Japprends le yog

Andre Van Lysebeth · Chapitre 1 sur 44

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Japprends le yog

Préface

 

Dans ce troisième volet de son triptyque, le grand spécialiste qu'est André Van Lysebeth a le courage d'aborder un sujet aussi difficile que délicat, celui du prânayâma. Les auteurs occidentaux qui l'ont traité avant lui, n'ont fait preuve que d'une connaissance superficielle, et ce qu'ils ont écrit des possibilités d'u lisa on pra que a souvent encouragé des lecteurs à se lancer dans des expériences fort dangereuses pour leur santé physique et mentale.

Quant aux hatha-yogis hindous qualifiés qui ont écrit sur le sujet, ils s'adressaient à des lecteurs indiens ayant déjà une forma on préalable et vivant dans un milieu favorable à la pra que des exercices décrits ; les traduc ons faites de leurs ouvrages dans des langues européennes ne correspondaient certainement pas aux instruc ons qu’ils auraient données à des disciples occidentaux agréés par eux. Ceux qui ont écrit directement en anglais se sont prudemment bornés à des généralités.

Ne parlons pas des textes sanskrits anciens sur lesquels s'appuie tout enseignement authen que du prânayâma, car ces textes sont inten onnellement hermé ques, afin qu'ils ne puissent être compris et appliqués qu'avec l'aide constante de maîtres techniquement et moralement compétents. Dans le présent ouvrage, André Van Lysebeth traite à la fois de la théorie et de la pra que du prânayâma.

En ce qui concerne la théorie, il donne pour la première fois dans une langue européenne une descrip on authen que, structurée, compréhensible pour nous et aussi complète que possible de ce qu'est le prâna, accompagnée de renseignements nécessaires sur les nâdis, les chakras, etc.

Comme il le dit fort justement dans le résumé de son introduc on, le prâna peut être considéré comme l'origine et la somme totale de toutes les énergies de l'univers. Dans l'explica on hindoue de la cosmogonie, d'où ce prâna re son nom, il est complémentaire de l'âkâsha, que l'on pourrait aussi considérer comme l'origine et la somme totale de toute la ma ère dans l'univers.

C'est de l'ac on du prâna primordial ou proto-énergie sur Vâkâsha primordial ou protoma ère que naît le monde de la mul plicité dans la conscience duquel nous vivons. Et puisque, toujours selon la concep on hindoue, il y a iden té, à la fois qualita ve et quan ta ve, entre le macrocosme qu'est l'univers et le microcosme qu'est l'être humain, le prâna est aussi la somme totale de l'énergie qui anime l'homme, énergie dont la manifesta on la plus facilement percep ble - et donc sur laquelle il est le plus facile d'agir - est le souffle, le "respir".

C'est par conséquent sur son souffle que le hatha-yogi compte le plus pour maîtriser toutes les énergies qui existent poten ellement en lui, et ainsi se me re en parfaite harmonie avec l'univers dans lequel il vit.

Étant donné qu'au stade actuel de son évolu on, la science occidentale moderne a tendance à voir dans toutes les formes de l'énergie des manifesta ons de l'électricité ou de l'électromagné sme, le meilleur rapprochement que l'on puisse faire de nos jours entre le prâna et un concept occidental moderne est évidemment celui qu'a fait André Van Lysebeth avec l'électricité. Et, comme tous les rapprochements, celui-ci peut être fructueux, le présent livre t'a démontré surabondamment.

Toutefois, une comparaison, si frappante et probante soit-elle, ne prouve pas une iden té, et il serait périlleux de s'y laisser prendre. Comme le note Srhi Ramakrishna, lorsqu'on dit qu'un homme est un

gre, cela ne signifie pas qu'il ait des griffes de gre et une fourrure de

gre[1].

Il est à mon avis vraisemblable que la science occidentale moderne, poursuivant et accélérant ses progrès, arrivera un jour à un concept d'énergie plus vaste encore, dont l'électricité ne sera qu'un cas par culier entre plusieurs autres. Et alors ce sera à ce concept nouveau qu’il faudra comparer le prâna. Ce rapprochement entre le prâna - ou plutôt un aspect du prâna - et l'électricité n'est d'ailleurs pas nouveau, même dans l'Inde. Il y a plus de cent ans, le très orthodoxe Swami Dayânanda Sarasva écrivait que le Dieu Indra - en qui Shri Aurobindo

voit la force mentale qui domine toutes les autres forces [2] - est

"l'électricité qui pénètre tout[3]. En ce qui concerne l'u lisa on pra que du prânayâma, André Van Lysebeth assor t - comme dans ses précédents-ouvrages - chacune de ses indica ons de tous les garde-fous indispensables.

Il souligne fort sagement, et avec toute l'insistance nécessaire, tes condi ons hors desquelles il est dangereux de pra quer tel ou tel exercice. Il faut souhaiter qu'aucun lecteur, emporté par son enthousiasme de néophyte, ne néglige aucun de ces aver ssements, car celui qui les oublierait courrait les mêmes risques redoutables auxquels se sont exposés ceux qui ont voulu pra quer le prânayâma sur la foi de livres moins sérieux.

Jean Herbert