Coquine à croquer (Quand les jeunes filles timides étaient dévergondées t. 3) (French Edition)

Chapitre 6

Chapitre Six

 

Quand Jonathan s’éveilla le lendemain matin, il eut aussitôt les sens en

alerte. Quelque chose n’allait pas. Son lit était trop chaud. Il se sentait

détendu et comblé au lieu d’être rongé par la culpabilité. Il n’éprouvait pas

la sensation de vide qui s’emparait de lui après avoir emmené une femme

dans son lit.

Il fallut encore un moment à son esprit embrumé de sommeil pour

comprendre que cette impression bizarre était due au fait qu’il n’était pas

seul. Sophie était allongée à ses côtés, blottie tout contre lui, son souffle

doux et régulier lui chatouillait l’épaule. Ses membres souples et galbés

étaient emmêlés aux siens, et son parfum l’entourait.

Il tourna la tête juste assez pour l’étudier, remuant aussi doucement que

possible pour la tenir tout contre lui. Elle était restée avec lui. Le matin était

venu, et elle était toujours là, endormie dans ses bras. Son pouls s’accéléra

et un contentement profond et protecteur se répandit en lui. Il n’avait jamais

de difficulté à trouver une femme en quête de nouveauté, ayant envie d’être

ravie par un mulâtre. Parmi les femmes distinguées de la haute société,

avoir une aventure avec un homme comme lui, c’était chercher le grand

frisson. Mais aucune de ces femmes n’était restée avec lui toute la nuit. Il

leur avait donné ce qu’elles voulaient, et elles se débarrassaient de lui

comme d’une toilette démodée.

Sophie était toujours avec lui. Elle était venue le voir la veille et elle

était toujours là. Malgré le risque de faire jaser, elle était restée dans son lit.

Il ajusta un peu plus leurs positions, voulant la serrer contre lui, et caresser

de ses mains son corps chaud. Ils s’emboîtaient si bien l’un contre l’autre, et

elle avait été si diaboliquement ouverte à tout ce qu’il lui avait fait la nuit précédente. Et il ne s’était pas contenté de la prendre une fois et d’en finir

avec elle. Il l’avait embrassée pour la tirer du sommeil auquel elle avait

succombé après avoir fait l’amour une première fois, elle avait enroulé ses

jambes autour de sa taille et il l’avait prise de nouveau. Sa chatte était si

contractée autour de sa verge qu’il avait joui beaucoup trop vite, ce qui

signifiait que dès qu’il avait récupéré, il l’avait couchée sous lui pour la

prendre une troisième fois.

À chaque fois, elle avait soupiré et gémi comme une gourgandine du

Seven Dials. Elle l’avait serré entre ses cuisses et avait enfoncé ses ongles

dans sa chair. Et elle avait joui comme si son monde explosait, même s’il

avait été impardonnablement égoïste et n’avait cherché que son plaisir.

Bref, elle le voulait, peut-être plus qu’aucune femme ne l’avait jamais fait.

Cette pensée lui allait droit au cœur, mais en même temps il en avait

tellement peu l’habitude qu’elle le mettait mal à l’aise. Elle le faisait durcir

de désir aussi, ce sentiment lui était bien plus familier. Il savait quoi faire à

ce sujet, contrairement à son cœur en émoi.

Il roula sur le dos, emmenant Sophie avec lui et ajustant ses jambes

pour qu’elle le chevauche. Le mouvement la tira du sommeil. Elle inspira et

s’étira, se tortillant contre lui, ce qui le fit réagir sans tarder.

— Bonjour, dit-elle enfin d’une voix ensommeillée.

— Bonjour, ma douce.

Jonathan l’accueillit avec un sourire, écartant ses cheveux châtains

dorés de son visage, puis lui caressant la joue.

Elle sourit, et il eut l’impression que le soleil perçait à travers les

nuages. Son sourire s’agrandit alors qu’il passait ses mains sur son corps,

lui taquinait les seins au passage, et lui saisissait les hanches. La guidant

quelque peu, il la positionna de façon à ce que le bout de sa verge s’enfonce

dans les plis chauds et lisses de son sexe, puis il la pénétra lentement.

Sophie ouvrit grand la bouche, et tout son corps se tendit et s’étira. Ses

yeux s’écarquillèrent un instant, puis ses paupières s’abaissèrent, et elle lui

adressa un regard lourd et sensuel, comprenant enfin ce que Jonathan

voulait d’elle. Sa lente ondulation fut d’abord empreinte d’hésitation,

comme si elle ignorait comment s’y prendre, mais qu’elle eût encore

l’esprit embrumé par le sommeil, laissant son corps prendre les devants, ou

qu’elle fît l’amour instinctivement, guidée par la nature. Elle trouva bientôt

un rythme qui était parfait pour tous les deux. Elle arqua le dos en le chevauchant, laissant juste assez d’espace pour qu’il referme ses mains

autour de ses seins voluptueux et joue avec ses mamelons.

Leurs ébats passionnés ne tardèrent pas à gagner en intensité. Au bout

de quelques minutes, il était près de jouir, mais il se retint autant qu’il le

put, l’attendant. Il savait qu’il n’aurait pas à attendre longtemps quand sa

bouche s’ouvrit d’extase et que ses cris se firent plus forts, plus impatients.

La voir se livrer ainsi à l’ivresse du plaisir, le chevaucher avec ardeur,

guidée par la faim qu’elle avait de lui, était plus que Jonathan ne pouvait

supporter. Et pourtant, alors même qu’il explosait en elle, alors même

qu’elle le mouillait sans pitié, c’est son cœur qui sentit à quel point elle le

voulait.

Il était fou de tomber amoureux, en particulier d’une dame, même issue

de la petite noblesse, même peu appréciée dans la haute société, il n’y avait

aucun doute qu’il allait l’adorer sans rémission.

Quand ils s’abandonnèrent enfin, épuisés et hors d’haleine, elle se laissa

aller sur lui. Elle était aussi légère que l’air, et il découvrit qu’il appréciait

profondément la façon dont elle le couvrait. Il mit les bras autour d’elle, lui

caressant le dos et les côtés, et se considérant comme l’homme le plus

chanceux du monde.

— Je comprends ce qui les rend si enthousiastes maintenant, déclara

Sophie dès qu’elle eut repris son souffle.

— Ah oui ? demanda-t-il, glissant ses mains sur ses fesses et les

pétrissant.

Sophie se souleva un peu au-dessus de lui pour lui sourire.

— Mes sœurs, dit-elle, les yeux brillant de malice alors qu’elle se

réveillait complètement. Je comprends pourquoi elles s’extasient quand

elles parlent de sport en chambre.

Jonathan ne put réprimer un sourire satisfait.

— Vous étiez une vraie gourgandine hier soir, la taquina-t-il. Et juste à

l’instant aussi. Je connais des putains qui font le trottoir dans le port de

Kingston qui ne sont pas aussi délurées que vous.

L’espace d’un instant, il craignit soudain qu’elle ne s’offense de ses

taquineries. Mais ses craintes s’évanouirent quand elle se mit à rire, tout en

baissant la tête et en se cachant le visage de ses cheveux.

— J’en avais très envie, reconnut-elle, une lueur espiègle dans les yeux.

Et ce n’est pas fini. Je serai enchantée que vous me traitiez comme une

putain tous les soirs.

C’était la chose la plus bizarre qu’une femme lui ait jamais dite, et

Jonathan éclata de rire. Puis il encercla ses bras autour d’elle, se soulevant

pour l’embrasser. Ce n’était plus guère le baiser du propriétaire ou du

maître. C’était une promesse, une façon de partager ce qui était encore si

nouveau et inconnu en lui qu’il ne savait pas comment le mettre en mots. Il

voulait avoir Sophie dans son lit tous les soirs, qu’elle lui fasse l’amour tous

les soirs aussi, mais tout au fond de lui il voulait davantage.

— Nous avons besoin de petit-déjeuner, dit-il, mettant fin à leur baiser.

Et il vous faut rentrer à la maison avant que votre sœur ne comprenne où

vous êtes allée et ce que vous avez fait toute la nuit.

— Cela ne dérangerait pas Verity, dit-elle alors qu’ils sortaient du lit et

se mettaient à rassembler leurs vêtements et à faire leur toilette. En fait, je

suis certaine qu’elle encouragerait mon comportement.

Jonathan secoua la tête en versant de l’eau du broc dans la bassine sur

sa table de toilette.

— Vous et vos sœurs êtes la famille la plus inhabituelle et la plus

incompréhensible que j’aie jamais connue. La plupart des jeunes filles bien

élevées pâliraient à l’idée de se comporter comme vous l’avez fait.

— Je sais, dit Sophie, partageant son eau. Et la plupart de ces jeunes

filles s’ennuieront toute leur vie et seront utilisées comme monnaie

d’échange dans les marchandages de mariage. Je préfère accorder mes

faveurs à un homme qui me veut pour moi et non pour les relations que je

peux lui apporter.

Son commentaire lui donna à réfléchir tandis qu’ils finissaient leur

toilette, s’habillaient et descendaient dans la cuisine attenante à son atelier.

Ses assistants arriveraient pour ouvrir la boutique dans moins d’une heure.

En fait, Freddy était déjà là – il était sans doute arrivé avant leur réveil – et

préparait la pâte à pâtisserie pour les gâteaux de la journée. Et pourtant,

Sophie ne semblait pas s’en soucier. Elle salua Freddy d’un sourire et se tint

près de la cuisinière avec Jonathan pendant qu’il cuisinait des œufs et des

tranches de bacon.

— Votre boutique marche bien ? demanda-t-elle alors qu’ils étaient assis

à la table de la cuisine en train de manger.

— Très bien, déclara Jonathan avec un haussement d’épaules. Même si

j’aimerais qu’elle marche mieux encore.

— Mais votre activité principale est la société sucrière de votre père,

n’est-ce pas ?

Jonathan allait lui répondre en lui disant qu’il aimerait faire de la

confiserie son activité principale quand elle s’exclama soudain :

— Les espions ! Nous avons presque oublié les espions.

Tout ce qu’il était sur le point de dire, ainsi que sa bonne humeur et son

bien-être d’homme comblé, s’évanouit.

— Vous savez qui ils sont, dit-il, rappelant les détails dont il se

souvenait de la nuit précédente. Lord Grey et Lady Mary Burgess.

— Oui, confirma Sophie, baissant la voix jusqu’au murmure et se

penchant sur le coin de la table pour lui parler à voix basse. Je serais prête à

parier que Lord Grey espionne pour l’argent que cela lui rapporte. Les

maris de mes sœurs ont tous deux rencontré des difficultés à cause de Lord

Grey et de ses problèmes d’argent.

— C’est un comte, n’est-ce pas ? demanda Jonathan, interloqué. Il a

besoin d’argent ?

— Il en a un besoin urgent, poursuivit Sophie, jetant un coup d’œil de

côté à Freddy alors qu’il remplissait des choux de crème dans l’autre pièce.

Il ne peut pas s’empêcher de jouer et il a perdu tout son argent et plus

encore.

— Cela pourrait être un mobile pour devenir un traître, convint

Jonathan en se caressant le menton.

Il fronça les sourcils, réfléchissant à la situation et cherchant à trouver

un moyen de garder Sophie en sécurité au milieu de tout cela.

— Nous devons rendre visite à mon ami, Nigel.

— L’officier de police de Bow Street ? demanda Sophie.

Jonathan sourit.

— Vous vous en souvenez.

— Bien sûr que je m’en souviens, dit Sophie. Je me souviens de tout ce

que vous dites.

C’était idiot de laisser quelque chose d’aussi sentimental l’affecter, mais

le cœur de Jonathan se gonfla au point qu’il lui parut trop gros pour sa

poitrine.

— Nous allons tout de suite à Bow Street. Nigel meurt d’envie de

glisser un nœud coulant autour du cou de Lord Grey depuis qu’il a

découvert qu’il n’aurait pas hésité à spolier Sebastian de sa fortune.

Une demi-heure plus tard, Jonathan et Sophie étaient assis à l’arrière

d’un fiacre, et traversaient Londres pour se rendre à Bow Street. La cour des magistrats venait d’ouvrir ses portes quand ils arrivèrent, mais ils ne

furent pas surpris de constater que Nigel était déjà là et travaillait dur.

— Jonathan !

Nigel l’accueillit avec une tape dans le dos. Nigel était si grand et si fort

qu’il faillit faire tomber Jonathan d’une simple bourrade.

— Qu’est-ce qui vous amène ici si tôt, et en si bonne compagnie ?

Il fit un sourire à Sophie qui écarquilla les yeux lorsqu’elle aperçut ce

gaillard de près de deux mètres. Elle se rapprocha de Jonathan et lui prit la

main. Un curieux sentiment de fierté emplit Jonathan tandis qu’il lui serrait

la main. Nigel était l’homme le plus gentil qu’on puisse imaginer… sauf

lorsqu’il était à la poursuite d’un criminel.

— Nous avons des informations concernant les espions qui transmettent

aux Français des renseignements secrets sur la cargaison et les itinéraires de

navigation des navires anglais, déclara Jonathan à voix basse. En fait,

Sophie jure qu’elle connaît leur identité sans l’ombre d’un doute.

Nigel, éminemment intéressé, arbora un sourire carnassier.

— Venez par ici, dit-il, et il leur fit traverser le hall d’entrée du tribunal

et les emmena dans une série de bureaux.

Il ouvrit la porte de l’un d’eux, fit signe à Jonathan et Sophie d’entrer,

puis ferma la porte derrière eux une fois qu’ils furent seuls.

— Qu’est-ce que vous savez ? demanda-t-il à Sophie.

Sophie se tenait si près de Jonathan qu’il aurait été plus facile pour lui

d’enrouler son bras autour d’elle que de simplement lui tenir la main, mais

elle leva la tête et dit :

— C’est Lord James Grey et Lady Mary Burgess.

Nigel leva les yeux.

— Avez-vous des preuves ? demanda-t-il d’une voix menaçante.

Sophie serra plus fort la main de Jonathan, mais hocha la tête comme si

elle était déterminée à ne pas avoir peur.

— Au banquet de Jonathan, il y a quelques jours, je les ai entendus

comploter pour envoyer des messages secrets à leur contact à Paris. Des

messages dissimulés dans des bonbons et des gâteaux.

Nigel croisa les bras et se caressa le menton.

— C’est ce qu’ils ont dit ? lui dit-il, pas pour mettre sa parole en doute,

mais pour s’assurer que son histoire était plausible. Juste en face de vous.

Au milieu d’une salle bondée.

Les joues de Sophie prirent une teinte rose vif qui remua les sangs de

Jonathan, et elle baissa légèrement les yeux.

— Ils ne savaient pas que j’étais là. Personne ne savait que j’étais là,

même si j’étais bien en vue.

Le visage de Nigel trahit un instant l’incompréhension puis s’illumina

soudain, et il eut un large sourire.

— C’était vous, n’est-ce pas ? demanda-t-il. La Coquine à croquer.

— Je vous demande pardon ? demanda Sophie d’une petite voix.

— La décoration, poursuivit Nigel en riant. Vous étiez nue et offerte

comme une déesse sensuelle et enduite de sucre. Les gens vous appellent La

Coquine à croquer.

— C’était elle, répondit Jonathan alors que Sophie poussait un petit cri

et plaquait une main sur sa bouche.

Il ignorait si elle était bouleversée par la révélation qu’elle avait

maintenant un sobriquet, et que Nigel l’ait vue dans toute sa gloire et sa

sensualité, ou si cela l’amusait. L’instinct lui disait que c’était un peu de

tout cela.

— Son visage était couvert, et Lord Grey et Lady Mary parlaient en

français.

— Et je le parle couramment, ajouta Sophie. Ils ont dit explicitement

quels étaient leurs plans. Je n’ai aucun doute qu’ils sont les espions.

— Mais votre visage était couvert, déclara Nigel. S’ils ne pouvaient pas

voir qui vous étiez, comment les avez-vous reconnus, vous ?

— Je connais leurs voix, déclara Sophie. Et même si je n’ai pas pu les

placer à ce moment-là, la nuit dernière, j’ai…, s’interrompit-elle en

rougissant violemment. J’ai pu observer Lord Grey et Lady Mary seuls

ensemble. J’ai pu identifier ce que j’ai entendu au banquet, j’ai compris que

ce sont eux les espions.

— Intéressant, remarqua Nigel, se frottant le menton de nouveau. Je

donnerais volontiers une de mes burnes pour traduire Lord Grey en justice,

grogna-t-il avant de pousser un soupir. Je ne pourrai pas agir sur cette seule

preuve, cependant. J’aurais besoin d’une preuve solide, tangible, de

trahison.

— De quoi avez-vous besoin ? demanda Jonathan. Nous trouverons un

moyen de vous l’obtenir.

— Des documents, dit Nigel en haussant les épaules. Des preuves de

leurs contacts français. Le plus efficace, ce serait de les prendre en flagrant délit.

Les épaules de Jonathan s’affaissèrent. Il était peu probable qu’aucun

d’entre eux soit en mesure d’obtenir le genre de preuves dont Nigel avait

besoin. Aucun d’eux trois n’avait accès au cercle fermé de la haute société.

Mais ce n’était guère un problème pour Sophie, qui sourit et dit :

— Cela devrait être assez facile.

Jonathan et Nigel la regardèrent de travers.

Elle poursuivit.

— Lord Grey et Lady Mary prévoient de transmettre des secrets aux

Français en les dissimulant dans des gâteaux. Mais ils doivent le faire

discrètement.

— De toute évidence, déclara Nigel.

— Peut-être lors d’un événement où une grande quantité de gâteaux

sera déjà présente ? précisa Sophie qui rayonnait pratiquement de malice.

Surtout s’ils recevaient de nouvelles informations urgentes qu’il leur

faudrait transférer immédiatement ?

Jonathan et Nigel échangèrent un regard d’incompréhension.

— Je pourrais organiser un autre banquet, proposa Jonathan. Même si je

commence tout juste à me remettre des dépenses du premier. Il me faudrait

un mois pour tout mettre en place.

— Un mois, ce n’est pas assez tôt, objecta Nigel. Si nos deux compères

se figurent que leur identité a été découverte, ils ne reculeront devant rien

pour cacher leurs méfaits. Et en plus, nous n’avons pas d’informations

susceptibles de les intéresser.

— Sebastian aurait ce qu’il faut, dit Sophie, ayant toujours l’air de

savoir des choses qu’ils ignoraient. Et même si ce n’est pas le cas, il

pourrait inventer quelque chose et demander à son avocat, M. Proctor, de le

transmettre d’une manière ou d’une autre.

— Encore faut-il fournir à Lord Grey un contexte adéquat pour

transmettre l’information, remarqua Nigel.

Sophie pouffa de rire et secoua la tête.

— Aucun de vous n’est au courant des événements mondains de ce

printemps ?

Jonathan et Nigel échangèrent un regard signifiant à quel point cette

idée était ridicule.

Sophie secoua la tête et continua.

— Lady Charlotte Grey vient de se fiancer avec Lord Gosford. Leur bal

de fiançailles aura lieu jeudi prochain.

Un sourire se dessina peu à peu sur le visage de Jonathan. Un instant

plus tard, Nigel sembla comprendre.

— Savez-vous qui fournit les rafraîchissements pour la fête ? demanda

Nigel.

— Je l’ignore, mais je pourrais le découvrir, déclara Jonathan.

— Les Grey emploient une petite armée de cuisiniers, intervint Sophie.

Mais selon Verity, les serviteurs n’aiment pas beaucoup leurs maîtres. Si un

officier de police de Bow Street, quelqu’un d’influent, parlait au majordome

et au cuisinier, je suis certaine que le personnel serait prêt à venir en aide

aux agents de la loi pour traduire ces traîtres en justice.

Le moral de Jonathan revint au beau fixe.

— Ce serait aussi facile que le dit Sophie de s’infiltrer dans la maison,

si c’est vrai. Je pourrais confectionner des gâteaux qui implorent que des

secrets soient transmis à l’intérieur.

— Nous pourrions les prendre en flagrant délit, déclara Nigel, avec un

sourire de loup, frappant son énorme poing dans son autre paume. Ce serait

exactement le genre d’affaire qui prouverait l’importance d’avoir une force

de police plus organisée et plus permanente dans la ville, déclara-t-il.

— Pour ma part, j’aimerais voir Lady Mary traduite en justice, intervint

Sophie, relevant le menton d’un air de dédain. Cela lui apprendrait à

m’interdire d’être l’amie de Rebecca.

Jonathan ne put s’empêcher de sourire face à sa détermination. À bien

des égards, Sophie était une femme forte et sensuelle, mais elle se

comportait parfois comme une écolière. Quand Jonathan pensait à des gens

comme Nigel et Sebastian, il mesurait à quel point il était important d’avoir

de bons et fidèles amis.

— Nous devrions nous mettre au travail pour échafauder un plan dès

que possible, dit-il en prenant la main de Sophie.

— J’enverrai quelqu’un parler au majordome de Lord Grey pour voir si

son personnel est susceptible de collaborer avec nous, dit Nigel. Je vous

contacterai.

— C’est tellement excitant, s’exclama Sophie quelques minutes plus

tard alors qu’ils débouchaient dans la rue. J’ai l’impression que nous

pourrions vraiment faire quelque chose de bien.

— Si nous pouvons traduire des espions en justice, il est certain que

nous ferons quelque chose de bien, convint Jonathan.

Il tenait le bras de Sophie et la regardait, empli d’une joie inexplicable.

S’ils ne s’étaient pas tenus au milieu d’un trottoir bondé, il l’aurait

embrassée.

Il se pencha sur elle, prêt à renoncer à toute prudence et à l’embrasser

malgré tout, quand il aperçut du coin de l’œil un mouvement infime, mais

suspect. Il se redressa et se tourna dans la direction d’où il pensait que le

mouvement venait, mais il n’y avait rien.

— Nous devrions héler un fiacre et rentrer, dit-il en fronçant les

sourcils.

— Qu’y a-t-il ? demanda Sophie en regardant de-ci de-là. Sommes-nous

toujours suivis ?

Jonathan battit des paupières.

— Vous l’avez senti, vous aussi ?

Le visage empreint d’inquiétude, elle répondit :

— Quiconque me suivait hier soir doit encore me suivre ce matin.

Jonathan leva la main pour héler un fiacre et, par bonheur, un fiacre se

rangea aussitôt à leur hauteur.

— Savez-vous qui cela pourrait être ? demanda-t-il.

— Ce doit être Lord Grey et Lady Mary, murmura Sophie. Ou

quelqu’un qui leur est associé. Lord Grey n’était pas content que Rebecca

les espionne, Lady Mary et lui, depuis le couloir secret, la nuit dernière. Il a

dû découvrir que j’étais avec Rebecca d’une manière ou d’une autre.

Un millier de sonnettes d’alarme retentirent dans la tête de Jonathan à

son étrange déclaration, mais il n’eut pas le temps de s’y intéresser et fit

monter Sophie dans la voiture.

— Alors, Lord Grey ne vous a pas vue ? demanda-t-il une fois qu’ils

étaient assis, après avoir donné au cocher des instructions pour se rendre à

la maison de Lord Landsbury à Mayfair.

— Non, dit Sophie, les sourcils froncés de confusion. Mais les

domestiques de la cuisine m’ont vue. Lord Grey doit savoir que j’étais là.

— Alors nous devons vous ramener chez vous sans tarder, déclara

Jonathan. Je ne pourrais pas le supporter s’il vous arrivait quelque chose.

 

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