Dictionnaire Ety
1. Articles
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.
II.2. Sens abstrait : « extrémité »
*/ˈkap-u/ > sard. kaβu s.m. « extrémité » (DES ; AIS 1506), istriot. càvo (Pelliz-zerRovigno ; AIS 1506), it. capo (dp. 1252/1258, Berisso in TLIO ; LEI 11, 1219 ; AIS 1311), frioul. ciaf (Crevatin in DESF ; AIS 1311), lad. ćé « point initial, début »
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2 CasuVocabolario donne l’étymologie suivante : “sp. cabo, lat. caput”, mais un emprunt à l’espagnol semble exclu dans la mesure où esp. cabo ne connaît pas le sens « tête ». */'kaput/ s.n. | 417
(Kramer/Schlösser in EWD ; AIS 1311, 1506), romanch. cheu/tgau « extrémité » (dp. 1560, GartnerBifrun 609 ; Schorta in DRG 3, 554, 556 ; LRC), fr. chef (dp. ca 1100, Gdf ; TL ; FEW 2, 336b ; AND2), frpr. chie (dp. ca 1220/1230, Hafner-Grundzüge 65), occit. cap (dp. 1102, BrunelChartes 10 ; Raynouard ; Levy ; Bru-nelChartesSuppl ; Pansier 3 ; DAO n° 392), gasc. cap (dp. 1363, MillardetRecueil 199 ; DAO n° 392, 878 ; CorominesAran 384), cat. cap (dp. 1276/1283, DCVB ; DECat 2, 501‒502), esp. cabo (dp. ca 1140, Kasten/Cody ; DCECH 1, 714‒715 ; DME ; Kasten/Nitti), ast. cabu (dp. 1171 [cabo], DELlAMs ; AriasPropuestes 1, 189 ; 4, 92‒96, 103, 108, 127 ; DGLA), gal./port. e cabo (dp. 13 s., CunhaVoca-bulário2 ; Buschmann ; DRAG2 ; DELP3 ; Houaiss).
Commentaire. – Tous les parlers romans sans exception présentent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers un type morpho-logique secondaire, protorom. */ˈkaput/ s.n. « partie supérieure du corps hu-main de forme arrondie qui est rattachée au thorax par le cou, tête ; partie ex-trême d’une chose, extrémité ».
Les cognats romans ont été subdivisés dans un premier temps selon les deux prototypes dont ils relèvent : */ˈkaput/ s.n. (ci-dessus I.) et */ˈkap-u/ s.m. (ci-dessus II.). Le type I. (*/ˈkaput/ s.n.) est régulièrement continué dans la branche roumaine (I.1.) et, à travers le pluriel */ˈkapit-a/ (qui a fini par être réin-terprété en un féminin singulier), en sarde et en italien (cf. REW3 ; FEW 2, 345a ; LEI 3, 1355) 3. Cette aréologie incite à attribuer */ˈkaput/ au protoroman com-mun, antérieur à la séparation de la branche sarde (2 e e m. 2 s. [?], Straka,RLiR 20, 256 ; Dardel,RLiR 49, 268 ; Stefenelli,LRL 2/1, 84). Pour sa part, le type II. (*/ˈkap-u/ s.m.) vit dans les parlers de toutes les branches de la famille romane à part le roumain ; il remonte donc aussi au protoroman commun. Toutefois, issu d’une remorphologisation (changement de genre et passage à la déclinaison en */-u/), il témoigne du caractère récessif du genre neutre et de la troisième décli-naison dans les phases tardives du protoroman et doit donc être de formation plus récente.
La seconde subdivision est d’ordre sémantique : elle distingue les sens « tête » (I.1.1., I.2.1., II.1.) et « extrémité » (I.1.2., I.2.2., II.2.). L’aréologie des deux sémèmes ne permet pas de déterminer leur chronologie relative, mais on peut supposer que le sens concret a préexisté au sens abstrait. Les branches romanes continuent en général les deux sens, à l’exception notable du catalan, de l’espagnol, de l’asturien et du galégo-portugais, qui ne maintiennent que le
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3 Pour les issues du pluriel alternatif */ˈkap-ora/, cf. DLR, FrăţilăIstroromân 1, 122 et LEI 11, 1307‒1320.
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sens « extrémité ». Dans ces parlers, la désignation de la tête remonte au dérivé */ka'p-ɪti-a/, qui semble avoir évincé */ˈkap-u/ dans ce sens en protoroman régional de l’Ibérie.
Le corrélat du latin écrit du type I., caput, -itis s.n., est usuel durant toute l’Antiquité, tant dans le sens « tête » (dp. Livius Andronicus [* ca 280 ‒ † ca 200], TLL 3, 385 ; IEEDLatin) que dans le sens « extrémité » (dp. Ennius [* 239 ‒ † 169], TLL 3, 408). En revanche, le corrélat du type II., capus s.m. « ? », n’est attesté que dans des inscriptions tardives (6e e /7 s. ?, TLL 3, 384).
Du point de vue diasystémique, ce lexème relève d’un cas particulier de va-riation flexionnelle : tandis que */ˈkaput/ ~ caput appartient tant aux variétés H que B du latin global, */ˈkap-u/ ~ capus est a considérer comme un particula-risme (oralisme) de la variété B qui n’a eu qu’un accès sporadique et extrême-ment tardif à l’écrit.
Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 223, 225, 259, 308, 372, 433, 435, 552, 558 ; REW3 s.v. caput, -ĭte ; Ernout/Meillet4 s.v. caput ; von Wartburg 1937 in FEW 2, 334a‒348b, CAPUT ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 210 ; 2, § 318, 368‒369 ; 3, § 652‒653 ; HallPhonology 228 ; Faré n° 1668 ; SalaVocabularul 539 ; Stefenel-liSchicksal 79, 95, 177, 226 ; DOLR 1 (1991), 85, 105 ; Maas-Chauveau/Cano in PatRom 2/1, 99‒213 s.v. CAPUT ; MihăescuRomanité 105, 134, 206, 353 ; Hoh-nerlein/Pfister/Cornagliotti 2009 in LEI 11, 1021‒1361, CAPUT/CAPUS.
Signatures. – Rédaction : Uwe SCHMIDT ; Wolfgang SCHWEICKARD. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Rémy VIREDAZ. Romania du Sud-Est : Victor CELAC ; Cristina FLORESCU. Italoromania : Anna CORNAGLIOTTI. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Ana BOULLÓN. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Christoph GROß ; Günter HOLTUS.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 30/10/2015. Version actuelle : 07/01/2016.
*/'kaput/ s.n. | 419
ls)
yntaxiques et forme
/ (types micros
ut
: */'kap
7
rte
Ca
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ues)
/ (types sémantiq
ut
: */'kap
8
rte
Ca */'kɪrk-a-/ v.tr. | 421
*/'kɪrk-a-/ v.tr. « faire le tour (de) »
I. Sens restreint : « clôturer » (« contourner »)
*/kɪrˈk-a-re/ > esp. cercar v.tr. « entourer (un lieu) d’une enceinte, clôturer » (dp. fin 12 e e /déb. 13 s., Kasten/Cody ; DCECH 2, 42 ; DME), ast. cercar (dp. 1270 [date du ms. ; cercaron prét. 6], DELlAMs ; DGLA), gal./port. cercar (dp. 1264/1284, TMILG ; DDGM ; Buschmann ; DRAG2 ; DELP3 ; Houaiss ; Cunha-Vocabulário2).
II. Sens restreint : « tourner autour (de) » > « parcourir » > « fouiller » > « chercher »
*/kɪrˈk-a-re/ > sard. kirkare v.tr. « parcourir en inspectant, fouiller ; s’efforcer de trouver, chercher » (dp. 1345/1376, DES ; PittauDizionario 1 ; AIS 636, 1506, 1635), it. cercare « parcourir l’espace environnant (un lieu), tourner autour (de) ; aller dans toutes les parties de (qch.), parcourir ; fouiller ; chercher » (dp. 1230/1250, Camboni in TLIO ; LEI 14, 505‒557 ; DELI2 ; AIS 636, 1635), romanch. tschercar/tscherchar « chercher » (HWBRätoromanisch ; AIS 636 p 7, 9, 16, 19), fr. cerchier « parcourir ; fouiller ; chercher » (dp. ca 1100 [cercer], RolS2 3661 ; Gdf ; FEW 2, 695a ; TL ; TLF ; ANDEl 1 s.v. cercher ; ALF 22), frpr. ˹serčí˺ « cher-cher » (dp. 1402 [serchie], Burger in GPSR 3, 509‒511 ; HafnerGrundzüge 63‒69 ; ALF 22), occit. cercar/cerchar « tourner autour (de) ; fouiller ; chercher » (dp. 1170, BrunelChartes 114 ; Raynouard ; Levy ; FEW 2, 695a ; ALF 22), gasc. cercà « chercher » (dp. 15e s. [sercar], ForsBéarnOG 368 ; FEW 2, 696a ; DAG n° 1640 ; CorominesAran 399 ; ALF 22 ; ALG 181), cat. cercar « parcourir ; fouiller ; cher-cher » (dp. ca 1284, DECat 2, 675 ; MollSuplement n° 838 ; DCVB).
III. Sens restreint : « chercher » (> « essayer ») > « goûter »
*/kɪrˈk-a-re/ > istriot. ˹śirká˺ v.tr. « chercher ; manger ou boire une petite quan-tité de (qch.) afin d’(en) éprouver la saveur, goûter » (DeanovićIstria 47, 52, 118 ; AIS 1021 p 397, 398 ; 1635 p 397, 398), frioul. cercjâ « chercher ; goûter » (dp.
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1 Cette forme régulière a été affectée par une assimilation des consonnes intitiales de syllabe, d’où afr. cherchier (dp. 1280, FEW 2, 695b) > fr. chercher (dp. ca 1470, DMF 2015), qui s’y est progressivement substitué. Le même phénomène s’observe en francoprovençal (Burger in GPSR 3, 510) et en occitan septentrional (ALF 22).
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1372 [cerchar], DSF ; PironaN2 ; Iliescu,RRL 17, 186 ; Crevatin in DESF ; AIS 636 p 326 ; AIS 1021 p 318, 319, 326‒329, 337, 338, 348, 357, 359 ; GDBTF ; DOF)2, lad. ciarcé « goûter » (dp. 1858, VLL ; Kramer/Schlösser in EWD ; AIS 1021 p 305, 313, 315 ; ALD-I 139).
IV. Sens extensif : « clôturer » > « tourner autour (de) » > « parcourir » > « fouiller » > « chercher » > « essayer » > « goûter »
*/kɪrˈk-a-re/ > dacoroum. pop. cerca v.tr. « délimiter (un terrain) par des bornes ou d’autres marques, borner ; parcourir ; fouiller ; chercher ; soumettre (qch.) à des opérations pour voir s’(il) répond aux caractères qu’(il) doit avoir, essayer ; goûter » (dp. 1581/1582, PO 156 ; DA ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 313 ; Cioranescu n° 1664 ; MDA) 3, itsept. ˹çercár˺ « entourer (qch.) de (qch.), ceindre ; tourner autour (de) ; parcourir ; fouiller ; chercher ; goûter » (dp. 1176/1200 [cercare], TLIOCorpus ; LEI 14, 505‒557 ; AIS 636, 1021, 1635).
Commentaire. – À l’exception du végliote, toutes les branches romanes présen-tent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers des types sémantiques secondaires, protorom. */ˈkɪrk-a-/ v.tr. « farie le tour (de), contourner »4.
Les cognats romans ont été subdivisés selon un critère sémantique ; on dis-tingue trois types lexicaux à sens restreint (ci-dessus I., II. et III.) ainsi qu’un type lexical à sens extensif (ci-dessus IV.). Le premier groupe (I.) comprend les issues assumant un sens statique : *« entourer », d’où « (r)enfermer » > « clôtu-rer ». Ce type sémantique est exclusif dans l’ensemble hispano-portugais. Le second groupe (II.) se détache du sens statique du verbe et contient des idiomes qui sont allés plus ou moins loin dans l’évolution sémantique : tous les parlers de ce groupe supposent le développement « tourner autour (de) » > « parcourir » > « fouiller » > « chercher », mais le sens premier n’est attesté qu’en italien et en occitan. Le troisième développement métonymique, « chercher » > « essayer » >
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2 Frioul. cerçâ, probablement issu de cercjâ par assimilation progressive, est aujourd’hui la forme la plus commune. D’autre part, ce verbe a subi une restriction sémantique en frioulan contemporain : dans le sens « chercher », cercjâ est concurrencé par cirî (< protorom. */'kuɛr-e-/).
3 En dacoroumain standardisé, le simple cerca a été évincé par încerca (DA ; DEX 2). 4 Alb. kërkoj « chercher ; goûter » (VătăşescuAlbaneză 39 ; IEEDAlbanian ; BonnetAlbanais 297) constitue un emprunt à protorom. */ˈkɪrk-a-/.
*/'kɪrk-a-/ v.tr. | 423
*« chercher à faire » > « goûter » (III.), apparaît dans une configuration géolin-guistique particulière : Balkans et Italie nord-orientale 5. Il est difficile d’établir si l’on a affaire dans ce cas à une strate 'adriatique’ ancienne ou bien à des évolu-tions parallèles et indépendantes. Le roumain et l’italien septentrional (IV.) occupent une place particulière parmi les idiomes romans, assumant toutes les étapes de « clôturer » jusqu’à « goûter ».
D’une manière générale, on observe un cheminement sémantique linéaire : « clôturer », avec une valeur statique du verbe, d’où les valeurs mobiles « tour-ner autour (de) »> « parcourir » > « fouiller » > « chercher », puis, dans les branches romanes concernées, une évolution parallèle vers un sens perceptif : « chercher » > *« chercher à faire » > « essayer » > « goûter ». Par sa spéciali-sation et sa proximité sémantique avec protorom. */'kɪrk-a/ adv. « autour de » (cf. REW3 s.v. cĭrca), le sens « clôturer » – ou, en définissant de façon moins technique (et plus abstraite), « faire le tour (de) » – est à considérer comme le sens le plus ancien ; il se maintient dans les zones latérales de la Romania (l’Ibérie et la Dacie), tandis que le sens le plus évolué, « goûter », n’est connu que dans une zone centrale très restreinte.
Dans le sens « chercher », les continuateurs de */ˈkɪrk-a-/ ont évincé, presque partout dans la Romania, leurs concurrents issus de */'kuɛr-e-/, qui relève probablement d’une couche plus ancienne6. Un tel processus de substitu-tion s’est fait au profit d’autres types lexicaux dans certaines branches : le rou-main a 7 căuta , d’origine incertaine, tandis que les langues ibériques (esp. ast. gal./port.) continuent */'busk-a-/ (DCECH 1, 703‒704 ; DELP3 ; DGLA). La distri-bution géographique complémentaire de */ˈkɪrk-a-/ et de ses concurrents pour-rait provenir d’une différence sociolectale originelle : avant de se diffuser comme verbe neutre dans la langue générale, */ˈkɪrk-a-/ aurait appartenu au technolecte de l’armée romaine (DECat 2, 674). L’hypothèse d’une connotation
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5 Les continuateurs de */ˈkɪrk-a-/ ont, “dans le Nord-Est de l’Italie, les deux significations de « chercher » [...] et de « goûter » [...]. La première appartient à une aire interromane qui com-prend toute la France et presque toute l’Italie, en s’étendant dans l’Italie du Nord du Piémont à la Brenta ; la seconde comprend une aire ladine centrale – frioulane – vénète – istrienne – roumaine. [...] [U]ne zone intermédiaire [nord-italienne] qui comprend le bassin supérieur du Piave et la région entre la Brenta et le Piave [...] [témoigne de] l’existence simultanée des signi-fications de « chercher » et de « goûter »” (JabergAspects 76‒77). 6 Cette situation peut s’expliquer par la flexion irrégulière des continuateurs de */'kuɛr-e-/, alors que celle des issues de */ˈkɪrk-a-/ est régulière.
7 Cf. pour le dacoroumain DA, Tiktin3 et surtout Cioranescu n° 1572, pour l’istroroumain By-han,JIRS 6, 240, pour le méglénoroumain CapidanDicţionar s.v. caft et pour l’aroumain BaraA-roumain.
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militaire est corroborée par un emprunt des langues brittoniques, cf. gall. cyrchu v.tr. « attaquer ; aller chercher », corn. cer(c)hes « aller chercher », bret. kerc’had « id. » (LothBrittoniques 157 ; Deshayes).
Du point de vue de la reconstruction interne, il est possible de considérer */ˈkɪrk-a-/ comme un dérivé déadverbial fait sur */'kɪrk-a/ adv. « autour de » et de postuler que le sens initial en protoroman était « être autour (de) ; faire le tour (de) » ; des exemples parallèles montrent qu’il s’agit d’un processus dériva-tionnel courant en protoroman, cf. */a'β-ant-e/ adv. « devant » > */a'β-ant-i-a-/ v.intr. « se porter en avant » ou */'ɪntr-a/ adv. « en dedans » > */'ɪntr-a-/ v.intr. « passer du dehors en dedans ».
Le corrélat du latin écrit, circare v.tr. « faire le tour (de) », n’est connu que de-puis Antoninus Placentinus ( e Itinerarium [fin 6 s.], TLL 3, 1101‒1102). Si le code écrit ne connaît ce verbe qu’en latin (très) tardif, c’est que durant toute l’Antiquité, c’est lat. circu(m)ire v.tr. « id. » (dp. César [*100 – † 44], OLD), dépour-vu de corrélat en protoroman, qui assumait son sens dans la langue écrite.
Du point de vue diasystémique ('latin global’), protorom. */ˈkɪrk-a-/ est donc à considérer comme un particularisme (oralisme) de la variété B qui n’a eu accès à l’écrit que très tardivement, tandis que lat. circu(m)ire se dénonce comme un particularisme de la variété H.
Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 223‒229, 259‒268, 306‒307, 352, 403, 406, 409‒413, 474‒475, 555‒556, 566 ; REW3 s.v. cĭrcāre ; von Wartburg 1939 in FEW 2, 695a‒699a, CĬRCĀRE ; Ernout/Meillet4 s.v. circō ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 173‒175, 272‒273, 310‒318 ; 2, § 396, 398, 408, 565 ; Faré n° 1938 ; HallPho-nology 133 ; SalaVocabularul 542 ; DOLR 2 (1992), 145‒146 ; StefenelliSchicksal 185 ; Suozzo/Hohnerlein 2016 in LEI 14, 505‒557, CIRCARE.
Signatures. – Rédaction : Ulrike HEIDEMEIER. – Révision : Reconstruction, syn-thèse romane et révision générale : Jean-Pierre CHAMBON ; Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Victor CELAC ; Maria ILIESCU ; Eugen MUNTEANU. Italoroma-nia : Giorgio CADORINI ; Rosario COLUCCIA ; Giorgio MARRAPODI ; Paul VIDESOTT. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Myriam BENARROCH ; Ana María CANO GONZÁLEZ ; Fernando SÁNCHEZ MIRET. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Pascale BAUDINOT ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Xavier GOUVERT ; Yan GREUB ; Günter HOLTUS ; Marco MAGGIORE ; Mihaela-Mariana MORCOV.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 30/08/2016. Version actuelle : 30/08/2016.
*/'klaβ-e/ s.f. | 425
*/'klaβ-e/ s.f. « levier (normalement de petites dimensions) servant à ouvrir et à fermer une serrure »
*/ˈklaβ-e/ > sard. kráe/krái s.f. « levier (normalement de petites dimensions) servant à ouvrir et à fermer une serrure, clé » (dp. 1316 [clave], Stat. Sass. 15 = CorpusATLiSOr ; DES ; PittauDizionario 1 ; EspaLogudorese ; CasuVocabolario ; AIS 889 ; cf. aussi Wagner,ASNS 160, 239), dacoroum. cheie (dp. 1567/1568, Coresi, T. Ev. 40 ; DA/DLR ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 324 ; DA ; Cioranescu n° 1697 ; Mihăilă, D. 85 ; MDA) 1, méglénoroum. [ˈcʎęji] (Sara-mandu,FD 31, 137 ; ALDM 618 p 7 ; cf. MihăescuRomanité 253), aroum. clˈeáĭe (dp. 1770 [κλλιάɛ], KavalliotisProtopeiria n° 0476 ; Pascu 1, 66 ; DDA2 ; BaraA-roumain), dalm. kluf (BartoliDalmatico 315, 425 ; ElmendorfVeglia ; Vinja,SRAZ 7, 21 ; MihăescuRomanité 96, 107, 253), istriot. ciàve (PellizzerRovigno ; AIS 889 p 397‒398), e it. chiave (dp. fin 12 s. [aitsept. clave], Sarti in TLIO ; DELI ; AIS 2
889), frioul. clâf (dp. 1345 [claf], DAroncoAntologia 25 ; Doria in DESF ; GDBTF ; DOF ; AIS 889 ; ASLEF 1093 n° 6020 ; 1094 n° 6021, 6023, 6024), lad. tle (dp. 1763 [clè], Kramer/Fiacre in EWD ; MischìBadia ; AIS 889 ; ALD-I 149), romanch. clav (dp. 1560 [clêf], GartnerBifrun 547 ; Schorta in DRG 3, 700‒703 ; HWBRäto-romanisch ; LRC ; AIS 889), fr. clé (dp. ca 1100, RolS2 230 ; GdfC ; FEW 2, 764a ; TL ; TLF ; AND2 ; ALF 301), frpr. cla (dp. 1286/1310, MargOingtD 136 ; Burger in GPSR 4, 106‒109 ; FEW 2, 764a ; HafnerGrundzüge 17, 168‒169 ; ALF 301), occit. clau (dp. 1100/1115, AppelChrestomathie 150 ; Raynouard ; Levy ; FEW 2, 764a ; Pansier 3 ; ALF 301), gasc. e clau (dp. mil. 15 s., ForsBéarnOG 456 ; FEW 2, 764a ; Palay ; CorominesAran 401 ; ALF 301 ; ALG 688), e cat. clau (dp. 13 s., DECat 2, 745‒748 ; DCVB ; ALPI 106), esp. llave (dp. ca 1220, Kasten/Cody ; DCECH 3, 725 ; DME ; Kasten/Nitti ; CORDE ; ALPI 106), ast. llave (dp. 1270 [laue], DE-LlAMs ; DGLA), gal./port. chave (dp. 1277, CunhaÍndice ; DDGM ; Buschmann ; DRAG2 ; DELP3 ; HouaissGrande [17/11/2014] ; CunhaVocabulário2 ; ALPI 106).
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1 L’attestation de 1517 fournie par Mihăilă, D. 85 est un toponyme tiré d’un texte alloglotte (slavon). – Dans les dialectes istroroumains et dans la majeure partie des parlers méglénorou-mains, l’unité lexicale héréditaire a été remplacée par un lexème emprunté aux langues slaves (cf. IEEDSlavic s.v. *kļúčƄ), qui remonte au même étymon indo-européen (cf. BuckDictionary 468-469) : istroroum. ˹ključ˺ < cr. ključ (Byhan,JIRS 6, 242 ; PuşcariuIstroromâne 3, 306 ; Sâr-buIstroromân 199 ; DianichBriani 113 ; PopoviciIstria 98), méglénoroum. cl’uč < macéd. kluč (Saramandu,FD 31, 138 ; CapidanDicţionar ; AtanasovMeglenoromâna 75, 85).
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Commentaire. – Toutes les branches romanes présentent des cognats condui-sant à reconstruire protorom. */ˈklaβ-e/ s.f. « levier (normalement de petites dimensions) servant à ouvrir et à fermer une serrure, clé ».
Le corrélat du latin écrit, clauis s.f. « objet servant à ouvrir une serrure », est connu durant toute l’Antiquité (dp. Plaute [* ca 254 ‒ † 184], TLL 3, 1316‒1318 ; Ernout/Meillet4 s.v. clau-).
Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 117, 223, 225, 227, 268, 306‒307, 421‒425, 442 ; 2, § 378 ; REW3 s.v. clavis ; Ernout/Meillet4 s.v. clau- ; von Wartburg 1939 in FEW 2, 764a‒768a, CLAVIS ; LausbergLinguistica 1, § 173‒175, 272‒273, 275‒277, 280, 340‒343, 373 ; 2, § 616‒625 ; HallPhonology 44, 52, 60, 106 ; SalaVoca-bularul 539, 589 ; MihăescuRomanité 253.
Signatures. – Rédaction : Marco MAGGIORE. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Pierre SWIGGERS. Romania du Sud-Est : Petar ATANA-SOV ; Victor CELAC ; August KOVAČEC ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Giorgio CA-DORINI ; Maria ILIESCU ; Simone PISANO. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Myriam BENARROCH ; Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ ; Steven N. DWORKIN ; Mário Eduardo VIARO. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Pascale BAUDINOT ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Yan GREUB ; Ulrike HEIDEMEIER ; Fernando SÁNCHEZ MIRET.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 29/12/2014. Version actuelle : 12/07/2016.
*/'klaβ-e/ s.f. | 427
e/
laβ-
k
*/ˈ
:
9
rte
Ca
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*/'kuand-o/ adv./conj. subord. « (adverbe indiquant le moment où se situe un procès) ; (conjonction de subordination introduisant des propositions subordonnées circonstancielles à valeur temporelle ou causale ou des complétives) »
I. Adverbe interrogatif
*/ˈkuand-o/ > sard. cando adv. « (adverbe indiquant le moment où se situe un procès), quand » (DES ; PittauDizionario 1), dacoroum. când (dp. 1500/1510 [date du ms.], Psalt. Hur.2 88 ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 344 ; DA/DLR ; Cioranescu n° 1929 ; MDA), istroroum. cănd (MaiorescuIstria 112 ; PuşcariuIstroromâne 3, 105, 183 ; SârbuIstroromân 197 ; FrăţilăIstroromân 1, 126), méglénoroum. ˹căn˺ (Candrea,GrS 3, 203 ; CapidanDicţionar ; Atanasov-Meglenoromâna 46, 166, 254), aroum. cîndu (Pascu 1, 65 ; DDA2 ; BaraArou-main), végl. ˹kand˺ (BartoliDalmatico 284, 425‒426 § 408, 432 § 436), istriot. cando (Rosamani [Dignano]), it. quando (dp. 1178/1182 [alig.], TLIOCorpus ; Faré n° 6932 ; GDLI ; DELI2), frioul. cuant (PironaN2 ; GDBTF), lad. càn (dp. 1763 [chagn], Kramer/Schlösser in EWD ; ALD-II 397), fr. quand (dp. 1100, TLF ; Gdf ; GdfC ; FEW 2, 1416ab ; TL ; ANDEl), frpr. ˹kã˺ (FEW 2, 1416b ; HafnerGrundzüge 88 ; ALJA 1620), occit. quant (dp. 1137/1148 [quan ; à la rime], CercT 73 = Ap-pelChrestomathie 53 ; Raynouard ; Levy ; FEW 2, 1416b ; Pansier 3), gasc. ˹[kwãn]˺ (FEW 2, 1416b ; Palay ; ALG 1539), ère e cat. quan (dp. 1 m. 14 s., DCVB ; DECat 6, 893‒894), esp. cuando (dp. ca 1250, Kasten/Cody ; DCECH 2, 258 ; DME), ast. cuando (DGLA ; DELlAMs), gal. cando/port. quando (dp. av. 1214, DDGM ; HouaissGrande [25/06/2014] ; DRAG 1 ; CunhaVocabulário ). 2 2
II. Conjonction de subordination
*/ˈkuand-o/ > sard. cando conj. subord. « (conjonction de subordination intro-duisant des propositions subordonnées circonstancielles à valeur temporelle ou causale ou des complétives), lorsque » (DES ; PittauDizionario 1 ; AIS 9), daco-roum. când (Tiktin3 ; Candrea-Densusianu n° 344 ; DA/DLR ; Cioranescu n° 1929 ; MDA), istroroum. cănd (PuşcariuIstroromâne 3, 105, 183 ; SârbuIstro-român 197 ; FrăţilăIstroromân 1, 126), méglénoroum. ˹căn˺ (Candrea,GrS 3, 203 ; AtanasovMeglenoromâna 46, 166, 254), aroum. cîndu (Pascu 1, 65 ; DDA2),
||
1 La date de 1114 fournie par DELP3 et reprise par HouaissGrande se réfère à un texte rédigé en latin.
*/'kuand-o/ adv./conj. subord. | 429
végl. ˹kand˺ (BartoliDalmatico 284, 425‒426 § 408, 432 § 436), istriot. cando (Rosamani [Dignano] ; AIS 9), it. quando (dp. 1201/1230 [alomb.], TLIOCorpus ; Faré n° 6932 ; GDLI ; DELI2 ; AIS 9), frioul. cuant (PironaN2 ; GDBTF ; AIS 9), lad. càn (Kramer/Schlösser in EWD [càn che loc.] ; AIS 9), fr. quand (dp. ca 1050, TLF ; Gdf ; FEW 2, 1416ab ; TL ; ANDEl ; ALF 1109), frpr. ˹kã˺ (dp. 1220/1230 [qant, quant], ProsalegStimm 9, 12 ; FEW 2, 1416b ; HafnerGrundzüge 88 ; ALF 1109), occit. quant (dp. 1060, SFoiHA 273, 309 ; Raynouard ; Levy ; AppelChres-tomathie ; FEW 2, 1416b ; ALF 1109), gasc. ˹[kwãn]˺ (dp. ca 1114, CartBigRC 22, 31 ; FEW 2, 1416b ; ALF 1109 ; ALG 1540), cat. e e quan (dp. fin 12 /déb. 13 s., DCVB ; DECat 6, 893‒895), esp. cuando (dp. 1097, CORDE ; Kasten/Cody ; DCECH 2, 258 ; DME ; Kasten/Nitti), ast. cuando (dp. 1247, DELlAMs ; DGLA), gal. cando/port. quando (1214, DDGM ; DdD ; DRAG2 ; HouaissGrande [25/06/2014] ; DELP3 ; CunhaVocabulário2).
Commentaire. 2 – À l’exception du romanche, tous les parlers romans présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈkuand-o/ adv./conj. subord. « (adverbe indiquant le moment où se situe un procès), quand ; (conjonction de subordination introduisant des propositions subordonnées circonstancielles à valeur temporelle ou causale ou des complétives), lorsque ».
Les cognats romans ont été subdivisés selon leur fonction syntaxique, ma-térialisée par la partie du discours à laquelle ils appartiennent : adverbe inter-rogatif (ci-dessus I.) et conjonction de subordination (ci-dessus II.). Bien que les deux types représentent deux catégories grammaticales différentes, nous avons choisi de les traiter de manière unitaire : d’une part, d’une manière générale, les adverbes avec valeur relative “sont étroitement apparentés aux conjonctions [...] ; souvent même ils ont passé tout simplement aux conjonctions” (MeyerLübkeGRS 3, § 483), d’autre part, les deux valeurs syntaxiques des issues de */ˈkuand-o/ sont attestées dans l’ensemble des parlers concernés, ce qui incite à leur prêter une certaine communauté de vie dans les différents systèmes linguistiques.
Les corrélats du latin écrit de I., quando adv. « quand » (dp. Plaute [*ca 254 ‒ † 184], OLD), et de II., quando conj. subord. « lorsque » (dp. Livius Andronicus [*ca 284 ‒ † 204], OLD), sont connus durant toute l’Antiquité.
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2 Malgré FEW 2, 1417b (qui interprète mal un passage de Gartner in GröberGrundriss2 1, 616 n. 1 et de GartnerHandbuch 263), l’issue de protorom. */ˈkuand-o/ n’est pas attestée en romanche ; elle a été remplacée à époque prélittéraire par romanch. cura < protorom. */ˈku-a ˈor-a/ (DRG 4, 551‒553 ; cf. REW3 s.v. hōra ; HallPhonology 45).
430 | 1. Articles
Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 308, 312, 426, 563 ; 3, § 86, 222, 338, 474, 486‒487, 514, 251, 514, 562, 587, 593‒595, 611, 630, 645, 648, 670, 673, 675, 684, 751 ; REW3 s.v. quando ; Ernout/Meillet4 s.v. quandō ; von Wartburg 1945 in FEW 2, 1416a‒1417b, QUANDO ; LausbergLinguistica 1, § 173‒175, 274, 348‒349, 416 ; HallPhonology 145 ; SalaVocabularul 614.
Signatures. – Rédaction : Francesca DE BLASI. – Révision : Reconstruction, syn-thèse romane et révision générale : Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Petar ATANASOV. Italoromania : Giorgio CADORINI ; Johannes KRAMER ; Nikola VULETIĆ. Galloromania : Jean Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Myriam BENARROCH ; Ana BOULLÓN ; Steven N. DWORKIN. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Ana María CANO GONZÁLEZ ; Andrea FELICI ; Cristina FLORESCU ; Yan GREUB ; Marco MAGGIORE ; Simone PISANO ; Anna RINALDIN.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 26/10/2015. Version actuelle : 11/11/2015.
*/'kuand-o/ adv./conj. subord. | 431
/
o
d-
uan
k
: */ˈ
10
rte
Ca
432 | 1. Articles
*/kua'resim-a/ s.f. « période de jeûne de quarante jours consécutifs s’étendant du mercredi des Cendres au Samedi saint (les dimanches exclus) qui prépare les chrétiens à Pâques »
*/kuaˈresim-a/ > dacoroum. păreasimă s.f. « période de jeûne de quarante jours consécutifs s’étendant du mercredi des Cendres au Samedi saint (les di-manches exclus) qui prépare les chrétiens à Pâques, carême » (dp. ca 1560, Tiktin 1, 2 ; Candrea-Densusianu n° 1333 ; DLR ; Cioranescu n° 6146 ; MDA),
3
aroum. 3, 4 păreasine (Pascu 1, 139 ; DDA ; Cioranescu n° 6146 ; BaraAroumain),
2
istriot. ˹kwarizima˺ (Rosamani ; AIS 775 397‒398 ; ILA n° 393 ; Pellizzer Rovigno), it. quaresima (dp. 1233/1243, Vaccaro in TLIO ; DELI2 ; AIS 775), frioul. cuaresime e (dp. 17 s. [cresime], Rizzolati in DESF ; GDBTF ; AIS 775), lad. carsëma (dp. 1895, Kramer/Schlösser in EWD ; AIS 775 ; ALD-II 339 p 81‒85, 89‒91 ; MischìBadia), romanch. quaraisma/cureisma (HWBRätoromanisch ; LRC ; AIS 775), e fr. caresme (1119 [ quaresme ] ‒ 16 s., TLF ; FEW 2, 1389a‒1391a ; ANDEl ; ALF 200 p 104, 204 ; ALFC 103* p 85) 5, frpr. [kaˈrei̯ma] (dp. 1276
||
1 En dacoroumain moderne, seul le pluriel păresimi/păresemi est employé ; le lexème est vieilli et populaire : il a été évincé par le slavisme post (postul mare/postul Paştilor). 2 En revanche, sard. kuaresima (DES ; PittauDizionario 2 ; AIS 775) représente un emprunt à l’italien. Pour ce qui est d’istroroum. korizma (ALIstro n° 393), il s’agit d’un emprunt au croate, qui, à son tour, a emprunté le lexème à une variété protoromane de la zone (cf. Skok 2, 154‒155). 3 En aroumain, on emploie aussi (et surtout ?) des formes au pluriel : păreasini, preasini (Pas-cu 1, 139).
4 En revanche, végl. coresma (BartoliDalmatico 284 ; ElmendorfVeglia) représente un emprunt au croate (cf. n. 2).
5 En français, en francoprovençal, en occitan et en gascon, on observe une certaine instabilité en ce qui concerne le genre grammatical des issues de l’étymon protoroman féminin. Nous citons ci-dessus, dans la mesure du possible, les seules données qui poursuivent le genre de l’étymon. Le masculin est attesté en français depuis la fin du 12e siècle (GdfC s.v. caresme) et l’a emporté définitivement à partir du 17e siècle. Le francoprovençal connaît à date ancienne seulement le féminin, et c’est sous l’influence du français que le masculin s’est implanté (il est notable que des locuteurs de cette zone ont continué plus longtemps l’usage du féminin en français, cf. par exemple LaboureurMazures 295 : “Et toûjours apres ladite Heure de Prime, la Caresme et certains autres jours exceptés, se dira la Messe de la Croix par les Enfans”). Les sources témoignent de la coexistence des formes masculines, qui dominent dans les régions limitrophes du domaine linguistique d’oïl, et féminines, qui prévalent quantitativement par-tout ailleurs (cf. ALF 200, ALFC 103*, ALB 145). La situation est semblable pour l’occitan, où la forme standard est du genre féminin (cf. ci-dessus), mais on relève également des formes mas-culines aux confins avec les domaines d’oïl et gascon, ainsi qu’en Provence (cf. ALF 200). Le masculin y est attesté précocement et, semble-t-il, régionalement (cf. Rouergue 1165 [carerme], */kua'resim-a/ s.f. | 433
[quareima], DevauxEssai 81 ; MargOingtD 100 ; FEW 2, 1389a‒1391a ; Schüle in GPSR 3, 87‒89 ; HafnerGrundzüge 94 ; ALF 200 ; ALLy 893 ; ALJA 1524), occit. caresma (dp. 1183 [carerma], BrunelChartesSuppl 106 ; Pansier 3 ; Raynouard ; Levy ; AppelChrestomathie 223 ; FEW 2, 1389a‒1391a ; ALF 200), gasc. ˹coaresme˺ m. (dp. 1302 [quoaresme], ArchHistGironde 37, 413 ; Raymond,BSSLA 3, 170 ; Palay ; ALF 200 ; ALG 1532 ; FoixGascon 184), cat. quaresma f. (dp. ca 1200, BrugueraOrganyà 64 ; DCVB ; MollSuplement n° 2718 ; DECat 6, 906), esp. cuaresma (dp. 1255 [quaresma], DME ; DCECH 2, 259), ast. cuaresma (dp. 1128 [quaresma], DELlAMs ; DGLA), gal. coresma/port. quaresma (dp. 1209 [quares-ma], DELP3 ; TMILG ; DDGM ; DRAG2 ; HouaissGrande ; CunhaVocabulário2).
Commentaire. – À l’exception du sarde (cf. n. 2), et du végliote (cf. n. 4), toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire proto-rom. */kuaˈresim-a/ s.f. « période de jeûne de quarante jours consécutifs s’étendant du mercredi des Cendres au Samedi saint (les dimanches exclus) qui prépare les chrétiens à Pâques, carême »6.
Le corrélat du latin écrit, quadragesima s.f. « id. », n’est connu que tardive-ment, en latin ecclésiastique (dp. saint Jérôme [* ca 347 ‒ † 420], Georges ; cf. Ernout/Meillet4). Le substantif est issu d’une ellipse à partir de lat. quadragesi-ma dies loc. nom.f. « quarantième jour avant Pâques », qui comporte lat. qua-dragesimus num. ord. « quarantième » (dp. Caton l’Ancien [* av. 234 ‒ † 149], OLD ; IEEDLatin s.v. quattuor).
On observe une différence phonologique entre l’étymon protoroman et son corrélat latin : la simplification du groupe consonantique */dr/ > */r/ et la chute du */ɡ/ sont parallèles à celles qu’a subies le numéral cardinal correspondant quadraginta > */kuaˈranta/ (REW3 s.v. quadragĭnta ; cf. LausbergSprachwissen-schaft 2, § 786). Une forme intermédiaire */kuaraˈɡesm-a/ est par ailleurs postu-lée par des emprunts dans les langues celtiques : airl. corgus (gén. corgais), gall. carawys, bret. ko(a)rais (cf. LEIA C-209 ; JacksonBritain 429 ; LothBrittoniques 144).
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BrunelChartes 76 ; Castrais 1188 [kareime], BrunelChartes 230 ; Languedoc 1288/1289 [caresme ; <:feme m.>], AppelChrestomathie 169). Pour le gascon, la seule forme féminine rencontrée est aran. coaresma (CorominesAran 403), dont le caractère héréditaire est sujet à caution ; de ce fait, les données ci-dessus ne comportent que le masculin, qui se doit possiblement à l’influence du français.
6 Alb. kreshmë « carême » en représente un emprunt (IEEDAlbanian).
434 | 1. Articles
Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 68‒117, 301‒305, 327, 349, 409, 426, 443, 494, 529 ; REW3 s.v. quadragēsima ; Ernout/Meillet4 s.v. quattuor ; von Wartburg 1945 in FEW 2, 1389a‒1391a, QUADRAGESIMA ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 168‒170, 253, 272, 282‒291 ; 2, § 348, 392‒395, 421 ; MihăescuRomanité 299.
Signatures. – Rédaction : Przemysław DĘBOWIAK. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Günter HOLTUS. Romania du Sud-Est : Ma-ria ILIESCU ; August KOVAČEC ; Elton PRIFTI ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Sergio LUBELLO. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU ; David TROTTER. Ibéroromania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ ; Fer-nando SÁNCHEZ MIRET. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Jean-Paul CHAUVEAU ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Bianca MERTENS ; Monika TAU-SEND.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 05/07/2016. Version actuelle : 11/07/2016.
*/'laβ-e-/ ~ */'laβ-a-/ v.tr. « nettoyer (qch./qn) avec de l’eau ou un autre liquide »
I. Type récessif : */ˈlaβ-e-/
*/ˈlaβ-e-re/ > logoud. lá·ɛrɛ v.tr. « nettoyer (qch./qn) avec de l’eau ou un autre liquide, laver » (Loporcaro,Sprachwandel 131 [Luras]) 1.
II. Type dominant : */ˈlaβ-a-/
*/laˈβ-a-re/ > sard. laƀare v.tr. « laver » (dp. 1316 [lavet subj. 3], Stat. Sass. 24 = CorpusATLiSOr ; DES [Giave, Bonorva] ; EspaLogudorese ; AIS 665, 946
||
1 En dehors de la variété de Luras, enclave à base logoudorienne à l’intérieur du domaine gallurien, ce type morphologique n’est continué que dans logoud. láere v.tr. « baigner (le pain) durant la cuisson, (l’)asperger », caractérisé par une restriction sémantique (DES ; PittauDizio-nario 1 ; CasuVocabolario ; EspaLogudorese ; cf. Loporcaro,Sprachwandel 131). – Pour une possible trace de ce type flexionnel en dacoroumain, cf. n. 3.
*/'laβ-e-/ ~ */'laβ-a-/ v.tr. | 435
p 937‒938, 949 [Nuoro, Bitti, Dorgali]) 2, dacoroum. pop. la (dp. 1500/1510 [date du ms.], Psalt. Hur.2 107 ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 934 ; DLR ; Cioranescu n° 4661 ; MDA)3, aroum. laŭ (dp. 1770 [λάου], KavalliotisProtopeiria n° 480‒481 ; Pascu 1, 105‒106 ; DDA 4 ; BaraAroumain), végl. lavúr (Bartoli-2
Dalmatico 318 ; ElmendorfVeglia), istriot. lavà (PellizzerRovigno ; AIS 665, 946, 1683), it. lavare (dp. 1151/1200 [aitcentr. levare], TLIOCorpus ; GDLI ; DELI2 ; AIS 665, 946, 1683), frioul. lavâ (PironaN2 ; GDBTF ; AIS 665, 946, 1683 ; ALD-I 397), lad. lavè (dp. 1763, Kramer/Thybussek in EWD ; AIS 665, 946, 1683 ; ALD-I 397), romanch. lavar (dp. 1560 [lavêr], GartnerBifrun 245 ; Widmer in DRG 10, 621‒631 ; HWBRätoromanisch ; AIS 665, 946, 1683 ; ALD-I 397), fr. laver (dp. ca 1100 [ 5 lavat prét. 3], RolS 181 ; GdfC ; FEW 5, 213a ; TL ; TLF ; ANDEl ; ALF 754),
2
frpr. ère e ˹ lavå ˺ (dp. 1 m. 13 s. [lavar], SommeCode 40 ; FEW 5, 213b ; Hafner-Grundzüge 21 ; ALF 754 ; ALLy 627 ; ALJA 1823‒1824), occit. lavar (dp. ca 1130/1149 [emploi pron.], AppelChrestomathie 109 ; Raynouard ; Levy ; FEW 5,
||
2 Ce lexème ne se trouve aujourd’hui plus qu’en logoudorien. Dans la majorité des parlers de la Sardaigne, le sens « laver » a été pris en charge par d’autres unités lexicales (cf. AIS 665, 946) ; dans une large aire centro-méridionale de la Sardaigne, le verbe ne survit que dans les formes là imp. 2, laƀai subj. 5, leƀint subj. 6 et au sens « regarder », qui s’explique à partir d’une évolution sémantique idioromane (cf. Spano1 ; DES ; PittauDizionario 1 ; CasuVocabo-lario).
3 En dacoroumain standard, ainsi que dans les dialectes sud-danubiens du roumain, les issues régulières de l’étymon ont été remplacées par des lexèmes remontant au dérivé proto-rom. */s-per-'laβ-a-/. – Dacoroum. pop. la est caractérisé par la coprésence de deux variantes du participe passé, lăut et lat (DA/DLR). Si le participe lat, qui existe en dacoroumain (marqué comme “régional” par DA/DLR) et en aroumain (DDA2 s.v. lau), s’explique à partir du type régulier protorom. */laˈβ-at-u/, il est possible d’expliquer la variante lăut, qui existe seulement en dacoroumain, à partir d’une base protoroum. */la-ˈut-u/, forme réalignée sur les participes passés en */-ˈut-u/ à partir de protoroum. */ˈlaut-u/ (corrélat de lat. lautum), supin de */ˈlaβ-e-/. Il s’agirait, dans ce cas, d’une relique précieuse de l’ancienne flexion en */ˈ-e-/ absorbée à l’intérieur du paradigme concurrent en */-ˈa-/. Toutefois, nous ne sommes pas en mesure d’exclure l’hypothèse alternative, qui amènerait à considérer roum. lăut comme une création interne du roumain, en tant que telle inutilisable pour la reconstrution. 4 L’aroumain ne connaît presque plus l’infinitif verbal (cf. Saramandu,Tratat 460 ; Kramer,LRL 3, 429‒430) ; bien que le DDA2 propose comme lemme un infinitif láre, la forme citationnelle est la première personne du singulier du présent (cf. aussi n. 3). 5 e La forme laved prét. 3 (fin 10 s.), donnée comme première attestation par le TLF, est extraite de la Passion de Clermont, texte composé dans un idiome dont l’identification n’est pas assurée (peut-être occitan, cf. DePoerck,RLiR 27 ; DEAFBiblEl s.v. PassionA). Pour la même raison (identification douteuse de la langue du texte), on n’a pas tenu compte de lauet part. p. (av. 1100, SponsT 176), forme pourtant indubitablement française (et enregistrée comme telle par TL 5, 244).
436 | 1. Articles
213b ; Pansier 3 ; ALF 754), e e gasc. ˹ lawá ˺ (dp. 2 m. 13 s. [date du ms. ; lauar], CartBigRC 34 ; FEW 5, 213b ; Palay ; CorominesAran 531 ; ALF 754), cat. llavar (dp. 1252 [ e e lavar ], DCVB ; DECat 3, 103), esp. lavar (dp. 2 m. 11 s. [labare], DCECH 3, 609 ; Kasten/Cody ; DME ; Kasten/Nitti), ast. llavar (dp. 1375, DE-LlAMs ; DGLA), gal./port. lavar (dp. 1220/1240, TMILG ; DELP3 ; DDGM ; DRAG2 ; HouaissGrande [25/06/2014] ; CunhaVocabulário2).
Commentaire. – Toutes les branches romanes présentent des cognats condui-sant à reconstruire protorom. */ˈlaβ-e-/ ~ */ˈlaβ-a-/ v.tr. « nettoyer (qch./qn) avec de l’eau ou un autre liquide, laver »6.
Les cognats romans n’invitent pas à la reconstruction d’un étymon unitaire, mais à celle de deux variantes flexionnelles, */ˈlaβ-e-/ et */ˈlaβ-a-/. Le caractère originel de protorom. */ˈlaβ-e-/ (ci-dessus I.), continué seulement en logoudo-rien (mais cf. n. 3 pour une possible descendance en dacoroumain), semble assuré par son appartenance à la conjugaison en */ˈ-e-/, récessive en protoro-man (cf. MeulInfixes 38‒39). En revanche, protorom. */ˈlaβ-a-/ (ci-dessus II.), extensif, est diffusé dans toutes les branches romanes. Cette distribution semble indiquer que les deux variantes flexionnelles ont coexisté à l’origine dans un rapport de synonymie, mais que */ˈlaβ-a-/, relevant du type flexionnel domi-nant, a fini par évincer presque entièrement le type I.
Le corrélat du latin écrit de I., lauere v.tr. « laver », est documenté depuis Névius (* ca 270 ‒ † 201, TLL 7/2, 1047 ; OLD), tandis que celui de II., lauare v.intr. « id. », est attesté à partir de Plaute (* ca 254 ‒ † 184), en emploi réfléchi (TLL 7/2, 1050 ; IEEDLatin)7. Les deux variantes flexionnelles sont attestées côte à côte pour une longue phase de la latinité, mais leur distinction valencielle s’est vite perdue (cf. Ernout/Meillet4 s.v. lauō) : un passage de Fronton (* ca 100 ‒ † ca 170) faisant une tentative de normalisation témoigne indirectement de la variation libre entre les deux types dans l’oralité latine du 2 e 8 siècle apr. J.-Chr.
||
6 Nous suivons IEEDAlbanian (malgré VătăşescuAlbaneză 50, qui y voit un emprunt à proto-rom. */ˈlaβ-a-/) pour analyser alb. laj v.tr. « laver » comme un lexème héréditaire (selon Bonne-tAlbanais 299‒300, il s’agirait d’un emprunt à l’italien).
7 Lat. lauere et lauare ont un statut morphologique très complexe, certaines formes étant communes aux deux paradigmes (c’est le cas du parfait laui, cf. Ernout/Meillet4 s.v. lauō ; pour les variantes du participe passé lautum, lotum et lauatum, cf. ALLG 15, 353‒356 ; TLL 7/2, 1047‒1048 ; IEEDLatin et ci-dessus n. 3).
8 Le passage en question concerne le sémantisme respectif de lauare, lauere et abluere (consi-dérés comme des synonymes) dans la langue des gens cultivés (“doctorum”) : “Lacrimis [...] genas ‘lavere’ dicam [...], vestimenta autem ‘lavare’, non ‘lavere’; sudorem porro et pulverem ‘abluere’, non ‘lavare’ [...] ; haud sciam, an quis roget : nam quis me prohibet vestimenta ‘la-
*/'laβ-e-/ ~ */'laβ-a-/ v.tr. | 437
Deux siècles plus tard, en ca 370/380, Diomède le grammairien certifie la dispa-rition du type lauere dans la langue parlée de son époque, en confirmant que les deux variantes étaient utilisées auparavant en tant que synonymes : “‘lavo, lavas’ nos dicimus, illi vetusti ‘lavis’ [...] ; sed quidam per i ‘lavit’ pro ‘umectat’ et ‘coinquinat’ intellegi volunt, sed frustra ; id enim significat quod ‘lavas’ per a” (TLL 7/2, 1047).
Les résultats de la reconstruction, qui suggèrent que le type II. a dû sup-planter à date très ancienne déjà le type I., qui ne s’est maintenu que dans une aire isolée, sont donc parfaitement en phase avec le témoignage méta-linguistiques du latin écrit, qui atteste la disparition (en tout cas pour une par-tie, certainement extensive, du monde latinophone) du type I. dès le 4 e siècle.
Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 223, 405, 418, 446 ; 2, § 189 ; REW3 s.v. lavāre ; Ernout/Meillet4 s.v. lauō ; von Wartburg 1949 in FEW 5, 213a‒220b, LA-VARE ; LausbergLinguistica 1, § 173‒175, 308, 373 ; 2, § 795 ; HallPhonology 54 ; SalaVocabularul 541 ; MihăescuRomanité 117, 147, 251, 305.
Signatures. – Rédaction : Clara GRANDE LÓPEZ ; Marco MAGGIORE. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Pierre SWIGGERS ; Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Victor CELAC ; Cristina FLORESCU ; Maria ILIESCU ; August KOVAČEC ; Elton PRIFTI ; Nikola VULETIĆ. Italoromania : Simone PISANO ; Paul VIDESOTT. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : My-riam BENARROCH ; Ana BOULLÓN ; Steven N. DWORKIN. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Louis ALBRECHT ; Pascale BAUDINOT ; Ana María CANO GONZÁLEZ ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Yan GREUB ; Isabella MARCHIONE ; Jan REINHARDT ; Luca SCHÄFER ; Uwe SCHMIDT ; Matthieu SEGUI ; Justine VÉRON.
Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 28/07/2016. Version actuelle : 28/07/2016.
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vere’ potius quam ‘lavare’, sudorem ‘lavare’ potius quam ‘abluere’ dicere ? tibi vero nemo in ea re intercedere [...] poterit [...] ; nos vero, qui doctorum autem auribus servituti serviendae nosmet dedimus, necesse est tenuia quoque ista [...] persequamur” (TLL 7/2, 1047).
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*/'laks-a-/ v.tr. « cesser ou s’abstenir de faire (qch.) »
I.1. */ˈlaks-a-/
*/lakˈs-a-re/ > campid. lassare v.tr. « cesser ou s’abstenir de faire (qch.), lais-ser » (dp. 1102 [lasare], BlascoCrestomazia 1, 99 ; DES ; PittauDizionario 1 ; AIS 1657), dacoroum. lăsa (dp. 1500/1510 [date du ms.], Psalt. Hur.2 105 ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 1262 ; Cioranescu n° 4715 ; RosettiIstoria 120‒ 121 ; MDA ; DLR ; Florescu,RLiR 71, 99‒109 ; ALR SN 1871‒1872), istroroum. laså (Byhan,JIRS 6, 262 ; PopoviciIstria 119 ; PuşcariuIstroromâne 3, 119, 190 ; Mi-hăescuRomanité 140 [lasé part. p.] ; SârbuIstroromân 222 ; ALR SN 1802 p 02), méglénoroum. lăsari (Candrea,GrS 3, 408 ; CapidanDicţionar s.v. las ; Atana-sovMeglenoromâna 100), aroum. las (dp. 1770 [λάσου], KavalliotisProtopeiria n° 0501 ; Pascu 1, 30 ; DDA 1 s.v. alas ; BaraAroumain ; ALR SN 1802 p 010),
2
végl. lasúa (BartoliDalmatico 318 [prés. 1 (inf. non attesté)] ; ElmendorfVeglia ; Vinja,SRAZ 7, 26), istriot. lasá/láso (DeanovićIstria 113 ; MihăescuRomanité 143 ; AIS 1657 p 397, 398), e itcentr. / itmérid. lassare (dp. déb. 13 s. [lassadho part. p. ; aussi ms. fin 13e 2 s.], TLIOCorpus ; AIS 1657), frioul. lassâ (PironaN ; 2
GDBTF ; AIS 1658 p 326‒329, 337‒38, 348, 357), afr. laissier (881 [lazsier] ‒ ca 1477/1481, HenryChrestomathie 3 = TLF ; DMF2010 ; Gdf ; GdfC ; TL ; FEW 5, 220b ; AND 3 ; ALF 745), frpr. laissier (dp. 1220/1230, HafnerGrundzüge 63 ; ALF 2
745), e e occit. laissar (dp. 2 t. 11 s. [laissaz ind. prés. 5], SFoiHA 1, 293 = FEW 5, 221a ; ALF 745), e e gasc. ˹ lachà ˺ (dp. 3 t. 12 s. [laissar/leissar], CartBigRC 34 ; FEW 5, 222b ; ALF 745), e acat. lleixar (1237 ‒ 15 s., DCVB ; DECat 3, 44‒48), aesp. lexar (10e e /11 s. [laiscare ; lexar(e)], DCECH 2, 435 ; DME s.v. dejar), ast. llexar (dp. 978 [ 4 lexauit prét. 3], DELlAMs), agal./aport leixar (1220/1240 ‒ 1552, TMILG ; DDGM ; DiplomataChartae 456 = DELP 5 s.v. deixar ). 3
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1 L’aroumain ne connaît presque plus l’infinitif verbal (cf. Saramandu,Tratat 460 ; Kramer,LRL 3, 429‒430) ; la forme citationnelle est la première personne du singulier du présent. 2 Les graphies <s> et <ss> des scriptae de l’Italie du Nord pourraient aussi avoir la valeur /ʃ/, mais les attestations dialectales modernes avec /ss/ orientent vers une lecture /s(s)/. 3 Cette issue régulière (loi de Bartsch) a été remplacée par fr. laisser (dp. ca 1150, TL ; Gdf ; TLF ; FEW 2, 221a), forme analogique (cf. BourciezPhonétique § 41 ; LaChausséeMorphologie 226, 228).
4 De nos jours, ast. llexar n’est pratiquement plus utilisé, bien que l’on relève encore des attestations au 20 e siècle (DGLA s.v. dexar). 5 La date de 1069 proposée par CoDoLGa correspond à un texte rédigé en latin.
*/'laks-a-/ v.tr. | 439
I.2. */ˈlaks-i-a-/
*/ ère e lakˈs-i-a-re / > itsept. / tosc. lasciare v.tr. « laisser » (dp. 1 m. 12 s., Scuola-SicDiGirolamo 561‒562 ; DELI2 ; AIS 1657), lad. lascè (dp. 1763 [lassè], Kra-mer/Thybussek in EWD ; ALD-I 395), romanch. laschar (dp. 1527 [laschier], Schorta,ASR 56, 19 ; Tomaschett in DRG 10, 498‒530 ; HWBRätoromanisch ; AIS 1657).
II. */ˈdaks-a-/
*/dakˈs-a-re/ > logoud. dassare v.tr. « laisser » (dp. ca 1063/1065 [dassaimusilos prét. 4], CSPSDelogu 80 = DES ; AtzoriGlossario ; PittauDizionario 1), cal. centr.-mérid. dassare (DTC ; AIS 1657 p 762, 780, 794), sic. dassari (Traina ; VS ; AIS 1657 p 817, 836, 865), lang. daissar (dp. 1339/1369 [daisec prét. 3], Le-vy ; FEW 5, 226a), gasc. dechà (dp. 1639 [dexar], ForsBéarnOG 162 ; FEW 5, 226a ; CorominesAran 430 s.v. dixà ; ALG 1579, 1806), cat. deixar (dp. 1294/1295 [dexar], Floricic,MélMańczak 201 n. 9 ; DECat 3, 44‒48 ; DCVB ; MeierNotas 95), arag. dixar (NagoreEndize 2, 685), esp. dejar (dp. ca 1220, DCECH 2, 435 ; GarcíaDiego ; DME), ast. dexar (dp. 1128 [dexan prés. 6], DELlAMs ; DGLA), gal. 6 / port. deixar (dp. av. 1209, DELP ; Houaiss ; TMILG). 3
Commentaire. – Tous les parlers romans sans exception présentent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers un type évolué, proto-rom. */ˈlaks-a-/ v.tr. « cesser ou s’abstenir de faire (qch.), laisser ».
Les cognats romans ont été subdivisés selon les différents prototypes dont ils relèvent : */ˈlaks-a-/ (ci-dessus I.1.), */ˈlaks-i-a-/ (ci-dessus I.2.) et */ˈdaks-a-/ (ci-desssus II.).
Au sein du type I., en */l-/, la grande majorité des idiomes romans conti-nuent I.1. */ˈlaks-a-/, tandis que les dialectes italiens septentrionaux (majoritai-rement)7, le toscan (et donc l’italien standardisé), le ladin et le romanche pré-sentent le type I.2. */ˈlaks-i-a-/ 8. Cette répartition spatiale dénonce comme
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6 La date de 1091 fournie par DELP3 correspond à un texte en latin. 7 Cf. RohlfsGrammStor 1, § 225 et AIS 1657 pour le détail ; en ancien toscan, les deux types coexistent (CastellaniGrammStor 398‒399).
8 Nous suivons MeyerLübkeGLR 1, § 464, RohlfsGrammStor 1, § 225, Kramer/Thybussek in EWD, Eichenhofer in HWBRätoromanisch et Tomaschett in DRG 10, 529 pour postuler l’existence du type I.2. en protoroman (nous rejetons, suite à Castellani,StAltieriBiagi 31‒43, l’analyse de Baglioni,SLI 27, 143‒171, qui considère le phonétisme /-ʃʃ-/ d’it. lasciare comme un
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secondaire le type I.2., inconnu du sarde et du roumain, les deux parlers qui se sont séparés le plus tôt du tronc protoroman commun. Ce type évolutif s’analyse avec profit, à la suite de Dardel,RLiR 70, 393‒394 et passim (dont la modélisa-tion s’appuie sur 21 paires de variantes grammaticales du type */'par-a-/ ~ */'par-i-a-/), comme issu de I.1. par ajout de l’interfixe postradical-préflexif */-i-/, diastratiquement marqué : sans contenu sémantique dénotatif, cet inter-fixe apporte une connotation plus basilectale aux lexèmes qu’il frappe, par opposition à leurs correspondants non interfixés, qui relèvent davantage de variétés acrolectales. Par la suite, les idiomes issus des branches connaissant les deux variantes ont sélectionné soit l’une, soit l’autre, de sorte que toutes les deux ont perdu leur connotation diastratique originelle.
Le type II. */ˈdaks-a-/, qui est continué en sarde, dans des parlers de l’italien méridional extrême (cal. centr.-méd. sic.), en occitan, en gascon et dans les idiomes de l’Iberia (cat. arag. esp. ast. gal./port.), a fait couler beaucoup d’encre (cf. Malkiel,IJAL 23, 14 ; Mondéjar,RF 97, 415 ; DECat 3, 44‒47 ; Flori-cic,MélMańczak 197‒203 ; Floricic,AGI 99, 67‒73)9. Les étymologies proposées oscillent entre des explications idioromanes10, à écarter en raison de l’aréologie du type, qui s’étend du sarde au portugais, et protoromanes, à privilégier (“tudo leva a crer na coexistência de laxare – *daxare”, DELP3). Parmi les analyses qui attribuent l’apparition du type II. à la protolangue (encore que ce point ne soit pas toujours très clair : certaines formulations laissent à penser que le phéno-mène se serait produit de façon indépendante dans différents domaines ro-mans), celle proposée par Ascoli,AGI 11, 26, 117, 422‒424 (cf. aussi Ascoli,AGI 12, 24‒27) et Schuchardt,ZrP 15, 241, qui part d’un dérivé **/de-ˈlaks-a-/, a eu le plus de succès (> DES ; PittauDizionario 1 ; FEW 5, 227b ; Kasten/Cody s.v. dexar). Toutefois, la plausibilité de ce scénario, qui suppose soit une réduction spontanée */del-/ > */d-/, soit un croisement entre */ˈlaks-a-/ et */de-ˈlaks-a-/, est très réduite (cf. Machado in DELP3 ; Corominas in DCECH 2, 436 ; Flori-
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gallicisme). Ne sont isolées sous I.2. que les données irréductibles au type I.1., tandis que les cas indécidables sont traités sous I.1. (la palatalisation du groupe */ks/ est régulière en fr. frpr. occit. gasc. cat. esp. ast. gal. port., cf. MeyerLübkeGLR 1, § 463‒464 ; LausbergSprachwissen-schaft 1, § 210 ; 2, § 441 ; HafnerGrundzüge 63, 126 ; RonjatGrammaire 2, 184‒186 ; Badia-GramàticaHistòrica § 84 ; LloydLatín 405 ; FerreiroGramática 1, 153 ; WilliamsPortuguese § 92). 9 Les différences sémantiques entre les continuateurs de */ˈlaks-a-/ et ceux de */ˈdaks-a-/ (SilvaSemântica 349‒530 ; FlorescuSemantică 177‒304) semblent pouvoir être mises sur le compte d’évolutions idioromanes.
10 DECat 3, 44 : “deixar, alteració de l’antic lleixar” ; DCECH 2, 435 : “dejar, alteración del antiguo lexar”.
*/'laks-a-/ v.tr. | 441
cic,MélMańczak 203)11. Nous suivons au contraire Floricic,MélMańczak 203‒214 et Floricic,AGI 99, 73‒86 pour voir l’origine de l’alternance entre */l-/ (spirante latérale alvéolaire sonore) et */d-/ (occlusive alvéolaires sonore), qui partagent le même point d’articulation, à l’initiale de ce verbe protoroman dans une inno-vation phonétique, et plus particulièrement dans un renforcement articulatoire (fortition) dû à des facteurs pragmatiques : à l’instar du dialecte italien de Pive-rone (Piémont), qui présente /d-/ seulement à la 2 e personne de l’impératif, /l-/ partout ailleurs (Ascoli,AGI 12, 24‒27), protorom. */ˈdaks-a-/ aura fait son appa-rition d’abord à l’impératif, mode non seulement particulièrement fréquent dans le discours (en tout cas pour un verbe signifiant « laisser »), mais aussi acquis de façon précoce par les enfants (cf. Floricic,MélMańczak 210). Depuis l’impératif, la variante secondaire en */ˈd-/, qui présente une fortition de l’attaque dont on mettra l’apparition sur le compte de l’expressivité, a pu se propager sur les autres formes du paradigme. Compte tenu de son aréalogie, qui englobe le sarde et plusieurs parlers de la Romania continentale, protorom. */ˈdaks-a-/ peut être reconstruit pour la strate la plus ancienne de la proto-langue (protoroman commun, cf. Leonard,TRLP 1, 30 ; BaldiFoundations 292) ; éminemment liée au discours, cette variante de */ˈlaks-a-/ devait certainement appartenir aux variétés d’'immédiat communicatif’ du latin global.