Coquine à croquer (Quand les jeunes filles timides étaient dévergondées t. 3) (French Edition)

Chapitre 8

Chapitre Huit

 

Passé le premier moment de stupeur à l’annonce du majordome, Jonathan

sauta du lit de Sophie, retrouvant d’emblée toute son énergie. Il savait qu’il

n’aurait pas dû suivre Sophie dans sa chambre. Il aurait dû avoir la sagesse

de refuser. Mais dès qu’il s’agissait de Sophie, il manquait honteusement de

maîtrise.

— Euh, dites à cette personne que je descends dans un instant, dit

Sophie à travers la porte, filant sans attendre vers son armoire, puis se

ravisant, courant vers la table de toilette. J’ai juste besoin de… euh… me

rafraîchir d’abord.

— Oui, mademoiselle, dit le majordome.

Ils entendirent ses pas s’éloigner dans le couloir, faisant crisser les

lames du parquet.

— Je suis désolé, dit Jonathan en rejoignant Sophie à la table de toilette

pour se laver en hâte. Je n’aurais pas dû laisser les choses aller aussi loin.

Sophie rit et interrompit ses ablutions pour se lever sur la pointe des

pieds et l’embrasser sur la joue.

— En toute justice, je dois reconnaître que c’est moi qui ai mis le feu

aux poudres.

Elle l’embrassa sur la joue une seconde fois.

— Mais nous devons nous dépêcher. Qui sait qui m’attend en bas.

Jonathan acquiesça et s’habilla à la hâte. Il était beaucoup plus

complexe de se rhabiller, avec suffisamment de soin pour ne pas donner

l’impression d’avoir fait des galipettes, que de se dévêtir, et il n’avait que

trop conscience de chaque tic-tac de l’horloge alors qu’il attachait sa

culotte, rentrait sa chemise, et nouait sa cravate. Sophie n’était guère mieux lotie d’autant plus qu’elle devait changer de tenue, de la chemise et des bas

jusqu’à la jolie robe bleue qu’elle prit dans sa garde-robe. Il l’aida à lacer sa

robe dans le dos, et elle l’aida à mettre les boutons de son gilet. Il avait beau

savoir que quelqu’un les attendait, Jonathan était ravi qu’ils prennent si bien

soin l’un de l’autre. Ils s’accordaient aussi bien dans la vie qu’au lit, lui

semblait-il.

Néanmoins, il n’avait pas l’intention d’embarrasser Sophie en

descendant avec elle, au risque d’être vu par son visiteur, qui qu’il soit. Il

s’arrêta dans les escaliers, ayant prévu d’attendre qu’elle soit installée dans

le salon avec son invité, puis de se précipiter vers la porte d’entrée sans être

vu.

— Vous n’êtes pas obligé de partir, lui chuchota-t-elle alors qu’ils

arrivaient en bas des escaliers. Je suis certaine que mon visiteur sera

enchanté de vous rencontrer.

— Je ne veux pas vous importuner, ma douce, dit-il, prenant son visage

entre ses mains et l’embrassant sur le front. Ma présence soulèverait trop de

questions. Il vaut mieux que je parte.

Elle le regarda, les yeux soudain emplis de tristesse.

— Puis-je venir dans votre boutique plus tard ? demanda-t-elle. Je veux

vous aider à…

— Bonté Divine, c’est pour cela que tu as mis si longtemps pour venir

me rejoindre ? s’écria Rebecca depuis la porte du salon.

Jonathan tressaillit, envahi par une intense culpabilité. Malgré tous ses

efforts pour épargner à Sophie cette humiliation, ils étaient pris en flagrant

délit.

— Rebecca ! s’exclama Sophie en se détournant de lui pour saluer son

amie. Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Je te suis depuis hier soir, dit Rebecca avec un soupir de résignation,

posant la main sur sa poitrine. Bonté Divine, tu peux te vanter de m’avoir

fait courir.

Jonathan examina la jeune femme avec un sentiment d’incrédulité mêlé

d’inquiétude. Certes, Rebecca était dans un piteux état. Sa robe était

froissée, et ses cheveux tombaient de son chignon sophistiqué qui était de

travers. Elle avait aussi des cernes sous les yeux, comme si elle n’avait pas

dormi de la nuit.

— C’est toi qui nous as suivis ? demanda Sophie en prenant le bras de

son amie et en la conduisant dans le salon. Madison, du thé pour… oh, je vois que tu en as déjà.

Sophie s’arrêta à la vue d’un petit service à thé posé sur une table du

salon. Jonathan renonça à partir et suivit les deux femmes dans la pièce.

— Je vais en chercher d’autre, mademoiselle, déclara Madison, posté

dans le hall et vigilant.

Jonathan fit un signe de tête à l’homme plus âgé. C’était un geste

ridicule, mais c’était tout ce qu’il pouvait penser à faire dans cette situation

embarrassante.

— Je te suis presque depuis le moment où nous nous sommes enfuies

pour échapper à Mary et Lord Grey, déclara Rebecca, s’asseyant sur un sofa

tandis que Sophie prenait place à ses côtés. Je voulais m’enfuir avec toi,

mais il fallait que j’aille voir maman et trouver une excuse pour aller me

coucher.

— Est-ce que votre mère a cru à votre excuse ? demanda Jonathan avec

un froncement de sourcils qui montrait qu’il était sceptique.

Rebecca poussa un soupir.

— Peut-être hier soir, mais s’ils découvrent que j’ai disparu ce matin, ils

vont partir à ma recherche et mettre Londres sens dessus dessous pour me

retrouver.

— Alors nous devons te ramener à la maison immédiatement, insista

Sophie, faisant mine de se lever pour emmener Rebecca avec elle.

— Non, pas encore.

Rebecca l’attrapa par le bras et l’exhorta à s’asseoir.

Jonathan se dirigea vers une chaise qui se trouvait près du sofa, s’assit

et dit, l’air préoccupé.

— Comment avez-vous fait pour suivre Sophie hier soir ? s’enquit-il.

Comment saviez-vous que nous étions ici ?

— Randolph, dit Rebecca. Notre cocher. Il m’a aidée à échapper à Mary

et Lord Grey hier soir. Il savait qu’il fallait suivre Sophie jusqu’à votre

boutique, monsieur Foster.

Jonathan échangea un regard surpris avec Sophie. Il n’aurait jamais

deviné qu’une jeune femme du milieu de Rebecca saurait qui il était.

— Randolph a un faible pour moi, poursuivit Rebecca en rougissant. Il

m’a toujours dit qu’il m’était dévoué et qu’il ferait tout ce que je lui

demanderais. Il a attendu avec moi toute la nuit dans la voiture devant votre

magasin, puis il m’a emmenée dans cet immeuble gris et sinistre où vous

êtes allés tantôt, puis il m’a amenée ici. Mais c’est autre chose que je voulais vous dire, dit-elle, alors que Sophie ouvrait la bouche pour lui poser

une question. Ma sœur Mary et Lord Grey sont des espions, annonça

Rebecca, les yeux écarquillés, les joues roses d’excitation.

Jonathan et Sophie se contentèrent de la fixer.

— Oui, nous savons, dit Sophie.

— Oh ! Les épaules de Rebecca s’affaissèrent, et elle eut l’air épuisé de

quelqu’un qui était resté éveillé toute la nuit et qui avait couru à travers la

ville.

Un instant plus tard, elle fronça les sourcils, interloquée.

— Mais comment l’avez-vous su ?

Sophie jeta un coup d’œil à Jonathan en se mordillant la lèvre. Elle

semblait lui demander la permission de tout révéler. Il n’y avait pas de mal

à mettre Rebecca dans la confidence, puisqu’elle connaissait déjà l’identité

des espions, alors il hocha la tête.

Sophie souffla un grand coup, prit les mains de son amie et dit à brûle-

pourpoint :

— Je les ai entendus comploter pour transmettre des secrets à leur

contact français l’autre jour alors que j’étais déguisée en centre de table au

banquet de pâtisseries de Jonathan.

Elle lâcha le tout comme si elle révélait un coup d’État, mais ce fut au

tour de Rebecca de la regarder sans comprendre au lieu de pousser un cri de

surprise.

— Tu étais déguisée en centre de table ? demanda Rebecca d’un air

dubitatif.

— J’étais complètement nue, gloussa Sophie. Et Jonathan m’a

saupoudrée de sucre et a recouvert mon corps de glaçage, de pâte

d’amandes et de gâteaux. C’était franchement décadent, et la moitié de la

haute société m’observait sans savoir qui j’étais. Mon visage était caché par

une pièce de soie, vois-tu.

Rebecca écarquilla les yeux et plaqua une main sur sa bouche. Jonathan

remua sur son siège, il avait de plus en plus l’impression d’être en présence

de deux fillettes en jupes courtes qui échangeaient les derniers scandales.

Considérant ce qu’il avait fait avec Sophie moins d’une demi-heure

auparavant, il se sentait comme le dernier des voyous. Il devait faire un

effort pour se rappeler que Sophie avait largement une vingtaine d’années,

même si elle avait vécu en vase clos jusqu’à présent, à la fois protégée et

étroitement surveillée.

— Les gens t’ont vue sans vêtements ? couina Rebecca. Et tu l’as fait

exprès ?

— Oui, et c’était délicieux, dit Sophie.

Elle s’arrêta et se redressa comme s’il lui était venu à l’idée quelque

chose.

— Mais comment as-tu appris que Mary et Lord Grey étaient des

espions ?

— Je les ai entendus en parler, déclara Rebecca, parlant lentement au

début, toujours visiblement secouée par la révélation de Sophie. Depuis le

couloir secret, poursuivit-elle, ses joues virant du rose au rouge. Je… eh

bien… ce n’était pas la première fois que j’étais surprise en train

d’espionner Mary et Lord Grey alors qu’ils étaient tous les deux. La plupart

du temps, ils font le genre de choses que nous les avons vus faire la nuit

dernière. Mais parfois, ils parlent, ouvertement parce qu’ils pensent que

personne ne peut les entendre. Ils discutaient de leurs plans pour transmettre

des informations concernant le transfert de marchandises à un monsieur

Langlais, un monsieur René Langlais, qui apparemment veut leur donner

vingt mille livres.

Sophie était tenue en haleine comme si un drame se déroulait sur scène,

mais Jonathan était vert de rage. C’était donc le nom du contact français qui

décimait les navires britanniques. Pour le bien de son père et celui de tous

ses amis, Jonathan voulait retrouver Langlais et lui tordre le cou.

— Nous devons transmettre ces informations à Nigel dès que possible,

déclara-t-il. Ce sont des informations sur l’autorité desquelles il peut agir.

— Il n’y a pas de Nigel qui tienne, déclara Rebecca, se tournant pour

faire face à Jonathan. Nous devrions apporter ces informations au parlement

ou à un officier de police ou à un officier de la magistrature, un Coureur de

Bow Street.

— Nigel est un Coureur de Bow Street, déclara Sophie. C’était le

bâtiment sinistre où tu nous as suivis ce matin.

— La cour des magistrats de Bow Street, déclara Jonathan. Nous

devons y retourner immédiatement.

Il se leva.

— Nous n’avons pas le temps, répliqua Rebecca, bien qu’elle se soit

levée en même temps que Sophie. S’ils doivent mener une nouvelle enquête

et rechercher des preuves à Bow Street, cela prendra des siècles. J’ai

entendu ce que complotent de faire Mary et Lord Grey, et il faut agir maintenant. Ils ont l’information et prévoient de la transmettre au Français

lors de la fête de fiançailles de Lady Charlotte jeudi.

— Je le savais, s’écria Sophie, triomphante. Lorsqu’ils se tenaient

devant moi au banquet, ils parlaient de dissimuler les informations secrètes

dans des gâteaux. Quelle meilleure occasion auraient-ils de commander une

grande quantité de gâteaux et d’avoir une foule d’invités chez eux sans

éveiller les soupçons, sinon à la fête de fiançailles de Lady Charlotte ?

Jonathan sourit de l’excitation de Sophie et de son intelligence. Même

s’il ignorait si elle était particulièrement intelligente d’avoir tout compris ou

si Lord Grey et Lady Mary étaient impardonnablement stupides d’avoir

divulgué leurs secrets si ouvertement. Certes, ils n’étaient sans doute pas

dans l’espionnage depuis longtemps, et, d’après ce que Jonathan savait,

Lord Grey avait si désespérément besoin d’argent qu’il faisait fi de toute

prudence pour l’obtenir très vite.

— Nous avons encore le temps de déjouer ce complot, assura Jonathan

à Rebecca. Mon ami, M. Nigel Kent, a déjà enquêté sur Lord Grey. Je suis

persuadé qu’il sera prêt à agir dès la réception de jeudi. Pour l’instant, vous

devez rentrer chez vous avant que vos parents ne donnent l’alarme.

— Je veux vous aider, dit Rebecca, accourant vers lui et lui saisissant le

bras.

Elle prit conscience de son geste un instant plus tard et s’éloigna de

Jonathan comme si elle s’était brûlée. Elle baissa la tête d’un air penaud et

dit :

— C’est-à-dire que je veux voir ma sœur et Lord Grey traduits en

justice.

— Mais c’est ta sœur, dit Sophie, traversant pour les rejoindre. Si elle

est arrêtée par la police et reconnue coupable, cela pourrait signifier la mort.

Elle prononça le dernier mot à voix basse tandis que son visage

pâlissait. Elle venait enfin de mesurer l’importance de ce dans quoi ils

étaient impliqués.

— Sophie a raison, déclara Jonathan. Si Grey et votre sœur sont pris en

flagrant délit, ils seront pendus. Peut-être que vous feriez mieux de

conseiller à votre sœur de rester à l’écart de Lord Grey à partir de

maintenant.

Rebecca secoua la tête en se redressant de toute sa taille.

— Mary est une femme méchante, dit-elle. Elle a fait des choses

scandaleuses et elle s’en est toujours tirée. Elle a blessé des gens. Elle m’a fait du mal en m’interdisant de fréquenter mon amie la plus chère, Sophie.

Mais je… je ne veux pas qu’elle soit pendue, continua-t-elle avec

hésitation. Tout de même, elle devrait être traduite en justice. Je veux aider.

Elle hocha la tête pour confirmer ce qu’elle venait de dire.

Jonathan passa une main sur son visage. Ils devaient rapporter leur

conversation à Nigel. Il était bien conscient qu’il était concerné au premier

chef.

— Je vous promets, dit-il à Rebecca, que nous vous impliquerons dans

tout ce que nous déciderons de faire. Mais il est impératif que vous rentriez

chez vous pour que vos parents cessent de s’inquiéter.

— En outre, s’ils te surprennent, ils risquent de t’interdire d’assister aux

fiançailles de Lady Charlotte, déclara Sophie.

Jonathan se sentit de nouveau exaspéré. C’était une parodie que de voir

des femmes traitées comme des enfants. Il n’était guère étonnant que

Sophie soit si enthousiaste à l’idée de faire des choses qui feraient mourir

de honte d’autres femmes. Elle devait éprouver une sensation de liberté

enivrante à faire des bêtises après avoir mené une vie étouffante

d’insignifiance.

— Je vais rentrer à la maison, déclara Rebecca avec un soupir de

déception. Tu as raison, sinon maman va être furieuse. Et je dois assister à

la fête de fiançailles de Lady Charlotte. Vous devrez me trouver un prétexte,

parce que je veux participer au piège pour attraper Mary et Lord Grey. Je

suis prête à tout.

— Tout ? demanda Sophie en haussant un sourcil.

Jonathan avait le pressentiment qu’elle avait quelque chose en tête.

— Tout, dit Rebecca avec passion.

Jonathan ne put s’empêcher de sourire. Il avait le sentiment que Nigel et

lui ne s’ennuieraient pas tandis qu’ils exécuteraient le plan qui leur

permettrait d’attraper ces espions.

 

SOPHIE FUT STUPÉFAITE de la vitesse à laquelle les choses se firent quand ils

retournèrent à la cour des magistrats à Bow Street pour rendre compte des

révélations de Rebecca à Nigel Kent. En l’occurrence, Nigel et ses

collègues connaissaient déjà M. René Langlais. Cet homme était un agent

français qui s’attaquait aux désespérés et aux imbéciles pour voler tout type

d’informations pouvant être utiles aux ennemis de l’Angleterre. Langlais n’était pas son vrai nom, il n’était pas même français. C’était un bandit de

grand chemin qui avait eu la chance de rencontrer de veules aristocrates

qu’il ne payait jamais en fin de compte.

Sophie n’eut aucun scrupule à mettre en œuvre le plan qui permettrait

d’arrêter Lord Grey après avoir appris avec quelle facilité il avait accepté de

trahir son pays. Elle fut surprise de constater la vitesse à laquelle Nigel et

ses collègues réussirent à localiser Langlais et à le mettre discrètement en

garde à vue.

— Pourquoi ne l’ont-ils pas cueilli au saut du lit avant maintenant ?

demanda-t-elle à Jonathan alors qu’elle se tenait à ses côtés dans son atelier

la veille de la fête de fiançailles, et qu’il s’activait matin et soir pour

confectionner le nombre de gâteaux que Lord Grey avait demandé pour le

bal de sa sœur.

— Même la loi a ses limites, lui dit Jonathan. Avoir des doutes est une

chose, mais je suis sûr que Nigel a estimé qu’il aurait été hors de sa portée

d’incarcérer cet homme sans preuve de ses actes répréhensibles.

Que Jonathan ait raison ou non – et Sophie soupçonnait que oui – une

fois que Langlais fut en sécurité en prison, Nigel envoya un autre officier de

police déguisé pour prendre sa place et contacter Lord Grey. Lord Grey, à

son tour, mordit instantanément à l’hameçon, invitant le faux contact

français au bal de Lady Charlotte. Des dispositions furent prises pour que

les informations d’expédition confidentielles soient cachées à l’intérieur

d’un éclair d’une forme particulière, qui serait situé sur une table isolée

dans une pièce adjacente à la salle des rafraîchissements. Or, la pièce en

question serait ornée non pas d’une, mais de deux sculptures en sucre

vivantes qui donneraient l’alarme et serviraient de témoins au moment où

Lord Grey commettrait sa trahison.

— C’est scandaleux, murmura Rebecca alors que Jonathan lui tendait la

main pour l’aider à monter sur la table.

Elle continua à serrer sa robe longtemps après que Sophie eut

abandonné la sienne.

— Je ne peux pas croire que je fais ça.

— Tu as dit que tu voulais nous aider, dit Sophie en riant, recevant

Rebecca alors qu’elle s’avançait complètement sur la table. Nous pourrons

peut-être prendre Lord Grey en flagrant délit.

La seule raison pour laquelle ils ne prendraient pas Mary, la sœur de

Rebecca, sur le fait, c’est parce que – dans un accès de compassion fraternelle – Rebecca avait mis de l’ipéca dans le thé de Mary cet après-

midi-là pour qu’elle soit trop malade pour assister à la fête. Même si Sophie

soupçonnait que si Rebecca voulait éloigner sa sœur de la fête, c’était pour

que Mary ne découvre pas la conduite scandaleuse de Rebecca.

— Comme ça ? demanda Rebecca.

Elle s’assit d’un air dubitatif devant la rangée de coussins qui reposaient

sur la table.

— Non, dit Sophie en riant, comme ça.

Elle se baissa pour s’allonger sur les coussins comme elle et Jonathan

l’avaient imaginé les jours précédents. Contrairement à sa pose au premier

banquet, sa position pour le bal serait plus somnolente qu’érotique.

Notamment parce que Rebecca ferait partie du tableau avec elle.

— Tu es sûre ? demanda Rebecca d’une toute petite voix.

— Lady Rebecca, dit Jonathan d’une voix respectueuse. Je ne veux pas

vous inciter à faire quoi que ce soit pour lequel vous n’êtes pas prête, mais

j’ai besoin de temps pour compléter l’illusion. Vous devez décider si vous

souhaitez participer maintenant.

Rebecca émit un son incertain et se mordit la lèvre, puis inspira

profondément, ferma les yeux et retira son peignoir. Elle le tendit à

Jonathan sans ouvrir les yeux.

— Oh ! couina-t-elle. C’est tellement vilain.

Sophie éclata de rire.

— C’est précisément pourquoi c’est si bon.

Rebecca inspira plusieurs fois, puis ouvrit les yeux assez longtemps

pour s’orienter sur la table, puis pour s’asseoir dans une position qui

reflétait celle de Sophie. Jonathan s’avança et saisit la jambe de Rebecca

pour la positionner comme ils s’étaient entraînés à le faire la veille

lorsqu’ils étaient tous les deux entièrement habillés. Rebecca haleta et se

tendit.

— Lady Rebecca, en êtes-vous certaine ? demanda Jonathan.

Il n’était pas nécessaire que Rebecca ou Sophie lui demandent ce qu’il

voulait dire.

— Tu peux le faire, dit Sophie, rencontrant et soutenant le regard de

Rebecca. Et rappelle-toi, nous porterons des masques d’Honor, on ne verra

même pas nos yeux. Personne ne pourra nous reconnaître.

— Très bien, dit Rebecca comme si elle tentait de se donner du courage.

Elle secoua les bras pour se détendre, puis hocha la tête pour que

Jonathan continue ce qu’il était en train de faire. Il déplaça sa jambe vers

l’avant, la plaçant devant l’une des jambes de Sophie, puis positionna son

autre jambe entre les mollets de Sophie afin que leurs membres semblent

emmêlés.

— Oh ! couina Rebecca à nouveau. C’est tellement étrange. Surtout

après ce que cette femme m’a fait.

Sophie ne put s’empêcher de rire. Glenda avait fait subir à Rebecca le

même processus douloureux avec la cire et les bandes de lin que Sophie

avait enduré. Pour sa part, elle l’avait fait une deuxième fois seulement ce

matin, mais cela n’avait pas été aussi traumatisant qu’avant.

— Tu vas t’y habituer, promit-elle. Et ça a ses avantages.

Elle adressa un regard oblique et sensuel à Jonathan. Il appréciait

certainement sa douceur, et elle était convaincue que cela augmentait toutes

les sensations qu’il provoquait en elle.

— Tenez-vous comme il faut, ma douce, la gronda-t-il avec un sourire

narquois. Nous avons un travail important à faire.

— Vous avez raison, acquiesça Sophie.

Elle prit une profonde inspiration et s’installa contre les oreillers qui

devraient la soutenir un peu en hauteur jusqu’à ce que le piège soit tendu

sur Lord Grey. Jonathan continua à arranger Rebecca et elle comme il en

avait besoin : le dos légèrement cambré, les seins en avant, la tête rejetée en

arrière. Rebecca finit par se détendre alors que Jonathan travaillait au point

que Sophie se fit la réflexion que sa plus chère amie pourrait être une

coquine accomplie, si elle s’appliquait un peu. Elle avait des formes

légèrement plus voluptueuses que Sophie avec des courbes avenantes et des

seins amples. En la regardant alors que Jonathan saupoudrait Rebecca de

sucre et plaçait des roses en sucre selon un motif sur son ventre, Sophie

réalisa qu’elle n’avait jamais vu une autre femme aussi nue auparavant.

C’était étrangement séduisant.

Malgré tout, elle se racla la gorge et se força à se concentrer sur le

moment présent. Ils avaient des espions à capturer et des navires à sauver.

Jonathan était concentré sur sa tâche tandis que le sucre opérait sa magie,

elle allait aussi se concentrer.

Quand il eut enfin fini, une heure s’était écoulée.

— Là, dit-il enfin. Je vais mettre vos masques en place et faire quelques

derniers ajustements, puis le piège sera tendu.

— J’espère que je vais réussir à le faire, murmura Rebecca.

Sophie pouvait sentir ses jambes trembler.

— Tu vas faire merveille, dit Sophie alors que Jonathan ajustait son

masque sur son visage. Tu verras.

— Si tu penses que oui, soupira Rebecca.

— Voilà, dit enfin Jonathan en s’éloignant de la table. Vous êtes prêtes.

Il ne nous reste qu’à attendre désormais.

 

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