Initiation avec mon meilleur ennemi

Jocabel C. Caballero · Chapitre 17 sur 39

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Initiation avec mon meilleur ennemi

Chapitre 17

 

Haylee

 

Je ne dors pas beaucoup à mon retour de ma petite escapade avec Max. En fait, je ne dors pas du tout repensant sans cesse à ce que j’ai fait. J’ignore ce qui m’a pris. Pourquoi je l’ai embrassé ? Quand il parlait de son père, il semblait si différent du Max fort et sûr de lui que je vois tous les jours au lycée, que j’ai simplement eu envie de le réconforter. De prendre une partie de sa peine. Parce que s’il ne l’a pas clairement dit, le départ de son père l’a marqué. Et je voulais simplement… je n’en sais rien. Mais dès que mes lèvres ont rencontré les siennes, impossible de m’arrêter. Sa bouche avait exactement le même goût mentholé que dans mes souvenirs. Sa langue chaude caressant la mienne m’a embrasée. Me laisser aller dans toutes ces sensations nouvelles que seul Max me fait ressentir était excitant et effrayant à la fois. Je ne sais plus quoi penser de tout ça… Je le détestais tellement il y a quelques mois et maintenant… Si je ne devais ressentir qu’une sensation jusqu’à la fin de mes jours, ça serait celle-là. Celle de sa bouche contre la mienne provoquant des montagnes russes dans tout mon être.

Lorsque le jour se lève, l’angoisse de ce qu’il va se passer aujourd’hui m’empêche de déjeuner. Notre petite blague risque de créer des remous au bahut, mais ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus. Comment est-ce que Max va réagir après cette nuit ? Il n’a pas prononcé un seul mot quand nous sommes revenus. Et ça me fait flipper… J’ignore comment notre amitié toute neuve va faire face à ça.

Arrivant devant le lycée, je prends une profonde inspiration et fixe le bâtiment rouge avant de me décider à m’en approcher. Comme n’importe quel autre jour, je rejoins Taylor à notre point habituel près du muret à côté du saule dans la cour du bahut.

– Alors, hier soir, tu as fait des bêtises ? me demande Taylor en m’accueillant avec un regard complice.

Involontairement, je rougis. Comment est-ce qu’elle sait ? Je ne lui en ai pas encore parlé…

– J’aurais voulu venir aussi, mais toute la famille avait fait le déplacement cette année pour Thanksgiving. Pas moyen de sortir en douce, soupire-t-elle, dépitée.

Oh ! Elle parle de la farce des seniors, bien évidemment ! Je secoue la tête et tente de calmer le battement frénétique de mon cœur. Avec un sourire, je donne le change et fais mine de m’intéresser à la conversation en cours du groupe. Mais mon attention faiblit à chaque nouvelle personne qui nous rejoint. Garrett, Félix, Matéo, Bobby… Mais toujours pas de Max. Pourtant, je n’ai pas vu sa moto dans l’allée en partant de chez moi, alors j’imaginais qu’il était déjà au lycée…

– Alors les filles, ça vous dit d’aller à vos casiers ? se marre Garrett en nous adressant un clin d’œil.

Dissimulant plus ou moins l’euphorie du groupe, nous nous dirigeons vers l’intérieur. Lorsqu’on s’engouffre dans une montagne de ballons et de confettis – tiens, je ne les avais pas remarqués ceux-là hier soir ! –, chaque membre de la bande y met du sien pour paraître aussi étonné que tous les autres élèves présents. Le spectacle en est risible. Garrett lance un « What the fuck », choqué. Félix prétend « ne jamais avoir vu autant de ballons de sa vie ». Et leur expression va crescendo lorsqu’à la place de la sonnerie un remix de « Firework » de Katy Perry résonne dans tout le bahut.

C’était donc ça la surprise en plus qu’ils avaient manigancée dans le bureau du directeur, je comprends, amusée.

Dès que la musique retentit en boucle dans les couloirs, les visages de mes camarades s’illuminent et une énorme bataille de ballons est lancée. Les premiers cours ne commenceront définitivement pas à l’heure, pour personne. Prise dans l’effervescence du moment, j’en oublie mon angoisse et suis Taylor qui essaie d’ensevelir Warren sous les ballons. À nous deux, nous nous jetons sur lui.

– À l’aide ! Deux minimoys tentent de me noyer !

Je sens qu’on me soulève et ma prise sur Warren disparaît. Matéo me fait tourner sur ses épaules et mon rire se joint à ceux des dizaines d’élèves présents dans le hall. Tous sans exception semblent s’éclater. Cela valait amplement les heures perdues cette nuit ! Le clou du spectacle arrive quand on voit débarquer le proviseur avec de la crème à raser un peu partout sur son costume. Il a de toute évidence essayé d’éclater quelques ballons et a été surpris du résultat ! Celui-ci regarde d’un air las le foutoir dans le hall et fait un signe aux autres professeurs. Un cri de victoire emporte toute la foule, surexcitée, quand ils repartent. Élèves : 1 – Corps enseignant : 0.

Notre amusement se poursuit encore quelques minutes, puis la musique s’interrompt et l’on nous demande de retourner en cours. Matéo me repose et m’ébouriffe.

– N’oublie pas, on est la résistance ! Ne te fais pas prendre !

Je lève les yeux au ciel. Honnêtement, je doute que la direction imagine un instant que moi, Haylee Green, élève plutôt modèle et fille du shérif, ait quelque chose à voir avec tout ça. Et c’est certainement ce qui est le plus drôle. Sautant entre les ballons ayant résisté à la bataille générale, je me rends à mon casier pour récupérer mes livres avant d’aller en cours. Ce n’est qu’à ce moment-là que j’aperçois enfin Max. Celui-ci ne nous a pas rejoints pendant la partie la plus fun de cette farce. Et quand je vois ce qui l’a retenu, mon amusement s’envole d’un coup.

Très bien… Voilà sa réponse à ce qui s’est passé hier soir. La honte me submerge et quelque chose en moi se comprime, me donnant envie de pleurer lorsque je le vois plonger sa langue dans la bouche d’Ana. De toute évidence, cela ne signifiait rien pour lui. Alors ça ne signifiera rien pour moi non plus. En fait, je devrais lui en être reconnaissante. Au moins, il est cohérent. Il soutient qu’il n’est pas quelqu’un de bien et, de toute évidence, il ne l’est pas. C’est qu’un connard. Rien d’autre.

Refermant mon casier suffisamment fort pour attirer son attention, je serre les dents quand je croise son regard. Celui-ci est tout aussi arrogant qu’il y a quelques mois, tout aussi distant… Parfait, il peut fourrer sa langue où il veut, cela ne me regarde pas. Je pivote et me casse. Voilà pourquoi je dois me recentrer sur Scott. Avec tous ces moments de flottement et ce que j’éprouve, je pourrais bien finir par tomber sous le charme de mon maudit voisin. Et que je sois pendue si je deviens l’une des filles en pâmoison devant Maximilien Henderson !

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