Coquine à croquer (Quand les jeunes filles timides étaient dévergondées t. 3) (French Edition)
Chapitre 2
Chapitre Deux
Sophie ne fit part à personne de son intention de travailler au banquet de
Jonathan, même à ses sœurs. Il y avait quelque chose d’inconvenant dans ce
qu’elle avait accepté de faire pour Jonathan – peut-être le fait qu’elle n’était
pas tout à fait sûre de ce qu’elle avait accepté de faire et elle ne pouvait pas
se résoudre à consulter ses sœurs à ce sujet. À vrai dire, l’idée même qu’elle
allait à son tour faire une bêtise, pas par accident ou à cause de la conduite
scandaleuse de ses sœurs, la ravissait autant que les gâteries que Jonathan
avait prévues pour le mariage d’Honor et Sebastian. Elle avait un secret, et
elle adorait cela.
Jonathan ne lui avait pas donné beaucoup d’instructions, mais elle était
déterminée à les respecter dans la mesure du possible. Elle arriva au 12,
Park Street précisément au moment où elle était attendue et frappa à la porte
de la cuisine, le cœur battant d’excitation. Presque immédiatement, une
grande et belle femme, aux cheveux pris dans un bonnet, ouvrit la porte.
— Miss Sophie Barnes ? demanda-t-elle.
Sophie hocha la tête.
— Oui, c’est moi.
La femme sourit, la parcourut du regard de la tête aux pieds et lui fit
signe d’entrer.
— Suivez-moi, s’il vous plaît.
La femme la conduisit dans une immense cuisine où s’affairait une
kyrielle de cuisiniers. Une vapeur douce et parfumée s’élevait d’une demi-
douzaine de fourneaux. Des parfums d’agrumes et de chocolat onctueux
emplissaient l’air. L’eau à la bouche, Sophie suivit la femme qui lui fraya
un passage parmi cette armée de cuisiniers qui s’agitaient en tous sens, certains remuant des pots, d’autres versant du chocolat dans des moules et
d’autres encore hachant de la viande, et la mena dans un couloir plus exigu.
— M. Foster ne m’a pas dit ce que je devais porter à son banquet, dit-
elle pour soulager une partie de son anxiété alors que, parvenues au bout du
couloir, elles se dirigeaient vers une deuxième salle.
La belle femme s’arrêta et la regarda d’un air surpris.
— Il ne vous l’a pas dit ?
— Il m’a seulement demandé si je serais disposée à l’aider à scandaliser
la haute société, dit-elle, se demandant si elle devait être un peu plus
circonspecte avec une domestique dont elle ne savait rien.
La femme l’étudia attentivement avant de continuer.
— Je ne crois pas que vous soyez prête pour ce que M. Foster a en tête.
— Oh, mais je le suis, insista Sophie. Ma vie a pris une tournure si
étrange que je suis prête à tout.
— À tout ? demanda la femme, puis elle poussa une porte.
La pièce dans laquelle elle conduisit Sophie était une véritable étuve.
Une grande baignoire en cuivre y trônait, près du feu qui ronflait, et l’eau
fumait. Des pétales de roses flottaient à sa surface.
— Déshabillez-vous et prenez un bain, lui ordonna la femme. Je vais
préparer la cire au sucre.
Sophie avança de quelques pas dans la pièce et regarda d’abord la
baignoire, puis la femme qui se déplaçait vers une petite table à côté de la
cheminée.
— Vous voulez que je me déshabille et que je me baigne ? demanda-t-
elle.
— Oui, dit la femme sans s’arrêter dans son travail. C’est pour cela que
vous êtes là, après tout.
Sophie aurait voulu demander « pour me baigner ? », mais elle n’était
pas assez courageuse. Ou plutôt, elle était trop courageuse pour poser le
genre de questions qui la conduiraient à perdre son sang-froid, à faire demi-
tour et à s’enfuir à toutes jambes. Elle s’avança sur le côté de la pièce où se
trouvait une étagère pour poser ses vêtements et commença à se déshabiller.
— Si je comprends bien, vous allez assister à mon bain ? demanda-t-
elle, hésitant à se dénuder devant une femme qu’elle n’avait jamais
rencontrée.
Elle s’était déshabillée en présence de ses sœurs et de sa mère de
nombreuses fois depuis sa plus tendre enfance, et elle s’était même quasiment retrouvée dans le plus simple appareil avec Rebecca et ses amies
une fois ou deux pour nager dans l’étang près du domaine familial de
Georgiana Travers, mais c’était différent.
La femme jeta un coup d’œil à Sophie par-dessus son épaule.
— Bien sûr, dit-elle, puis elle s’affaira de nouveau à couper des bandes
de tissu.
Demander à cette femme ce qu’elle faisait, c’était trahir son ignorance,
alors elle continua à se déshabiller jusqu’à ce qu’elle soit complètement
nue, même si ses mains tremblaient un peu. Quand elle eut plié et posé sur
l’étagère ses derniers vêtements, elle se précipita vers la baignoire et y
entra.
— Ah !
Elle s’immergea dans l’eau parfumée avec toute la satisfaction que lui
procurait le luxe d’un bain chaud. Jamais elle ne s’était baignée dans une
eau aussi chaude, et encore moins dans une baignoire remplie d’eau de rose.
Quelle volupté ! C’était si bon qu’elle ferma les yeux et s’appuya contre le
rebord de la baignoire.
— Faites attention à ne pas vous mouiller les cheveux, dit la femme.
Elle ne coupait plus des bandes de lin, mais mélangeait quelque chose
d’odorant dans un petit chaudron au-dessus du feu. M. Foster aimerait que
vous ayez les cheveux secs pour l’exposition.
Encore une fois, Sophie était tentée de demander « quelle
exposition ? », mais à chaque seconde qui passait, elle était de moins en
moins encline à révéler qu’elle n’avait pas la moindre idée de ce qui se
passait.
— N’hésitez pas à bien vous nettoyer, déclara la femme. C’est mieux si
vous êtes parfaitement propre.
— Oui, acquiesça Sophie et elle prit le linge qui se trouvait sur le rebord
de la baignoire.
Elle se frotta sur tout le corps, même ces parties qu’elle était gênée de
laver quand quelqu’un d’autre se trouvait dans la pièce. Et si ces ablutions
avaient pour seul but de la préparer pour Jonathan qui avait l’intention de la
ravir ? Et s’il préférait que ses conquêtes soient lavées et sentent la rose ?
Elle devait admettre qu’elle n’y verrait aucun inconvénient.
— Sortez de la baignoire maintenant, ordonna la femme, sans
brusquerie, juste au moment où Sophie avait décidé qu’un long bain chaud
serait de mise. Nous n’avons pas beaucoup de temps, et comme vous ne vous êtes jamais fait épiler à la cire, nous aurons probablement beaucoup à
faire.
— La cire ? dit Sophie, debout dans la baignoire, tandis que l’eau
ruisselait sur son corps nu. Elle leva les mains vers sa tête. Sur mes
cheveux ?
— Pas ces cheveux-là, dit la femme en riant. Venez.
Tendant la main, elle aida Sophie à sortir de la baignoire et à se sécher
avec une serviette épaisse. C’était troublant, un peu bizarre, mais aussi
étrangement excitant de voir cette femme la sécher comme si elle était une
statue que l’on venait de nettoyer. Mais la scène prit un tour inquiétant
lorsque la femme lui dit de s’allonger sur une méridienne près de la table
sur laquelle se trouvaient les bandes de lin et le chaudron qu’elle avait retiré
du feu.
— Puisque vous n’avez jamais fait cela auparavant, expliqua-t-elle, je
vais commencer par vos jambes. Cela vous aidera à vous accoutumer à la
douleur. Quand vos jambes seront nettes, nous passerons aux aisselles, et
enfin au pubis.
Sophie aurait voulu arrêter la femme dans son élan alors qu’elle se
tournait vers la table et remuait le contenu de la marmite. Elle aurait voulu
exiger plus d’explications, et peut-être tout annuler et s’enfuir, nue ou non.
Au lieu de cela, elle resta là et retint son souffle pendant que la femme
étalait une sorte de mélange collant et sucré ressemblant à du miel sur l’une
de ses jambes. La sensation était chaude et bizarre, et très légèrement
émoustillante. Au moins en tout cas jusqu’à ce que la femme applique une
bande de lin, puis l’arrache d’un coup sec.
Sophie cria de stupeur lorsque tous les poils de sa jambe où la cire avait
été appliquée s’arrachèrent et partirent avec le linge.
— Que diable faites…, commença-t-elle à dire, mais elle se força à se
détendre et à respirer calmement.
La femme lui sourit.
— M. Foster m’a prévenue que vous pourriez changer d’avis quand
vous sauriez ce qui était impliqué.
— Pour l’amour du ciel, qu’est-ce qui est impliqué ? demanda Sophie,
haletante.
— Je dois enlever tous les poils de votre corps, répondit la femme en
riant franchement. M. Foster a besoin d’une toile nette sur laquelle
travailler, et les invités trouvent un corps imberbe plus attrayant.
Sophie resta bouche bée devant la femme pendant un moment. Son
corps, une toile ? Les invités préfèrent un corps sans poils ? Juste ciel !
Jonathan avait dit qu’elle serait une décoration. Elle avait supposé que
c’était une métaphore. Mais non, apparemment son corps, son corps
imberbe, serait exposé comme décoration.
Un vrai scandale. Qui allait assurément choquer et outrager. Elle allait
faire tourner les têtes et jaser les mauvaises langues.
Pourquoi pas ?
Sophie sentit monter en elle une détermination inébranlable. Si c’était
ce qu’il fallait pour que la haute société reconnaisse qu’elle existait toujours
malgré leurs tentatives de l’effacer de la société, alors qu’il en soit ainsi.
Elle éclipserait tout ce que ses sœurs avaient fait pour tomber en disgrâce,
car elle le ferait en public.
— Allez-y, dit-elle en avalant bruyamment sa salive, offrant sa jambe à
la jeune femme pour qu’elle puisse continuer.
Le seul bon côté de l’expérience était que cette femme savait y faire. Si
elle avait essayé d’appliquer la cire et les bandes et de s’épiler elle-même,
jamais elle n’aurait eu le courage d’aller jusqu’au bout. Mais la femme
savait ce qu’elle faisait. Elle travaillait si vite que Sophie avait à peine le
temps de tressaillir à chaque nouvelle bande de poils qui lui était
violemment arrachée.
Il fut beaucoup plus difficile de ravaler ses cris de douleur lorsque la
femme retira les poils de ses aisselles. Et Sophie faillit perdre son aplomb
lorsque la femme lui demanda d’écarter les jambes afin de pouvoir enlever
tous les poils de ses parties innommables. Elle s’était faite à l’idée qu’elle
devrait peut-être écarter les cuisses si elle acceptait la proposition de
Jonathan, mais jamais elle n’aurait pu prévoir qu’une femme plus grande et
plus musclée que son frère fixerait intensément son intimité. Elle prit
d’abord une petite paire de ciseaux pour couper les boucles de Sophie et
enlever la majeure partie des poils, puis elle enduisit de cire chaude et
douce cette partie de son corps, et lui arracha les poils de la peau. Bref, un
vrai supplice.
— C’est terminé, dit enfin la femme avec un sourire réconfortant, avant
de prendre un deuxième bol sur la table et de commencer à tamponner avec
une petite éponge douce, imbibée d’une lotion apaisante, la peau rouge et
sensible entre les jambes de Sophie. Vous vous êtes exceptionnellement
bien comportée pour votre première fois. La plupart des jeunes filles crient et pleurent ensuite pendant des heures. Ce mélange calmera la douleur, vous
rafraîchira la peau et préviendra les rougeurs et les gonflements.
Jamais Sophie n’aurait avoué qu’elle était au bord des larmes. Quelle
que soit la concoction avec laquelle elle lui tamponnait les parties intimes,
elle la soulageait énormément. Elle dégageait une légère odeur de
concombre et d’herbes aromatiques. Et au bout de quelques minutes, la
douleur s’estompa tout à fait, laissant dans son sillage un picotement qui
n’était pas désagréable. Sensation qui n’était sans doute pas étrangère au
fait que la femme à la cire continuait à passer l’éponge sur sa chair tendre.
Ce qui lui fit soudain prendre conscience qu’elle était allongée, nue, jambes
écartées, devant la femme en question.
— Ce n’est guère étonnant que M. Foster vous ait choisie, dit enfin la
femme avec un soupir, se relevant pour ranger la table et ses instruments.
Vous avez un corps délicieux.
Sophie se mordit la lèvre et se contempla. Elle n’avait pas été aussi nue
depuis qu’elle était petite fille. Elle n’avait jamais non plus éprouvé de tels
émois dans ces parties de son corps. Et elle avait le sentiment que
l’aventure ne faisait que commencer.
— Vous pouvez porter ce peignoir, déclara la femme à la cire, revenant
à une attitude plus professionnelle. Je vais vous emmener dans la salle de
banquet.
Sophie enfila le peignoir et suivit la femme hors de la pièce, puis à
travers les couloirs sinueux jusqu’à la partie principale de la maison. Une
petite voix lui soufflait qu’elle devrait être incommodée par ce qui venait de
se passer et s’inquiéter très sérieusement de ce qui allait arriver, mais la
douleur l’avait déjà tellement éloignée de ce qui était normal qu’elle était
prête à accepter sans rechigner toutes les étrangetés qui se présentaient.
— Ah ! Miss Barnes. Vous êtes pile à l’heure, s’exclama Jonathan alors
que la femme à la cire l’introduisait dans une magnifique salle de bal
décorée du sol au plafond. Merci, Glenda, dit Jonathan en faisant un signe
de tête à la femme à la cire.
— Monsieur.
Glenda fit la révérence, adressant à Sophie le genre de regard cavalier et
coquin qu’elle s’attendait à recevoir d’un homme, puis se retourna et reprit
le chemin par lequel elles étaient venues.
— Ne vous formalisez pas pour Glenda, dit Jonathan en lui offrant la
main. Elle flirte avec tout le monde.
— Je vois.
Sophie décida de ne pas mentionner l’attention particulière que Glenda
lui avait accordée après l’avoir dénudée.
Elle prit la main de Jonathan, et il la conduisit jusqu’à une longue et
large table de banquet qui était déjà à moitié recouverte de fleurs et de
plateaux de confiseries. Sur tout le pourtour de la pièce, se trouvaient
exposés des monceaux de gâteaux et de tartes, de gelées et de confiseries,
de toute beauté. Chacune des tables constituait une scène dans une pièce qui
était sur le point de se dérouler, ou une station sur le chemin de croix sur
lequel les catholiques déambulent pendant leurs prières.
— Tout est si beau, s’écria-t-elle, embrassant d’un geste toute la pièce.
C’est vous qui avez fait tout cela ?
— Non, pas tout, répliqua Jonathan en riant. J’ai conçu chaque centre de
table et fabriqué les pièces maîtresses, mais mes assistants ont effectué la
majeure partie du travail de soutien.
— C’est remarquable, déclara-t-elle.
Elle porta sur lui un regard admiratif. Il était en chemise et en gilet avec
un tablier noué par-dessus, mais sa tenue informelle recélait pour Sophie
une promesse d’intimité et d’aventure. Ils n’étaient plus dans les salons
guindés de la haute société.
Dès qu’ils atteignirent ce qui était manifestement la table qui tiendrait la
pièce maîtresse du banquet, Jonathan s’arrêta et lui lâcha la main.
— Votre peignoir, Miss Barnes.
— Vous pouvez m’appeler Sophie, dit-elle.
Un instant plus tard, elle comprit ce qu’il demandait. Un couinement lui
échappa avant qu’elle ne puisse l’arrêter.
— Vous voulez que j’enlève mon peignoir tout de suite ? Avec tout le
monde dans la pièce ?
L’un des assistants de Jonathan, qui était assez proche pour entendre
l’échange alors qu’il ajoutait du glaçage à une table de friandises au
chocolat, ricana et la regarda ostensiblement. Jonathan ne semblait pas
exactement irrité par ce geste audacieux, mais il secoua la tête à l’adresse
du moqueur.
— Tout le monde dehors, ordonna-t-il, se tournant vers la poignée
d’assistants qui s’affairaient dans la pièce à peaufiner les sucreries.
Quelques-uns exprimèrent leur déception, et un jeune homme en
particulier eut l’air plus navré que si on l’éloignait de son premier-né, mais une minute plus tard, ils étaient tous partis. Sophie et Jonathan étaient seuls,
debout l’un en face de l’autre.
Jonathan tendit la main.
— Votre peignoir, répéta-t-il.
Sophie reprit son souffle. Elle pouvait le faire. Ce n’était pas qu’elle ne
voulait pas montrer son corps imberbe à Jonathan. En fait, elle avait plutôt
trop envie de le montrer à Jonathan. Elle ne s’attendait guère à ressentir un
tel émoi, une telle excitation, à vrai dire. Mais elle s’était juré qu’elle irait
jusqu’au bout, alors elle dénoua la ceinture qui fermait son peignoir, et,
ôtant d’un geste son mince vêtement, elle le tendit à Jonathan.
Chaque centimètre de sa peau se mit à picoter alors qu’il la regardait. Il
la balaya du regard avec une appréciation si franche et masculine que
Sophie eut soudain le souffle court. Elle n’était qu’à quelques mètres de lui,
plus nue que jamais, sans même un seul poil pour se cacher de lui. Et Dieu
du ciel, il donnait l’impression de vouloir glisser les mains sur toutes les
parties de son corps qui venaient d’être soumises à la torture un instant plus
tôt. Sophie ne pouvait s’empêcher de penser que le contact de ses mains
entre ses jambes serait mille fois plus apaisant que les soins au concombre
de Glenda.
— Montez sur la table, dit enfin Jonathan d’une voix rauque.
Sophie cligna des yeux, puis remarqua un petit escabeau placé devant la
table en guise d’escalier. D’autres choses lui apparurent également. Un
coussin de soie blanche était posé sur la table en guise de support. Plusieurs
petits coussins étaient disposés dessus. Sur la table se trouvaient diverses
coupes et récipients de bonbons, de pâte d’amandes, de fondant, et de
sucres de plusieurs couleurs.
— Vous voulez que j’aille sur la table ? demanda-t-elle d’une petite
voix.
— Et que vous vous allongiez, confirma Jonathan en lui prenant la main
et en la guidant vers l’escabeau. Nous trouverons la position la plus
confortable pour vous. Vous devrez peut-être la tenir pendant plusieurs
heures.
Sophie était reconnaissante à Glenda de l’avoir incitée à utiliser le pot
de chambre avant de l’emmener dans la salle de banquet. Elle tremblait
légèrement en grimpant sur l’escabeau et en s’installant sur la table. Il lui
semblait fou de marcher sur une table et encore plus de s’allonger sur une
couche de soie et de coussins. Mais l’impression la plus étrange de toutes fut lorsqu’elle vit disparaître des yeux de Jonathan la lueur de désir de
l’homme dans la force de l’âge et apparaître le regard de l’artiste.
— Laissez reposer votre tête de cette façon, dit-il, saisissant doucement
sa tête et la posant sur l’un des coussins. Il retira les épingles de sa coiffure
et passant les doigts dans sa chevelure éparse, la disposa autour d’elle
comme un halo. Nous vous brosserons les cheveux avant l’arrivée des
invités. Quant au reste de votre corps…
La fin de sa phrase se perdit dans la concentration de l’artiste occupé à
sculpter la matière. Le cœur de Sophie s’emballa alors qu’il arrangeait
doucement ses bras au-dessus de sa tête, ne lui laissant aucun moyen de
couvrir sa poitrine. Il plaça un coussin sous son dos, ajusta ses hanches et
lui écarta légèrement les jambes, maintenant un genou plié.
— C’est un rêve de travailler avec vous, Sophie, lui murmura-t-il à
l’oreille une fois qu’il l’eut placée comme il la voulait. Votre corps est
souple comme un roseau, et il est si facile de vous modeler à ma guise.
Il dit ces paroles avec une telle intensité qu’elles suggéraient bien plus
que la sculpture vivante qu’il avait faite de son corps. Elle brûlait de désir,
et ses seins lui semblaient pleins. Un peu trop pleins.
— Mes jambes, dit-elle, restant parfaitement immobile alors qu’il se
déplaçait sur le côté pour faire l’inventaire de ses coupes de sucre et de ses
outils.
— Quoi donc, vos jambes ? demanda-t-il en revenant avec un grand
récipient de sucre en poudre et une sorte de passoire.
Sophie se racla la gorge.
— Vous les avez disposées de telle façon que, quiconque se tient à ce
bout de la table pourra voir mon…
Elle serra les lèvres. Quel que soit le mot qu’elle utiliserait pour décrire
son sexe, cela aurait l’air idiot.
Jonathan se pencha plus près de son oreille, si près que son souffle
effleura sa joue, et fit durcir ses tétons.
— C’est exactement le but recherché, ma beauté.
Sophie, interdite, le vit reculer, froncer les sourcils d’un air préoccupé et
commencer à saupoudrer son corps de sucre en poudre. Elle en eut le
souffle coupé, même si le sucre était trop léger pour qu’elle sente quoi que
ce soit. La question n’était pas là. Chaque centimètre de sa peau était en
émoi. Lorsque Jonathan eut appliqué sa couche de base en sucre, il utilisa
tous les autres ingrédients à sa disposition. Il peignit des vignes de plantes grimpantes sur ses bras et ses jambes à l’aide d’un fin glaçage. Il lui ombra
le torse avec du sucre coloré de teinte pêche, rose, et jaune. Il utilisa de la
pâte d’amandes et du fondant pour transformer ses seins en de succulents
monticules de confiserie et disposa des perles de sucre cristallisé dans le
creux de son cou en guise de collier. Il lui peignit les lèvres avec du
chocolat et les décora de passereaux colorés. Et pendant tout ce temps,
Sophie parvint à rester complètement immobile.
Enfin, son corps demeura immobile. Son esprit nageait dans le stupre et
le plaisir charnel alors qu’il la transformait en une gourmandise. Chaque
partie de son corps voulait qu’il la prenne de toutes les manières évoquées
par ses sœurs quand elles décrivaient comment leur mari leur faisait
l’amour. Elle avait tellement l’impression d’être en feu qu’elle ne savait pas
comment les bonbons qui décoraient sa peau ne fondaient pas.
Et puis il s’apprêta à décorer son pubis.
— Je suis heureux de voir que vous appréciez votre travail, mon ange,
dit Jonathan d’une voix profonde, sensuelle et taquine en prenant un linge
humide pour lui nettoyer le sexe.
Sophie prit une inspiration tandis qu’il frottait le tissu sur sa peau, si
sensible qu’un rien risquait de la faire crier de plaisir. Elle savait qu’elle
devait rester immobile, mais sa respiration se fit de plus en plus saccadée
tandis qu’il prenait son temps. Elle laissa même échapper une plainte, le
suppliant presque de la libérer de cette exquise torture.
— Pas encore, ma beauté, dit-il, un rire dans la voix alors qu’il éloignait
sa main, tamponnait la zone qu’il avait lavée, puis la saupoudrait de sucre
en poudre. Je veux te voir brûler de désir pendant que mes invités se
régalent du spectacle, continua-t-il dans un murmure qui ressemblait à une
torture. Je veux qu’ils te regardent, ainsi suspendue entre désir et
satisfaction qui ne vient pas, et qu’ils te désirent autant que moi.
Ce n’était pas le moment pour lui de mentionner qu’il la désirait. Ou
peut-être était-ce le bon moment. Ce désir non satisfait était une torture.
Elle était tendue comme un ressort et aurait fait n’importe quoi pour trouver
la libération. Jamais elle n’aurait cru qu’il était possible de connaître un tel
désir et de se sentir si impuissante. Et maintenant, elle savait qu’il la
voulait.
— C’est cela, dit-il, aggravant encore les choses en peignant du glaçage
sur son sexe exposé et en arrangeant des décorations en pâte à sucre.
Nourrissez ce désir en vous. Laissez-le couver. Laissez-le brûler en vous. Si vous rayonnez de désir sexuel devant mes invités, je vous récompenserai
au-delà de vos rêves les plus fous à la fin de la nuit.
Instantanément, elle l’imagina en train de se déshabiller, de la rejoindre
sur la table, et de l’empaler de son membre énorme, à n’en pas douter. Mais
elle devait rester immobile. Elle ne pouvait pas gâcher tout ce travail
élaboré. Elle devait faire ce pour quoi elle était venue. Elle devait le rendre
fier.
— Voilà, dit-il, reculant enfin et calmant un peu le désir qui la faisait
palpiter. Je pense que nous sommes presque prêts. Encore une chose.
Elle était allongée là, incapable de remuer la tête pour voir où il allait.
Quelques instants plus tard, il revint avec une somptueuse pièce de soie
blanche, exactement comme celle sur laquelle elle était allongée. Il secoua
la pièce de soie, puis la posa sur la moitié supérieure de son visage,
couvrant tout ce qui se trouvait au-dessus de ses lèvres et jusqu’au sommet
de son front.
— Pourquoi ? demanda-t-elle. Elle ne pouvait guère en dire davantage
sans casser le chocolat sur ses lèvres.
— Je veux que mes invités se régalent de votre corps, mon ange,
expliqua-t-il. Je ne veux pas qu’ils connaissent votre identité. Pour votre
bien comme pour le mien, dit-il, tandis qu’une vague de déception
submergeait Sophie, calmant le désir qui s’était emparé d’elle. Je veux que
les gens parlent de la belle à croquer qui se trouve sur ma table, pas qu’ils
disent des horreurs sur Miss Sophie Barnes qui s’abaisse à fréquenter le fils
d’un esclave.
Il avait raison. Tant physiquement que mentalement. Mais ce n’est pas
parce que les grands et les puissants de la haute société ne sauraient pas que
c’était Sophie Barnes qui s’exposait ainsi, ne portant que du sucre sur le
corps, que toute l’affaire n’aurait pas le retentissement recherché et ne ferait
pas scandale.
Un coup retentit au fond de la pièce, et une porte s’ouvrit. Elle entendit
un brouhaha tandis que des dizaines de personnes entraient dans la pièce en
parlant.
— Monsieur, vos invités s’impatientent, dit quelqu’un.
— Laissez-les entrer, Harmon, ordonna Jonathan. Nous sommes prêts
maintenant.
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