Initiation avec mon meilleur ennemi

Jocabel C. Caballero · Chapitre 2 sur 39

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Initiation avec mon meilleur ennemi

Chapitre 2

 

Max

 

Tout en suivant Haylee et Taylor vers la maison des Green, je n’arrive pas à me défaire du sourire qui me pend aux lèvres. Un sourire semblant particulièrement irriter ma minimoy, qui grogne en me voyant les talonner. Lorsqu’elle s’arrête sur le seuil et se met en travers de mon chemin, je sais ce qu’elle s’apprête à faire. Haylee est un putain de livre ouvert. Ses réactions sont prévisibles, mais toujours hilarantes. C’est d’ailleurs pour ça que, malgré les années, c’est un jeu d’enfants de la faire sortir de ses gonds. Avec un sourire sadique, elle essaie de fermer la porte, mais je la bloque sans effort. Je suis beaucoup plus grand et costaud qu’elle. Elle aura beau mettre tout son poids contre la porte, celle-ci ne bougera pas d’un centimètre. Je ne joue pas au football pour rien.

– Ta présence n’est plus requise, Maximilien !

– Désolé, minimoy, mais ce n’est pas ce qui est prévu.

Elle hausse un sourcil et je vois dans ses yeux gris clair qu’elle comprend. Sa mère m’a invité à dîner. Comme elle le fait à chaque fois que la mienne est de garde, et je ne repartirai pas avant. En tant qu’infirmière, ma mère travaille souvent le soir. Ce n’est pas nouveau et j’ai appris à me débrouiller tout seul. Alors d’habitude, je parviens à esquiver les invitations de M me Green. Cependant, après le service que je lui ai rendu en allant récupérer sa fille, Eden Green ne risque pas de me laisser partir sans un truc dans l’estomac. Je le sais et Haylee aussi. Son agacement redouble mon amusement.

Putain, j’adore ça ! J’adore voir sa frimousse se renfrogner et son regard pétiller d’irritation. Son visage a toujours été très expressif. Quand on était enfants, on pouvait deviner à des kilomètres lorsqu’elle avait fait une connerie. C’est encore le cas d’ailleurs, mais c’est ce qui fait son charme.

Je dois le reconnaître, voir son petit nez se plisser à mon arrivée et entendre ses répliques cinglantes m’a manqué cet été. Je ne comprends toujours pas ce qui lui a pris de passer son été dans une colo pour geeks. Parfois, son attitude de première de la classe m’exaspère. Personne de normalement constitué ne gâche son été de lycéen à étudier avec des nerds d’université. C’est pathétique. Pathétique, mais tellement made in Haylee que je ne peux même pas m’en moquer. Tout particulièrement parce que j’ai toujours été impressionné par sa détermination à suivre sa passion pour devenir astronome.

– Haylee ! Max ! Vous êtes arrivés ! s’exclame Eden Green en embrassant sa fille. Ne restez pas là, les enfants !

Relâchant minimoy, après l’avoir bombardée de questions comme n’importe quelle mère qui n’aurait pas vu son petit poussin depuis plusieurs jours, elle l’incite, avec Taylor, à s’installer dans le salon. Puis, avant que je n’aie le temps de réagir, Mme Green vient me prendre dans ses bras. Son étreinte est comme toujours chaleureuse et pleine d’amour. Maladroitement, je la lui rends. Malgré la relation conflictuelle qu’Haylee et moi avons, je considère les Green comme ma famille. J’ignore où ma mère et moi en serions sans eux. Secouant la tête, je me débarrasse de cette pensée négative qui vient de débarquer dans mon esprit.

– Tout s’est bien passé sur la route ? me demande-t-elle avec ce sourire tendre qui la caractérise. Est-ce que tu as pu te reposer à Springfield avant de repartir ? Faire huit heures de voiture à ton âge n’est pas de tout repos !

Je souris faiblement parce que Mme Green me rappelle Haylee. Elles ont la même tignasse blond cendré et le même regard gris clair. La seule différence entre elles ? C’est qu’Eden me sourit plus souvent que ma minimoy !

Je m’apprête à lui dire que c’était ce que j’avais prévu de faire après avoir récupéré Haylee. Après tout, M me Green n’a jamais eu d’empêchement. C’est moi qui me suis proposé pour aller la chercher. J’avais du temps à perdre et je savais que ça la ferait chier. Alors, entre nous, j’avais hâte de prolonger mon divertissement en traînant à Springfield. Mais je me ravise. Je ne vais pas lui dire que j’ai changé d’avis après avoir vu sa fille aussi rayonnante avec cet étudiant.

Je secoue la tête, perturbé. C’est la deuxième fois de la journée que je ressens ce drôle de truc. Ce malaise et cette frustration qui me sont complètement inconnus. Voyant que Mme Green m’observe, je mens et prétends avoir fait plusieurs pauses en route. Je n’ai pas envie qu’elle s’inquiète pour moi. Ni elle ni ma mère.

Comme je m’y attends, la mère d’Haylee avale mon mensonge. Elle me propose d’aller grignoter un truc et apporte des biscuits faits maison dans le salon. Quand je m’affale sur l’un des fauteuils, je ne suis pas surpris de voir qu’Haylee s’est déjà lancée dans une passionnante conversation avec Taylor sur son été.

Si, au début, je suis curieux de savoir ce qu’elle a fait, plus ça va, moins j’aime l’idée d’entendre ce qu’elle a foutu durant ces deux derniers mois. Dès qu’elle aborde les sorties génialissimes avec son tuteur de la colo, je ressens la frustration de tout à l’heure refaire surface et je n’aime pas ça. À mon plus grand soulagement, au bout d’un moment, sa mère l’interrompt.

– Chérie, tu ferais mieux d’enlever ce pull.

Haylee ne s’en est pas rendu compte, mais elle est toute rouge, plus rouge que son foutu pull. Elle doit crever de chaud depuis des heures, mais elle n’a pas voulu le retirer dans la voiture. C’est sans doute un peu ma faute. Étant face à minimoy, j’ai oublié que le poids était souvent un sujet sensible pour les filles. Je ne compte plus le nombre de fois où les filles qui sont passées dans mon lit m’ont demandé si elles étaient grosses. Avec elles, ce genre de réaction ne me prenait pas par surprise, mais je ne m’attendais pas à ce qu’Haylee ait les mêmes inquiétudes.

À vrai dire, je suis pris de court. Je n’ai jamais eu l’impression qu’elle ne se sentait pas à l’aise avec son corps. Haylee ne se prive jamais de porter des shorts et des débardeurs en été d’habitude. Alors je n’aurais jamais cru que son poids puisse être un sujet tabou. Le malaise que je sens chez elle lorsqu’elle jette un bref coup d’œil dans ma direction me fait grimacer. Je n’aime pas l’idée de l’avoir blessée avec ma remarque stupide. J’aimerais lui dire que la planche à pain qu’elle est n’a pas à craindre d’avoir pris un gramme, mais je n’en fais rien. Parce que, de toute façon, peu importe comment je tournerai ma phrase, elle le prendra mal. C’est Haylee. Et je suis moi. C’est comme ça qu’on fonctionne.

Après une longue minute, Haylee se débarrasse de son pull. Comme d’habitude en cette période de l’année, elle porte l’un de ses fameux shorts en jean et un débardeur coloré simple et innocent. Seulement, contrairement aux années précédentes, il y a quelque chose qui n’est pas du tout pareil. Je déglutis, ahuri. Merde… J’hallucine ou Haylee a complètement changé ?! Face à moi, je n’ai plus du tout la planche à pain que je connais depuis tant d’années. Depuis quand est-ce qu’elle a une telle poitrine ? Ronde et aussi bien fournie ? Bordel, est-ce que ça pousse du jour au lendemain ces merdes ? Je n’écoute pas grand-chose lorsqu’on est en cours de biologie, mais il me semble que ça ne marche pas comme ça.

– Quoi ? s’emporte Haylee voyant que je la mate.

– Tu avais donc bel et bien grossi, lâché-je, déstabilisé à l’idée d’être en train de la reluquer.

– Max ! s’insurge Taylor.

Remarquant le regard noir qu’elle me lance, je sens que j’ai merdé. Haylee n’attend pas que je lui présente des excuses. Elle récupère le pull de ce fichu étudiant et part à l’étage, furibonde.

– Espèce d’abruti, marmonne sa meilleure amie.

Je la regarde suivre Haylee à l’étage sans trop savoir quoi faire. Même si personne n’a jamais compris pourquoi entre Haylee et moi c’était aussi bordélique, cela les a toujours amusés de nous voir nous chamailler. Mais là, je crois que j’ai franchi une ligne qui me fait passer du taquineur à l’enculé, et je n’aime pas ça. Alors je me lève à mon tour et monte à l’étage.

Avec Haylee, nous ne nous excusons jamais des vacheries que nous nous faisons. Elle ne m’a jamais demandé pardon pour avoir foutu de VRAIES araignées dans mon sac de sport alors qu’elle sait que je déteste ces bêtes, et je ne me suis jamais excusé pour avoir fait disparaître le mode d’emploi de son télescope. Sauf que là, c’est différent. Nous n’utilisons jamais nos faiblesses et nos petits secrets dans notre guéguerre. Et ce n’est pas moi qui vais lancer les hostilités. Pas alors que sa famille garde le plus lourd secret des Henderson depuis si longtemps…

Quand je m’approche de sa chambre, je remarque que la porte est entrouverte. Je la pousse et m’attends à voir Haylee et Taylor sur le lit, comme à l’accoutumée lorsqu’elles sont fourrées dans cette pièce, mais elles ne sont pas là. Tant pis, je m’excuserai au dîner.

– Haylee, tu es très bien comme tu es !

– Je sais, marmonne cette dernière, bougonne.

Mon attention est attirée par les voix provenant de la salle de bains annexe à la chambre. M’approchant, je vois que Taylor est assise sur la baignoire et essaie tant bien que mal de réparer ma connerie.

– Tu connais Max, fait-elle avec un grognement. Il est maladroit. Il n’a pas voulu dire que tu avais grossi. Juste que tu as… changé. En bien, évidemment, mais les mecs ne sont pas doués pour exprimer clairement ce genre de chose. Max encore moins.

Haylee, juste à côté d’elle, soupire.

– Ça ne change rien au fait que c’est un crétin, peste-t-elle, puis elle ajoute : ce débardeur est beaucoup trop petit.

Sans me laisser le temps d’annoncer ma présence, Haylee enlève son haut. Face à son reflet, je cille. D’où je suis, je peux parfaitement l’observer sans qu’elle me remarque. Et la forme des seins ronds et parfaits, que j’aperçois dans ce soutien-gorge rose pâle, me déstabilise. Sauf qu’il n’y a pas que sa poitrine qui est différente. Sans ce pull beaucoup trop grand pour elle, je constate que sa silhouette a changé. Son cul est beaucoup plus rebondi dans son short en jean. Ce dernier est d’ailleurs trop petit et la moule beaucoup plus que je n’aurais jamais cru cela possible. Le problème avec ça, c’est que cette tenue met en avant sa cambrure. Sa taille est restée fine, mais les rondeurs sur ses hanches me font loucher. Bordel… Elle est devenue… sexy, constaté-je, mal à l’aise.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours trouvé qu’Haylee avait du charme et un joli visage. Ses traits fins et son petit nez sont adorables. Et avec sa crinière blond cendré et ses joues rosées, elle est magnifique. Surtout lorsqu’elle s’énerve. Mais je l’ai toujours vue comme la gamine avec qui je jouais étant gosse et que je taquine depuis le collège. Contrairement aux autres filles, je ne me suis pas vraiment attardé sur ses seins, ni ses fesses. Mais à cet instant précis, je ne peux m’empêcher de la regarder autrement. Je la fixe, tandis qu’elle mordille avec nervosité sa bouche rosée à travers le miroir et suis comme envoûté. Lorsqu’elle secoue la tête en soupirant, je constate que ses cheveux ont également poussé. Ils lui arrivent jusqu’au creux du dos…

– Je m’en fous de ce que pense ce crétin de toute façon, lâche-t-elle subitement.

Haylee attrape un tee-shirt ample et l’enfile. Et comme un abruti, je ne comprends pas que ça, c’est le signe qu’elle va sortir de la salle de bains. Je suis fasciné par ce que je vois. Alors que c’est Haylee, putain ! Je ne devrais pas être en train de la mater comme ça… Lorsqu’elle pousse la porte, elle sursaute en me découvrant dans sa chambre. Ses joues s’enflamment immédiatement et elle enroule ses bras autour de sa poitrine. Un geste qui attire mon regard sur ses nouvelles formes. Eh merde !

– Qu’est-ce que tu fous ici, Maximilien ?! Aux dernières nouvelles, ce n’est pas parce que ma mère t’invite constamment chez moi que tu as le droit de monter dans ma chambre !

– Je… euh… je…

Rien. Absolument rien ne sort. Parce que je repense à l’image gravée désormais au fer rouge dans mon esprit. Parce que je commence littéralement à paniquer. Je l’ai matée beaucoup plus longtemps que la bienséance entre amis d’enfance ne l’aurait voulu. Tous ces changements en elle me perturbent et me plaisent. J’ignore si c’est écrit noir sur blanc sur mon front parce que quand je lève les yeux vers Taylor, essayant de me reprendre, je la vois pouffer.

– Tu quoi ? insiste Haylee en me poussant pour que je libère le passage. Tu viens de me traiter de grosse encore une fois ?

– Je n’ai jamais dit ça, marmonné-je me sermonnant mentalement. Désolé si je t’ai blessée, ce n’était pas mon intention.

Un lourd silence s’installe, tandis que je vois Haylee et Taylor me dévisager. Ouais, je sais, je ne m’excuse jamais. Pas avec Haylee en tout cas. Sauf que là, c’est différent.

– Navrée de te l’apprendre, Maximilien, mais tu n’as pas assez d’importance dans ma vie pour me blesser. Maintenant, dégage de ma chambre.

Avec joie, pensé-je en fuyant la scène du crime. Ma scène de crime. Celle où pendant un court instant, j’ai oublié la seule règle à ne jamais enfreindre. Peu importe l’amitié-inimitié qui nous lie, je ne dois pas regarder Haylee comme n’importe quelle autre fille. Je n’en ai pas le droit… De nouveau, de mauvais souvenirs essaient de s’imposer à moi, mais je les repousse. Pas question de penser à ça. Pas question de penser à lui. Jamais. Lorsque j’arrive en bas de l’escalier, j’hésite à trouver une excuse pour prendre la poudre d’escampette. Mais la porte s’ouvre à cet instant et Thomas Green apparaît.

– Max, fiston, tout s’est bien passé ?

– Nickel ! affirmé-je en lui rendant sa poignée de main avec un sourire.

Thomas Green embrasse sa femme, puis me fait signe de le suivre.

– Où est-ce que vous allez ? demande Mme Green, mains sur les hanches. Le dîner est presque prêt ! Haylee ! Viens dire bonjour à ton père !

Comme je m’y attends, Haylee ne descend pas. Elle doit s’être lancée dans une nouvelle conversation avec Taylor. Une dans laquelle elle me casse du sucre sur le dos… Sa mère soupire et fait signe à son mari de lui répondre.

– Le shérif du comté a besoin d’une bière, chérie. Et Max… va m’aider à réparer quelques trucs dans le garage. Pas vrai bonhomme ?

J’acquiesce et le suis avec un petit sourire sur les lèvres quand je vois Mme Green secouer la tête d’un air mécontent. Elle déteste lorsque son mari fait ça. Qu’il s’éclipse juste avant le dîner pour éviter de mettre la table. Thomas n’est pas le style d’homme à ne rien faire pour aider sa femme. Bien au contraire, il se plie aux quatre volontés d’Eden en temps normal. Toutefois, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour éviter de mettre la table. Non pas parce que porter quelques assiettes est fastidieux, mais parce qu’il connaît sa femme. Eden Green est beaucoup trop méticuleuse, elle aime quand les choses sont faites à sa façon. Et vu le nombre de fois où Thomas a dû l’écouter pendant une vingtaine de minutes sur ce qui n’allait pas dans le dressage de sa table, je comprends son envie de fuir cette tâche. Je le couvre d’ailleurs avec plaisir. J’adore passer du temps avec Thomas, ce n’est pas un grand sacrifice de l’aider sur ce coup.

M. Green a été davantage un père pour moi que mon propre paternel. C’est avec lui que j’ai appris à jouer au football pour canaliser mes émotions. C’est encore lui qui m’a accompagné à mes matchs au collège lorsque ma mère travaillait à l’hôpital. Et c’est avec lui que j’aborde tous les sujets délicats de garçons que je ne veux pas évoquer avec ma mère. Alors j’accueille ce moment « entre hommes », comme il l’appelle, avec avidité. J’ai besoin de parler de tout et de rien avec lui, parce que ça me détend… et parce qu’il faut absolument que j’efface la vision du corps parfait d’Haylee de mon esprit. Cette image doit disparaître. Parce que je n’ai pas le droit de la regarder autrement que comme la fille de mon enfance. Parce que cela pourrait la mettre en danger. Une deuxième fois… Et je ne peux m’y résoudre.

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