L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 4/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques
Chapitre 1385
Le Religieux de Saint-Denis, traduit par M. Bellaguet.
Les grands du royaume, considérant que le roi était dans toute la force de la jeunesse et qu’il n’avait pas encore contracté mariage, voulurent assurer un héritier légitime à la couronne; ils tinrent conseil avec ses oncles et les princes du sang royal, afin de lui trouver une épouse digne de son rang. Il y eut désaccord dans les opinions, et l’assemblée se partagea entre trois avis. Le duc de Bourgogne, Philippe, cherchant à prouver que son bien aimé neveu pouvait s’unir sans déroger à la fille du duc Étienne de Bavière, exaltait par un pompeux éloge la noblesse des princes bavarois. D’autres, reprochant à ces princes d’avoir naguère abandonné l’Église, soutenaient que la famille des ducs d’Autriche était plus puissante et plus considérée. D’autres, enfin, estimant plus que tous les avantages les nombreux services que les ducs de Lorraine avaient rendus aux rois de France dans leurs guerres, au risque même de leur vie, et la fidélité qu’ils avaient jusque-là gardée aux Français, conseillaient au roi de choisir la fille du duc Jean, alors régnant. Cependant, à la fin ils s’en remirent d’un commun accord au bon plaisir du roi pour terminer cette contestation, et envoyèrent dans les États des trois ducs un peintre très-habile, pour faire le portrait des trois jeunes princesses. Ces portraits furent présentés au roi, qui choisit madame Isabelle de Bavière, âgée de quatorze ans, la trouvant très-supérieure aux autres en grâce et en beauté.
On envoya donc les chevaliers demander au père de la jeune princesse la main de sa fille, que le roi de France voulait associer à sa haute fortune et dont il espérait obtenir ce que les hommes ont de plus cher au monde, des enfants. Le duc devait savoir, ajoutaient les ambassadeurs, qu’elle ne manquerait pas de richesses et qu’elle partagerait un trône glorieux; il ne devait pas regretter d’unir son sang et sa race à ceux d’un si grand roi. Telles furent les considérations qu’ils exposèrent dans un long discours. Le duc accueillit leurs paroles avec de grands témoignages de joie et de reconnaissance, ne se croyant pas digne d’un tel honneur. Il confia sans plus tarder sa fille chérie à leur fidélité. Les envoyés offrirent à la princesse les cadeaux de fiançailles, la firent révêtir, comme il convenait à une reine, d’une robe magnifique toute en soie brodée d’or, et la conduisirent jusqu’à Amiens, dans un char couvert, avec un brillant cortége d’hommes et de femmes.
Le roi, charmé de la nouvelle de son arrivée, partit le 10 juillet, passa par Saint-Denis, où, suivant la coutume de ses prédécesseurs, il adressa ses prières au patron particulier de la France, et se rendit à Amiens en toute diligence. Il y épousa la princesse, et le même jour[121] le mariage fut célébré, à la grande satisfaction des Français. Il serait peut-être fastidieux, et contraire à la brièveté dont je me suis fait une loi, de raconter en détail toute la magnificence de cette fête; les hérauts et les bouffons en ont, je pense, assez parlé. Je dirai cependant qu’il n’y manqua rien de ce qui convenait à la majesté royale. Le roi s’en alla trois jours après, et laissa la reine à la garde de la duchesse d’Orléans et du comte d’Eu, qui tous deux étaient d’un âge mûr.
[121] Le 18 juillet, quatre jours après la première entrevue du roi avec Isabelle de Bavière. (_Note de M. Bellaguet._)
PROJET DE DÉBARQUEMENT EN ANGLETERRE.