Connaissance de la Déesse

Lucien Fabre · Chapitre 9 sur 35

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Connaissance de la Déesse

Et pourquoi de cette blessure

Il ruisselle un espoir vermeil!…

 

L’ardente chair ronge sans cesse

Les durs serments qu’elle a juré,

Vesta, ton visage sacré

Sera-t-il sourd à ma détresse?

 

Ha! de la nuit enchanteresse,

Soufflent les parfums exécrés:

Ils osent tenter leur caresse

Sur ce cœur qui t’est consacré!

 

Viens! viens au secours de mon âme!

J’offre de l’encens à ta flamme

Rigide comme la vertu.

 

Mais elle tremble sur sa tige:

Si le Feu cède à ce vertige,

Ô Mère, pardonneras-tu?

 

Ton rude silence m’affole;

Des victimes que je t’immole

Et de ton feu jamais éteint

J’ai favorisé mes paroles,

 

Pourtant, livrée à mon Destin.

Parmi ce peuple de symboles,

Depuis le soir jusqu’au matin,

Dans les ténèbres des coupoles

 

Où ce feu jette sa lueur,

Transie et tremblante de peur,

J’ai besoin d’un soutien, Aïeule.

 

Privée du secours précieux,

Si désolée d’être si seule,

Dois-je implorer les autres dieux?…

 

J’attends en vain que tu t’animes

Vesta, viens en aide à ma foi!

Pour que tu descendes des cimes.

J’ai dit des prières sublimes,

 

Baisse les veux sur mon émoi:

Un dieu noir surgi des abîmes

Bouleverse mes sens intimes,

Sa frénésie s’agite en moi,

 

Il me tourmente sur ma couche,

Son baiser déchire ma bouche,

Il attise mes seins ardents,

 

Et sous son étreinte farouche

Hérissée au doigt qui me touche

Mon cri expire entre mes dents!

 

Hâte ta clémence, ô Divine!

Ton secours ne m’est pas venu:

Sous d’impalpables mains félines,

Effleurant déjà ma poitrine

 

Je sens un péril inconnu,

Hâte ta clémence, ô Divine…