Japprends le yog

Andre Van Lysebeth · Chapitre 36 sur 44

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Japprends le yog

35 Mula bandha

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Mula bandha

 

Quelles que soient les considéra ons philosophiques et autres qu'on peut relier aux pôles "espèce" et "individu" chez l'être humain, les bénéfices purement physiologiques que Mula Bandha procure s'expliquent anatomiquement et suffisent à en jus fier la pra que dans le prânayâma. C'est pourquoi avant d'aborder son étude pra que, nous ferons une nouvelle incursion dans le domaine de l'anatomie et de la physiologie.

La commande nerveuse de notre organisme est assurée d'une part par le système nerveux de la vie consciente et volontaire, et d'autre part par le système nerveux autonome qui freine ou accélère selon le cas, le fonc onnement des viscères. Ce système nerveux, qualifié d'autonome parce qu'on le supposait en èrement indépendant du système nerveux volontaire, se subdivise à son tour en deux branches :

1) le sympathique, qui longe la colonne vertébrale depuis les

vertèbres dorsales jusqu'aux deux premières vertèbres lombaires et

innerve notamment le cœur, dont il accélère les ba ements. Il

commande aussi le tube diges f et ses glandes annexes.

2) le parasympathique, ou nerf vague, qui part du bulbe céphalo-

rachidien, à la base du cerveau, innerve lui aussi ces mêmes organes

à peu d'excep ons près.

Sympathique et parasympathique sont antagonistes. Le vague ralen t les ba ements du cœur, le fait ba re puissamment et lentement. Ainsi, à coups d'accélérateur ou de frein, l'organisme viscéral réagit et s'adapte aux circonstances avec infiniment de sensibilité.

Cela est bien connu et nous en avons déjà parlé. Mais ce tableau est incomplet ! Il y a un grand "oublié" : le parasympathique pelvien.

IMPORTANCE DU PARASYMPATHIQUE PELVIEN

Nous pourrions comparer l'être humain à une plante qui s'enracine dans le bassin ou plus précisément dans le sacrum, d'où s'élève sa ge longue et souple, la colonne vertébrale. Au sommet s'épanouit comme une fleur le cerveau illuminé par la conscience individuelle. Mu la Bandha est la contrac on de la racine, de la base et se prononce "Moul’Bandha".

Le sacrum cons tue la base de tout l'édifice squele que. Il est aussi, nous l'avons vu, le siège du pôle "espèce" tandis que le pôle "individu" se trouve à son opposé, le crâne. Le sacrum est infiniment plus qu'un "gros os" triangulaire. Il est formé par cinq vertèbres sacrées qui se sont soudées. Aux trous de conjugaison, il livre passage aux nerfs sacrés dont l'importance ne peut être sures mée. Les fibres nerveuses qui émergent de ces "trous" se réunissent comme autant de fils électriques, en un "câble" plus gros (le nerf pelvien) qui passe par un transformateur de courant (le plexus pelvien) d'où il envoie du "courant nerveux" vers tous les organes pelviens, par l'intermédiaire de fils conducteurs (nerfs).

Certains de ces fils moteurs relient le côlon descendant, le rectum, l'anus, et la vessie (Apana !). D'autres fils (fibres vasodilatatrices) vont vers les organes cités et aussi vers le pénis (le clitoris et la vulve chez la femme) ainsi que vers la musculature des organes génitaux externes. Ainsi le parasympathique pelvien contrôle des fonc ons stratégiques. Examinez a en vement, si vous le voulez bien, la représenta on schéma que ci-après ; elle est par culièrement frappante à propos de l'importance du sympathique pelvien. Vous comprendrez alors beaucoup mieux ce qui se produit dans le prânayâma. Lors des réten ons du souffle, le parasympathique est excité à son origine, dans le bulbe à la base du cerveau. Nous en avons étudié les répercussions (cf, Kumbhaka, le réflexe de plongée, etc.).

Ce e excita on se propage de proche en proche à tout le système parasympathique et augmente les fonc ons construc ves (anaboliques) du corps. Toutefois, la par e sacrale, pelvienne du parasympathique, échappe presque totalement à ce e s mula on, et c'est précisément ce qu'il faut éviter. C'est le système tout en er qui doit être s mulé, car une s mula on limitée à sa par e originaire de la base du cerveau, risque de créer un déséquilibre.

Comment étendre la s mula on à la par e sacrale et pelvienne du système parasympathique ? Par la pra que d'Asvini Mudra et de Mula Bandha, qui sont complémentaires. Toutes deux intéressent la même région du corps et ont des répercussions prâniques assez semblables. Ce qui s'applique à l'une, au point de vue des mécanismes nerveux, par exemple, peut s'étendre à l'autre. Toutes deux agissent notamment sur le chakra de base, Muladhara Chakra, que nous étudierons en détail (chap. 38).

Puisque nous voilà lancé dans l'anatomie, reprenons un paragraphe traduit du livre d'un médecin hollandais, le Dr. Rama Polderman,

yogathérapeute[53] :

"Avant de clôturer ce e leçon d'anatomie, nous devons tourner notre

a en on vers la glande coccygienne de Luschka (corps de Luschka)

dont le rôle physiologique et pra que est fort peu connu. Il s'agit

d'une masse irrégulière de cellules localisées à la pointe du coccyx.

De la grosseur d'un pois, elle est ovale, irriguée de capillaires et

dispose de fibres nerveuses autonomes. Ce e glande ressemble au

"corps caro dien" situé dans le cou près de l'artère caro de, qui

exerce une influence sur la tension artérielle, la respira on et le

sommeil. Le nerf qui commande le corps caro dien s'appelle

"Vijnanâdi" en yoga [54]. Le "corps coccygien" remplit une fonc on

analogue. Pendant la pra que de Mula Bandha, les terminaisons

nerveuses du ''corps coccygien" sont s mulées. Par l'intermédiaire de

ses fibres nerveuses, le corps coccygien se trouve relié directement

au ganglion impair, un centre nerveux autonome. La physiologie

occidentale n'a, jusqu'à présent, accordé qu'une a en on limitée à

ce e minuscule mais très importante structure. Le sinus caro dien a

fait l'objet d'études plus poussées et sa significa on physiologique a

été démontrée amplement. Les yogis, eux, connaissaient la fonc on

et l'u lité de ces deux corps depuis des siècles."

TECHNIQUE

 

Asvini Mudra cons tue la prépara on obligatoire à Mula Bandha. En effet, dans Asvini Mudra, la contrac on est suivie d'une dilata on, tandis que dans Mula Bandha la contrac on du sphincter anal est à la fois plus puissante et plus prolongée, ce qui représente une difficulté supplémentaire. En réalité ce n'est pas une difficulté, mais comme le muscle releveur de l'anus et le sphincter anal sont des structures musculaires qui ne font pas l'objet d'un entraînement systéma que, leur puissance de contrac on s'accroît par une pra que progressive et régulière. Avant d'en arriver aux indica ons pra ques précises, retenons les éléments essen els de Mula Bandha :

1. contrac on con nue et simultanée du sphincter anal externe et

interne

2. contrac on du muscle releveur de l'anus ;

3. contrac on du "plancher pelvien" (cf. Asvini Mudra) ;

4. contrac on du bas-ventre pour repousser les viscères vers le

sacrum ;

5. Kumbhaka, c'est-à-dire réten on du souffle à poumons pleins. Cet

élément n'est pas indispensable, car souvent Mula Bandha est

maintenu pendant un temps très long, s'étendant sur plusieurs

prânayâmas.

Si l'un des quatre premiers éléments énumérés manque, l'efficacité et la correc on de l'exercice est réduite d'autant.

Nous pouvons maintenant passer à la pra que. Mula Bandha confère un contrôle parfait sur ce e par e vitale du corps et permet de la commander a volonté ; et le contrôle devient si total qu'il permet d'aspirer de l'eau par l'anus pour la rejeter ensuite et évacuer le contenu du côlon tout en ne oyant à fond les intes ns (Bas ). Les personnes ne pra quant aucun ne oyage ne se rendent pas compte que l'anus, le rectum et le côlon ne sont jamais débarrassés des résidus de selles qui devraient être éliminés, et deviennent ainsi le point de départ de nombreuses maladies qui affaiblissent le corps et empoisonnent

l'existence[55]. Au début la bandha est maintenue pendant quelques secondes, mais ce temps s'allongera avec l’entraînement. Il Faut ensuite relaxer le muscle complètement, c'est-à-dire défaire la bandha. Elle doit se pra quer régulièrement deux fois par jour, par séries de vingt contrac ons. Ainsi l'adepte acquiert une maîtrise complète de ce e par e du corps et jouit d'une splendide santé. Il faut également pra quer ce e bandha tout de suite après avoir été à la selle, afin de rejeter les derniers résidus qui sans cela demeureraient dans le côlon. Voici comment procéder :

Après une profonde inspira on, bloquer le souffle et contracter l'anus. Lorsqu'on ne peut plus retenir l'air, expirer et relaxer le sphincter. Répéter vingt fois, comme indiqué plus haut. Mula Bandha, en dehors de la selle, peut être pra quée à l'aide d'une chaise. Asseyez-vous à l'envers et à cheval sur la chaise, en amenant le tronc le plus près possible du dossier, les jambes étant à côté des pieds de la chaise, les mains posées sur le dossier. Pour ce faire, l'estomac doit être vide. Faites alors les contrac ons comme indiqué plus haut.

Un test très simple permet de déterminer si le contrôle du sphincter est acquis. Le voici : pendant que vous inspirez, contractez le sphincter et faites Mula Bandha. Maintenez la contrac on pendant toute la durée de la réten on du soufflent lorsque vous expirez, essayez de ne pas relâcher les muscles, donc maintenez la Bandha. Si le sphincter n'est pas parfaitement sous votre contrôle, la bandha aura tendance à se décontracter d'elle-même. Pendant l'exécu on de Mula Bandha, ainsi d'ailleurs que pendant Asvini Mudra, l'adepte doit contracter les DEUX sphincters qui bloquent l'anus. Il y a le sphincter anal externe, qui ferme l'extrémité du tube diges f, cela tout le monde le sait.

Mais il est ESSENTIEL de retenir que l'anus est pourvu d'un second anneau musculaire, le sphincter interne, situé environ 2 à 3 cm. plus haut dans le rectum. IL FAUT CONTRACTER LES DEUX SPHINCTERS. Il est d'ailleurs assez facile de se rendre compte qu'il y en a deux. Dirigez votre a en on vers l'anus et contractez-le. Puis concentrez-vous légèrement au-dessus de ce sphincter et contractez-le : à ce moment vous percevrez une intense contrac on de toute la région anale et du périnée. C'est alors seulement que Mula Bandha est correcte, et bien rares sont les ouvrages qui men onnent ce détail... si rares que nous n'en connaissons pas un ! L'importance de la contrac on du second sphincter découle du fait que c'est juste au-dessus de cet anneau que se situent les terminaisons de certains nerfs qui ont une ac on sur le côlon, la sangle abdominale et le diaphragme, en somme tous les organes qui entrent en ac on au moment de l'évacua on des ma ères fécales. L'efficacité de Mula Bandha dépend de la contrac on simultanée des deux sphincters.