Faites revenir !

Michel Batifoille · Chapitre 20 sur 24

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Raoul et Raymonde

 

Raoul et Raymonde, nés en 29 et 28, font connaissance à Évreux où se tiennent deux Écoles Normales (l’une pour gar-çons, l’autre pour jeunes filles) et entre elles la ville en ruines suite aux combats de la Libération en 1944. Une forte propor-tion des instituteurs qui en sortent alors adhèrent au Parti.

Leur militantisme n’est guère apprécié par les autorités dans les petits villages où ils sont nommés et restent rarement plus d’une seule année. Ils essaient d’animer un peu de vie cultu-relle : dans une petite salle des fêtes, on regarde les films du ci-né-club, assis sur des bancs d’école, le projecteur au milieu de la salle fait un bruit épouvantable ; quand le film casse (assez sou-vent), on s’arrête pour le recoller. Pourtant ce n’était pas même des films d’engagement.

On se les renvoie comme des patates chaudes d’un bout du dé-partement de l’Eure à l’autre et ce n’était pas souvent le confort dans les logements de fonction des villages, jusqu’à aboutir à Gisors en 1958. Dans cette petite ville, les opinions contesta-taires sont mieux tolérées ; ils y restent deux ans. La ville, c’est le premier WC avec chasse d’eau dans l’appartement, mais le lo-gement est minuscule, un grand studio. En 1958, de Gaulle ar-rive au pouvoir. Les colleurs d’affiches sont tabassés par les mi-lices de droite.

 

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En 1960, ils partent vers la région parisienne. Clichy-sous-Bois

n’est alors qu’un vaste chantier entre les champs et les bois. Une

banlieue rouge couleur de boue.

Raymonde devient directrice d’une école maternelle toute

neuve.

Raoul travaille à l’hôpital psychiatrique de Ville-Évrard, pour y

faire de l’animation culturelle. Les sorties familiales sont élar-

gies à quelques malades pour aller au théâtre (surtout au TNP),

à des expositions de peinture.

La guerre d’Algérie se termine dans la douleur. Raoul et Ray-

monde participent à la manifestation qui se termine par 9 morts

au métro Charonne. Contre l’OAS, Raoul va pendant quelques

nuits monter la garde à la mairie. Neufs ou vieux, on ressort des

fusils.

Mais la politique perd de sa naïveté et de sa spontanéité ; à Cli-

chy, ce n’est plus seulement l’affirmation d’un espoir lointain et

la solidarité avec les exploités ; il s’agit aussi de contrôler la mu-

nicipalité.

Alors ils sont éliminés du Parti : en début d’une année (1966 ou

67), on « oublie » de leur remettre leur carte d’adhérent ;

l’équipe du maire y a mis bon ordre ; bien plus tard en 1989-90,

les propos racistes de ce maire feront les gros titres aux infos.

Mais voilà, la politique, pour eux, c’est terminé.

À partir de 1960, ils voyagent pendant l’été en Tchécoslovaquie,

où ils se font des amis (un réfugié français, ancien déporté à

Mathausen ; un réfugié marocain qui parle dans les émissions

de radio en langue française ; un réfugié yougoslave opposant à

Tito ; une Tchèque professeure de français, etc.) ; Raoul parle

un peu la langue tchèque ; ce milieu plutôt intellectuel est assez

critique et même sarcastique sur la démocratie populaire.

 

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