir frivole.

 

Plus tard, gravi notre acropole,

Ils ont, à mon sourire amer

Offert la colombe et l’obole:

J’ai scellé le lien de leur chair.

 

Ils m’ont fait bénir leurs compagnes,

Ils m’envoient du fond des campagnes

De beaux enfants chargés de thym:

 

Hélas! la joie d’être féconde.

Moi qui voudrais porter un monde,

M’est refusée par le Destin!

 

Tout m’est un piège clandestin.

Le parvis qui luit sous la flamme

Est gravé des épithalames:

Tant de lois, refrénant mes pleurs,

Au brasier j’ai tendu la torche

Des couples couronnés de fleurs:

Et quand ils ont passé le porche

Les couples dansants et ravis.

À leur foyer portant la flamme,

Je foule aux pieds l’épithalame

Et m’écroule sur le parvis!

 

Quand je rêve sur la terrasse,

Plus que des murs et de l’espace.

De mes serments et de ma race,

Prisonnière de ma blancheur:

 

Quand je vois le jeune faucheur

Me faire du sentier qu’il trace.

Un signe amical et rieur;

Quand le soir mouillé de fraîcheur

 

Suscite parmi les colombes,

Entre les autels et les tombes,

L’Amour interdit a mon cœur,

 

Je sens dans mon âme de neige.

Lever le désir sacrilège

De connaître un autre Bonheur!

 

Pardonne ces troubles ardeurs…

Dis-moi d’où viennent ces impures,

Feu subtil dont je suis l’augure!

J’ai perdu les joies du sommeil

Pour te nourrir, Feu que j’adore!

Ô toi qui fais lever l’Aurore.

Toi qui enfantes le Soleil,

Dissipe pour moi le mystère

Et les désirs persécuteurs

Qui profanent ton sanctuaire:

Toi qui sondes le fond des cœurs.

Dis-moi quelle étrange fureur

Me fait adorer leur morsure,