Dictionnaire Ety
1. Articles
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.
Le corrélat du latin écrit de l’Antiquité du type I.1., laxare v.tr. « déployer dans sa longueur, étendre ; rendre moins tendu ou moins serré, relâcher », est connu depuis Cicéron (* 106 av. J.-Chr. ‒ † 43, TLL 7/2, 1071) – les sens « consen-tir à donner ou à permettre, accorder » (dp. Cyprien [ca 248/259]) et « cesser de prétendre (à) et d’agir pour (l’)obtenir, renoncer (à) » (dp. Itala [2 e s. apr. J.-Chr.], tous les deux TLL 7/2, 1074), plus proches du sémantisme protoroman, étant plus tardifs –, tandis que le latin écrit ne connaît pas de corrélat des types I.2. et II. Les données écrites se concilient donc bien avec le rapport diasystémique postulé entre les trois variantes protoromanes */ˈlaks-a-/, */ˈlaks-i-a-/ et */ˈdaks-a-/.
Sur le plan sémantique, protorom. */ˈlaks-a-/ occupe une place originale au sein du système verbal du latin global. Le protoroman ne connaissant pas de corrélats de lat. concedere « consentir à donner ou à permettre, accorder », lin-quere/relinquere « cesser ou s’abstenir de faire (qch.), laisser », permittere « lais-ser faire, permettre » et sinere « id. » (malgré REW3 s.v. sĭnĕre), le sens « laisser » a été repris par */ˈlaks-a-/, qui n’a pas maintenu les sens originaux de son corré-lat en latin écrit (cf. Ernout/Meillet4 s.v. linquō ; StefenelliSchicksal 174).
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11 Pour des raisons sémantiques, une influence de */d-a-/ (REW3 s.v. laxāre : “die d-Formen sind ungeklärt, vielleicht Anlehnung an DARE”) semble assez peu probable.
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Bibliographie. – Gröber,ALL 3, 508‒510 ; MeyerLübkeGLR 1, § 463‒464, 590 ; 2, § 235, 314, 465, 576, 602 ; 3, § 387, 391, 398, 715 ; REW3 s.v. laxāre ; Er-nout/Meillet4 s.v. laxus ; von Wartburg 1949 in FEW 5, 220b‒228b, LAXĀRE ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 173‒175, 210 ; 2, § 308, 439‒441, 565 ; HallPho-nology 122 ; Faré n° 4955 ; SalaVocabularul 540 ; StefenelliSchicksal 174 ; DOLR 3 (1993), 111 ; MihăescuRomanité 236 ; Floricic,MélMańczak ; Floricic,AGI 99.
Signatures. – Rédaction : Cristina FLORESCU. – Révision : Reconstruction, syn-thèse romane et révision générale : Jean-Pierre CHAMBON ; Pierre SWIGGERS ; Va-lentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Petar ATANASOV ; Victor CELAC. Italo-romania : Giorgio CADORINI ; Rosario COLUCCIA ; Maria ILIESCU ; Johannes KRAMER ; Ricarda LIVER ; Stella MEDORI. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroroma-nia : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Myriam BENARROCH ; Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ ; María Dolores SÁNCHEZ PALOMINO ; André THIBAULT. Révi-sion finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Pascale BAUDINOT ; Jérémie DELORME ; Franck FLORICIC ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Xavier GOUVERT ; Christoph GROß ; Günter HOLTUS ; Marco MAGGIORE ; Florin-Teodor OLARIU ; Michela RUSSO ; Fernando SÁNCHEZ MIRET ; Uwe SCHMIDT ; Carli TOMASCHETT.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 31/05/2010. Version actuelle : 01/09/2016.
*/'laud-a-/ v.tr. « déclarer (qn ou qch.) digne d’admiration ou d’approbation »
*/lauˈd-a-re/ > dacoroum. lăuda v.tr. « déclarer (qn ou qch.) digne d’admiration ou d’approbation, louer » (dp. 1500/1510 [date du ms.], Psalt. Hur.2 208 = DLR ; Tiktin3 ; EWRS s.v. laud ; Candrea-Densusianu n° 962 ; Cioranescu n° 4733 ; MDA ; ALR SN 1861), 1 aroum. lávdu (Pascu 1, 31 s.v. alăvdare ), istriot. ˹laudà˺ (PellizzerRovigno ; Cernecca ; DallaZoncaDignanese s.v. lavoudà ; Ro-samani e e s.v. laudâ, lavudâ, luvudâ ), it. lodare (dp. 4 qu. 12 s. [avén. laodarà fut. 3 = 6], TLIOCorpus ; DELI2 ; GDLI ; Faré n° 4938), frioul. laudâ (PironaN2 ;
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1 L’aroumain ne connaît presque plus l’infinitif verbal (Saramandu,Tratat 460 ; Kramer,LRL 3, 429‒430) ; la forme citationnelle est la première personne du singulier du présent. La forme regulière, donnée comme variante par Pascu 1, 31, n’est présente que dans des variétés fãrshe-rotes, la forme usuelle (avec /a-/ prothétique) étant alavdu (DDA2 ; BaraAroumain ; ALR SN 1861).
*/'laud-a-/ v.tr. | 443
GDBTF ; ALD-I 415 p 195‒217), lad. laldè (dp. 1763 [lodè], Kramer/Thybussek in EWD ; CLL ; ALD-I 415), romanch. lodar (dp. 1560 [ludêr], GartnerBifrun 194 ; Giger e in DRG 11, 400 ; HWBRätoromanisch ; ALD-I 415), fr. louer (dp. fin 11 s. [ 1 lodet prés. 3], TL ; FEW 5, 206b ; Gdf ; GdfC ; TLF ; ANDEl s.v. loer ; DMF2012 ; DEAFPré 1 2 e s.v. löer ) , afrpr. luar (déb. 13 s. [loa part. p.], HafnerGrundzüge 155), occit. lauzar (dp. 1060 [laudad part. p.], SFoiHA 1, 278 ; FEW 5, 207a ; Ray-nouard ; Levy ; AppelChrestomathie ; Pansier 3 s.v. lausar ; BrunelChartes ; BrunelChartesSuppl ; OlivierAuvergnat s.v. lausar), gasc. laudà (dp. 1261 [lausar « annoncer (une marchandise) avec éloge »], FEW 5, 206b ; Palay)3, cat. lloar (dp. 1272, DCVB ; DECat 5, 232), esp. loar (dp. ca 1250, DCECH 4, 674 ; Kas-ten/Cody ; DME ; Kasten/Nitti ; NTLE)4, ast. lloar (dp. 1250, DELlAMs ; DGLA ; DALlA), gal. loar/port. louvar (dp. 1220/1240 [loar], TMILG ; DDGM ; DELP3 ; Houaiss ; CunhaVocabulário2 ; WilliamsPortuguese § 40 ; HuberGramática § 44, 6 ; § 295)5.
Commentaire. 6 7 – À l’exception du sarde et du végliote, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈlaud-a-/ v.tr. « déclarer (qn ou qch.) digne d’admiration ou d’approbation, louer » 8.
Le corrélat du latin écrit, laudare v.tr. « id. », est connu durant toute l’Antiquité (dp. Névius [* ca 270 ‒ † 201], cf. IEEDLatin s.v. laus ; TLL 7/2, 1042).
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2 e La forme lauder (fin 10 s.), donnée comme première attestation par FEW, TL et TLF, est extraite de la Vie de saint Léger, dont l’appartenance linguistique est discutée. 3 La forme laudar, normale en aranais, n’a pas été recueillie par CorominesAran. 4 DCECH 4, 674 envisage la possibilité qu’esp. loar soit un emprunt au français ou au catalan, car les attestations les plus anciennes (dp. 1140) se présentent sous la forme latinisante laudar, tandis que le verbe usuel est dès le début (dp. ca 1140) alabar (< */ala'p-a-re/ ; cf. REW3 s.v. alăpāre). Contre cette hypothèse parle par contre le fait que la forme loar est régulière tant en espagnol qu’en asturien et que les premières attestations dans ces deux idiomes sont anté-rieures à celle du catalan. En résumé, on a donc bien affaire à un type lexical héréditaire dans toute la péninsule Ibérique.
5 Nous ne suivons pas HuberGramática § 44, 2, qui affirme que “há boas razões para conside-rar espanholas formas como loar em vez de louvar, oír em vez de ouvir ; cf. esp. ant. loar, oir” (cf. */'aud-i-/, où gal. oír est analysé comme héréditaire). 6 Nous suivons DES et PittauDizionario 1, qui considèrent sard. laudare comme un latinisme. 7 Végl. laudare et loduor (BartoliDalmatico 318 ; ElmendorfVeglia) doivent être considérés comme des emprunts à l’italien standard ou à un dialecte italien ou à l’istriote (ou, pour lau-dare, au latin, cf. BartoliDalmatico 403 § 310) : laudare en raison du traitement de la désinence verbale, loduor en raison du traitement de protorom. */-au-/ prétonique. 8 Le lexème protoroman a été emprunté (à une période où protorom. */-au-/ ne passait plus à alb. /a/) par l’albanais : alb. lëvdoj/lavdëroj (< lavd prés. 1) v.tr. « louer »/v.pron. « se vanter » (MihăescuRomanité 38 ; VătăşescuAlbaneză 429).
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Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 222‒225, 283‒285, 405, 436, 455 ; 2, § 117 ; REW3 s.v. laudāre ; von Wartburg 1949 in FEW 5, 206b‒208a, LAUDARE ; Er-nout/Meillet4 s.v. laus ; LausbergLinguistica 1, § 173‒175, 243, 308, 375‒377 ; HallPhonology 72, 93 ; SalaVocabularul 603 ; StefenelliSchicksal 141, 248 ; Mi-hăescuRomanité 238.
Signatures. – Rédaction : Paul VIDESOTT. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Vic-tor CELAC ; August KOVAČEC ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Rosario COLUCCIA ; Maria ILIESCU. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU ; Matthieu SEGUI. Ibéroroma-nia : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Myriam BENARROCH ; Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Louis ALBRECHT ; Pascale BAUDINOT ; Giorgio CADORINI ; Francesco CRIFÒ ; Jérémie DELORME ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Yan GREUB ; Günter HOLTUS ; Sabbah KHELIL ; Elton PRIFTI ; Jan REINHARDT ; Fernando SÁNCHEZ MIRET.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 11/02/2015. Version actuelle : 15/07/2016.
*/'laud-a-/ v.tr. | 445
a-/
d-
lau
: */'
11
rte
Ca
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*/'lɪmpid-u/ adj. « qui n’a pas d’impureté en compromettant la transparence, clair »
*/ˈlɪmpid-u/ > sard. limpiđu adj. « qui est faiblement coloré (pain), clair » (DES ; PittauDizionario 1 ; CasuVocabolario ; EspaLogudorese ; AIS 343 p 958, 967) 1, dacoroum. limpede « qui n’a pas d’impureté en compromettant la transpa-rence, clair » (dp. 16 e s., Tiktin ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 987 ; DA/DLR ; 3
Cioranescu n° 4835 ; MihăescuRomanité 177 ; MDA) 2, aroum. límpid (Pascu 1, 107‒108 ; DDA 3 ; MihăescuRomanité 177 ; BaraAroumain), istriot. ˹leînpio˺ 2
(Rosamani ; PellizzerRovigno) 4, itsept. ˹limpid˺ (Malaspina ; Salvioni 1, 32, 46 ; Candiago/Romanato ; LSI)5, 6, tosc. occid. ˹lémporo˺ « qui laisse passer la lu-mière et paraître les objets qui se trouvent derrière, transparent » (Nieri [Lucca] ;
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1 e e Asard. limpidu est attesté indirectement, à travers un anthroponyme (12 /13 s., CorpusATLi-SOr). Dans l’emploi courant contemporain, l’adjectif est souvent substantivé dans le sens de « pain de blé » (DES). Des raisons phonétiques et sémantiques amènent à considérer lo-goud./campid. limpiu adj. « propre » (DES ; PittauDizionario 1 ; CasuVocabolario) comme des emprunts à esp. limpio, qui se seront superposés à l’issue héréditaire. 2 Nous ne suivons pas MeyerLübkeGLR 2, § 59, qui propose une base *limpidis pour expliquer la classe flexionnelle de l’issue dacoroumaine, que nous analysons au contraire, suite à Can-drea-Densusianu n° 987 et DA/DLR (cf. aussi EWRS et Cioranescu n° 4835), comme due à l’attraction analogique d’adjectifs comme verde (< */'βɪrd-e/). En effet, le lexème héréditaire est continué sans changement morphologique dans les parlers aroumains, ce qui assure la pré-sence du continuateur de */ˈlɪmpid-u/ en protoroumain.
3 Le lexème ne semble pas être conservé en végliote, mais on peut en trouver une attestation indirecte dans latméd. limbidus, attesté dans un document de 1458 provenant de Dalmatie : “ac duo vasa vini obtimi et limbidi” (Kostrenčić).
4 Pour ce qui est d’istriot. lànpado (PellizzerRovigno), il semblerait emprunté à vén. làmpido (SalvioniPostille ; PratiEtimologie 149), cf. n. 6. 5 It. limpido adj. « clair » (dp. 1300/1310, TLIOCorpus ; GDLI ; VEI ; DEI ; DELI2 ; Nocentini), fr. limpide (dp. ca 1500 [éd. 1529], GdfC ; FEW 5, 348a ; TLF), cat. límpid (dp. ca 1900, DECat 4, 956‒957 ; DCVB), esp. límpido (dp. 1737, CORDE ; DCECH 3, 658 ; DworkinHistory 174) et port. límpido e (dp. 16 s., DELP ), sont des emprunts à lat. limpidus.
3
6 Nous ne suivons pas VEI s.v. limpido, qui considère ce lexème comme un emprunt à it. limpi-do (cf. n. 5). Par ailleurs, plusieurs parlers de l’Italie du Nord connaissent aussi une variante ˹lampid˺ adj. « id. », dont la voyelle tonique (“mit unerklärtem -a-”, REW3) dénonce un croise-ment avec la famille lexicale d’it. lampada s.f. « lampe », lampo s.m. « foudre », lampante adj. « évident » (cf. PratiEtimologie 149 ; DEI s.v. lémpore ; Faré n° 5056). Il n’y a pas assez d’éléments pour appuyer l’hypothèse de RohlfsGrammStor 1, § 57, qui suppose un passage */-ˈɪ-/ > */-ˈa-/ devant consonne nasale sur la base de la comparaison entre lomb. lamped et támbel s.m. « timbale ».
*/'lɪmpid-u/ adj. | 447
Salvioni 2, 294‒295 ; DEI ; Faré n° 5056 ; Pardini,ACSt 7, 99)7, cors. limpiu « clair » (Guarnerio,AGI 14, 176), frioul. ˹lìmpi˺ (Salvioni,RIL 32, 143 ; PironaN2 ; GDBTF) 8 9 , occit. ˹ linde ˺ (dp. 1785 [ lindë f.], FEW 5, 348a ; ALF 1683 p 840), gasc. ˹ er e limpe ˺ (dp. 1 qu. 15 s. [limpre], LespyR ; Levy ; FEW 5, 348a ; Palay), esp. lim-pio e e « qui n’a pas d’impuretés, pur » (dp. fin 12 /déb. 13 s., MenéndezPidalCid 2, 735 ; Kasten/Cody ; DCECH 3, 658‒659 ; DME ; CORDE ; cf. SecoLéxico), ast. llimpiu e (dp. 1263 [ limpio ], DELlAMs ; DGLA ; DALlA), gal. / port. limpo (dp. 13 s., DELP 10 ; DDGM ; DRAG ; TMILG ; CunhaVocabulário ). 3 2 2
Commentaire. – À l’exception du végliote (cf. toutefois n. 3), du ladin, du ro-manche, du français, du francoprovençal11 12 et du catalan, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire */ˈlɪmpid-u/ adj. « qui n’a pas d’impureté en compromettant la transparence, clair ».
Les issues romanes de l’étymon montrent des évolutions phonétiques diffé-renciées : on trouve des cognats qui présupposent la syncope de la voyelle post-tonique (occit. gasc.) à côté d’autres caractérisés par la désinence -io/-iu issue par chute de */-d-/ (istriot. cors. esp. ast. gal./port.). La présence d’un bon
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7 Malgré DeGregorio,StGl 7, § 423, nous acceptons l’interprétation de REW3 s.v. lĭmpĭdus, DEI s.v. limpido et BeccariaSpagnolo 227 (cf. RohlfsGrammStor 1, § 216), qui considèrent sic. lìmpiu adj. « propre » (dp. av. 1519, Leone,BCSic 15 ; BeccariaSpagnolo 227 ; VS) et camp. lìmbiə (dp. 1628 [limpio], VinciguerraRocco ; StromboliBasile 678) comme des emprunts à l’espagnol. En revanche, les dérivés cal. ˹limpedinə˺ s.f. « clairière » (Alessio,RIL 72, 364 ; DEI ; Faré n° 5056) et allimpədá v.tr. « nettoyer (le grain) » (NDC) semblent témoigner indirectement de la présence ancienne du simple dans les parlers de l’Italie du Sud.
8 Nous suivons Tomaschett in DRG 11, 258 pour considérer romanch. limpid adj. « clair » (dp. 1895) comme un emprunt à it. limpido (cf. n. 5). 9 Nous acceptons l’hypothèse de von Wartburg in FEW 5, 348a, selon laquelle fr. limpe adj.f. « claire (mer) » (1529, Delboulle,R 33, 566) représente un emprunt ponctuel au portugais. 10 Le type phonétique intermédiaire linpio est attesté dans un document de 991 rédigé en latin (cf. DELP3 ; DDGM).
11 FEW 5, 348a enregistre bien SRfrpr. [limyo] adj. « fade, sans goût », mais [my] ne corres-pond pas à un traitement francoprovençal ; il pourrait s’agir d’un emprunt à une variété lin-guistique voisine (peut-être à l’occitan septentrionnal).
12 Bien que */ˈlɪmpid-u/ n’ait pas laissé d’issues en catalan, cette branche a dû connaître le lexème, comme le témoigne la présence dans le catalan occidental pyrénéen de llempo s.m. « partie d’une montagne sans végétation », ainsi que du toponyme Coma Llempia (DECat 4, 956‒957 ; Gulsoy,HomenatgeCasacuberta 31). Par ailleurs, en territoire aragonais, on trouve le toponyme e Agua-lémpeda dans un cartulaire du 11 siècle (cf. DECat 4, 957) : il s’agit d’une relique précieuse des étapes antérieures de l’évolution phonétique de */ˈlɪmpid-u/ dans les parlers du sud de la Gaule et de l’Ibérie, où la voyelle tonique [-ˈi-] des issues occitane, gas-conne, espagnole, asturienne et galégo-portugaise s’explique par métaphonie.
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nombre de continuateurs présentant une forme plus conservatrice (sard. daco-roum. aroum. itsept. tosc. frioul.) nous semble assurer que ces changements phonétiques se sont produits à une époque précoce, mais postérieure à la phase protoromane.
Dans la Romania italo-occidentale, les issues de ce protolexème ont été concurrencées par celles de protorom. */'klar-u/ : cette situation en a causé par-fois la marginalisation (italien), voire la disparition à une époque prélittéraire (lad. romanch. fr. frpr. cat.). Du point de vue sémantique, la coexistence avec ce lexème concurrent semble avoir déterminé des spécialisations dans plusieurs issues romanes : l’issue sarde ne survit que dans le sens « clair (pain) » ; tosc. occid. ˹lémporo˺ ne présente que le sens « transparent » ; enfin, dans l’Ibérie, les continuateurs de */ˈlɪmpid-u/ ont acquis le sens « pur », puis « propre », qui a fini par devenir le sens dominant. En revanche, les autres parlers romans con-cernés (dacoroum. aroum. istriot. itsept. cors. frioul. occit. gasc.) appuient la reconstruction de « clair » comme sens originel de l’étymon.
En raison des difficultés phonétiques posées par ce rattachement, nous ne suivons pas Diez s.v. lindo, MenéndezPidal,RFE 34, 4 et von Wartburg in FEW 5, 348ab pour rattacher à */ˈlɪmpid-u/ esp. e lindo adj. « joli » (dp. 16 s., DCECH 3, 660) et port. e lindo (dp. 16 s., DELP ). Nous acceptons pleinement l’hypothèse de 3
Cuervo,RH 9, 5 (> REW3 s.v. lēgĭtĭmus ; MalkielEssays 235‒237 ; DCECH 3, 659‒661), selon laquelle esp./port. lindo remontent à protorom. */le'gɪtim-u/. En effet, cette étymologie s’articule bien avec le sens originel de ces deux lexèmes : aesp. lindo « de naissance ou d’origine conforme au droit, légitime » (1240‒1595, DCECH 3, 659‒660 ; DME ; Kasten/Cody ; CORDE), gal./port. ˹ e lindo ˺ (dp. 14 s.,
LorenzoCronologia 225 ; cf. aussi LorenzoCrónica 2, 762 ; Malkiel,Lingüística 2).
Le corrélat du latin écrit, limpidus adj. « clair », est connu depuis Catulle (*ca 85 ‒ † ca 55, TLL 7/2, 1425 ; Ernout/Meillet4 s.v. limpidus). D’après DCECH 3, 658‒659, le sens « propre » de l’espagnol, de l’asturien, du galicien et du portu-gais se trouverait déjà en latin tardif (Celius Aurelianus, écrivain africain du 5 e s.). Compte tenu de la diffusion restreinte du sémantisme parmi les issues de la base protoromane, nous préférons plutôt analyser ce sens comme un dévelop-pement postérieur idioroman ou régional de la péninsule Ibérique.
Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 68, 301, 327, 332, 405, 436, 458, 524 ; 2, § 59, 333 ; REW3 s.v. lĭmpĭdus ; Ernout/Meillet4 s.v. limpidus ; von Wartburg 1950 in FEW 5, 348ab, LĬMPĬDUS ; LausbergLinguistica 1, § 167, 272‒273, 284‒291, 308, 375, 415 ; SalaVocabularul 563 ; LEIMatériaux.
*/'lɪmpid-u/ adj. | 449
Signatures. – Rédaction : Steven N. DWORKIN ; Marco MAGGIORE. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Cristina FLORESCU ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Stella MEDORI ; Simone PISANO ; Paul VIDESOTT. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Pascale BAUDINOT ; Myriam BENARROCH ; Jérémie DELORME ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Clara GRANDE LÓPEZ ; Yan GREUB ; Maria ILIESCU ; Luca MORLINO ; Antonio VINCIGUERRA.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 30/12/2014. Version actuelle : 12/07/2016.
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u/
d-
mpi
lɪ
: */ˈ
12
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Ca */'lʊkt-a-/ v.intr. | 451
*/'lʊkt-a-/ v.intr. « se battre dans un conflit »
*/lʊkˈt-a-re/ > dacoroum. lupta v.intr. « se battre dans un conflit, lutter » (dp. 16e s. [luptă-se prét. 3 pron.], DA/DLR ; Tiktin ; EWRS ; Candrea-Densusianu 3
n° 1030 ; Cioranescu n° 4949 ; MDA)1 2, 3 , aroum. luptu (DDA ), istriot. lutà (Pel-2
lizzerRovigno), piém. ločé « être dans un état d’incertitude, hésiter », lomb. sept. lüčà « désirer ce que qn est en train de manger », march. sept. luté « éprouver de la fatigue », tosc. sud-orient. luttêre « ne pas céder, résister » (tous Faré n° 5148) 4, frioul. lotâ « lutter » (PironaN ; GDBTF ; DOF), romanch. 2
luottar/lutgar (dp. 1658 [luzgiar], Vincenz in DRG 11, 562‒564 ; HWBRätoroma-nisch ; Salvioni,RIL 32, 144 ; VellemanLadin ; cf. EichenhoferLautlehre § 443b), afr. 5 loiter ( ca 1100, RolS 220 = TLF ; FEW 5, 438b [encore ang.] ; AND ), sav. 2 2
llièti 6 e e (FEW 5, 438b ; cf. HafnerGrundzüge 101‒109) , occit. ˹ lochar ˺ (3 t. 12 [lo-char ère e 7 ] ‒ 1 m. 13 s., Raynouard), gasc. lutà (Palay ; CorominesAran 548), cat. lluitar (dp. ca 1390 [luytar], DECat 5, 299‒300 ; DCVB), esp. luchar (dp. 1220, Kasten/Cody ; DCECH 3, 706‒707 ; DME ; Kasten/Nitti), ast. lluchar (AriasPro-
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1 Sard. luttare/luttai est un italianisme (cf. DES ; PittauDizionario 1 ; cf. aussi AIS 1664 p 985). 2 L’aroumain ne connaît presque plus l’infinitif verbal (cf. Saramandu,Tratat 460 ; Kra-mer,LRL 3, 429‒430) ; la forme citationnelle est la première personne du singulier du présent. – La variante choisie pour la reconstruction comparative est minoritaire en aroumain, où les issues plus répandues sont sujettes à des évolutions phonétiques spécifiques (prothèse et dissimilation /-pt-/ > /-mt-/, cf. aroum. lumtu, aluptu, alumtu, DDA2) ; le type le plus diffusé est alumtu (dp. 1770 [αλούπου], KavalliotisProtopeiria n° 0529 ; Pascu 1, 32 ; DDA2 ; BaraArou-main ; MihăescuRomanité 290).
3 Comme l’existence d’istroroum. luptå v.intr. « lutter » (SârbuIstroromân 225 > FrăţilăIstroromân 1, 206) n’est pas confirmée par les autres sources, son authenticité ne peut pas être assurée. 4 Nous suivons Burgassi,RemTene pour considérer, malgré DELI2, it. lottare (dp. 1330 [aitcentr. loctare], TLIOCorpus ; GDLI) comme un emprunt à lat. luctari/luctare. 5 Cette issue régulière a été remplacée par fr. luiter v.intr. « lutter » (1164 [luitier] – 1636, CommPSIA1G 480, 927 = DEAFPré s.v. luitier ; GdfC ; FEW 5, 438b ; TL ; TLF), dont l’attestation de e ca 1160, citée par DEAFPré s.v. luitier , ne se rencontre que dans deux manuscrits du 13 siècle à la langue rajeunie. La variante du français standard lutter (dp. 1155 [lutier], BrutA 62, 63 ; GdfC ; FEW 5, 438b ; TL ; AND e ), qui s’est imposée à partir du 17 siècle, s’explique par une 2
simplification précoce de la diphtongue (cf. FouchéPhonétique 2, 288), comme dans bruit > brut (FEW 10, 550b).
6 À côté de cette issue régulière, on trouve aussi afrpr. luiter (hap. 1220/1230, ProsalegStimm 15) ; un autre manuscrit présente la variante luter (ProsalegStimm 15), qui semble anticiper frpr. ˹lutâ˺ (FEW 5, 438b).
7 Cette issue régulière a été remplacée par occit. luchar (dp. ca 1160/1200 [lucha prés. 3], Gir-BornK 1, 90 ; Raynouard ; Levy ; FEW 5, 438b ; BrunelChartes 275).
452 | 1. Articles
puestes 2, 271 ; DGLA), e gal. loitar / port. lutar (dp. 13 s. [luitavan impf. 6], DELP ; 3
DDGM ; DRAG2).
Commentaire. – À l’exception du sarde (cf. n. 1), du végliote et du ladin, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire proto-rom. */ˈlʊkt-a-/ v.intr. « se battre dans un conflit, lutter »8.
Malgré FouchéPhonétique 2, 199, 288, 435, BourciezPhonétique § 103/2, Remarque I. et StrakaÉtudes 240‒241, on a renoncé à poser une base */ˈlukt-a-/ pour expliquer l’alternance phonétique qu’on rencontre dans les parlers de la Gaule (cf. n. 5‒7) et de l’Ibérie, car il n’y a aucun parler concerné où une telle reconstruction est obligatoire : le passage */-ˈʊ-/ > */-ˈo-/ > */-ˈu-/ que supposent ces variétés s’expliquera plutôt par l’influence du yod, qui est le résultat de l’évolution tardive (régionale) du groupe protorom. */-kt-/ (cf. LloydLatin 181‒184, 197 ; PennyGramática2 50).
Le corrélat exact du latin écrit, luctare v.intr. « lutter », est documenté sur-tout dans la période archaïque (dp. Ennius [* 239 ‒ † 169], TLL 7, 1731 ; Er-nout/Meillet4 s.v. luctor), à côté du verbe déponent plus courant luctari « id. », connu durant toute l’Antiquité (dp. Plaute [* ca 254 ‒ † 184], TLL 7, 1730 ; Er-nout/Meillet4 s.v. luctor).
BambeckWortstudien 36 soutient l’existence d’une continuité entre le sens « s’accoupler » connu par le latin classique luctari (dp. Properce [* 47 ‒ † 16/15 av. J.-Chr.], TLL 7, 1731), et l’acception « couvrir la brebis (du bélier) » de fr. lutter (ca 1380 [afr. luitier] ; 1680‒1873, FEW 5, 439b), à laquelle il faudrait ajou-ter des attestations sporadiques du sens « s’accoupler (des êtres humains) » qu’on trouve en ancien espagnol dans des contextes métaphoriques (c’est le cas de l’exemple cité par BambeckWortstudien 36 n. 198, daté de ca 1330 ; cf. FEW 5, 440a). La comparaison entre les lexèmes romans concernés montre toutefois que ce sémantisme n’est pas assez diffusé pour postuler son existence déjà dans la phase protoromane. Nous y voyons donc, à la suite de von Wartburg in FEW 5, 439b‒440a, un fait idioroman, explicable comme une évolution indépen-dante, due à la similarité extérieure entre la lutte et la copulation de deux ani-maux.
Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 225, 353, 405, 459 ; 2, § 117‒118 ; REW3 s.v. lŭctāre ; Ernout/Meillet4 s.v. luctor ; von Wartburg 1950 in FEW 5, 438b‒440a, LŬCTĀRI ; LausbergLinguistica 1, § 235‒255, 261, 308, 430‒435 ; 2, § 787, 792, 795 ;
||
8 Protorom. */ˈlʊkt-a-/ a été emprunté par l’albanais (lëftoj/luftoj « lutter », cf. IEEDAlbanian s.v. luftë ; BonnetAlbanais 350).
*/'lʊkt-a-/ v.intr. | 453
HallPhonology 86, 121 ; SalaVocabularul 604 ; StefenelliSchicksal 41 n. 28 ; MihăescuRomanité 290‒291 ; LEIMatériaux.
Signatures. – Rédaction : Marco MAGGIORE. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Max PFISTER ; Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Victor CELAC ; August KOVAČEC ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Maria ILIESCU ; Simone PISANO ; Paul VIDESOTT. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Ana María CANO GONZÁLEZ ; Steven N. DWORKIN. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Pascale BAUDINOT ; Bérengère BOUARD ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Yan GREUB ; Ulrike HEIDEMEIER ; Lucia MANEA ; Manuela NEVACI ; Elton PRIFTI ; Fernando SÁNCHEZ MIRET ; Audrey TSCHANNEN.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 18/02/2015. Version actuelle : 11/07/2016.
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a-/
: */ˈlʊkt-
13
rte
Ca */'mɛnt-a/ s.f. | 455
*/'mɛnt-a/ s.f. « plante odoriférante de la famille des Lamiacées (à fleurs roses ou blanches) poussant dans les lieux humides des régions tempérées (Mentha spp.) »
*/ˈmɛnt-a/ > sard. ˹mènta˺ s.f. « plante odoriférante de la famille des Lamiacées (à fleurs roses ou blanches) poussant dans les lieux humides des régions tempé-rées ( 1 Mentha spp.), menthe » (DES), it. menta (dp. 1282, TLIOCorpus ; Merlo,RIL 85, 43 ; DELI 2 3, 4 ) , lad. mënta (dp. 1879 [ menta ], Kramer/Thybussek in EWD), fr. 2
menthe (dp. ca 1200 [mente], TLF ; Gdf ; FEW 6/1, 730a ; TL ; ANDEl s.v. mente ; ALF 837), e frpr. ˹ menta ˺ (FEW 6/1, 730a ; ALF 837), occit. menta (dp. déb. 13 s., DAO n° 1071 ; Raynouard ; FEW 6/1, 730a ; Pansier 3 ; ALF 837), gasc. ˹menta˺ (dp. 1517, DAG n° 1071 ; CorominesAran 568 ; ALF 837), e cat. menta (dp. 13 s., DECat 5, 586 ; DCVB), e aesp. mienta (1250 ‒ 15 s., CORDE ; DME ; DCECH 4, 41 [encore Santander])5 6 , ast. mienta (DGLA ; DELlAMs s.v. menta ), gal./port. men-ta e (dp. 15 s., CunhaVocabulário ; DELP ; Houaiss ; DdD ; DRAG ). 2 3 1
Commentaire. – À l’exception du roumain (cf. n. 1), du végliote, du frioulan (cf. n. 3) et du romanche (cf. n. 4), toutes les branches romanes présentent des co-gnats conduisant à reconstruire protorom. */ˈmɛnt-a/ s.f. « plante odoriférante de la famille des Lamiacées (à fleurs roses ou blanches) poussant dans les lieux humides des régions tempérées ( 7 Mentha spp.), menthe ».
Le corrélat du latin écrit, menta/mentha s.f. « id. », est connu durant toute l’Antiquité (dp. Caton [* 234 ‒ † 149], TLL 8, 772 ; Ernout/Meillet4 s.v. menta
||
1 Il paraît impossible d’établir le caractère héréditaire (avis de Puşcariu in EWRS, suivi par REW3 et FEW 6/1, 730b) ou emprunté (avis de Cioranescu n° 5311) de dacoroumain mintă s.f. « id. » (pour les différents résultats de protorom. */ˈɛ/, cf. TiktinElementarbuch 24, 30‒31). Quant à mentă s.f. « id. », il s’agit d’un emprunt au latin ou peut-être au français (cf. Tiktin3 ; EWRS ; DLR ; Graur,BL 5, 105 ; Cioranescu n° 5311 ; MDA). Aroum. mentă s.f. « id. », enfin, représente un emprunt à l’italien (cf. DDA2). 2 Nous ne suivons pas DELI2 pour considérer it. menta comme un latinisme, cf. RohlfsGramm-Stor 1, § 88 : “nel dialetto toscano ę in posizione chiusa rimane generalmente conservata [...], però nel gruppo fonetico -ment- la vocale si chiude in ẹ : cfr. [...] mẹnta”. 3 En dépit de FEW 6/1, 730b, frioul. mente (PironaN2) n’est pas héréditaire (on attendrait -int-). 4 Nous suivons HWBRätoromanisch, malgré REW3 et FEW 6/1, 730b, pour analyser romanch. menta (LRC) comme un italianisme.
5 Esp. menta (dp. 1380/1385, CORDE ; DCECH 4, 41) est à considérer comme un latinisme. 6 Ce lexème semble bien être héréditaire (“podría ser popular”, DELlAMs s.v. menta), tandis qu’ast. menta (DGLA ; DELlAMs) constitue un latinisme ou un castillanisme (cf. n. 5). 7 Nous ne suivons pas MeyerLübkeGRS 1, § 70, qui part de lat. *minta, étymon sur lequel Meyer-Lübke lui-même ne revient pas dans le REW3.
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[“nom de plante d’une langue méditerranéenne à laquelle le grec a aussi pris μίνθη”] ; AndréPlantes 159).
Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 150, 302, 404‒405, 485 ; REW3 s.v. měnta ; Ernout/Meillet4 s.v. menta ; von Wartburg 1968 in FEW 6/1, 730ab, MENTA ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 171‒172, 272‒273 ; 2, § 299, 415 ; HallPhonology 237 ; SalaVocabularul 546 ; MihăescuRomanité 479.
Signatures. – Rédaction : Julia RICHTER ; Jan REINHARDT. – Révision : Reconstruc-tion, synthèse romane et révision générale : Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Wolfgang DAHMEN ; Maria ILIESCU ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Gior-gio CADORINI. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Xavier GOUVERT ; Peter NAHON.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 30/10/2015. Version actuelle : 01/08/2016.
*/'mɛnt-a/ s.f. | 457
a/
t-
n
ɛ
m
: */ˈ
14
rte
Ca
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*/'mɛrl-u/ s.m. « oiseau ayant un plumage sombre et un bec fort et arqué qu’on connaît pour son chant (Turdus merula L.) »
*/ˈmɛrl-u/ > istriot. mièrlo s.m. « oiseau ayant un plumage sombre et un bec fort et arqué qu’on connaît pour son chant, merle » (Rosamani ; AIS 493 p 397 ; PellizzerRovigno) 1, it. merlo (dp. 1176/1200 [aitsept.], TLIOCorpus ; DELI ; No-2
centini ; VSES s.v. merru), frioul. mièrli (PironaN2 ; GDBTF), bas-engad./haut-engad. 2 e merl (HWBRätoromanisch ; AIS 493 p 7, 9, 19) , fr. merle (dp. fin 13 s.,
TLF ; FEW 6/2, 35b ; GdfC ; DEAFPré 3 s.v. merle ; ANDEl ; ALF 843), frpr. [ˈmɛrlo] (dp. 1352, DevauxEssai 21, 234, 353 ; FEW 6/2, 35b ; DuraffourGlossaire n° 6171 ; ALLy 518* ; ALJA 978), er e occit. merle (dp. 1 t. 13 s., GuilhRainolP 19 ; Ray-nouard ; Levy ; AppelChrestomathie 202 ; FEW 6/2, 35b ; Pansier 3), gasc. ˹ˈmɛrlu˺ (Palay ; ALG 1423), ast. mierbu (AriasPropuestes 4, 274‒275 ; DGLA ; DELlAMs), gal./port. merlo (dp. ca 1258, DELP3 ; DdD ; DRAG2 ; HouaissGrande [28/06/2014] ; CunhaVocabulário 4 ; Bluteau). 2
Commentaire. – L’istriote, l’italien, le frioulan, le romanche, le français, le fran-coprovençal, l’occitan, le gascon, l’asturien et le galégo-portugais présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈmɛrl-u/ s.m. « oiseau ayant un plumage sombre et un bec fort et arqué qu’on connaît pour son chant, merle » 5.
||
1 Les continuateurs de */ˈmɛrl-u/ peuvent désigner secondairement d’autres oiseaux. 2 Dans les autres variétés romanches, l’issue héréditaire a été évincée par l’italianisme merlo. 3 e C’est la désignation dominante du merle aujourd’hui, tandis que jusqu’au 16 siècle, c’est le continuateur de */ˈmɛrl-a/ (cf. */'mɛrul-a/ II.) qui prédominait. 4 e Cette issue régulière a été évincée depuis par la forme métathésée melro (dp. 17 s., DELP ). 3
5 Nous ne suivons pas Meyer-Lübke in REW3 s.v. mĕrŭlus (« Mauerzinne ») et von Wartburg in FEW 6/2, 38b, MĔRŬLUS (« zinne » ; “es ist wohl identisch mit mĕrŭlus « amsel »”) pour considé-rer comme héréditaires les lexèmes de type ˹merlo˺ s.m. « dentelure pratiquée au sommet d’un mur ou d’un parapet faisant partie d’un ensemble d’horizontales (alternativement hautes et basses, raccordées par des verticales, formant des pleins et des vide), créneau » que présentent certains idiomes romans (Horning,ZrP 21, 456, suivi par FEW 6/2, 38b, y voyait l’image d’une série d’oiseaux alignés). On relève les premières attestations de ce type lexical sur la péninsule italienne : latméd. e e merulus s.m. (péninsule italique 10 ‒ 12 s., Niermeyer/VanDeKieft), puis it. merlo e (dp. mil. 13 s. [aitcentr. meroli], TLIOCorpus), ce qui incite à le considérer comme une évolution sémantique de l’italien, reflété d’abord par le latin médiéval. Du coup, nous considé-rons afr. merle s.m. « créneau » (1542, FEW 6/2, 38b ; Gdf ; Huguet), aoccit. merle s.m. « id. » (1356, Pansier 3 ; FEW 6/2, 38b) et afrpr. merlos s.m.pl. « id. » (1358, Philipon,R 13, 579‒581 ; DocLyonnais 315‒334) comme des emprunts à l’italien.
*/'mɛrl-u/ s.m. | 459
L’absence de continuateurs de protorom. */ˈmɛrl-u/ dans les branches sarde et roumaine fait penser que sa formation est plus récente non seulement que celle de son synonyme */'mɛrul-a/, mais aussi de la variante syncopée */ˈmɛrl-a/ de ce dernier (cf. */'mɛrul-a/ II.). Dès lors, on analysera protorom. */ˈmɛrl-u/ comme issu par changement de genre de */ˈmɛrl-a/.
Le corrélat du latin écrit, merulus, -i s.m. « id. », n’est guère attesté durant l’Antiquité, à l’exception d’une attestation en mention, critiquant son emploi et recommandant celui du corrélat de protorom. */'mɛrul-a/, chez Varron (*116 ‒ † 27, TLL 8, 845) : “dici pantheram merulam, non dici pantherum merulum” (cf. par la suite latméd. merulus, av. 636, AndréOiseaux). On peut en déduire qu’il y avait en latin global de l’Antiquité une opposition diastratiquement marquée entre les deux variantes, le substantif féminin appartenant au standard, tandis que le masculin était confiné au code familier (et presque exclusivement à l’oral).
Pour un complément d’information, cf. */'mɛrul-a/.
Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 150, 173, 314, 576 ; 2, § 370 ; REW3 s.v. mĕrŭla, -us ; Ernout/Meillet4 s.v. merula ; von Wartburg 1967 in FEW 6/2, 35b‒38a, MĔRŬLA ; LausbergLinguistica 1, § 164, 171, 172, 282, 299, 384, 385, 529 ; HallPhonology 140 ; Faré n° 5534 ; MihăescuRomanité 200 ; ALiR II.b merle.
Signatures. – Rédaction : Louis ALBRECHT. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Yan GREUB. Romania du Sud-Est : Victor CELAC ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Marco MAGGIORE ; Giorgio MARRAPODI. Gallo-romania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Laysa ANKI ; Pascale BAUDINOT ; Élisabeth BERCHTOLD ; Jérémie DELORME ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Anna GREIS ; Ulrike HEIDEMEIER ; Mélanie KEMPF ; Bianca MERTENS ; Matthieu SEGUI.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 16/08/2016. Version actuelle : 17/08/2016.
460 | 1. Articles
*/'mɛrul-a/ s.f. « oiseau ayant un plumage sombre et un bec fort et arqué qu’on connaît pour son chant (Turdus merula L.) »
I. Type originel : */ˈmɛrul-a/
*/ˈmɛrul-a/ > sard. mérula s.f. « oiseau ayant un plumage sombre et un bec fort et arqué qu’on connaît pour son chant, merle » (DES ; PittauDizionario 1 ; AIS 493)1.
II. Type évolué : */ˈmɛrl-a/
*/ˈmɛrl-a/ > dacoroum. miarlă s.f. « merle » (dp. 1857, DLR ; Puşcariu,DR 1, 394)2, istroroum. mérlę (Byhan,JIRS 6, 274 ; FrăţilăIstroromân 1, 217), mégléno-roum. ˹ńérlă˺ (Candrea,GrS 6, 175 ; CapidanDicţionar ; AtanasovMeglenoro-mâna 127, 130), aroum. ńérlă (DDA2 ; BaraAroumain), végl. miarla (BartoliDal-matico 320, 394 ; ElmendorfVeglia), e it. merla (dp. déb. 14 s. [aitcentr.], TLIOCorpus ; GDLI 10, 173), fod./gherd. ˹merla˺ (dp. 1879 [miárla], Kra-mer/Thybussek 3 in EWD), fr. merle (1190‒1542, FEW 6/2, 35b [encore pic. norm. bourg. champ. lorr. frcomt.] ; GdfC ; TL ; TLF ; DEAFPré 4 s.v. merle ; Huguet),
frpr. [ˈmɛrla] (FEW 6/2, 36a ; ALJA 978 ; DuraffourGlossaire n° 6171), occit. [ˈmɛrlo] « femelle du merle » (dp. ca 1330 [merlas pl.], Levy ; FEW 6/2, 36a), gasc. merle (dp. 1279 [merla], DAG n° 1506 ; Palay ; ALG 1423*), cat. merla
||
1 Les continuateurs de */ˈmɛrul-a/ ~ */ˈmɛrl-a/ peuvent désignent secondairement d’autres oiseaux, mais il s’agit de développements idioromans.
2 Dacoroum. miarlă, rare (dp. 1759 sous forme d’anthroponyme, GhibănescuSurete 25, 42) et régional, semble représenter l’issue régulière de l’étymon. En effet, la variante plus courante mierlă (dp. 1482 [NP], DERS ; Tiktin3) ne manifeste pas la métaphonie régulière qu’on attendrait (cf. dacoroum. iarbă < */'ɛrb-a/). Nous rejetons l’hypothèse de IordanDiftongarea 96, acceptée par Puşcariu,DR 1, 394 (cf. aussi SalaPhonétique 200), selon laquelle mierlă remonterait direc-tement à */ˈmɛrul-a/, dont le */u/ aurait empêché la métaphonie : cet étymon aurait abouti à * mierură (cf. NandrisPhonétique 139‒141) ; il faut donc partir de la variante syncopée */ˈmɛrl-a/. Par ailleurs, nous ne retenons pas non plus l’hypothèse de Graur,R 53, 199 et de Corominas/Pascual in DCECH 4, 87, selon laquelle mierlă serait le substitut d’un ancien mascu-lin ; d’ailleurs, Graur doute lui-même de la validité de son hypothèse. 3 Dans les autres dialectes ladins, l’issue héréditaire a été évincée par un italianisme (cf. EWD).
4 En français moderne et contemporain, cette issue a été évincée par le continuateur de */'mɛrl-u/. Les deux variantes ont coexisté avec une prédominance pour le féminin jusqu’au 16 e siècle (FEW 6/2, 35b ; TLF). Le genre de la première attestation absolue, qui remonte à ca 1170 (datation du DEAF ; TLF s.v. merle date de ca 1165) est indéterminé.
*/'mɛrul-a/ s.f. | 461
« merle » (dp. ca 1372, DECat 5, 609 ; MollSuplement n° 2212 ; DCVB), esp. mier-la er e 5 (1 qu. 15 s. ‒ 1721, CORDE ; DCECH 4, 87‒88 ; DME ; NTLE), ast. mierba (AriasPropuestes 4, 274 ; DGLA ; DELlAMs).
Commentaire. – À l’exception du frioulan, du romanche et du galégo-portugais, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers un type phonologiquement évolué, protorom. */ˈmɛrul-a/ s.f. « oiseau ayant un plumage sombre et un bec fort et arqué qu’on connaît pour son chant, merle ». La présence de cognats dans les trois macro-branches romanes (sarde, roumain et Romania italo-occidentale) permet d’attribuer ce lexème à la strate du protoroman commun.
Les issues romanes ont été subdivisées selon le prototype auquel elles se rattachent : le type originel */ˈmɛrul-a/ (ci-dessus I.), conservé seulement en sarde, et le type syncopé */ˈmɛrl-a/ (ci-dessus II.), continué dans tous les autres idiomes concernés (roum. végl. it. lad. fr. frpr. occit. gasc. cat. esp. ast.).
Le corrélat du latin écrit du type I., merula, -ae s.f. « id. », est connu durant toute l’Antiquité (dp. Névius [* 270 ‒ † 201], IEEDLatin; TLL 8, 845 ; AndréOi-seaux) ; les textes attestent en outre les sens « poisson marin de la famille des Labres (Labrus merula L.) » (dp. 45/43 av. J.-Chr., TLL 8, 846) et « machine hy-draulique qui produit un son similaire au cri du merle » (dp. 1er s. av. J.-Chr., Gaffiot ; Ernout/Meillet 6 ), non reconstructibles pour le protoroman. Quant au 4
type II., il ne connaît pas de corrélat en latin écrit de l’Antiquité.
Du point de vue diasystémique ('latin global’), les sens « poisson marin de la famille des Labres (Labrus merula L.) » et « machine hydraulique qui produit un son similaire au cri du merle » de lat. merula sont à considérer comme des particularismes sémantiques de l’écrit, et sans doute des variétés de distance communicative. Inversement, protorom. */ˈmɛrl-a/ « merle » se révèle comme un particularisms (oralisme) de la variété B (basse) qui n’a eu aucun accès à la variété H (haute). Enfin, protorom. */ˈmɛrul-a/ ~ lat. merula « merle » constitue l’intersection entre les deux codes.
Pour un complément d’information, cf. */'mɛrl-u/.
||
5 En espagnol moderne et contemporain, cette issue héréditaire a été évincée par mirlo s.m. « id. » (dp. 1623, DCECH 4, 87). Nous suivons Corominas et Pascual in DCECH 4, 87 pour consi-dérer ce masculin, en raison de son apparition tardive, comme de création idioromane. En revanche, nous ne pensons pas, contrairement à ces deux auteurs, que la même analyse puisse s’appliquer au français.
6 La datation tardive d’it. merlo s.m. « poisson marin de la famille des Labres (Labrus merula L.) » (dp. av. 1698, GDLI) et de fr. merle s.m. « id. » (dp. 1827, TLF) invite à les considérer comme des latinismes sémantiques.
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Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 150, 173, 222, 304 ; 2, § 370 ; REW3 s.v. mĕrŭla, -us ; Ernout/Meillet4 s.v. merula ; von Wartburg 1967 in FEW 6/2, 35b‒38a, MĔRŬLA ; LausbergLinguistica 1, § 164, 171‒174, 282, 299, 384, 385, 529 ; HallPhonology 140 ; Faré n° 5534 ; SalaVocabularul 544 ; MihăescuRomanité 200 ; ALiR II.b merle.
Signatures. – Rédaction : Louis ALBRECHT. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Yan GREUB. Romania du Sud-Est : Victor CELAC. Italoromania : Marco MAGGIORE ; Giorgio MARRAPODI. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Ana María CANO GONZÁLEZ ; Steven N. DWORKIN. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Laysa ANKI ; Andrei AVRAM ; Pascale BAUDINOT ; Jérémie DELORME ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Anna GREIS ; Mélanie KEMPF ; Bianca MERTENS ; Mihaela-Mariana MORCOV ; Marius SALA ; Matthieu SEGUI.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 16/08/2016. Version actuelle : 18/08/2016.
*/'mɪli-u/ s.m. « plante de la famille des Poacées cultivée pour ses grains alimentaires et comme plante fourragère (Panicum miliaceum L.) »
I. */ˈmɪli-u/
*/ˈmɪli-u/ > dacoroum. mei s.m. « plante de la famille des Poacées cultivée pour ses grains alimentaires et comme plante fourragère (Panicum miliaceum L.), millet » (dp. 1550/1580, DLR ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 1079 ; Cioranescu n° 5194 ; MDA ; ALR SN 144, 145)1, istroroum. melˈ (MaiorescuIstria 133 [meliu] ; Byhan,JIRS 6, 274 ; PopoviciIstria 124), méglénoroum. melˈ (Can-drea,GrS 7, 166 ; CapidanDicţionar ; AtanasovMeglenoromâna 134), aroum. melˈu (dp. 1770 [μέλλιου], KavalliotisProtopeiria n° 0584 ; DDA2 ; Pascu 1, 115 ; BaraAroumain), 2 végl. mail (BartoliDalmatico 280 § 93), istriot. meio (Rosama-
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1 Dacoroum. meiuri s.n.pl. « semence de millet » (DLR) semble représenter une évolution idioromane.
2 Pour végl. [ˈaj] < */ˈɪ/, cf. BartoliDalmatico 396 § 295 (à partir de */ˈi/ on attendrait [ˈe]). – Nous ne suivons pas ElmendorfVeglia, qui voit dans végl. mail un emprunt à it. miglio. */'mɪli-u/ s.m. | 463
ni), e it. miglio (dp. ca 1205 [aitsept. meio ], DELI ; AIS 1467), frioul. mèi (dp. 14 s. 2
[melg], Joppi,AGI 4, 337 ; PironaN2 ; GDBTF ; AIS 1467 p 318, 329, 338, 348, 357), mar. mëi (VidesottMareo [vieilli]), romanch. megl (Widmer in DRG 14, 32 ; HWBRätoromanisch), e fr. mil (dp. fin 11 s., FEW 6/2, 83a ; Gdf ; TL ; TLF ; DEAFPré ; ANDEl ; ALF 86 [type récessif : encore ouest, sud-ouest et extrême est]), frpr. orient. ˹[ˈmœ]˺ (dp. 1487 [mit], GPSRMs ; FEW 6/2, 83a ; ALF 860 p 60, 954, 973 [type récessif : encore SRfrpr. sav.]), occit. ˹milh˺ (dp. ca 1125 [ms. 13 e e s. ; milh ], DAO n° 801 ; FEW 6/2, 83a ; ALF 860), gasc. ˹ milh ˺ (dp. 12 s. [milh], DAG n° 801 ; FEW 6/2, 83a ; ALG 1504).
II. */ˈmili-u/
*/ˈmili-u/ > istriot. miio s.m. « millet » (Rosamani ; AIS 1467 p 397, 398), cat. mill (dp. 1176 [miyl], DCVB ; DECat 5, 686‒687), esp. mijo (dp. 1219, DCECH 4, 75 ; Kasten/Cody ; DME ; Kasten/Nitti), ast. miyu (dp. 1218 [milio], DELlAMs ; AriasPropuestes 4, 280‒281 ; DGLA), gal. millo/port. milho (dp. 1056 [millo], CoDoLGa ; DRAG2 ; FerreiraDicionário ; DDGM ; DELP3 ; CunhaVocabulário2 ; HouaissGrande).
III. Cas indécidable : */ˈmɪli-u/ ou */ˈmili-u/
*/ˈmɪli-u/ 3 ou */ ˈmili-u / > logoud. midzu s.m. « millet » (Wagner,AR 20, 344).
Commentaire. – Tous les parlers romans sans exception présentent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers un type phonologique-ment évolué, protorom. */ˈmɪli-u/ s.m. « plante de la famille des Poacées culti-vée pour ses grains alimentaires et comme plante fourragère (Panicum milia-ceum L.), millet ».
Les cognats romans ont été subdivisés selon les deux prototypes dont ils re-lèvent : */mɪli-u/ (ci-dessus I. : roum. végl. istriot. it. frioul. lad. romanch. fr. frpr. occit. gasc.) et */ˈmili-u/ (ci-dessus II. : istriot. cat. esp. ast. gal./port.), une troisième subdivision mettant à part le cas indécidable du sarde (ci-dessus III.). L’aréologie des deux types laisse difficilement déterminer leur stratification historique, d’autant que le phonétisme du sarde n’est pas concluant. On peut penser avec REW3, Reinhard in FEW 6/2, 89a n. 40, DCECH 4, 475 et DECat 5,
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3 Wagner corrige la forme mizu du REW3, mais il ne recueille pas midzu dans le DES.
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687, et en l’absence d’une explication qui partirait de */ˈmili-u/, que */ˈmili-u/ représente une variante issue de */ˈmɪli-u/ sous l’influence de protorom. */'mille/ num. card. « dix fois cent » (cf. REW3 s.v. mīlle), en raison de la croyance selon laquelle le millet serait extraordinairement fertile4.
Le corrélat du latin écrit du type I. */ˈmɪli-u/ s.m., mĭlius s.m. « id. », n’est connu que tardivement (Oribase latin [5e e /6 s.], TLL 8, 971), tandis que l’on trouve durant toute l’Antiquité lat. mĭlium s.n. « id. » (dp. Caton [* 234 ‒ † 149], TLL 8, 971 ; Ernout/Meillet4 s.v. milium; AndréPlantes 161 ; IEEDLatin). Pour ce qui est du type II. */ˈmili-u/, le latin écrit de l’Antiquité ne lui connaît pas de corrélat.
Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 84, 308, 404‒405, 514 ; REW3 s.v. mĭlium ; Reinhard 1967 in FEW 6/2, 83a‒89a, MILIUM ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 167, 272 ; 2, § 299, 464 ; HallPhonology 81 ; SalaVocabularul 563 ; Mihăescu-Romanité 115, 257.
Signatures. – Rédaction : Jan REINHARDT ; Kerstin BRÜFFER ; Carolin GRASI ; Julia POPP ; Miriam SCHRÖDER. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Jérémie DELORME. Romania du Sud-Est : Wolfgang DAHMEN ; Maria ILIESCU ; Elton PRIFTI. Italoromania : Fabio APREA. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : José Luis GARCÍA ARIAS ; Paul VIDESOTT.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 31/08//2016. Version actuelle : 31/08/2016.
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4 Pour une autre interprétation, qui fait l’économie de */ˈmili-u/, cf. AriasPropuestes 4, 281 : « los continuadores de les vocales clásiques tóniques a Ĭ , Ē [...] delantre de yod 2 ufren una posible doble conducta, conservadora ya inflexonante ».
*/'mostr-a-/ ~ */'moss-a-/ v.ditr. | 465
*/'mostr-a-/ ~ */'moss-a-/ v.ditr. « faire voir (qch.) (à qn) »
I. Type */ˈmostr-a-/
*/mosˈtr-a-re/ > sard. mostrare v.ditr. « faire voir (qch.) (à qn), montrer » (dp. 14e s., DES ; PittauDizionario 1 ; Spano ; AIS 1663), dacoroum. mustra tr. « blâ-1
mer (qn) avec autorité, réprimander » (dp. 1581, Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 1188 ; DLR ; Cioranescu n° 5537 ; MihăescuRomanité 238)1, végl. mostrúr ditr. « montrer » (BartoliDalmatico 221 § 2 [mostrúa prés. 3]), istriot. mustrá (DeanovićIstria 114 ; MihăescuRomanité 525 ; AIS 1663), it. mostrare (dp. 963 [monstrai prét. 1], DELI2 ; GDLI ; Faré n° 5665 ; Merlo,RIL 85, 45 ; AIS 1663), frioul. mostrâ (PironaN2 ; GDBTF ; AIS 1663 ; ALD-I 483), lad. mostrè (dp. 1763, Kramer/Thybussek e e in EWD ; AIS 1663 ; ALD-I 483), afr. mostrer (2 qu. 10 s.
[mostret part. p.] ‒ 1465, TLF ; FEW 6/3, 94b ; Gdf ; GdfC ; TL ; DMF2012 ; ALF 1637)2 ère e , frpr. ˹ motrā ˺ (dp. 1 m. 13 s. [mostrar], SommeCode 14 ; FEW 6/3, 94b ; HafnerGrundzüge 19 ; ALF 1637 p 977)3, occit. mostrar (dp. 1188 [mostres subj. impf. 3], BrunelChartesSuppl 128 ; Raynouard ; Levy ; AppelChrestomathie 25 ; FEW 6/3, 94b ; ALF 1637), gasc. moustrà (dp. 1179 [mostra prés. 3], Brunel-Chartes 161 ; Palay [“vieux”] ; ALF 1637), cat. mostrar (dp. 1036/1079, DECat 5, 814 ; MollSuplement n° 2271 ; DCVB), esp. mostrar (dp. ca 1140, DCECH 4, 164‒165 ; DME ; CORDE ; DRAE22), ast. mostrar (DELlAMs [“rare”]), gal./port. mostrar (dp. 1220, TMILG ; DELP3 ; Houaiss ; CunhaVocabulário2).
II. Type */ˈmoss-a-/
*/mosˈs-a-re/ > it. sept. ˹mussar˺ v.ditr. « montrer » (LSI s.v. mossá [lomb.] ; ALD-I 483 [trent.]), fasc. moscèr (Mazzel5 ; ALD-I 483 p 97‒101), romanch. mus-sar e (HWBRätoromanisch ; AIS 1663 ; ALD-I 483), esp. mossar (dp. 14 s., DCECH
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1 Le dacoroumain présente une évolution sémantique idioromane, qui s’explique par les stades « montrer » > « montrer des fautes » > « réprimander » (cf. ŞăineanuIncercare 183 et les parallèles it. rimostrare v.intr. « faire des remontrances » [dp. 1548, DELI2, GDLI], fr. remontrer ditr. « faire des remontrances (à qn) (au sujet de qch.), reprocher » [dp. 1490, FEW 6/3, 97b]). 2 Nous suivons Meyer-Lübke in REW3 s.v. mō(n)strāre et Müller in FEW 6/3, 99a pour considé-rer le vocalisme initial de fr. e e montrer (attesté à partir du 12 siècle et dominant à partir du 14
siècle) comme le résultat d’une influence secondaire de lat. monstrare. 3 Une grande partie du domaine francoprovençal (cf. ALF 1637) présente des formes avec voyelle nasale, empruntées au français.
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4, 165 [“variante más rara”]), ast. amosar (AriasPropuestes 2, 482 ; DGLA ; DE-LlAMs)4, gal. amosar (dp. 1792/1797, DdD ; DRAG ). 1
Commentaire. – Toutes les branches romanes présentent des cognats condui-sant à reconstruire protorom. */ˈmostr-a-/ ~ */ˈmoss-a-/ v.ditr. « faire voir (qch.) (à qn), montrer »5, 6.
Le reconstruction aboutit à deux types phonologiques : */ˈmostr-a-/ (pour l’ensemble des branches romanes sauf le romanche, ci-dessus I.) et */ˈmoss-a-/ (pour deux aires discontinues : it. lad. romanch. et esp. ast. gal., ci-dessus II.). Le type */ˈmoss-a-/ se reconstruit à partir des issues romanes qui ne présentent pas l’évolution régulière du groupe */-str-/ (qui est conservé en position préto-nique, cf. HallPhonology 46, 160 ; WilliamsPortuguese § 85), mais des formes de réduction qui ont éliminé, à travers un développement qui a vu d’abord la sim-plification du groupe */-str-/ en */-sr-/, puis une assimilation, à la fois */t/ et */r/. Du point de vue morphophonologique, l’explication la plus naturelle pour la présence des deux types formels est de supposer une allomorphie dans la flexion du verbe, les formes du type */ˈmostr-a-/ alternant avec celles du type */ˈmoss-a-/ selon que leur accent porte ou non sur le radical. Cette alternance se retrouve, avec une aire plus grande, qui inclut aussi le français et l’occitan, dans les formes toniques et atones des possessifs */'nɔstr-u/ et */ˈβɔstr-u/ (cf.
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4 La forme amosar, usuelle en asturien et en galicien, constitue le résultat d’une préfixation idioromane.
5 Le vocalisme accentué, pour lequel la grande partie des données romanes incitent à recons-truire */o/, pose un problème pour l’espagnol et l’asturien, où les formes rhizotoniques diph-tonguées du type muestro semblent demander */ɔ/ (cf. Corominas in DCECH 4, 164‒165). Il pourrait s’agir d’une diphtongaison analogique sur le modèle des possessifs */'nɔstr-u/ et */'βɔstr-u/, vu les autres ressemblances dans le développement phonétique de ces lexèmes, ou encore d’une diphtongaison secondaire à partir des formes arhizotoniques du paradigme verbal. À remarquer en outre le passage de */o/ à /u/ dans les formes rhizothoniques du daco-roumain, soit par une extension analogique du développement normal en position atone, soit – hypothèse qui nous paraît moins probable – par le développement de */o/ devant nasale (cf. NandrisPhonétique 36). Dans ce dernier cas, il faudrait supposer qu’à la base de la forme daco-roumaine il y a eu protorom. */ˈmonstr-a-/, avec le groupe */ns/ conservé. 6 Dans une zone limitée aux Alpes occidentales, entre le Piémont et les Grisons, les continua-teurs de protorom. */ˈmostr-a-/ ~ */ˈmoss-a-/ présentent aussi un sens abstrait : itsept. mostrare v.ditr. « transmettre (une connaissance) (à qn), enseigner » (AIS 767 [lig. piém.]), mussar (AIS 767 p 27, 45 [lomb.]), romanch. mussar (HWBRätoromanisch ; AIS 767 p 3, 29). L’exiguïté de l’aire couverte par ce type sémantique semble indiquer que sa genèse ne remonte pas au proto-roman.