Japprends le yog

Andre Van Lysebeth · Chapitre 32 sur 44

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Japprends le yog

Le pranayama ésotérique

 

Ses bases... et sa pra que

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Prâna et apâna

 

Jusqu'ici nous n'avons pas fait de dis nc on dans ce e étude, entre le Prâna, c'est-à-dire l'énergie cosmique sous toutes ses formes dans l'univers autour de nous, et le prâna, c'est-à-dire l'énergie qui pénètre en nous, s'y accumule, y circule et en sort, parce que le prâna qui œuvre en nous est simplement une spécialisa on temporaire de l'énergie cosmique universelle, tout comme il n'y a chimiquement aucune différence entre l'eau qui couvre les trois quarts du globe sous la forme des océans, qui ruisselle du toit sous forme de pluie, que nous absorbons dans nos aliments, dans nos boissons et celle qui cons tue les trois quarts du poids de notre corps. L'eau parcourt un cycle planétaire. De l'océan elle s'évapore, parcourt le ciel sous forme de nuages, tombe en pluie, anime la ma ère vivante, -sans eau, pas de vie-, puis s'écoule dans les rivières pour retourner vers l'océan d'où elle est sor e.

Toutefois dans notre vocabulaire, dès qu'elle entre dans le corps, l'eau change de nom selon sa fonc on interne. Absorbée par le tube diges f, elle devient notre sang, qui est en somme de l'eau de mer diluée, addi onnée de globules rouges qui la colorent, de globules blancs et d'autres cons tuants. L'eau originelle devient aussi la lymphe, liquide inters el dans lequel baignent nos cellules, et liquide intracellulaire.

Selon les fonc ons qu'elle exerce, l'eau change de nom sans que cela heurte notre logique.

De même le Prâna cosmique pénètre dans notre corps et y cons tue notre corps prânique, notre corps énergé que. C'est le corps prânique qui anime la ma ère brute et dense et qui forme notre corps visible et tangible. Pour les yogis, tout comme l’eau se "spécialise", le prâna se diversifie, lui aussi, dans le corps prânique. Et change de nom ! L'ensemble des énergies vitales animant notre corps matériel, devient le souffle, le pneuma, en sanscrit : Vâyu (se prononce vâiou), qui signifie li éralement "air". Vâyu, le souffle vital, assure les diverses fonc ons du corps.

À l'inverse du corps physique dense qui se subdivise en structures anatomiques dis nctes, le corps prânique cons tue une en té indivisible, seulement subdivisée en ac vités vitales, en fonc ons par culières, qui ne sont pas rigidement localisées en un endroit par culier du corps. Les fonc ons créent les organes correspondants et les animent !

Tout comme le corps dense doit se nourrir, autrement dit s'approprier dans le monde extérieur les éléments matériels qui le composent et qui cons tuent d'ailleurs un flux constant de par cules, de même le corps prânique doit s'approprier du prâna dans le monde extérieur.

La fonc on d'appropria on d'énergie s'appelle Prâna-Vâyu. Prâna-Vâyu inclut donc l'ensemble des mécanismes sub ls d'absorp on de prâna et son organe essen el est cons tué par les voies respiratoires. Son siège principal se situe dans le thorax, bien qu'il y ait encore d'autres voies de pénétra on (la langue et la peau, par exemple). L'absorp on de nourriture solide ou liquide dépend aussi de Prâna-Vâyu. Ensuite l'énergie est assimilée. Toutes les fonc ons d'assimila on de notre corps dense sont dirigées par une forme spéciale d'énergie appelée Samâna-Vâyu.

Ce e spécialisa on du prâna digère nos aliments, les assimile, les conduit vers le foie, etc. Siège principal : entre le diaphragme et le nombril. Puis l'énergie doit être distribuée et mise en ac on partout où le besoin s'en fait sen r. Ce e fonc on est assurée par Vyâna-Vâyu, qui a une ac on beaucoup plus diffuse que les précédentes car elle "imbibe" le corps tout en er. Elle assure aussi bien la circula on sanguine et lympha que que la circula on d'énergie nerveuse le long des nerfs.

Par opposi on aux objets inanimés, une des caractéris ques de la vie est d'être un processus dynamique, un flux constant tant de par cules physiques que de courants énergé ques électromagné ques et éventuellement d'autres formes d'énergie qu'on pourrait encore découvrir. La vie est un fleuve ! Seules les rives (la forme du corps) ont quelque constance, mais l'eau du fleuve n'est jamais la même !

Toutefois il ne suffit pas d'assimiler de l'énergie et de la ma ère. Il faut aussi l'évacuer.

La fonc on "élimina on" est assurée par Apâna-Vâyu. Avec Prâna-Vâyu, Apâna-Vâyu est le prâna le plus important du corps. Toutes les fonc ons d'excré on dépendent d'Apâna-Vâyu dont l'ac on est orientée vers le bas et vers l'extérieur. C'est Apâna-Vâyu qui anime les reins, filtre l'urine, relâche les sphincters pendant la mic on et vide la vessie. C'est Apâna qui dirige les selles vers le rectum et, au moment voulu, libère le sphincter anal et expulse les ma ères. Apâna-Vâyu reje e les menstrues. Apâna-Vâyu éjacule le sperme.

Chez la femme, c'est Apâna-Vâyu qui travaille pendant l'accouchement. Ainsi donc, Apâna est plus spécialement localisé dans le bas-ventre (région sub-ombilicale) et s'occupe par culièrement des organes pelviens, notamment des organes sexuels. Mais son rôle ne s'arrête pas là : c'est aussi Apâna-Vâyu qui évacue l'excès d'eau sous forme de transpira on. Enfin, Apâna-Vâyu reje e les résidus gazeux par les voies respiratoires.

Les poumons ont donc une double fonc on prânique. Ils sont d'abord le siège de Prâna-Vâyu avec tous les conduits d'air allant de l'orifice du nez aux alvéoles pulmonaires, puisqu'ils servent surtout à capter le prâna extérieur, nous l'avons précisé. Mais les poumons cons tuent en outre un émonctoire important. Pendant l'expira on, avec le rejet du CO2 et d'autres déchets sous forme gazeuse, c'est Apâna-Vâyu qui est en ac on. D'autres Vâyus œuvrent dans notre corps, et l'anatomie énergé que des yogis n'est pas moins complexe que notre anatomie descrip ve !

Le dernier des principaux Vâyus est Udâna-Vâyu qui a son siège dans la gorge et dont la fonc on est l'expression, parce que l'être humain s'exprime surtout par la phona on. C'est Udâna-Vâyu (à prononcer Oudan'-Vaiou) qui permet à la pensée de s'exprimer, règle le débit de l'air et la tension des cordes vocales quand nous parlons.

D'autres Vâyus (ou Prânas) accessoires s'occupent de fonc ons aussi par culières que l'éternuement (Devada a), le bâillement (Krikal), le cillement (Kurma), etc. Peut-être serait-il bon de se résumer ! L'absorp on de Prâna sous quelque forme que ce soit et à quel qu’endroit du corps qu'elle se produise, est l'œuvre de Prâna-Vâyu qui cons tue le pôle "entrée". Tout ce qui sort de l'organisme, à quel qu’endroit que ce soit et sous quelque forme que ce soit est contrôlé par Apâna-Vâyu. Les deux doivent s'équilibrer, car notre santé en dépend. La cons pa on, le dysfonc onnement des reins, l'insuffisance d'évacua on de CO2 par les poumons, de même que le manque de perméabilité des pores de la peau, cons tuent les sources principales de nos maladies.

Si l'une de ces fonc ons cesse complètement, c'est le drame ! Que les reins cessent de fonc onner, c'est la mort par urémie. Apâna-Vâyu est aussi vital que Prâna-Vâyu. Le pôle "sor e" doit équilibrer le pôle "entrée". Ainsi nous comprenons pourquoi les yogis, notamment ceux du Sud de l'Inde a achent une importance par culière à équilibrer soigneusement (en durée) l’inspir et l'expir pendant la pra que des

âsanas [50].

Entre les deux pôles, s'échelonnent des circuits intérieurs (assimila on -Samâna ; distribu on - Vyâna ; expression - Udâna) essen els eux aussi ; mais du point de vue pra que ils sont beaucoup plus malaisés à contrôler que les deux pôles "entrée" et "sor e". Le fonc onnement équilibré de Prâna-Vâyu et d'Apâna-Vâyu, condi onne et assure presque automa quement le fonc onnement correct des fonc ons d'assimila on et de circula on d'énergie.

La fonc on équilibrante d'Apâna est essen elle. Retenons qu'elle s'exerce principalement au-dessous du nombril. Asvini Mudra et Mula

Bandha[51] perme ent d'acquérir le contrôle conscient et volontaire de ces énergies. Mais ce n'est pas seulement l'équilibre des deux pôles que les yogis s'efforcent d'obtenir. Pendant le prânayâma, ils s'efforcent d'inverser la direc on du flux d'énergie d'Apâna, généralement dirigé vers le bas, pour l'a rer vers le haut et l'amener à rencontrer Prâna-Vâyu. L'union de Prâna-Vâyu et d'Apâna-Vâyu est considérée comme donnant des résultats par culièrement importants pour l'expérience ul me du yoga.