Initiation avec mon meilleur ennemi
Chapitre 15
Haylee
– Là, c’est sûr, tu vas prendre au moins deux cents kilos ! ricane Max quand je me ressers une deuxième part de tarte au potiron.
Pour toute réponse, je lui adresse mon majeur. J’entends ma mère soupirer à table se retenant de me faire une remarque, mais elle a l’air d’avoir abandonné le combat. Après tout, je crois que c’est la cinquième fois que j’adresse ce geste à mon fucking voisin.
Ce soir, les Henderson sont invités à la maison, comme chaque année, pour Thanksgiving. J’ai passé la journée aux fourneaux avec ma mère et Mme Henderson pour préparer ce festin. Alors la dinde, la purée de patates douces, la farce et les trois sortes de tartes sur lesquelles on a travaillé méritent amplement mon attention !
Assis juste en face de moi, Max me scrute avec un énorme sourire aux lèvres. Il hausse un sourcil quand je prends de la gelée et l’ajoute sur ma tarte. Son regard lance un franc « sérieusement, minimoy ? », ce qui me fait d’autant plus sourire. Chaque année, je fais exactement la même chose. Je mélange la gelée à mon dessert et ça l’horripile. Il trouve ça dégueu. Parfait. Ça sera la première phase de ma vengeance pour m’avoir traitée une nouvelle fois de « grosse ». J’enfourne un bout de tarte dans ma bouche sans lâcher Max des yeux. La grimace qu’il m’adresse quand je fais mine de gémir de bonheur me ravit.
– Répugnant, marmonne-t-il en secouant la tête.
Nos parents sourient et me laissent continuer à le mettre mal à l’aise. Ce soir, mes parents et M me Henderson semblent satisfaits du déroulement de la soirée. Et pour cause, pour une fois depuis certainement des années, Max et moi n’avons pas passé la soirée à nous faire de sales tours ou à nous chamailler. Nos échanges ont été plus ou moins cordiaux et enfantins. Alors ils laissent courir certaines de nos gamineries. Lorsque les adultes retournent à leur conversation, je mets en marche la deuxième phase de ma vendetta.
Discrètement, je récupère une énorme cuillérée de gelée. Puis je lève les yeux vers Max pour m’assurer qu’il regarde ailleurs que vers son assiette. Je suis un instant déstabilisée par son air pensif. Visiblement perdu dans ses pensées, Max me fixe. Non, en fait, il fixe mes lèvres encore barbouillées de gelée. Inconsciemment, je passe ma langue sur celles-ci et il se tend. Inspirant un grand coup, je le vois me détailler avec une lueur étrange dans le regard, puis ça disparaît. Il secoue la tête et fait mine de s’intéresser à ce que les parents racontent. Perplexe, je profite de sa distraction pour recouvrir sa part de tarte aux noix de gelée. Ma mission accomplie, je me redresse et continue à manger sagement. Lorsque je le vois lever la tarte et l’enfourner dans sa bouche, je me retiens de sauter de joie. Mais dès que son expression change et qu’il lance un regard plein de dégoût à son gâteau, je ne peux m’empêcher d’exploser de rire.
– Qu’est-ce que tu as foutu ! s’écrie Max en me fusillant du regard, plus ou moins amusé. Je vais te la faire bouffer, tu sais ça ?
– Désolée, Maximilien, mais je suis allergique aux noix.
– Le rouge te va à ravir, alors je tente ma chance, lance-t-il en se levant de table pour faire le tour.
Ayant déjà sauté hors de ma place, je pars en courant vers l’étage et entends nos parents soupirer. Quoi ? Au moins, on ne s’entretue pas. Pas encore en tout cas. Si Max me rattrape, je suis morte ! C’était la dernière part de tarte aux noix et il adore ça. Il va me le faire payer de la lui avoir gâchée. Grimpant les marches deux par deux, je l’entends partir à ma poursuite. J’atteins la porte de ma chambre et m’apprête à la refermer, mais Max est beaucoup trop rapide. La porte s’ouvre à la volée et il s’avance vers moi avec la tarte à la main. Je recule ne pouvant m’empêcher de rire. Quand je tombe sur mon lit, coincée, son sourire sadique ne me rassure pas.
– Je t’ai dit que c’était dégueulasse, pourquoi est-ce que tu en as mis sur ma part ? C’était la dernière, fait-il, mécontent.
Je lâche un oups qui lui arrache un sourire et il me rejoint sur mon lit.
– Tu vas la manger, affirme-t-il en me dominant complètement. Hors de question de gâcher une bonne tarte aux noix !
Je secoue la tête en guise de réponse négative. Mon allergie aux noix n’est pas bien grave, je peux en manger sans en mourir, mais je déteste la sensation qui l’accompagne. Je suis horrible avec toutes ces plaques rouges sur le visage et les démangeaisons, n’en parlons même pas ! Max secoue la tarte au-dessus de mon cou et je sens quelque chose de froid me couler dessus. La gelée.
– ATTENDS ! Tu vas ruiner ma nouvelle robe ! m’exclamé-je en essayant de le repousser.
Max hausse un sourcil et s’éloigne pour scruter avec plus d’attention ma robe. Son regard s’emplit de nouveau de cette lueur étrange et me fait vibrer. La robe que je porte pour l’occasion est nouvelle. Nous l’avons achetée avec ma mère sur Main Street cette semaine. Dans le style bohème évasé, ma robe rouge est un peu plus courte que ce que j’ai l’habitude de porter, m’arrivant à mi-cuisse. Mais j’ai complètement craqué pour les bretelles fines et le dos nu relié par un nœud.
– Je me disais aussi que je ne t’avais jamais vue avec cette robe, marmonne-t-il doucement.
Je rougis quand son regard brûlant est sur moi. Elle lui plaît, ça, j’en suis certaine… Les dizaines de sensations nouvelles qui m’envahissent lorsqu’il est aussi près de moi refont surface. Quand sa main libre suit ma taille jusqu’à ma nuque, je ne peux m’empêcher de frissonner. Voilà ce dont je parlais. Ces instants de flou qui me perturbent complètement lorsque nous sommes seuls. Dès qu’il me touche, mon corps est comme enflammé et mes hormones n’en font qu’à leur tête. Et j’ignore si c’est normal. Est-ce que je suis censée ressentir toute cette cacophonie d’émotions et ce désir lorsque Max m’effleure ? Est-ce que c’est ça qu’on est supposé ressentir lorsqu’un garçon nous touche ? Ou est-ce que ça signifie… autre chose ?
Ne sachant pas comment réagir, je lève les yeux et croise son regard chocolat intense. Mon souffle s’accélère lorsque sa main frôle ma poitrine et monte sur ma peau. Je frissonne et j’ai la sensation que lui non plus ne sait pas trop ce qui se passe. Les yeux rivés sur le chemin que prend sa main, il a l’air complètement ailleurs. Je suis prise de court lorsque sa langue se pose sur mon cou et aspire la gelée ayant coulé sur moi. Mes mains se crispent sur son tee-shirt et mon cœur s’emballe. Sentir son souffle chaud sur ma peau m’électrise. Je devrais être gênée, vouloir le repousser, lorsqu’il se met à sucer ma peau, doucement, mais je n’y arrive pas. Un frémissement traverse mon corps et je soupire.
– OK, souffle-t-il tellement bas que je peine à l’entendre. Je ne vais pas ruiner ta robe… ça serait du gâchis vu qu’elle te va si bien… Ni te faire manger quoi que ce soit… Mais tu viens avec moi quelque part ce soir.
– Où ça ?
Ma voix tremble légèrement, ce qui attire son attention. Nos regards se croisent et, brusquement, tout s’arrête. Le mur qu’il érige entre nous dès qu’on se retrouve seuls refait surface et la chaleur de sa main disparaît. Rapidement, il me libère de son étreinte. À cet instant, je me rends compte que si les parents étaient entrés dans la chambre, ils auraient pu se méprendre sur la situation. Mon cœur bat la chamade.
– Quelque part, sourit Max en remettant son masque de petit prétentieux. Pas d’inquiétude, ça va être fun.
Se dirigeant vers la porte, il s’apprête à sortir, mais s’arrête et se retourne pour scruter de nouveau ma robe.
– Mais change-toi d’abord. Je reviendrai te chercher vers une heure.
J’acquiesce et le regarde disparaître. Dès que je suis seule, je me laisse tomber sur mon lit, déboussolée. Je sais qu’on est convenus avec Max de ne pas centrer ma liste d’expériences sur les garçons, mais il va falloir absolument que je mette le paquet de ce côté-là. Parce que sinon, je n’arriverai jamais à comprendre pourquoi quand il me touche, je me sens aussi… bizarre. Matéo ne me fait pas cet effet et encore moins Warren. Alors pourquoi Max ? Je soupire et vais passer un coup d’eau sur mes joues rouge pivoine avant de redescendre à table. Je n’en sais rien, mais je vais devoir le découvrir parce que je n’aime pas que des questions restent sans réponse.
***
Vers minuit, un bruit de cailloux jetés sur ma fenêtre m’interpelle. Je m’extirpe de mon lit et vois Max me faire signe. J’attrape mon téléphone qui vibre sur la commode.
[Descends sans te faire prendre.]
Il plaisante ? Il veut que je fasse le mur ? Mon père est shérif, bon sang ! Comment est-ce qu’il veut que je quitte la maison sans me faire choper ? Je ne sais pas ce qu’il a en tête, ni pourquoi je me laisse aussi facilement convaincre – après tout, c’est moi qui risque d’être privée de sortie si je tombe sur mon père –, mais, je m’exécute. L’adrénaline et le stress m’envahissent quand je quitte ma chambre. Prenant soin d’éviter les planches qui grincent, je dévale doucement l’escalier et m’éloigne de la zone rouge : la chambre des parents. Puis, sachant que passer par la porte d’entrée serait trop bruyant, je vais dans la cuisine et ouvre la fenêtre au-dessus de l’évier. Passant un pied après l’autre, je me faufile dehors. Alors que je suis en train de baisser la fenêtre tout en prenant soin de la coincer pour qu’elle ne se referme pas complètement, Max arrive derrière moi.
– Bien joué !
Son souffle dans mes cheveux me fait sursauter et il pouffe doucement. Je me retourne vers lui pour lui demander à quoi rime tout ça, mais il pose un doigt sur mes lèvres pour m’empêcher de parler. Liant ses doigts au mien, il m’entraîne loin de chez nous. Je comprends qu’on va quitter notre quartier quand je vois qu’il a au préalable laissé sa moto à quelques maisons de là.
– Où est-ce qu’on va ? lui demandé-je enfin quand il me tend un casque.
– Continuer ta liste !
– J’ai l’impression que maintenant que j’ai accepté une maudite fois de monter sur ta bécane, tu ne vas plus me laisser le choix, maugréé-je en enfilant le casque, puis en m’accrochant à lui.
J’entends Max rire et nous quittons notre quartier. Oui, bon, je ne déteste pas complètement sa moto. En fait, j’aime cette proximité entre nous. Ce qui me perturbe encore plus… En silence, j’essaie de comprendre où on va. Galena est l’une de ces villes où il n’y a personne dans les rues à partir d’une certaine heure. Alors je ne suis pas surprise que toutes les routes que nous empruntons soient vides. Ce qui m’étonne en revanche, c’est que je reconnais exactement le chemin. Nous allons au lycée… Qu’est-ce qu’on va faire là-bas à une heure pareille ?
Arrivés devant le bâtiment, nous nous approchons du bahut en catimini. Max nous fait nous arrêter devant les portes, jette un coup d’œil à l’intérieur, puis passe un coup de fil. Je devine qu’il appelle l’un de ses amis vu sa façon de parler et ne suis presque pas étonnée de voir Warren apparaître à une fenêtre pas loin de l’entrée. Ouvrant cette dernière, il nous fait signe d’entrer. Max grimpe avec une facilité déconcertante sur le rebord et passe de l’autre côté. Avant que je ne lui signale que je ne pourrai jamais faire ça, il me tend la main pour me faire entrer à mon tour.
– Bienvenue dans la résistance, Haylee ! s’exclame Warren avec un énorme sourire.
– La résistance ? répété-je, perdue. Qu’est-ce qu’on fait au lycée à cette heure ? Et comment est-ce que vous êtes arrivés à entrer ? Vous vous êtes introduits par effraction ?
Mes questions amusent les deux garçons.
– L’effraction consiste dans le forcement, la dégradation ou la destruction de tout dispositif de fermeture ou de toute espèce de clôture, lance Max ayant visiblement bien retenu une des leçons que mon père a dû lui inculquer en tant que shérif. S’il n’y a pas de destruction, il n’y a pas d’effraction, Haylee.
– C’est vrai, on n’a rien cassé pour entrer, affirme Warren. Deux d’entre nous sont restés après la fermeture du lycée et ils nous ont ouvert de l’intérieur.
– Mouais, je ne suis pas certaine que mon père serait d’accord avec ça.
Je souris parce qu’au regard complice que me lance Max, il sait que mon père ne serait pas du tout d’accord avec ça.
– Bon, vous allez me dire ce qu’on fait ici à commettre un crime ?
– On voit bien que tu es fille de shérif ! ricane Warren.
Me passant une boîte en carton, il m’adresse un clin d’œil. Je l’entends dire à Max que Garrett, Matéo et Félix se sont répartis dans les différentes salles de classe et que la bande de Scott est dans les couloirs, mais je ne comprends toujours pas ce qu’on fait là. Je baisse les yeux vers la boîte dans mes mains et vois plus d’une centaine de ballons dégonflés. Quand Max récupère deux petites pompes à vélo, ça me frappe.
Chaque année, les seniors de Galena High School font une farce à la direction. Parfois, en pleine journée, parfois, ils passent la nuit au lycée pour la préparer. Et de toute évidence, cette année, c’est à notre tour.
– On va s’occuper de la bibliothèque et l’on vous rejoint dans les couloirs du hall ! fait Max en me prenant la main. Tu viens ?
J’acquiesce avec enthousiasme. Je ne pensais pas un jour participer à
l’élaboration des 1 pranks de seniors. Celles-ci sont toujours organisées dans le plus grand secret par une poignée d’élèves, alors je suis tout excitée d’en faire partie.
– C’est quoi le programme ?
– On va mettre un peu de couleurs dans tout le lycée ! dit-il en riant et en montrant la boîte que je tiens dans les mains.
Il m’explique alors que toute l’équipe s’est arrangée pour réunir des milliers de ballons dans ce genre et ils comptent recouvrir une majorité de zones du lycée avec.
– Ça sera comme quand on était petits dans la piscine à boules ! fait-il en souriant quand on arrive à la bibliothèque.
Le souffle court, je le suis et m’assois à terre à son signal. Après avoir déballé une centaine de ballons, il me tend une pompe et l’on commence à gonfler chacun de notre côté. Pendant qu’on avance doucement, Max m’apprend que certains ballons seront remplis de bien plus que de l’air.
– Mais ceux-là, ils seront spécialement dédiés à nos très chers enseignants ! Ils vont adorer !
Nous échangeons un regard et nous esclaffons. Nous savons tous les deux que les enseignants de Galena détestent ces farces qui célèbrent traditionnellement la fin des cours. L’année dernière, ils avaient tout mis en place pour éviter que les seniors leur en fassent voir de toutes les couleurs. Mais cette fois, les seniors ont prévu leur farce bien avant la période habituelle, alors personne ne se doute de ce qu’ils verront demain. Je gonfle un maximum de ballons, imaginant déjà la tête qu’auront les autres élèves et les profs. Oui, ça, c’est une expérience dont je veux me souvenir !
***
– On n’a plus de ballons, informé-je Max en retournant le carton.
– Warren est dans le hall, tu peux lui en demander d’autres. Moi, je vais coller ce qui me reste là-haut !
Avec un sourire d’enfant qui sait qu’il fait une bêtise, Max attrape une poignée de ballons et tire une chaise pour grimper sur les rayonnages. Non content de laisser traîner plus de deux cents ballons par terre, Max s’est mis à les scotcher entre les rayons bien haut pour que la vieille bibliothécaire ne puisse rien faire. Je secoue la tête, amusée, et pars chercher encore une boîte.
Warren est bel et bien dans le hall en compagnie de quelques autres garçons de l’équipe. Mais pour les atteindre, je dois jouer aux équilibristes pour ne pas faire éclater les montagnes de ballons qu’ils ont répandues un peu partout. Seigneur, demain ça va être un véritable carnage ! Il doit y avoir plus d’un millier de ballons ! Tout le hall en est recouvert et, par endroits, j’en ai même jusqu’aux genoux ! C’est complètement dément ! Dans un coin, j’aperçois Josh en train de secouer plusieurs bombes… de crème à raser.
– Vous allez vraiment mettre de la crème à raser dans les ballons ? demandé-je à Warren lorsque je parviens à le rejoindre.
Celui-ci me lance un sourire espiègle.
– Pas seulement, Haylee. Pas seulement !
– Si l’on se fait prendre, on va écoper de pas mal d’heures de retenue.
– C’est ça tout le challenge ! s’exclame Garrett en débarquant en compagnie de sa copine et d’autres joueurs. Le but est de ne pas se faire choper et de s’amuser ! Alors n’oublie pas de faire une tête choquée lorsque tu entreras au lycée demain !
Tout le monde pouffe et je me joins à eux. Garrett annonce qu’ils ont redécoré une bonne partie de toutes les classes et l’équipe de Félix s’est occupée des bureaux de la direction. Oui, demain, ça risque d’être un véritable carnage. Surtout pour les tympans lorsque la direction éclatera tout ça !
– Vous avez fini de votre côté ? me demande Warren remarquant que Max n’est pas là.
– On est tombés en rade de ballons. Je viens en mission renflouement !
Me passant deux boîtes, Warren me dit de prévenir Max que ce sont les dernières. Je hausse un sourcil, étonnée de voir que déjà une bonne dizaine de boîtes vides s’accumulent derrière lui. Mais combien en ont-ils acheté ?
– Dis-lui de se magner le train, il va être cinq heures du matin. On doit absolument dormir avant demain pour ne pas attirer l’attention du proviseur ! Parce qu’après ça et ce qu’on a trafiqué dans son bureau il va vouloir chercher les responsables, se marre-t-il. Et tout bâillement risque de nous coûter cher !
J’acquiesce et repars en dansant entre les ballons vers la bibliothèque. Je passe devant la bande de Scott, leur fais un petit coucou et m’apprête à continuer mon chemin quand ce dernier m’interpelle.
– Green, attends !
Je me retourne et lui fais signe d’avancer parce que moi, je suis embourbée dans les ballons. Scott s’esclaffe et me rejoint en dégageant un petit passage.
– Je pensais que tu n’étais finalement pas venue, je ne t’ai pas vue dans le coin.
– On s’occupe de la bibliothèque avec Max.
Scott me regarde bizarrement un court instant, mais j’ai l’impression de rêver puisqu’en un battement de cils il retrouve son sourire charmeur habituel. Celui qui m’a déstabilisé vers la fin de l’été lorsqu’on s’est croisés à Springfield.
– Ce n’est pas vraiment facile de te parler depuis la soirée d’Halloween, marmonne-t-il en passant une main dans ses cheveux. On dirait bien que celle qui est devenue inapprochable, c’est toi…
Dernièrement, c’est vrai que je n’ai pas pensé beaucoup à Scott. Même si nous nous croisons dans les couloirs et que nous discutons régulièrement pendant le cours de maths, je reconnais que je me suis plutôt laissé entraîner par mon désir de m’amuser avec ma liste d’expériences de lycéenne et mes amis. Mais sa remarque tombe à point nommé. Après le nouveau moment de flottement entre Max et moi plus tôt dans la soirée, j’ai besoin de faire une nouvelle expérience. Il faut que je comprenne pourquoi je me sens aussi perturbée par Max. Est-ce que c’est simplement parce qu’il est le garçon dont je suis le plus proche ou bien… est-ce que je fais partie de ces filles qui tombent finalement sous son charme ? Seigneur, ça serait catastrophique… parce qu’il ne me regarde pas du tout comme ça.
– Eh bien… on pourrait peut-être sortir… ensemble… ce week-end ? bégayé-je, les joues virant au cramoisi.
Le visage de Scott s’illumine et il acquiesce.
– Alors à ce week-end.
Avec un sourire, il dépose un baiser sur ma joue et s’éclipse pour rejoindre ses amis. J’inspire profondément et sens que mon visage est devenu aussi rouge que la robe que je portais plus tôt dans la soirée. Serrant les boîtes de ballons contre moi, je reprends mon chemin. Bon, eh bien, peut-être que Max n’est pas le seul garçon qui me déstabilise. Même si, quand Scott me touche, c’est loin d’égaler ce que je ressens face à la chaleur de Max, c’est un début. Après tout, ça serait complètement déplacé que Max me fasse plus d’effet que celui qui me plaît, n’est-ce pas ?
1. Farces.
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