Initiation avec mon meilleur ennemi

Jocabel C. Caballero · Chapitre 1 sur 39

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Initiation avec mon meilleur ennemi

Chapitre 1

 

Haylee

Août

 

– Haylee, attends !

Je me retourne et vois Francis, l’un des étudiants ayant géré les activités de cet été, approcher.

– Tu as oublié de prendre ça.

Récupérant le pull à capuche qu’il me tend, je souris. Le vêtement est aux couleurs de l’université de Springfield.

– Si tu n’avais pas une petite amie, on pourrait mal interpréter ce geste, plaisanté-je.

– C’est Nina qui m’a donné l’idée, dit-il en riant. Tu as ta place à Springfield. Et honnêtement, je crois qu’elle aimerait vraiment que tu t’y inscrives l’année prochaine. Euh… elle m’a aussi fait promettre de te prendre en photo avec pour s’assurer que je ne me suis pas défilé.

Je souris, nullement surprise par la demande de Nina. Francis est quelqu’un d’assez introverti. Alors sa copine essaie régulièrement de le faire sortir de sa coquille en le poussant à aller vers les autres. Je dois être l’une de ses missions pour vaincre sa timidité, mais je ne m’en offusque pas. Voyant que Francis attend, je m’exécute et enfile le pull. Je fais une grimace à l’appareil dès qu’il braque son téléphone sur moi. Les preuves de sa bravoure dans la boîte, dit-il en souriant.

– Je suppose qu’on va pouvoir compter sur toi pour rejoindre nos rangs ?

Bien sûr que oui ! L’université de Springfield a tout ce que je désire. Passionnée depuis toute petite par les astres dominant notre monde, j’ai toujours souhaité faire des études en astronomie. Et c’est pour choisir ma future fac que j’ai demandé à mes parents de m’inscrire dans l’une de ces colos d’été faisant découvrir les universités aux lycéens. Après en avoir visité plusieurs, Springfield est celle que je préfère. Elle n’est qu’à quatre heures de chez moi, et le département d’astronomie et d’astrophysique est dément ! De plus, si tous les étudiants sont aussi sympas que Francis et Nina, j’ai hâte d’y être ! Honnêtement, je regrette presque d’avoir encore une année à faire à Galena High School, car j’aimerais pouvoir faire ma rentrée universitaire dès maintenant.

J’ouvre la bouche pour répondre avec enthousiasme, mais le bras qui entoure mes épaules ne m’en laisse pas le temps.

– Salut, minimoy !

Je serre les dents en reconnaissant cette voix. En voilà un qui ne m’avait pas manqué ces deux derniers mois…

– Maximilien.

Il grimace en m’entendant utiliser son prénom complet et je m’en réjouis. Il aime qu’on dise « Max », mais il peut toujours courir pour que je me plie à ses préférences alors que cet abruti m’appelle encore minimoy !

– Qu’est-ce que tu fais ici ? demandé-je en essayant de me débarrasser de son étreinte, en vain.

Je n’aime pas qu’il me touche, qu’il soit aussi proche de moi. Et pourtant, il s’obstine à garder son bras de footballeur de mes deux autour de moi. Ça l’amuse de me voir lutter pour lui échapper. De toute évidence, il n’a pas mûri au cours de ces deux derniers mois. Quoi de moins surprenant ? Les années ont beau passer, Max n’a toujours pas l’air de comprendre que sa seule présence me donne la nausée.

– Ta mère a eu un empêchement, alors me voilà.

Du coin de l’œil, je vois Francis regarder Maximilien, éberlué. Je sais ce qu’il voit. C’est ce que tout le monde remarque face à Maximilien. Le joueur de football avec la fameuse veste bleu et blanc de Galena High School de toute évidence populaire, qui fait baver les filles et que tous les mecs, ou presque, apprécient. Ce mec ami avec tout le monde et qui a toujours le sourire aux lèvres. Sauf que moi, je ne vois rien de tout cela. Je ne vois que mon fucking voisin que je supporte depuis ma plus tendre enfance et qui m’exaspère. Je vois le connard qui passe chaque jour de son existence à me provoquer et à m’appeler minimoy simplement parce qu’il est plus grand que moi. Beaucoup plus grand avec son mètre quatre-vingt-sept contre mon mètre soixante.

Maximilien me dévisage un court instant et j’en fais autant. En deux mois, il n’a pas changé d’un poil. Sa tignasse brune est en désordre, comme à son habitude. Quelqu’un devrait lui offrir un peigne, sérieusement… Sa carrure est aussi imposante qu’avant et même cette intensité dans ses iris chocolat n’est pas différente. Ils recèlent toujours cette touche d’espièglerie irritante. Ce qui me distrait un moment, c’est son physique. Son teint est plus hâlé qu’il y a deux mois. Comme s’il avait passé tout l’été sous un soleil pétant. Et ses muscles semblent plus sculptés… Je retiens une grimace en me rendant compte que je l’observe avec un peu trop d’intérêt. Beurk.

– Tu as grandi ou j’hallucine ? plaisante Max en m’attirant à lui pour comparer nos tailles. Minimoy… Tu es devenue l’accoudoir parfait !

Liant le geste à la parole, il pose son bras sur ma tête avec ce rire franc qui séduit tant de mes camarades de classe. Je me crispe et le frappe dans les côtes pour qu’il me lâche, mais ça ne fait que redoubler son hilarité.

– Oh, marmonne-t-il prenant enfin en compte la présence de Francis. Salut, mec ! Ça roule ?

Il lui tend la main et un étrange silence s’installe, tandis que Max scrute mon tuteur. Quand je vois un faible sourire se dessiner sur ses lèvres, j’ai envie de l’étriper. Je sais ce qu’il fait. Il juge Francis. Francis et son allure de scientifique un peu débraillée. Francis et son corps svelte, certainement peu attractif selon les critères de Maximilien. Je le sais, parce que c’est toujours ce qu’il fait lorsqu’il me croise avec un garçon. Qu’on soit loin de Galena High School et de notre quartier ne change rien à son comportement de crétin !

– Je n’ai pas terminé ma conversation. Tu peux aller m’attendre dans la voiture ?

J’insiste sur ce dernier mot parce que même s’il s’est ramené avec sa moto infernale, il n’y a aucune chance que je rentre avec lui. Je ne suis pas l’une de ces filles qu’il trimbale sur sa moto. Max continue à sourire et relâche enfin sa fichue étreinte. Il me fait signe de poursuivre ma discussion, mais ne s’en va pas. Je soupire et adresse un regard désolé à Francis, qui semble amusé.

– Passe-moi ton numéro pour que je t’envoie les photos.

J’acquiesce et m’exécute en silence. Nous avons utilisé son appareil avec Nina durant la colo et j’ai hâte de récupérer les clichés !

– Tu étais l’un des tuteurs d’Haylee, c’est ça ?

Francis hoche la tête avec un petit sourire étrange sur les lèvres. J’imagine que la question de Max l’amuse. Après tout, qu’est-ce qu’il foutrait sur le campus autrement ? Les étudiants ne reprennent les cours qu’en octobre… Essayant de faire abstraction de la présence irritante de Max, je termine ma conversation et promets de rester en contact avec Nina. Lorsque mon tuteur finit par partir, je me retrouve seule face à mon insupportable voisin. Celui-là même qui m’adresse un sourire resplendissant.

– Alors, tu t’es éclatée dans ta colo de geeks ?

– Ce n’était pas une colo de geeks, Maximilien.

– Comment Haylee Green appellerait-elle une colo qui pousse les lycéens à passer leurs étés à étudier ?

– Une colo qui s’intéresse à l’avenir de ces mêmes lycéens ?

Max marmonne un « mouais » peu convaincu et me prend mon sac des mains. Je hausse un sourcil, surprise. En temps normal, il m’aurait laissée me débrouiller toute seule. Il l’a déjà fait alors que je portais bien plus lourd, simplement parce que ça le faisait marrer de me regarder galérer.

– Il n’y a vraiment que toi, minimoy, pour passer ton été à étudier, lâche-t-il en marchant en direction de la Ford grise de sa mère.

Choisissant de ne pas répondre aux insultes qu’il vient de me balancer en pleine poire, je m’installe côté passager, tandis qu’il range mon sac dans le coffre. Lorsqu’il me rejoint, il passe sa main dans ses cheveux et m’adresse un drôle de regard. S’il s’attend à un « merci » pour s’être tapé quatre heures de route afin de venir me chercher, il peut toujours rêver ! Le connaissant, il va profiter de chaque minute du trajet pour me faire tourner en bourrique.

– Tu attends le déluge ? lâché-je voyant qu’il n’a pas l’air décidé à démarrer.

Est-ce que je crains qu’il prenne la mouche et me laisse à Springfield pour me donner une leçon ? Non. Pourquoi ? Parce qu’entre Max et moi c’est une longue histoire. Les répliques sanglantes et les coups foirés régissent notre « amitié ». Celle-là même qu’on est obligés de maintenir envers et contre tout pour le bien de nos deux familles.

Les Henderson et les Green étaient proches bien avant notre naissance. Et si l’on oublie cinq minutes Max, cette amitié ne me déplaît pas. J’adore Jessica Henderson. Elle est un peu comme une tante pour moi. Le hic chez les Henderson, c’est le fils.

À une époque, très très lointaine, nous avons été amis. Seulement, le Max que je connaissais a changé du tout au tout lorsqu’on avait 10 ans. Le petit garçon sensible, gentil et un brin peureux est désormais prétentieux, arrogant, bagarreur… et j’en passe. Et tout cela n’a fait qu’empirer au collège quand il est devenu populaire grâce au foot. Inévitablement, nous avons fini par prendre chacun un chemin différent. Malgré ça, on aurait pu continuer à être plus ou moins amis… si le parfait petit connard qu’il est ne s’était pas mis à m’éviter pendant un long moment pour ensuite revenir vers moi avec un moyen toujours plus ingénieux que la veille pour me faire sortir de mes gonds. Au vu de la situation, rien d’étonnant à ce qu’aujourd’hui notre douce amitié d’enfant ait laissé la place à une relation tordue. Je le déteste et il me rend ce sentiment à la perfection étant donné l’entrain qu’il met chaque seconde de sa vie à pourrir la mienne. Alors, pas question de le remercier.

– Tu n’aurais pas grossi ?

Un frisson me parcourt lorsque je sens la chaleur de sa main contre ma peau et qu’il me pince la cuisse. Avec ces températures, j’ai choisi d’enfiler l’un des shorts en jean que j’avais apportés pour la colo même s’il n’est plus tout à fait à ma taille. Cet été, mon corps a changé et je me suis retrouvée avec des vêtements trop petits par endroits. Je ne pensais pas que cela importerait puisque ma mère était censée venir me chercher, mais de toute évidence, mettre ce short a été une mauvaise idée. Le regard de Max sur mes cuisses me le fait comprendre. J’ai certainement l’air d’un saucisson dans ce short trop serré… Et ça me gêne. Mais ce qui me perturbe le plus, c’est qu’il l’ait remarqué. Lui, le mec qui ne s’intéresse qu’aux filles comme Bethany Miller, la capitaine des pom-pom girls : grande, élancée, bien foutue de partout et horriblement belle. Mes joues virent au cramoisi.

– Garde tes sales pattes de pervers pour toi !

Contrariée, je tire sur mon pull pour l’empêcher de me toucher de nouveau. Je crève de chaud sous ce truc. Je n’avais pas l’intention de le porter après avoir fait la photo, mais je ne vais pas avoir d’autre option. Ma réaction le fait marrer. Il démarre en secouant la tête, hilare, et nous quittons le campus de Springfield.

 

***

Au bout de quatre heures à transpirer et à ignorer les remarques de Maximilien, je vois enfin le bout du tunnel. Bon Dieu, ce que quatre heures peuvent paraître une éternité en si mauvaise compagnie ! Avec un soupir, j’observe les rues de Galena.

Galena est une petite ville dans l’État de l’Illinois réputée dans le comté pour sa beauté naturelle, ainsi que ses bâtiments historiques. Quand nous passons dans Main Street, je ne peux m’empêcher de penser à la remarque qu’avait faite notre prof d’histoire. D’après elle, si Abraham Lincoln revenait faire un tour dans le coin, il ne serait pas tellement dépaysé. Pourquoi ? Parce que Galena est ce genre de patelins qui dressent un portrait charmant et authentique de l’histoire américaine. Quatre-vingt-cinq pour cent de la ville sont inscrits au registre national des sites historiques et presque rien n’a changé depuis des années.

– Il y a une surprise qui t’attend chez toi, lance soudainement Max.

– Si elle ressemble à la dernière surprise, non merci, grommelé-je en faisant référence à sa présence non désirée.

Il ne réplique rien, mais ne se départ pas de son petit sourire en coin. Lorsqu’on entre dans notre quartier, je soupire d’impatience. Je rêve d’une douche froide ! Je transpire à grosses gouttes sous mon pull ! Dès que la voiture s’arrête dans l’allée des Henderson, je bondis hors du véhicule. J’ai à peine fait deux pas dehors qu’on me saute dessus.

– Taylor ! m’exclamé-je en reconnaissant la tignasse brune qui m’enlace.

– SURPRISE ! crie ma meilleure amie en riant. J’ai tellement de trucs à te raconter, Haylee !

Surexcitée, elle m’entraîne vers la porte d’entrée. Juste avant qu’on en franchisse le seuil, Max nous interpelle. Je me retourne et reçois mon sac en pleine poire.

– On ne dit pas merci, minimoy ?

Le petit sourire satisfait qu’il arbore m’agace. Alors je lui adresse mon majeur et le remercie à ma façon. Quand je suis Taylor à l’intérieur, je l’entends distinctement rire et je lève les yeux au ciel. Plus qu’un an. Un an à le supporter et ensuite ciao Maximilien Henderson !

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