Connaissance de la Déesse
Et pourquoi de cette blessure
Il ruisselle un espoir vermeil!…
L’ardente chair ronge sans cesse
Les durs serments qu’elle a juré,
Vesta, ton visage sacré
Sera-t-il sourd à ma détresse?
Ha! de la nuit enchanteresse,
Soufflent les parfums exécrés:
Ils osent tenter leur caresse
Sur ce cœur qui t’est consacré!
Viens! viens au secours de mon âme!
J’offre de l’encens à ta flamme
Rigide comme la vertu.
Mais elle tremble sur sa tige:
Si le Feu cède à ce vertige,
Ô Mère, pardonneras-tu?
Ton rude silence m’affole;
Des victimes que je t’immole
Et de ton feu jamais éteint
J’ai favorisé mes paroles,
Pourtant, livrée à mon Destin.
Parmi ce peuple de symboles,
Depuis le soir jusqu’au matin,
Dans les ténèbres des coupoles
Où ce feu jette sa lueur,
Transie et tremblante de peur,
J’ai besoin d’un soutien, Aïeule.
Privée du secours précieux,
Si désolée d’être si seule,
Dois-je implorer les autres dieux?…
J’attends en vain que tu t’animes
Vesta, viens en aide à ma foi!
Pour que tu descendes des cimes.
J’ai dit des prières sublimes,
Baisse les veux sur mon émoi:
Un dieu noir surgi des abîmes
Bouleverse mes sens intimes,
Sa frénésie s’agite en moi,
Il me tourmente sur ma couche,
Son baiser déchire ma bouche,
Il attise mes seins ardents,
Et sous son étreinte farouche
Hérissée au doigt qui me touche
Mon cri expire entre mes dents!
Hâte ta clémence, ô Divine!
Ton secours ne m’est pas venu:
Sous d’impalpables mains félines,
Effleurant déjà ma poitrine
Je sens un péril inconnu,
Hâte ta clémence, ô Divine…