Faites revenir !
Vétérans
Un personnage ordinaire
Madame Durand est aussi peu extraordinaire que son nom. Ni
décoration ni citation ne la distingueront d’aucune façon. Pen-
dant une grande partie de l’occupation nazie, le grenier de son
pavillon a seulement servi de refuge à trois enfants dont tous les
parents avaient été déportés comme Juifs. De toute la journée,
on ne les entendait pas, aucun visiteur ne s’est jamais douté de
leur présence. On ne pouvait les promener dehors que la nuit,
pour qu’ils marchent un peu dans Paris-Jardins, avec Madame
Durand ou avec moi qui habitais tout près. Du fait de la défense
passive, la nuit était tout à fait noire à cette époque, alors
qu’aujourd’hui l’aéroport baigne le ciel d’une lumière diffuse. À
la libération, un seul de ces enfants a retrouvé quelqu’un de sa
famille. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus.
Alexandre
Alexandre n’est pas grand par la taille. Un vieil Italien veuf et
malade, rongé par le ciment ou le plâtre qu’il a taloché tout au
long de sa vie. Des chantiers, des patrons, en quantité. Et pas
– 33 – toujours besoin d’une grève pour devoir en changer. Simple-ment se mettre en avant pour faire payer les heures supplémen-taires, les meneurs étaient vite repérés et les collègues pas tou-jours très motivés pour les défendre. Il fallait aller voir ailleurs si ce serait mieux.