Dictionnaire Ety
1. Articles
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.
Les issues romanes ont été subdivisées selon les types morphologiques et les schémas valenciels dont elles relèvent. On a observé une première distinc-tion entre un type appartenant à la flexion en */ˈ-e-/, notamment caractérisé, y compris dans la forme de l’infinitif, par l’infixe flexionnel */-sk-/ (ci-dessus I.), et un type appartenant à celle en */-ˈi-/, où l’infixe est continué dans certaines positions du paradigme verbal, sans pourtant se manifester à l’infinitif (ci-dessus II.). Le type I. est continué dans une zone circonscrite de l’Italie du Sud (camp. luc. cal.) ainsi qu’en occitan et dans tous les parlers de l’Ibérie à l’exception du catalan (esp. ast. gal./port.), tandis que le type II. est connu par la majorité des parlers concernés par le lexème (istriot. it. frioul. lad. romanch. fr. frpr. occit. cat.). Le type I., diffusé dans des zones relativement isolées et conservatrices, représente le type flexionnel originel, qui remonte à la couche la plus ancienne du protoroman, c’est-a-dire à l’époque où */-sk-/ était impliqué dans la flexion de verbes de la conjugaison en */ˈ-e-/, tandis que le type II. ré-presente le résultat du processus très complexe de réanalyse et de restructura-tion qui a conduit cet ancien suffixe dérivationnel à devenir une propriété flexionnelle de la conjugaison en */-ˈi-/ (cf. MeulInfixes 63‒70).
Au plan sémantico-valenciel, la reconstruction fait apparaître trois valeurs fondamentales : v.intr. « trembler ; s’effrayer » (ci-dessus I.1., II.1.), v.tr. « faire trembler ; effrayer » (ci-dessus I.2., II.2.), v.pron. « trembler ; s’effrayer » (ci-dessus I.3., II.3.). Dans la valence analysée sous 1., le lexème a subi la concur-rence de protorom. */'trɛm-e-/ et */'trɛm-ul-a-/, plus répandus. La valence re-construite sous 2. nous fait postuler que protorom. */s-treˈm-e-sk-e-/ avait les caractéristiques d’un verbe labile (cf. CreisselsSyntaxe 2, 4 ; Letuchiy,Challen-ges 247). Enfin, le caractère héréditaire de la valence pronominale traitée sous 3. semble assuré par sa large diffusion aréale (istriot. it. frioul. lad. occit. cat. esp. ast. gal./port.).
Un corrélat approximatif de I.1. et II.1. en latin écrit, extremisco v.intr. « avoir peur », est attesté – seulement à l’indicatif présent et au parfait – depuis Coelius Sedulius (ca 431, TLL 5/2, 2079) ; le même lexème présente aussi un emploi transitif partiellement rattachable à I.2. et II.2., au sens « craindre », attesté à partir de Grégoire Ier (593/594, TLL 5/2, 2079). En revanche, les variétés écrites ne connaissent pas d’attestations rattachables aux types I.3. et II.3. Le latin classique connaît par ailleurs une unité lexicale tremescere v.intr./tr.
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« trembler ; avoir peur ; craindre », connue depuis Lucrèce (* ca 97 ‒ † 55, OLD ; Ernout/Meillet4 s.v. tremō ; IEEDLatin s.v. tremō).
Pour un complément d’information, cf. */'trɛm-e-/ et */'trɛm-ul-a-/.
Bibliographie. – Ascoli,AGI 11, 439 ; MeyerLübkeGLR 1, § 352, 449, 464, 494 ; 2, § 125, 604 ; REW3 s.v. *extrĕmēscere ; Ernout/Meillet4 s.v. tremō ; von Wartburg 1931 in FEW 3, 334ab, *EXTREMESCERE ; von Wartburg 1965 in FEW 13/2, 238a-240b, TRĔMĔRE ; LausbergLinguistica 1, § 253, 293, 404, 420, 424.
Signatures. – Rédaction : Marco MAGGIORE. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Pierre SWIGGERS ; Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Petar ATANASOV ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Giorgio CADORINI ; Paul VIDESOTT. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ ; Steven N. DWORKIN. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Pascale BAUDINOT ; Myriam BENARROCH ; Francesca DE BLASI ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Clara GRANDE LÓPEZ ; Yan GREUB ; Jan REINHARDT.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 31/08/2015. Version actuelle : 10/08/2016.
*/s-tre'm-e-sk-e-/ v.intr./tr./pron. | 495
) segiqu
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Ca */'tali-a-/ v.tr. | 497
*/'tali-a-/ v.tr. « diviser ou trancher avec un instrument affilé »
*/taˈli-a-re/ > sard. tazare v.tr. « diviser ou trancher avec un instrument affilé, couper » (DES s.v. tadzare ; Wagner,AR 24, 35 ; PittauDizionario 1), dacoroum. tăia (dp. 1500/1510 [date du ms. ; tăie], Psalt. Hur.2 162 ; Tiktin3 ; EWRS s.v. táiŭ ; DLR ; Cioranescu n° 8460 ; MDA ; ALR SN 1117, 1878, 1879, 1880, 2000, 2045), istroroum. talˈå (MaiorescuIstria 152 s.v. tai ; Byhan,JIRS 6, 358 s.v. tal’ǫ’ ; PuşcariuIstroromâne 3, 136 ; SârbuIstroromân 287 s.v. tal’å ; KovačecRječnik 194 ; FrăţilăIstroromân 1, 293 ; ALR SN 1117, 1878, 1879, 1880, 2000, 2045), mé-glénoroum. talˈari (Candrea,GrS 6, 188 ; CapidanDicţionar s.v. tal’ ; ALR SN 1878, 1879, 1880, 2000, 2045 ; WildSprachatlas 357 ; AtanasovMeglenoromâna 67, 186, 227), aroum. talˈĭŭ (Pascu 1, 168 s.v. tăl’are ; DDA2 ; BaraAroumain ; ALR SN 1117, 1878, 1879, 1880, 2000, 2045 ; WildSprachatlas 357 p 8)1, végl. talˈur (BartoliDalmatico 224 ; ElmendorfVeglia)2, istriot. taià (PellizzerRovigno ; AIS 543)3 e e , it. tagliare (dp. 4 qu. 12 s. [avén. taiao prét. 3], TLIOCorpus ; DELI ; 2
GDLI ; Merlo,AUTosc 44, 83 ; Faré n° 8542 ; AIS 543; 1392), e frioul. taiâ (dp. 2 m. 14e s. [taglat part. p.], BenincàEsercizi 29 ; PironaN ; GDBTF ; AIS 543, 1392 ; 2
ASLEF 525 n° 2712, 646 n° 3286, 667 ; ALD-I 789), lad. taié (dp. 1763 [tajè], Kra-mer/Fiacre in EWD ; AIS 543, 1392 ; ALD-I 789 ; ALF 1907), romanch. tagliar (dp. 1560 [tagliô part. p.], GartnerBifrun 34 ; HWBRätoromanisch ; AIS 543, 1392 ; ALD-I 789), fr. tailler (dp. ca 1000 [talier], FEW 13/1, 39b ; Gdf ; GdfC ; TL ; TLF ; ANDEl) 4, frpr. taillier (dp. 1220/1230, ProsalegStimm 31 = HafnerGrundzüge 63 ; FEW 13/1, 40b ; ALF 1907), occit. talhar (dp. ca 1060 [taillan part. prés.], SFoiHA 1, 312 ; FEW 13/1, 39b ; Raynouard s.v. dalh ; Levy ; BrunelChartes 64 ; Ap-pelChrestomathie 117 ; Pansier 3 ; BrunelChartesSuppl 32), gasc. talhà (dp. 1255 [ms. 16e s. ; talhar], DAG n° 1729 ; Palay ; CorominesAran 709), cat. tallar (dp. 1272, DCVB ; DECat 8, 231), e e esp. tajar (dp. fin 12 /déb. 13 s. [taiado part. p.], DCECH 5, 381 ; Kasten/Cody ; DME ; NTLE ; Kasten/Nitti ; DRAE 5 ), ast. tayar 22
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1 L’aroumain ne connaît presque plus l’infinitif verbal (cf. Saramandu,Tratat 460 ; Kramer,LRL 3, 429‒430) ; la forme citationnelle est la première personne du singulier du présent. 2 On ne voit pas pourquoi ElmendorfVeglia considère le lexème comme un emprunt à l’italien. 3 En revanche, le parler de Dignano connaît l’emprunt au vénitien tagià (DeanovićIstria 119 ; DallaZoncaDignanese).
4 En français moderne, le lexème a largement été évincé par couper (cf. ALF 335 ; 1533) ; il ne survit que dans des emplois spécifiques (cf. ALF 1907). 5 En espagnol moderne, le lexème a largement été évincé par cortar ; il ne survit que dans des emplois spécifiques.
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(dp. 1145 [ms. 1295 ; talle subj. 3], DELlAMs ; DGLA), gal. tallar/port. talhar (dp. av. 1223 [ 6 talhando gérond.], DDGM ; DELP ; Houaiss ; CunhaVocabulário ). 3 2
Commentaire. – Toutes les branches romanes présentent des cognats condui-sant à reconstruire protorom. */ˈtali-a-/ v.tr. « diviser ou trancher avec un ins-trument affilé, couper » 7. Cette répartition spatiale assigne */ˈtali-a-/ à la strate la plus ancienne du protoroman, antérieure au décrochage du sarde (2e moitié du 2e siècle [?], cf. Straka,RLiR 20, 256) et du roumain.
Protorom. */ˈtali-a-/ a largement pris la place de */'sɛk-a/ ; dans plusieurs idiomes, ses continuateurs ont à leur tour été concurrencés par d’autres lexèmes exprimant le concept de « couper » (cf. n. 4, 5 et 6).
Le corrélat du latin écrit, taliare v.tr. « couper », n’est connu qu’à partir des arpenteurs (6e 8 s. apr. J.-Chr., Ernout/Meillet s.v. tālea ; cf. FEW 13/1, 53a). Du 4
point de vue diasystémique (‘latin global’), la comparaison entre la reconstruc-tion comparative et les données du latin éctit conduit donc à considérer */ˈtali-a-/ comme un oralisme qui n’a eu que très tardivement accès à l’écrit. Compte tenu de la nature de la première attestation (cf. aussi n. 8), on peut pen-ser qu’il s’agissait au départ d’un terme technique de l’agriculture.
Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 222, 349, 405, 514‒518 ; 2, § 117 ; REW3 s.v. taliāre ; Müller 1965 in FEW 13/1, 39b‒55a, TALIARE ; Ernout/Meillet4 s.v. tālea ; LausbergLinguistica 1, § 173‒175, 250, 304, 464 ; HallPhonology 153 ; SalaVoca-bularul 620 ; MihăescuRomanité 261 ; StefenelliSchicksal 186.
Signatures. – Rédaction : Paul VIDESOTT. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Petar ATANASOV ; August KOVAČEC ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Giorgio CADORINI ; Maria ILIESCU ; Giorgio MARRAPODI. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéro-romania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Myriam BENARROCH ; Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions
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6 En portugais moderne, le lexème a largement été évincé par cortar ; il ne survit que dans des emplois spécifiques.
7 Parmi les deux signifiés posés par Meyer-Lübke in REW3 (« fendre » et « couper »), seul le second est reconstructible ; Meyer-Lübke a dû être conscient de l’inadéquation du sens « fendre », car l’ensemble des issues romanes est classé sous 2. (« couper »). Pour ce qui est du signifié de l’entrée de FEW 13/1, 39b (« fendre »), il ne convient pas. 8 Cf. déjà le préfixé intertaliare : “rustica voce intertaliare dicitur dividere vel excidere ramum ex utraque parte aequaliter praecisum ; quas scissiones lignorum alii clavulas, alii taleas appellant” (2 e e m. 2 s./ca 512, TLL 7/1, 2290).
*/'tɛnd-e-/ v.ditr./tr. | 499
ponctuelles : Myriam BENARROCH ; Elisabeth BERCHTOLD ; Victor CELAC ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Günter HOLTUS ; Bianca MERTENS ; Fernando SÁNCHEZ MIRET ; Fanny SOMMAY.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 04/01/2015. Version actuelle : 28/10/2015.
*/'tɛnd-e-/ v.ditr./tr. « mettre (qch.) à la portée (de qn) ; étirer (un objet souple) au maximum de (sa) tension ; développer (un objet plié) dans toute (son) extension »
I. Sens « présenter »
*/ˈtɛnd-e-re/ > sard. tèndere/tèndiri v.ditr. « mettre (qch.) à la portée (de qn), présenter » (CasuVocabolario ; OnnisFueddariu), dacoroum. tinde (dp. 1500/1510 [date du ms. ; tindză subj. prés. 3], Psalt. Hur.2 196 ; DLR ; MDA ; Cio-ranescu n° 8723), méglénoroum. tíndiri (Candrea,GrS 7, 210 ; CapidanDicţio-nar ; AtanasovMeglenoromâna 97, 152), aroum. tíndu (Pascu 1, 169 ; BaraArou-main ; MihăescuRomanité 183) 1, 2 3 , it. tendere (av. 1321, DELI ; TLIOCorpus), fr. 2
tendre e (dp. fin 11 s., AlexisE 49 = TL ; FEW 13/1, 196b ; GdfC ; TLF ; AND s.v. 1
tendre 1), frpr. tendre (dp. 1220/1230 [tenderont prét. 6], ProsalegStimm 28 ; FEW 13/1, 196b), aoccit. tendre (ca 1150/1180 ‒ ca 1160/1200 [tenda subj. prés. 3], BernVentA 152 ; GirBornK 1, 474), gasc. téne (Palay [téne la mâ loc. v. « tendre la main »]), gal./port. tender (dp. av. 1264, DDGM ; DRAG1 ; CunhaVocabulário2 ; HouaissGrande [28/06/2014]).
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1 L’aroumain ne connaît presque plus l’infinitif verbal (cf. Saramandu,Tratat 460 ; Kramer,LRL 3, 429‒430) ; la forme citationnelle est la première personne du singulier du présent. 2 La sémantique des unités istriotes relevées par la lexicographie (PellizzerRovigno ; Bal-bi/MoscardaBudić) suggère que celles-ci sont à reconduire non pas à */ˈtɛnd-e-/, mais à */at-'tɛnd-e-/.
3 Bas-engad. haut-engad. tender v.tr. « id. », seulement attesté chez PallioppiDizionari, semble être un italianisme.
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II. Sens « tendre »
*/ˈtɛnd-e-re/ > sard. tèndere/tèndiri v.tr. « étirer (un objet souple) au maximum de (sa) tension, tendre » (RubattuDizzionario2 ; CasuVocabolario), dacoroum. tinde e 4 (dp. 17 s., DLR ; MDA ; EWRS ; Cioranescu n° 8723), méglénoroum. tíndi-ri (CapidanDicţionar ; Candrea,GrS 7, 210 ; AtanasovMeglenoromâna 97, 152), aroum. tíndu (DDA2 ; Pascu 1, 169 ; BaraAroumain), it. tendere (dp. av. 1321, DELI2 ; TLIOCorpus), frioul. tindi (PironaN2), lad. tëne (dp. 1879, MischìBadia ; Kramer/Fiacre in EWD), romanch. tender (HWBRätoromanisch ; PallioppiDi-zionari), 1 fr. tendre (dp. ca 1100, RolS 132 = TLF s.v. tendre ; FEW 13/1, 196a ; 2
GdfC ; TL ; TLF), frpr. [ˈtẽndre] (ALF 1294 ; FEW 13/1, 196ab), occit. tendre (dp. ca 1176/1198 [ai tendut p. comp. 1], BertrBornG 774), gasc. [ˈténe] (dp. 1583 [tenut part. p.], LespyR ; Palay ; Raynouard ; NariooOccitan ; ALG 718), acat. tendre (13 e 5 e s., DCVB ; DECat 8, 399) , esp. tender (dp. fin 12 s., Kasten/Cody ; DME ; DRAE 6 e ) , ast. tender (dp. 13 s., DELlAMs s.v. tendier), gal./port. tender (dp. 22
1258/1261, DDGM ; DdD ; HouaissGrande [28 juin 2014]).
III. Sens « déployer »
*/ˈtɛnd-e-re/ > sard. tèndere/tèndiri v.tr. « développer (un objet plié) dans toute (son) extension, déployer » (PittauDizionario 2 ; PudduDitzionàriu ; DES ; Ca-suVocabolario), dacoroum. tinde (dp. 1821, DLR ; Cioranescu n° 8723 ; MDA ; EWRS), aroum. tíndu (Pascu 1, 169 ; BaraAroumain ; DDA2), it. tendere (dp. 13e s., DELI2), frioul. tindi (GDBTF ; PironaN2), lad. tëne (dp. 1879, MischìBadia ; EWD), fr. tendre (dp. 1100, RolS2 104 = TL ; FEW 13/1, 196b ; GdfC ; TL ; TLF ;
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4 Encore attesté en dacoroumain moderne et contemporain, malgré REW3, HallPhonology 145, SalaVocabularul 540, StefenelliSchicksal 270 et MihăescuRomanité 183. 5 e À parir du 14 siècle, le continuateur catalan de protorom. */ˈtɛnd-e-/ a été évincé par ses concurrents estendre (< */es-'tɛnd-e-/) et tibar (d’origine inconnue, cf. DECat 8, 399, 474). Par ailleurs, le catalan connaît e tendir v.tr.indir. « aspirer (à) » (dp. 19 s., DECat 8, 400 ; DCVB), que Coromines in DECat 8, 400 analyse comme une création idioromane issue d’un changement de flexion, ce qui paraît étonnant au vu des datations relatives (et de la différence de sens et de valence).
6 Les issues espagnoles, asturiennes, galiciennes et portugaises des verbes appartenant à la flexion en */ˈ-e-/ du protoroman ont subi régulièrement une réaffectation à celle en */-ˈe-/ ou en */-ˈi-/ (cf. MeyerLübkeGLR 2, § 119, 126 ; WilliamsPortuguese § 148 ; LloydLatin 451‒455). */'tɛnd-e-/ v.ditr./tr. | 501
ALF 1294)7, 8, occit. tendre (dp. ca 1272, FlamMa 436 [tendet prét. 3] ; Raynouard ; ALF 1294 [rare en lang. orient. et prov. occid.]), gasc. [ˈtene] « étendre (la les-sive) » (1515 [téner intr.], MillardetRecueil 218 ; dp. 1827 [tr.], LespyR ; ALG 719), esp. tender « déployer » (Kasten/Cody ; DME ; DRAE22), ast. tender (dp. 1249, DELlAMs ; DALlA ; DGLA), gal./port. tender (dp. av. 1264, DDGM ; DdD ; DRAG2 ; DELP3 ; HouaissGrande [28/06/2014]).
Commentaire. – À l’exception du végliote, toutes les branches romanes présen-tent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈtɛnd-e-/ v.ditr./tr. « mettre (qch.) à la portée (de qn), présenter ; étirer (un objet souple) au maxi-mum de (sa) tension, tendre ; développer (un objet plié) dans toute (son) exten-sion, déployer ».
Les cognats romans ont été subdivisés selon les principaux sémèmes qu’ils manifestent : « mettre (qch.) à la portée (de qn), présenter» (ci-dessus I.), « étirer (un objet souple) au maximum de (sa) tension, tendre » (ci-dessus II.) et « déve-lopper (un objet plié) dans toute (son) extension, déployer » (ci-dessus III.). Les aires de ces trois types sémantiques, qui comprennent toutes les trois le sarde, le roumain et des idiomes de la Romania italo-occidentale, permettent de re-construire l’ensemble des sens dégagés pour la première strate du protoroman, antérieure à la séparation du protosarde (2 e e moitié du 2 siècle [?], cf. Stra-ka,RLiR 20, 256). L’aréologie croisée des trois sémènes ne permet guère de dé-terminer lequel d’entre eux est primaire, mais la reconstruction sémantique interne donne la préférence à « présenter », qui a pu donner lieu par métonymie aux sens de « tendre » et « déployer ».
Le corrélat du latin écrit, tendere v.ditr./tr., est connu durant toute l’Anti-quité dans le sens « mettre (qch.) à la portée (de qn), présenter » (dp. Ennius [* 239 ‒ † 169], OLD ; IEEDLatin ; cf. ci-dessus I.), depuis Ovide (* 43 av. J.-Chr. ‒ † 17/18 apr. J.-Chr., OLD) dans le sens « étirer (un objet souple) au maximum de (sa) tension, tendre » (cf. ci-dessus II.) et depuis Térence (* ca 190 ‒ † 159, OLD)
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7 La première attestation fournie par le TLF est extraite de la Passion de Clermont (ca 1000, PassionA 146), texte composé dans un idiome dont l’identification n’est pas assurée (peut-être occitan, cf. DePoerck,RLiR 27 ; DEAFBiblEl s.v. PassionA). 8 Nous n’avons pas relevé d’exemple où ce sens soit repérable en francoprovençal, soit qu’il n’existe plus, soit qu’il soit caché par les gloses françaises, qui se présentent le plus souvent sous la forme « tendre ». Mais il peut être documenté indirectement par le participe passé substantivé lyonnais tenduá s.f. « toile destinée à couvrir les bateaux » (PuitspeluLyonnais ; non retenu FEW 13/1, 197b), l’ancienneté de celui-ci se déduisant de son passage dans le fran-çais régional : fr. rég. tendue de toille loc. nom.f. « id. » (Lyon 1515, RossiaudRhône 2, 328).
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dans le sens « développer (un objet plié) dans toute (son) extension, déployer » (cf. ci-dessus III.).
Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 69, 162 ; REW3 s.v. tĕndĕre ; von Wartburg 1966 in FEW 13/1, 196a‒201b, TĔNDĔRE ; Ernout/Meillet4 s.v. tendō ; Lausberg Sprachwissenschaft 1, § 168, 169 ; LausbergSprachwissenschaft 2, § 415, 416 ; HallPhonology 64, 145 ; SalaVocabularul 540 ; MihăescuRomanité 183.
Signatures. – Rédaction : Yela SCHAUWECKER. – Révision : Reconstruction, syn-thèse romane et révision générale : Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Wolfgang DAHMEN ; Victor CELAC ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Giorgio CADORI-NI . Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Petar ATANASOV ; Pascale BAUDINOT ; Cristina FLORESCU ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Elisa GUADAGNINI ; Manon GURY ; Günter HOLTUS.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 25/08/2016. Version actuelle : 25/08/2016.
*/'tɪli-a/ s.f. « grand arbre à feuilles alternes simples stipulées de la famille des Tiliacées dont les fleurs jaunes pâle sont très odorantes ; partie filamenteuse du tilleul »
I. Type originel : */ˈtɪli-a/ s.f.
I.1. */ˈtɪli-a/ s.f. « tilleul »
*/ˈtɪli-a/ > sard. tíya s.f. « grand arbre à feuilles alternes simples stipulées de la famille des Tiliacées dont les fleurs jaunes pâle sont très odorantes, tilleul » (dp. 11e e /13 s. [tija], DES ; PittauDizionario 1 s.v. tija), istriot. tēa (AIS 580 ; Rosama-ni), e e it. tiglia (déb. 16 [ teglia ] ‒ 18 s., GDLI s.v. tìglia ; Faré n° 8735 ; AIS 580 [encore it. nord-occid. 1 2 teglia ]), frioul. tèja (PironaN ) , cat. sept. tella (DCVB),
2
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1 Lad. tìlia constitue un emprunt au vénitien (EWD). 2 En revanche, cat. til·la s.f. « id. » n’est pas héréditaire (DECat 8, 382 envisage un emprunt au français avec une influence subséquente de cat. camamilla s.f. « camomille »).
*/'tɪli-a/ s.f. | 503
aesp. 3 teja (1555 [2 attestations], DCECH 5, 491 ; NTLE), port. telha (1721, Houaiss 4 s.v. tília ).
I.2. */ˈtɪli-a/ s.f. « liber du tilleul »
*/ˈtɪli-a/ > dacoroum. teie s.n.pl. « partie filamenteuse du tilleul, liber du til-leul » (dp. 1615, DA/DLR ; Tiktin3), itcentr. ˹tiglia˺ f.sg. « filasse la plus fine » (AIS 1499 p 499, 520, 536, 554), romanch. tèglia « fibre (de chanvre, de lin) » (HWBRätoromanisch ; LRC), e fr. teille « liber du tilleul » (dp. fin 12 s. [tille], TLF ; GdfC s.v. tille ; TL s.v. tille), frpr. [ˈtœλœ] (DuraffourGlossaire n° 9120 ; FEW 13/1, 328b‒329a), occit. telha (dp. 1225/1245, Levy), gasc. tilhe (Palay).
II. Type secondaire : */ˈtɪli-u/ s.m.
II.1. */ˈtɪli-u/ s.m. « tilleul »
*/ˈtɪli-u/ > dacoroum. tei s.m. « tilleul » (dp. 1682/1686, Tiktin3 ; EWRS ; Ciora-nescu n° 8596 ; DLR ; MDA ; ALR SN 4, 1131)5, it. tiglio (dp. 1286/1290, Yocum in TLIO ; Faré n° 8735 ; DELI2 ; AIS 580), frioul. tei (PironaN2 ; GDBTF ; AIS 580 ; ASLEF 120 n° 542) 6 e , fr. teil (fin 11 s. [teł] ‒ 1875, BrandinGerschom 70 ; FEW 13/1, 327b ; Gdf e s.v. til ; TL ; ANDEl), frpr. ti (dp. 14 s. [teil], DAO n° 531 ; FEW 13/1, 327b ; ALF 1303), occit. telh (dp. 1195/1211, Raynouard ; Levy ; DAO n° 531 ; ALF 1303), gasc. télh (dp. 1511 [tilh « bois de tilleul »], DAG n° 532 ; FEW 13/1, 327b ; CorominesAran 715 ; DAG n° 531 ; ALF 1303), cat. tell (dp. 1878, DECat 8, 381‒382 ; DCVB) 7.
||
3 e Le statut héréditaire d’ast. tila (DGLA ; DELlAMs) et de gal. tila (dp. 15 s., DdD) n’est pas avéré.
4 En portugais moderne et contemporain, cette issue a été évincée par le latinisme tília (dp. 16es., DELP ).
3
5 La date de 1496 citée par Tiktin3 concerne une attestation relevée dans un texte alloglotte slave. – Aroum. tilˈĭŭ est un italianisme (cf. DDA2). 6 Romanch. tégl s.m. « tilleul » (LRC ; AIS 580) représente un emprunt à l’italien (HWBRätoro-manisch).
7 Esp. tilo est emprunté à afr. til (dp. 1739, FEW 13/1, 330b ; cf. DCECH 5, 490‒491) ; port. til (dp. 1826, DELP3 ; cf. Houaiss) n’est pas héréditaire non plus (selon DELP3, il s’agit d’une rétro-formation à partir de port. tília (cf. n. 4).
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II.2. */ˈtɪli-u/ s.m. « liber du tilleul »
*/ e ˈtɪli-u / > it. tiglio s.m. « liber du tilleul » (dp. 15 s., DELI ; AIS 1499 p 310, 336, 2
344, 359, 393, 551 [surtout it. nord.-occid. ; « filasse la plus fine »]), frioul. [ˈtej] « filasse la plus fine » (AIS 1499 p 357, 359 ; ASLEF 996 p 16 [« chènevotte »]), lad. tëi « lin fin » (Gsell,Ladinia 16/1, 134 ; VidesottMareo ; AIS 1499 p 305, 315 [« filasse la plus fine »]).
Commentaire. – À l’exception du végliote, toutes les branches romanes présen-tent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers une variante morphologique évoluée, protorom. */ˈtɪli-a/ s.f. « grand arbre à feuilles alternes simples stipulées de la famille des Tiliacées dont les fleurs jaunes pâle sont très odorantes, tilleul ; partie filamenteuse du tilleul, liber du tilleul ».
Les issues romanes ont été subdivisées selon les deux prototypes dont elles relèvent : */ˈtɪli-a/ s.f. (ci-dessus I.) et */ˈtɪli-u/ s.m. (ci-dessus II.). Le type fémi-nin est continué dans l’ensemble des parlers romans concernés par le lexème à l’exception du ladin (sard. dacoroum. istriot. it. frioul. fr. frpr. occit. gasc. cat. esp. port.), tandis que le type masculin est restreint au dacoroumain et à une large aire centrale (it. frioul. lad. fr. frpr. occit. gasc. cat.), qui exclut le sarde, l’espagnol et le portugais. La comparaison de ces deux aires incite à considérer */ˈtɪli-a/ s.f. comme le type le plus ancien, caractéristique de la première strate du protoroman, antérieure à la séparation du sarde, et de voir dans le masculin un type évolué. La genèse de ce type secondaire s’explique aisément par la ten-dance générale du passage des noms d’arbres au masculin en protoroman (cf. MeyerLübkeGRS 2, § 381 et */'aln-u/, */'ɸag-u/, */'ɸraksin-u/, */'karpin-u/ I., */ˈmal-u/, */'pin-u/, */'popl-u/, */'pɪr-u/, */'ʊlm-u/).
Le corrélat du latin écrit du type I.1., tilia s.f. « tilleul », est usuel durant toute l’Antiquité (dp. Virgile [* 70 — † 19], OLD, IEEDLatin s.v. tilia), tandis que celui de I.2., tilia s.f. « liber du tilleul », est attesté seulement depuis Ulpien (228 apr. J.-C., OLD). Un tilius s.m. « tilleul », corrélat du type II.1., semble être attesté de façon isolée et tardive (Procope de Césarée [* ca 500 — † 562], MihăescuRo-manité 197), alors qu’aucun corrélat en latin écrit du type II.2. n’est connu.
Du point de vue diasystémique (‘latin global’), protorom. */ˈtɪli-a/ ~ lat. tilia et protorom. */ˈtɪli-u/ ~ lat. tilius relèvent d’un cas particulier de variation grammaticale : le genre féminin est commun aux variétés H et B, tandis que le genre masculin est confiné aux variétés B. Dès lors, protorom. */ˈtɪli-u/ est à considérer comme un particularisme (oralisme) de la variété B qui n’a eu qu’un accès tout à fait ponctuel et tardif à l’écrit.
*/'tɪli-a/ s.f. | 505
Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 70, 304, 308, 313‒314, 404‒405, 514‒518 ; REW3 s.v. tĭlia ; Ernout/Meillet4 s.v. tilia ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 167, 273‒274 ; 2, § 304, 464 ; Müller 1966 in FEW 13/1, 327b‒331a, TILIA ; Faré n° 8735 ; SalaVocabularul 572 ; MihăescuRomanité 197.
Signatures. – Rédaction : Gianluca VALENTI. – Révision : Reconstruction, syn-thèse romane et révision générale : Uwe SCHMIDT. Romania du Sud-Est : Cristina FLORESCU ; Maria ILIESCU ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Giorgio CADORINI ; Si-mone PISANO. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Fernando SÁNCHEZ MIRET. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : France-sco CRIFÒ ; Jérémie DELORME ; Yan GREUB ; Laure GRÜNER ; Ulrike HEIDEMEIER ; Clémence HENRY ; Marco MAGGIORE ; Bianca MERTENS.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 01/09/2015. Version actuelle : 17/11/2015.
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i-a/
:1 */ˈtɪl 2
rte
Ca */'trɛm-e-/ v.intr. | 507
*/'trɛm-e-/ v.intr. « être agité par une suite de vibrations ; être animé par des sentiments d’angoisse »
I. Type originel : */ˈtrɛm-e-/
*/ˈtrɛm-e-re/ > sard. trèmere v.intr. « être agité par une suite de vibrations, trem-bler ; être animé par des sentiments d’angoisse, avoir peur » (DES ; PittauDiziona-rio 1 ; CasuVocabolario ; EspaLogudorese ; AIS 386)1, tosc. sud-orient. trième (DEI [Cortona]) 2, sic. centr.-orient. ˹[ˈʈɽɛmiri]˺ (dp. 1868, VS [Mineo, Niscemi] ; DEI)3, occit. tremer (1212/1229 ‒ 1820, DAO n° 197 ; Raynouard ; Levy ; FEW 13/2, 238a ; Levy ; Pansier 3) 4, 5 6 e , gasc. tremì (Palay) , cat. trémer (dp. 13 s., DCVB ; DE-
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1 Végl. tremájo prés. 1 « je tremble » (qui semble dénoncer l’insertion de l’infixe verbal remon-tant à protorom. */-idi-/, cf. MeulInfixes 70‒75) est donné comme un emprunt à it. tremo par ElmendorfVeglia. Le protoroman de la Dalmatie a toutefois pu connaître le type */ˈtrɛm-a-/, comme l’atteste indirectement l’emprunt du croate adriatique tramata s.f. « bâton que les pêcheurs utilisent pour agiter l’eau » (qui s’analyse comme un déverbal sur la base protoro-mane, cf. VinjaEtimologije 3, 272‒273), de sorte que l’on ne peut pas exclure complètement que végl. tremájo soit héréditaire.
2 GDLI et TLIOCorpus n’offrent que deux attestations d’ait. tremere v.intr. (cf. DEI) : aombr. ttrèmere (1271/1300) et ait. tremesse subj. impf. 3 (av. 1321 [Dante] ; cf. 1385/1395 [citation de Dante], TLIOCorpus). Par ailleurs, l’attestation relevée chez Dante est concurrencée dans les manuscrits par la variante textuelle temesse, à rattacher à it. temere (< protorom. */'tɪm-e-/ v.tr. « craindre »), cf. DantePetrocchi 1, 165‒166. La rareté de ces attestations, ainsi que leur appar-tenance à des textes savants, nous amène à les considérer comme des emprunts ponctuels au latin plutôt que comme des issues héréditaires de protorom. */ˈtrɛm-e-/. 3 e e On pourrait se poser la question de savoir si asic. trementi part. prés. (2 m. 15 s., Casapullo-Munti 11 ; CorpusArtesia) représente une attestation du type morphologique ˹[ˈʈɽɛmiri]˺, secon-daire par rapport à sic. ˹[ˈʈɽɛmiri]˺ (dp. 1302/1337 [trimari], TLIOCorpus ; CorpusArtesia ; VS) < protorom. */ˈtrɛm-a-/ (cf. ci-dessous II.). Toutefois, l’extension du suffixe flexionnel ˹-ente˺ aux verbes de la classe en */-ˈa-/ étant assez fréquente dans les variétés italoromanes (cf. Rohlfs-GrammStor 2, § 619), asic. trementi se rattachera plutôt à asic. trimari (cf. CasapulloMunti 202). 4 On n’a pas retenu la première attestation proposée par von Wartburg in FEW 13/2, 238a (qu’il date de ca 1100), car elle s’appuie sur un passage de Guillaume de Poitiers dont l’interprétation est très controversée : “Malautz suy e tremi de murir” (Raynouard) “Malautz suy e cremi murir” (AppelChrestomathie 80 > Levy), “Malautz suy e tremi murir” (GuilhPeitJ 7), “Malautz suy e cre mi murir” (LommLied 4), “Malautz soi e cre mi morir” (RiquerTr 1, 116). Nous acceptons l’interprétation de AppelChrestomathie 80, en considérant cet exemple comme première attes-tation d’aoccit. cremer (cf. ci-dessous III.).
5 Il ne nous semble pas nécessaire de postuler une protoforme **/ˈtrɛm-i-/ pour expliquer les variantes du type tremir qu’on trouve en occitan, gascon, catalan (cf. n. 7), espagnol et asturien (cf. n. 8) : le changement de flexion qui se manifeste dans ces cognats sera à mettre en relation avec l’instabilité générale qui caractérise dans les variétés romanes concernées la continuation
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Cat 8, 741)7, aesp. tremer (ca 1215 [tremerán fut. 6] ‒ 1490 [archaïque par la suite], CORDE ; Kasten/Cody ; DME ; DCECH 5, 455 ; NTLE [Stevens 1706] ; Kasten/Nitti)8, ast. tremer (AriasPropuestes 4, 418‒419 ; DGLA), gal./port. tremer (dp. 1240/1300, TMILG ; DDGM ; DRAG2 ; DELP3 ; HouaissGrande [15/04/2014]).
II. Type innovant avec passage à la flexion en */-ˈa-/ : */ˈtrɛm-a-/
*/treˈm-a-re/ > istriot. ˹tramà˺ v.intr. « trembler ; avoir peur » (DeanovićIstria 119 ; Rosamani ; DallaZoncaDignanese ; PellizzerRovigno ; AIS 386)9, it. tremare (dp. 1200/1210 [alomb. tremarà fut. 6], TLIOCorpus ; DEI ; GDLI ; DELI2 ; AIS 386), frioul. tremâ (PironaN2 ; GDBTF ; AIS 386)10, aesp. tremar (2e m. 15e s. ‒
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des conjugaisons protoromanes en */ˈ-e-/ et en */-ˈi-/ (cf. MeulInfixes 76‒77) ; la même analyse vaut pour fr. cremir (cf. n. 11). Le passage des infinitifs au type en -ir doit donc être intervenu à époque idioromane, peut-être sous l’influence des continuateurs de protorom. */s-ˈtrɛm-i-/ (cf. */s-tre'm-e-sk-e-/ II.) : cette explication nous semble possible en particulier pour le français, l’occitan et le catalan, qui ont connu aussi des continuateurs de cette base protoromane. En revanche, on rejette afr. tremir v.intr. « trembler », donné comme hapax par FEW 13/2, 238a : cette forme se trouverait dans une ballade de Jean de Garencières († 1415) faite en réponse à Charles d’Orléans, mais les éditions modernes lisent cremir (cf. Piaget,R 22, 423 ; CharlD’OrlC 1, 128 ; cf. ci-dessous n. 11). En effet, nous ne trouvons pas d’attestations certaines d’un fr. *tremir : DMF2012 cite un exemple de se tremirent prét. 6 (ca 1450), mais cet hapax est trop tardif pour être probant, car on ne peut pas exclure une formation analogique sur le modèle de fr. frémir mis en rapport avec lat. fremere. Il y a des formes voisines, cf. par exemple pic. tramir v. intr. « avoir un tremblement nerveux des mains » (FEW 21, 361a), afr. ˹tramiier˺ v.intr. « trembler » (TL 10, 522 ; Gdf 8, 9c), mais pas d’indubitable représentant du type en -ir. 6 Cette issue présente un changement de flexion idioroman (cf. n. 4). Gasc. treme-se v.pron. « se remuer » (FEW 13/2, 238a [Lavedan]) est plus proche du type flexionnel originel, mais se caractérise par une évolution sémantico-valencielle idiosyncrasique. 7 Le catalan connaît aussi une variante flexionnelle idioromane, d’attestation très tardive, tremir (dp. av. 1902, DCVB).
8 Les issues espagnoles, asturiennes, galiciennes et portugaises des verbes appartenant à la flexion en */ˈ-e-/ du protoroman ont subi régulièrement une réaffectation à celle en */-ˈe-/ ou en */-ˈi-/ (cf. MeyerLübkeGLR 2, § 119, 126 ; WilliamsPortuguese § 148 ; LloydLatin 451‒455). Les variantes flexionnelles secondaires esp. e tremir (14 s. ‒ 1495, DCECH 5, 455 ; Kasten/Cody ; CORDE) et ast. tremir (AriasPropuestes 4, 418‒419 ; DGLA) représenteront un changement idioroman, dû à l’oscillation interne de l’hispanoroman médiéval à l’égard des verbes en -er et en -ir (cf. LloydLatin 291‒294).
9 REW3 s.v. trĕmĕre cite logoud. tremare parmi les dérivés idioromans. De son côté, Wagner,ID 14, 135 affirme : “il log. tremare accanto al più frequente trémere, camp. trémiri, è un italiani-smo”. En tout état de cause, cette donnée sarde n’est pas confirmée par les autres sources. 10 On n’est pas en mesure d’établir si l’hapax fr. tremer (1513, FEW 13/2, 238a) est à mettre en rapport avec ce type flexionnel.
*/'trɛm-e-/ v.intr. | 509
1499 [archaïque par la suite], CORDE ; NTLE [Santaella 1499]), ast. tremar (AriasPropuestes 4, 418‒419 ; DGLA).
III. Variante du protoroman de la Gaule manifestant un croisement avec gaul. */kri-/ : */ˈkrɛm-e-/
*/ˈkrɛm-e-re/ > afr. criembre v.tr.dir. « considérer (qn ou qch.) comme dange-reux et (en) avoir peur, craindre » (ca 1050 [criem prés. 1] ‒ ca 1310, AlexisS2 60 ; FEW 13/2, 238a ; GdfC ; TL ; TLF)11 e , aoccit. cremer (av. 1126 ‒ 13 s., Raynouard ; Levy ; AppelChrestomathie 80 ; FEW 13/2, 238a)12, 13, gasc. ˹cragne˺ (FEW 13/2, 239a ; Palay).
Commentaire. – À l’exception du roumain, du végliote (cf. toutefois n. 1), du ladin et du romanche, toutes les branches romanes présentent des cognats con-duisant à reconstruire, soit directement, soit à travers des types évolués, proto-rom. */ˈtrɛm-e-/ v.intr. « être agité par une suite de vibrations, trembler ; être animé par des sentiments d’angoisse, avoir peur ».
Les issues romanes ont été subdivisées selon les types morpho-phono-logiques et valenciels dont elles relèvent. On a observé une distinction entre un type originel appartenant à la flexion en */ˈ-e-/ (ci-dessus I.), un type secondaire du point de vue flexionnel, présentant le passage à la conjugaison en */-ˈa-/ (ci-dessus II.), et un dernier type caractérisé par le changement phonétique irrégu-lier */tr-/ > */kr-/, ainsi que par l’emploi transitif dans le sens « craindre » (ci-dessus III.).
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11 e La forme crement subj. prés. 5 (fin 10 s., PassionA 403), donnée comme première attesta-tion par le TLF, est extraite de la Passion de Clermont, texte composé dans un idiome dont l’identification n’est pas assurée (peut-être occitan, cf. DePoerck,RLiR 27 ; DEAFBiblEl s.v. PassionA). – Cette issue régulière a été remplacée par fr. craindre (dp. ca 1100 [crendrez fut. 5], RolS2 133 ; FEW 13/2, 238b ; TLF ; ANDEl), qui représente un développement analogique posté-rieur ( ère e cf . FEW 13/2, 240ab). – Afr. cremir (1 m. 12 s. ‒ 1547, FEW 13/2, 238b ; Gdf ; ANDEl), avec le préfixé wall. ricrèmi v.tr. « craindre » (FEW 13/2, 238b), est affecté par le changement flexionnel idioroman discuté ci-dessus (cf. n. 4). 12 Il n’est pas certain qu’il y ait continuité entre aoccit. cremer et occit. ˹cregne˺ (FEW 13/2, 239a ; cf. aussi ALFSuppl 56), qui pourrait représenter un francisme. Quant à la première attes-tation occitane, cf. n. 5.
13 Le caractère autochtone de frpr. ˹krindre˺ v.tr. « craindre » (dp. 1525/1530 [craigny prés. 5], EscoffierLyonnais 24 ; FEW 13/2, 239a ; DuraffourGlossaire n° 5371 ; GPSR 4, 503) n’est pas assuré : “adapté du fr. dans une mesure difficile à préciser” (Marzys in GPSR 4, 503).
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Le type I., diffusé dans une large partie des parlers romans (sard. tosc. sic. occit. gasc. cat. esp. ast. gal./port.), est à considérer comme originel en raison de son appartenance à la conjugaison en */ˈ-e-/, récessive en protoroman (cf. MeulInfixes 38‒39)14. Dans l’acception de « trembler », cette unité lexicale a subi dans tout l’espace linguistique roman la concurrence de deux dérivés, à savoir */'trɛm-ul-a-/ et */s-tre'm-e-sk-e-/ : c’est le type */'trɛm-ul-a-/ qui l’a emporté, ce qui a contribué, entre autres facteurs, à l’extinction totale du type primaire */ˈtrɛm-e-/ en roumain, en ladin et en romanche, ou à sa marginalisation dans le reste des parlers concernés.
Cette situation, qui envisage une concurrence entre lexèmes génétiquement liés, a pu être à la base de la modification morphologique traitée sous II. Le type II., */ˈtrɛm-a-/, montre un changement flexionnel que la distribution aréale incite à considérer comme protoroman (cf. la formule plus vague “tralignamento di antica età”, Ascoli,AGI 11, 439) et non pas, comme le laisse entendre Meyer-Lübke in REW3 s.v. trĕmĕre, qui classe les données en question sous “Ablt.” (« dérivés »), comme de création idioromane15. Le type II. est attesté de manière compacte dans les parlers de la péninsule Italienne et limitrophes (istriot. it. frioul. lad. ; pour le sarde, cf. n. 9), ainsi que dans certaines variétés de l’Ibérie (esp. ast.) ; pour le français, cf. n. 10. Le passage à la flexion en */-ˈa-/ s’explique aisément, vu qu’il s’agit de la classe flexionnelle largement dominante en protoroman (cf. Maiden-History 1, 212), mais une influence, au moins secondaire, du dérivé concurrent */'trɛm-ul-a-/ (cf. von Wartburg in FEW 13/2, 240a) semble probable.
Le type III., */ˈkrɛm-e-/ v.tr.dir. « craindre », montre des particularités du point de vue phonologique, sémantique et valenciel. Sa distribution aréale est limitée aux parlers de la Gaule (fr. occit. gasc. ; pour le frpr. cf. n. 13). Avec von Wartburg in FEW 13/2, 240a, nous acceptons l’hypothèse proposée par Asco-li,AGI 11, 439‒446, qui explique ce type comme le résultat d’un croisement lexi-cal, survenu à époque protoromane dans les parlers de la Gaule, entre le type originel */ˈtrɛm-e-/ et un verbe gaulois à radical */kri-/ v.intr./tr. « trembler ; craindre » qu’on peut aisément postuler sur la base de gaul. crito- « tremble-ment ; terreur » ( 16 cf. DelamarreDictionnaire 129 ; LambertGaulois 196). Cette 2
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14 En outre, le type I. se laisse reconduire à ind.-eur. *ter-, *trem- « frissonner ; trembler » (Pokorny), ce qui confirme son antériorité.
15 Sans s’opposer explicitement à l’étymologie du REW3, von Wartburg in FEW 13/2, 240a propose la même analyse : “lt. TRĔMĔRE [...]. Auf weitem gebiet ist es zu den verben auf -are übergegangen, wohl im anschluss an *TREMULARE”. 16 Gaul. crito- remonte à son tour à protocelt. */krito-/ s. « tremblement ; fièvre » (IEEDCeltic), qui a aussi donné naissance, entre autres, à airl. crith s. « tremblement ; fièvre », abret. crit « forte agitation, frénésie », agall. crit « crainte », gall. crydd « tremblement » (LEIA C-239) et, à */'trɛm-e-/ v.intr. | 511
hypothèse justifie en même temps le changement phonique */tr-/ > */kr-/ et l’évolution sémantico-valencielle « trembler » > « craindre » (cf. FEW 13/2, 240a ; StefenelliSchicksal 127) 17.
Le corrélat du latin écrit du type I., tremere v.intr. « trembler », est connu durant toute l’Antiquité (dp. Plaute [* ca 254 ‒ † 184], OLD ; Ernout/Meillet4 s.v. tremō ; IEEDLatin), tandis que le latin écrit de l’Antiquité ne connaît pas de corrélats des types II. et III.. Sur la base des considérations exposées ci-dessus (cf. aussi n. 16), on renonce à postuler une corrélation directe entre la valeur sémantico-valencielle de lat. tremere v.tr.dir. « avoir peur (de qn/qch.) », connu depuis Lucrèce (* ca 97 ‒ † 55, OLD ; Ernout/Meillet4 s.v. tremō), et celle de III.
Pour un complément d’information, cf. */s-tre'm-e-sk-e-/ et */'trɛm-ul-a-/.
Bibliographie. – Ascoli,AGI 11, 439‒448 ; MeyerLübkeGLR 1, § 89, 150, 404‒405, 449, 590 ; 2, § 117 ; 3, § 354 ; REW3 s.v. trĕmĕre ; Ernout/Meillet4 s.v. tremō ; von Wartburg 1965 in FEW 13/2, 238a‒240b, TRĔMĔRE ; LausbergLinguistica 1, § 171‒172, 337, 404 ; 2, § 787‒792 ; HallPhonology 98 ; SalaVocabularul 553 ; DOLR 2 (1992), 40 ; StefenelliSchicksal 126‒127, 272‒273.
Signatures. – Rédaction : Marco MAGGIORE. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Pierre SWIGGERS ; Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Petar ATANASOV ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Paul VIDESOTT. Gal-loromania : Jean-Paul CHAUVEAU ; Jérémie DELORME. Ibéroromania : Myriam BE-NARROCH ; Ana BOULLÓN ; Steven N. DWORKIN. Révision finale : Éva BUCHI. – Con-tributions ponctuelles : Pascale BAUDINOT ; Myriam BENARROCH ; Francesca DE BLASI ; Yan GREUB ; Ulrike HEIDEMEIER.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 11/03/2015. Version actuelle : 06/11/2015.
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travers */ˈkrit-no/ (Deshayes), aux verbes bret. krenañ/kreniñ « trembler », gall. crynu, corn. crenna.
17 Cependant, le glissement sémantique « trembler » > « trembler de peur (devant qch./qn) » > « craindre » est bien diffusé dans les langues naturelles : DatSemShifts s.v. to tremble fait état de cette évolution dans douze langues non romanes, dont cinq indo-européennes. On peut donc laisser de côté les attestations rares et occasionnelles d’it. tremare v.tr. « craindre » (av. 1374 ‒ 1870, TLIOCorpus ; GDLI ; Ascoli,AGI 11, 441 ; VS), ainsi que la donnée gasconne traitée dans la note 6, dont le passage à l’emploi pronominal semblerait présupposer une valence transitive. Par ailleurs, l’existence d’un aesp. tremer v.tr. « craindre » (1230/1264 ‒1493), signa-lée par DME, n’est pas confirmée par les autres sources.
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-e-/
: */ˈtrɛm
2
2
rte
Ca */'trɛm-ul-a-/ v.intr. | 513
*/'trɛm-ul-a-/ v.intr. « être agité par une suite de vibrations ; éprouver des sentiments d’angoisse »
I. Type originel */ˈtrɛm-ul-a-/
*/trem-ʊˈl-a-re/ > sard. tremulare/tremulai v.intr. « être agité par une suite de vibrations, trembler ; éprouver des sentiments d’angoisse, avoir peur » (DES ; PittauDizionario 1 ; CasuVocabolario ; EspaLogudorese), dacoroum. tremura (dp. 1500/1510 [date du ms.], Tiktin3 ; EWRS ; DLR ; Graur,BL 5, 115 ; Cioranescu n° 8888 ; MDA), istroroum. tremurå (MaiorescuIstria 153 ; Byhan,JIRS 6, 363 ; PuşcariuIstroromâne 3, 137 ; FrăţilăIstroromân 1, 298‒299 ; KovačecRječnik 199), méglénoroum. trimurari (Candrea,GrS 7, 212 ; CapidanDicţionar ; Atana-sovMeglenoromâna 67, 120), aroum. treámur (Pascu 1, 172 ; DDA2 ; BaraArou-main)1 e , it. tremolare (dp. 12 s. [apiém. tremoler], TresselSermoni 506 ; cf. Dane-siLingua 99‒101 ; TLIOCorpus ; Merlo,AUTosc 44, 86 ; Faré n° 8879 ; GDLI ; DELI2 ; AIS 386), frioul. tremolâ (PironaN2 ; GDBTF ; DOF), lad. tremorè (dp. 1763 [tromorè], Kramer/Fiacre in EWD ; MischìBadia ; AIS 386 p 305, 310, 314), frpr. 2 ˹ tremolá ˺ (FEW 13/2, 241b), occit. tremolar (dp. av. 1205, PVidA 140 ; Ray-nouard ; Levy ; AppelChrestomathie 187 ; FEW 13/2, 241ab ; Pansier 3 ; DAO n° 197 ; ALF 1330), gasc. tremoulà (dp. 1583 [tremola prés. 3], DAG n° 197 ; FEW 13/2, 242a ; Palay ; CorominesAran 734 ; ALF 1330 ; ALG 877), cat. tremolar (dp. av. 1240, DECat 8, 740‒745 ; DCVB ; cf. MollGramática 87‒88).
II. Type syncopé */ˈtrɛml-a-/
*/tremˈl-a-re/ > romanch. tremblar v.intr. « trembler ; avoir peur » (dp. 1560 [trembland gérond.], GartnerBifrun 104 ; HWBRätoromanisch ; LRC ; AIS 386 p 1, 5, 7, 9‒10, 13, 14, 16, 19), fr. trembler (dp. ca 1120 [tremblerent fut. 6], PsOxfM 70 = TLF ; GdfC ; FEW 13/2, 241a ; TL ; ANDEl ; ALF 1330), frpr. ˹trẽblé˺ (dp. 1220/1230 [tremblar], ProsalegStimm 22 ; FEW 13/2, 241b ; ALF 1330 ; cf. Hafner-Grundzüge 137‒138), occit. tremblar (dp. 1100/1110 [tremblant part. prés.], Ap-pelChrestomathie 148 ; Raynouard ; Levy ; FEW 13/2, 241ab ; Pansier 3 ; DAO n° 197 ; ALF 1330), gasc. ˹tremlà˺ (dp. ca 1450 [tremblet prét. 3], DAG n° 197 ;
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1 L’aroumain ne connaît presque plus l’infinitif verbal (cf. Saramandu,Tratat 460 ; Kra-mer,LRL 3, 429‒430) ; la forme citationnelle est la première personne du singulier du présent. 2 ère Le premier élément d’afrpr. tremolament de terra loc. nom. m. « tremblement de terre » (1 m. 13 e s., SommeCode 77) représente un dérivé de ce type non syncopé.
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FEW 13/2, 242a ; Palay ; ALF 1330 ; ALG 877), aesp. tremblar (1194/1211 [trem-blaua 3 impf. 3] ‒ 1542, CORDE ; DCECH 5, 454), ast. tremblar (GonzálezToreno = DGLA), gal. dial. ˹tremblar˺ (dp. 1792/1797 [tembrar], DdD ; TMILG).
Commentaire. – À l’exception du végliote, toutes les branches romanes présen-tent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers un type évolué du point de vue phonologique, protorom. */ˈtrɛm-ul-a-/ v.intr. « être agité par une suite de vibrations, trembler ; éprouver des sentiments d’angoisse, avoir peur ».
Protorom. */ˈtrɛm-ul-a-/ s’analyse probablement comme un dérivé en */ˈ-ul-a-/ de protorom. */'trɛm-e-/ v.intr. « trembler ». Le suffixe */ˈ-ul-a-/, en effet, est utilisé dans la formation de variantes expressives appartenant à la flexion en */-a-/ à partir de verbes de toutes les conjugaisons, ces dérivés pou-vant finir par concurrencer et parfois remplacer leurs bases (cf. protorom. */'mɪsk-e-/ v.tr. « mélanger » → */'mɪsk-ul-a-/ « id. », */'mug-i-/ v.intr. « hurler (animaux) » → */'mug-ul-a-/ « id. », */s-'kʊt-e-/ « assommer » → */s-'kʊt-ul-a-/ « secouer », */(e)s-'sɪkk-a-/ « sécher » → */(e)s-'sɪkk-ul-a-/ « id. », REW 3 s.v. mĭscŭlāre, mūgĭlāre, 2. *mūgŭlāre, *excŭtŭlare, *exsĭccŭlāre ; cf. TekavčićGram-matica 4 3, 97). Une autre hypothèse explicative, soutenue par von Wartburg in 2
FEW 13/2, 244b (“*TRĔMŬLARE [...], eine ablt. vom adj. TRĔMŬLUS « zitternd »”), fait remonter protorom. */ˈtrɛm-ul-a-/ à un adjectif déverbal **/ˈtrɛm-ul-u/ « qui tremble », dérivant, à son tour, de */'trɛm-e-/. Bien que cette hypothèse ne soit pas tout à fait exclue, elle est moins économique et ne s’appuie pas sur des parallèles de formation5.
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3 Esp. temblar (dp. ca 1140 [tembrar], DCECH 5, 454‒456 ; Kasten/Cody) et ast. temblar (Arias-Propuestes 4, 419 ; DGLA) s’expliquent par un phénomène de dissimilation de deux groupes muta cum liquida (cf. DCECH 5, 454‒456 ; LathropGramática 135). – Contrairement à ce qui est affirmé par REW3 s.v. trĕmŭlāre, qui y voit une donnée héréditaire, esp. tremolar v.intr. « trem-bler » (dp. 1376/1396 [tremolando gérond.], CORDE) est à considérer comme un italianisme (cf. DCECH 5, 455) ; le lexème a été emprunté aussi par port. tremular v.intr. « id. » (dp. 1664, HouaissGrande [15/04/2014]).
4 À son tour, */-ul-a-/ remonte à */-ul-/, suffixe formateur de diminutifs et de nomina instru-menti (cf. MeyerLübkeGLR 2, § 430 ; HallMorphology 133‒134 ; TekavčićGrammatica2 3, 96). 5 De plus, la reconstruction comparative montre que, alors que */ˈtrɛm-ul-a-/ (presque panro-man) et */'trɛm-e-/ (continué par la majeure partie des variétés romanes) sont facilement re-constructibles, il n’y a probablement pas de cognats romans conduisant effectivement à re-construire un adjectif protorom. **/ˈtrɛm-ul-u/ « qui tremble ». En effet, le caractère héréditaire des issues enregistrées par REW3 s.v. trĕmŭlus ne nous semble pas assuré : it. ˹tremolo˺ adj. « qui tremble » (dp av. 1340 [atosc. tremulo], TLIOCorpus ; DEI ; GDLI ; DELI2 ; LSI, malgré REW e ), occit. tremol (dp. ca 1300, FEW 13/2, 245a ; Levy), cat. trèmul (dp. 19 s., DCVB) et port. 3
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Les issues romanes ont été subdivisées selon les configurations phonolo-giques dont elles relèvent : on a observé une distinction entre un type originel */ˈtrɛm-ul-a-/ (ci-dessus I.) et un type secondaire, caractérisé par la syncope de la voyelle interne, */ˈtrɛml-a-/ (ci-dessus II.). Les continuateurs du deuxième type, étrangers au sarde et aux variétés de la Romania orientale, se distribuent sur une large aire continue (romanch. fr. frpr. occit. gasc. esp. ast. gal.) : la ma-jeure partie de ces cognats est caractérisée par l’insertion d’un */-b-/ épenthé-tique à l’intérieur du groupe consonantique sécondaire */-ml-/ (cf. MeyerLübke GLR 1, § 528 ; LausbergLinguistica 1, § 513), mais le groupe originel semble con-servé dans certains parlers gascons (cf. ALG 877). On observe par ailleurs la coexistence des types I. et II. en francoprovençal, occitan et gascon. Cette distri-bution aréale confirme la nette tendance à la syncope des voyelles non accen-tuées internes typique de la Romania (italo-)occidentale (cf. AdamsVariation 91).
Dans une partie de la Romania, le dérivé */ˈtrɛm-ul-a-/ a évincé sa base */'trɛm-e-/, ainsi qu’un troisième concurrent appartenant à la même famille lexicale, protorom. */s-tre'm-e-sk-e-/ : les données aréologiques montrent que protorom. */ˈtrɛm-ul-a-/ a fini par devenir le lexème le plus répandu dans l’espace linguistique roman pour exprimer le sens « trembler ».
Le latin écrit de l’Antiquité ne connaît pas de corrélat de ce lexème6, tandis que lat. tremulus adj. « qui tremble » (dp. Plaute [* ca 254 ‒ † 184], OLD ; Er-nout/Meillet4 s.v. tremō ; pour un corrélat éventuel en protoroman, cf. n. 5) est connu durant toute l’Antiquité.
La confrontation du résultat de la reconstruction comparative avec les don-nées du latin écrit conduit à penser que du point de vue diasystémique ('latin
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trêmulo (dp. 1572, HouaissGrande [19/05/2013]) sont probablement des emprunts à lat. tremu-lus, malgré l’analyse de von Wartburg in FEW 13/2, 246a : l’issue logoudorienne citée ici ne survit que dans la lexie linnárƀu đrémulu loc. nom. m. « peuplier » (Wagner,AR 24, 47 ; DES s.v. trèmere ; PittauDizionario 1), qui se rattache plutôt aux issues enregistrées dans la deuxième partie de l’article du REW3, amenant peut-être à reconstruire protorom. **/ˈtrɛm-ul-u/ s.f. « peuplier à écorce lisse, à tige droite, aux feuilles à minces pétioles (Populus tremula), peu-plier ». En tout état de cause, il est difficile d’établir dans quelle mesure ce type lexical, large-ment attesté dans les variétés de la Gaule (cf. ALF 1329), est influencé par latméd. tremulus s.f. « peuplier », attesté depuis Plinius Valerianus (4e s. [?], Georges ; cf. aussi DuCange 8, 166c). Il faut aussi écarter le latinisme médical agn. gute tremble loc. nom. f. « goutte qui se déplace d’une partie à l’autre du corps » (14 e e /15 s., ANDEl) et végl. trèmolo adj. « qui tremble » (Rosa-mani), probablement emprunté à l’italien.
6 e Lat. tremulare n’est attesté qu’à partir des gloses dites du Pseudo-Cyrille (7 s. [date du ms.], CGL 7, 364 ; Ernout/Meillet4 s.v. tremō).
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global’), protorom. */ˈtrɛm-ul-a-/ doit représenter une innovation tardive, pro-bablement appartenant à un niveau diastratique plus bas du protoroman que sa base */'trɛm-e-/. En revanche, le type syncopé analysé sous II. ne représentera pas une variante marquée du point de vue diastratique (“Syncope [...] was not confined to a lower social variety of the language”, AdamsVariation 99), mais plutôt du point de vue diachronique et diatopique.
Pour un complément d’information, cf. */'trɛm-e-/ et */s-tre'm-e-sk-e-/.
Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 225, 341‒348, 352, 404, 523‒525, 528 ; 2, § 117‒118, 584 ; REW3 s.v. trĕmŭlāre ; Ernout/Meillet4 s.v. tremō ; von Wartburg 1965 in FEW 13/2, 241a‒244b, TRĔMŬLARE ; LausbergLinguistica 1, § 164, 253, 292‒296, 337, 513 ; 2, § 787 ; HallPhonology 82 ; SalaVocabularul 540 ; MihăescuRomanité 232.
Signatures. – Rédaction : Marco MAGGIORE. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Pierre SWIGGERS ; Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Petar ATANASOV ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Paul VIDESOTT. Gal-loromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Ana BOULLÓN. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Pascale BAUDINOT ; Myriam BENARROCH ; Steven N. DWORKIN ; Yan GREUB ; Luca MORLINO ; Katarzyna REDEMOZER ; Antonio VINCIGUERRA.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 27/07/2015. Version actuelle : 13/10/2015.
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