Initiation avec mon meilleur ennemi
Chapitre 7
Haylee
À peine entrée dans ma chambre, j’envoie ma porte claquer.
– Hé ! Je suis là, je te signale ! grogne Taylor qui me suit en silence.
Je marmonne un faible mot d’excuse et saute sur mon lit. Hors de moi, j’enfonce mon visage dans mon coussin et essaie d’oublier ces dernières heures. Mais c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Je sens encore son poids sur moi, son souffle m’effleurer et sa foutue bouche contre mon cou… Un frisson me traverse à ce souvenir. Je le déteste, putain ! Qui croit-il être pour me toucher de cette façon ?! Comme si j’étais l’une de ces filles qu’il peut baiser dans son fichu placard à sexe ! Mais ce que je déteste encore plus, c’est que mon corps ait eu l’audace de réagir à son étreinte. Je sais que durant l’adolescence, les hormones nous jouent plus d’un tour, mais… Max, bon sang ! Rien que d’avoir louché sur son corps d’athlète m’irrite, alors si maintenant je réagis à son contact, c’est la fin du monde !
– Tu veux parler de ce qui s’est passé ?
Le lit bascule et Taylor vient s’asseoir à côté de moi. Elle me caresse la tête attendant que je lui explique pourquoi je suis aussi furieuse. Je n’ai pas décroché un mot depuis que j’ai quitté l’annexe sportive. La colère qui me broie la poitrine m’empêche de parler, de lancer toutes les insultes qui me traversent l’esprit lorsque je pense à Max. Mais en même temps, si je n’ai pas prononcé encore un seul mot, c’est parce que j’ai peur de reconnaître que je suis toujours déstabilisée par mon fucking voisin. Extirpant ma tête de sa cachette, je joue avec les pointes de mes cheveux.
– Max est un connard.
Taylor hausse un sourcil et me fixe en attendant la suite. Elle sait que c’est grâce à lui que j’ai évité de me faire prendre par le coach. Warren le lui a dit. Mais vu la colère qui bouillonne dans mes veines depuis qu’on est sortis de sa fichue pièce secrète, elle sent qu’il s’est passé autre chose.
– J’ai suivi ton stupide conseil, je lui ai demandé d’être une sorte de… d’entremetteur, dis-je enfin ayant besoin de vider mon sac. Surprise, surprise, il a refusé.
Je grimace, me rendant compte que j’avais raison depuis le début. Cette idée était ridicule ! J’ignore ce qui m’a pris d’écouter Taylor et de faire d’elle mon guide dans mes « expériences de lycéenne ». Qu’est-ce que j’ai cru ? Que parce qu’il m’avait aidée en mettant en péril le secret des garçons, je pouvais compter sur lui ? Que je pouvais lui faire confiance et redevenir amie avec lui ? Quelle crétine ! Il doit être en train de bien se marrer après son show pathétique ! Je le déteste…
– Et c’est tout ? s’étonne Taylor. C’est pour ça que tu es aussi…
D’un geste vague, elle me désigne. Perplexe, je me redresse et vais jeter un coup d’œil au miroir dans ma chambre. Je comprends ce qu’elle veut dire. Mon visage est rouge et mes cheveux sont en bataille. Par-dessus le marché, ce crétin a mouillé mon tee-shirt. Poussant un juron, je note au passage qu’il porte son odeur. Une touche de musc et de savon. Malgré moi, je frissonne. Même si je déteste Maximilien, mon corps, lui, semble avoir un tout autre avis sur la question. Quel traître !
– Il s’est passé un truc entre vous ?
– Il m’a agressée, grommelé-je en enlevant mon tee-shirt pour me débarrasser de son odeur. Il a eu l’idée de me montrer, je cite : « ce qu’un mec comme moi attendra d’une fille comme toi. »
Tout en disant ça, j’imite sa voix d’homme des cavernes et Taylor glousse. Elle me demande de développer un peu cette fameuse agression avec un sourire au coin des lèvres. Lorsque j’ai fini, elle ne peut s’empêcher de rire.
– Ça t’agace parce que ça t’a plu ! Parce que même si « Maximilien est le diable », tu t’es sentie toute chose face à lui !
– Pas moi, la reprends-je, contrariée qu’elle semble aussi satisfaite par le tournant qu’a pris son idée stupide de demander de l’aide à ce crétin. Mon corps, nuance ! Je suis certaine que si ça avait été un autre, j’aurais ressenti exactement la même chose.
– Alors, pourquoi est-ce que tu es aussi frustrée ?
Revenant sur mon lit, après avoir enfilé un nouveau haut dans lequel je ne respire plus l’odeur parfumée de Max, je soupire, irritée.
– Il a eu l’audace de m’interdire de m’approcher de son équipe ! Tu t’en rends compte, Tay ?! Il refuse que je parle avec eux ! Comme s’il en avait le droit ! Comme si j’allais lui obéir !
Mon amie sourit et secoue la tête. Elle devine à quoi je pense à cet instant précis. Taylor me connaît. Elle sait comment je réagis aux instances de Maximilien. Son ordre vient tout juste de renforcer ma motivation à être plus entreprenante. Jusqu’à présent, j’ai attendu que Scott fasse le premier pas. Parce que je ne trouvais pas la bonne façon de l’approcher. Parce que son statut de quarterback m’impressionnait. Mais Max, bien malgré lui, m’a donné le meilleur des conseils. C’est à moi de faire le premier pas, ensuite, je verrai bien ce qui se passe avec Scott. Je vais montrer à Max que je n’ai pas besoin de lui pour vivre mes expériences de lycéenne. Et rien de mieux pour ça que de me rapprocher du garçon qui me plaît vraiment ! Un garçon qui n’est pas aussi hypocrite et irritant que Maximilien Henderson.
***
Octobre
– Oh, Haylee ! J’ai besoin de toi sur ce coup ! me supplie pour la centième fois Taylor.
Entrant dans la cafétéria, je secoue la tête en guise de réponse négative.
– Pas question. Je ne vais pas aller à l’audition des cheerleaders avec toi.
– Mais si je n’y vais pas, cette garce ne va pas me lâcher !
Taylor soupire et attrape, contrariée, un plateau. Je lui adresse un sourire compatissant. Je comprends son agacement. Depuis que les cours ont repris, Taylor doit faire face à un problème de taille. Bethany a subitement décidé qu’elle devait faire partie des cheerleaders et passe son temps à lui prendre le chou pour qu’elle passe les auditions. Ce qui la rend malade. Même si elle sort avec Warren, elle n’a jamais voulu entrer chez les cheerleaders. Il n’est donc pas étonnant qu’elle commence à craquer. Bethany sait se montrer insistante lorsqu’elle veut obtenir quelque chose. Et j’imagine que dans ses critères bizarroïdes de division des classes, Taylor doit absolument faire partie de sa troupe. Après tout, pour elle, les sportifs sont tenus de ne sortir qu’avec les filles les plus jolies de Galena, à savoir les cheers…
– Tu sais bien que Bethany ne m’aime pas, lui rappelé-je pour la centième fois. Je n’ai aucune chance de passer l’audition. Et honnêtement, je n’en ai vraiment aucune envie. Je ne la supporte pas non plus, alors être à ses ordres me pousserait à me jeter du haut de l’observatoire le plus proche !
– Ça pourrait t’aider à te rapprocher de qui-tu-sais, insiste-t-elle avec une moue boudeuse, mais je refuse de nouveau.
Même pour Scott, je n’accepterai pas d’entrer dans le club de Bethany. J’ai déjà du mal à l’éviter au lycée sans, en plus, devoir me la farcir pendant les entraînements et les événements scolaires !
– Je t’aiderai à répéter ta choré, si tu veux, lui dis-je en examinant les desserts.
Il ne reste plus qu’un flan. Je souris et tends la main pour l’attraper. J’adore ça, le flan ! Je ne comprends pas comment on ne peut pas aimer ça d’ailleurs. Avec ce caramel qui coule sur la substance lactée gélifiée à la vanille. Miam ! Mais je n’ai pas le temps de m’en emparer. Une main surgit de nulle part derrière moi et me le vole.
– Hé ! lancé-je en pivotant vers mon voleur de flan qui a de toute évidence sauté la file.
Je tombe sur Max, qui me scrute avec un sourire moqueur. Sans m’adresser la parole, il s’en va comme il est venu et emporte mon dessert avec lui. Taylor explose de rire quand je me tourne vers elle, ahurie. Il m’a volé mon flan ! J’hallucine ! Hilare, mon amie m’incite à bouger parce que je bloque tout le monde. Maugréant, je finis par oublier l’idée de prendre un dessert. Je paie mon repas et nous trouve une table aussi loin que possible de celle de ce connard.
– Je vois que vous ne vous êtes toujours pas réconcilié, fait Taylor en me rejoignant, amusée.
– Je n’ai aucune envie de me réconcilier avec lui. Il peut crever la bouche ouverte !
Secouant la tête, mon amie soupire et commence à manger sans se défaire de son petit sourire en coin. Ce qui m’agace un peu.
– Tu es mon amie, non ? Soutiens-moi un peu !
– Je te soutiens, chérie. Mais il faut dire que la situation n’est pas simple pour Warren et moi…
Grommelant, je joue avec mes petits pois, contrariée. Je dois reconnaître que la guerre qu’on se livre avec Max depuis notre petite conversation commence à impacter notre entourage plus que d’habitude. Cette fois-ci, nous ne nous adressons même plus la parole. Mais cela ne nous empêche pas de nous faire des coups fourrés lorsque l’occasion se présente. Pourquoi ? Parce que cela l’agace que je sois devenue amie avec certains de ses équipiers malgré son interdiction. Et parce que ça me fout en rogne qu’il continue à croire que je vais lui obéir. C’en est arrivé à un tel point qu’on ne peut plus vraiment nous laisser seuls dans la même pièce. Et malheureusement, cette situation rejaillit sur Warren et Taylor, mais aussi sur nos familles respectives.
Au dernier repas de famille, nous avons passé toute la soirée à nous faire des coups en douce, dont nos parents ont pâti. J’ai mis du poivre dans son assiette… qu’il a tendue à sa mère avec un sourire sadique à mon attention ; il a versé du ketchup dans mon verre de coca… où mon père a bu discrètement avant que ma mère ne le voie ; j’ai renversé accidentellement mon bol de soupe sur son entrejambe quand sa jambe à frôler la mienne… et ma mère déplore encore l’état de sa belle moquette ; il a par mégarde échangé sa tarte aux noix avec la mienne, réveillant mon allergie à cet aliment… Sur ce coup, j’ai été la seule impactée. J’ai passé toute la soirée à gratter les rougeurs sur mes bras et le lendemain, au lycée, à me trimbaler des plaques sur le visage… Oui, cette fois-ci, les choses commencent à s’emballer plus que d’habitude. Et il n’arrange pas son cas à cet instant précis.
Assis avec Matéo et Warren à la table des élèves populaires, Max m’adresse un sourire satisfait quand il enfourne la première cuillérée de mon précieux flan dans sa bouche. Il ne l’a même pas démoulé ! Hors de moi, je lui présente mon majeur.
– C’est bien la première fois qu’il reste aussi longtemps sans te parler, lâche Taylor, attirant mon attention. D’habitude, il ne tient pas trois jours.
Je fronce les sourcils et ne réponds rien. Parce que ce n’est pas vrai. Max m’a déjà fait la gueule pendant une longue période dans notre pseudo-relation amicale. Lorsqu’il avait 10 ans, du jour au lendemain, après son anniversaire, il ne m’a plus adressé la parole. Et ça a duré plus d’un an et demi. Il refusait de venir à la maison parce que j’y étais. Il s’enfuyait en courant dès qu’il me voyait. Je n’ai jamais compris pourquoi il s’était mis à m’en vouloir. J’ai simplement fini par arrêter d’aller à notre cabane, arrêter de le considérer comme mon ami… Et commencé à le détester quand il a fini par faire son retour pour me pourrir la vie.
– Bon, quel costume as-tu choisi pour Halloween ? demande Taylor changeant de sujet.
Elle sait parfaitement que je ne veux pas évoquer de nouveau ce qui s’est passé avec Max. Ça me met terriblement en colère. Parce que je n’ai pas complètement oublié la chaleur de son corps robuste contre le mien… Alors je suis ravie qu’elle aborde un tout autre sujet.
– Est-ce qu’on doit vraiment se déguiser cette année ?
– On est des seniors, Haylee ! s’écrie-t-elle, outrée. Ce qui veut dire qu’on est automatiquement invitées à la soirée chez les Miller !
Je grimace parce que je ne sais pas si j’ai vraiment envie d’aller à cette fête. Chaque année, une soirée Halloween est organisée dans le grand manoir des Miller. Et chaque année, seuls les gens IN et les seniors sont invités. D’après ce que j’ai entendu dire, c’est l’une des soirées les plus en vue de l’année. En tant que seniors, je devrais être excitée à l’idée de m’y rendre. Parce que tous ceux de ma promo y seront. Parce que c’est l’endroit où il faut être le 31 octobre. Alors quel est mon problème ? Levant les yeux de nouveau en direction du club des uniformes, je soupire. Le problème, c’est que cette soirée a lieu chez Bethany Miller. Sa sœur avant elle l’organisait et elle a brillamment repris le flambeau. Sauf que Bethany et moi ne nous entendons pas vraiment. Rectification : elle me déteste sans raison et passe son temps à me dénigrer, et je la trouve horripilante avec son attitude de cheerleader capricieuse et superficielle. D’ailleurs, je pense qu’elle porte préjudice au groupe. Je refuse de croire qu’elles sont toutes comme Bethany. Le monde ne peut pas porter en son sein autant de garces, ça serait l’Armageddon avant l’heure…
– Haylee, ça fait partie de la liste des expériences de lycéenne !
– Non, ce qui fait partie de cette liste, c’est le terme « soirée », pas la soirée de Beth ! fais-je, dépitée. J’utilise mon joker cette fois-ci.
Taylor soupire. Je sais que je ne suis pas sortie de l’auberge. Elle va revenir à la charge sur le sujet. Mais pour l’instant, nous terminons notre repas. Notre déjeuner fini, nous passons à nos casiers, puis la sonnerie retentit.
– Génial, des maths. J’adore ça, marmonne sarcastiquement Taylor quand on entre dans la salle de classe.
– Il n’y a vraiment que le journalisme qui t’intéresse toi, dis-je, amusée de voir qu’elle est capable d’éplucher des dizaines d’articles et de revues pour rester à la page, mais que l’idée de passer quelques heures en maths la déprime à ce point.
Je m’assois à ma place habituelle, au deuxième rang. Elle s’apprête à s’installer devant moi, mais une main se pose sur la chaise. Nous levons toutes les deux la tête en direction de son propriétaire. Mes joues s’enflamment lorsque je croise le regard bleu clair de Scott.
– Et si l’on échangeait pour ce cours ?
– Oh, avec grand plaisir ! s’enthousiasme Taylor en m’adressant un sourire très peu discret. Vive le fond de la classe !
Prenant ses jambes à son cou, elle me laisse avec Scott. Mon cœur s’emballe, déstabilisé. Même si j’ai envie de lui reparler depuis la rentrée et que je suis devenue amie avec plusieurs membres de l’équipe de football en grande partie pour pouvoir m’approcher de lui discrètement, je ne m’attendais pas à ce que ça soit finalement lui qui vienne à moi. Parce que même si l’on échange de nombreux regards dans les couloirs, jusqu’à présent, il n’est pas venu une seule fois discuter avec moi.
Et ça ne risque pas d’arriver maintenant non plus à l’évidence. Au moment où Scott s’assoit et pivote pour me parler, le professeur entre dans la pièce et réclame le silence. Scott fronce les sourcils et se retourne pour ne pas attirer l’attention. Le sort s’acharne. Du moins, c’est ce que je crois jusqu’à ce que je voie sa main poser un petit bout de papier sur ma table.
[Quoi de neuf depuis Springfield, Green ?]
[La routine d’une lycéenne lambda.]
Je réponds en lui repassant le mot, plus ou moins discrètement. J’en reçois un autre quelques secondes plus tard.
[Je suis désolé de ne pas être venu te
parler avant.]
[Le quarterback, capitaine des Pirates,
n’avait pas envie d’être vu avec une
nerd ?]
Je regrette immédiatement d’avoir écrit ça lorsque mon mot part. Merde. J’ai envie de me rapprocher de lui et de retrouver le garçon que j’ai croisé à Springfield, pas de lui faire des reproches ! Voilà ce qui se passe lorsque je parle avec un garçon sans mode d’emploi, comme ces derniers jours avec Taylor ! Je dis ce qui me passe par la tête… Bon sang… Mordillant mon crayon, je fixe ses épaules. Il se crispe en lisant ma réponse, puis gribouille quelque chose avant de se retourner. Son regard croise le mien et il m’adresse un petit sourire désolé.
[Pas du tout. J’avais envie de te parler. Tu es
intéressante et drôle, Haylee. Seulement…
j’avais peur que cela ne plaise pas à Max.
C’est mon équipier, tu comprends ? Je ne veux pas que notre rapprochement le contrarie.]
Que ça le contrarie ? Non, mais je rêve ! De toute évidence, il faut que je mette au clair certains points. Je comprends qu’il ait voulu éviter plus de tensions entre Max et lui, mais cela ne me concerne pas !
[Max n’a aucun droit de regard sur mes
fréquentations. Je suis assez grande pour
être amie avec qui je veux.]
Je soupire parce que cette conversation ne se passe pas du tout comme je l’espérais. Et tout ça, une nouvelle fois à cause de Maximilien. Bon sang, je le déteste ! Je cherche comment détendre l’atmosphère et partir sur un tout autre sujet avec Scott lorsqu’un deuxième bout de papier arrive.
[Alors, est-ce que tu viens à la soirée
Halloween ? J’aimerais t’y voir.]
Ma contrariété s’envole aussitôt et une flopée de papillons envahit mon ventre. Scott m’observe, attendant une réponse directe. Alors j’acquiesce avec un sourire timide. Finalement, peut-être que la soirée d’Halloween chez Bethany ne va pas être une si mauvaise idée.
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