Japprends le yog

Andre Van Lysebeth · Chapitre 21 sur 44

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Japprends le yog

20 La recharge prânique

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La recharge prânique

 

Le prânayâma a pour but d'accroître l'absorp on et la fixa on du prâna, de l'accumuler dans certains centres, puis de répar r ce e énergie dans notre corps. Dans ce chapitre nous allons apprendre à "prânâïser" notre corps, globalement ou en par e, à notre gré.

L'exercice proposé à cet effet est par culièrement intéressant, car il est simple, efficace et sans danger.

LA TECHNIQUE

L'adepte -faut-il le préciser ? - prend l'âsana requise pour le prânayâma. Avant de commencer, quelle que soit sa posi on, il s'assurera que sa colonne vertébrale n'est pas affaissée, mais au contraire bien droite et ver cale.

 

Inspira on (Puraka) - Phase d'absorp on

Pendant l'inspira on, qui est lente, uniforme et complète, l'adepte concentre toute son a en on sur la pénétra on de l'air dans ses narines. Pour faciliter ce e concentra on, il peut regarder le bout de son nez, dont il doit dis nguer les deux ailes. Il louche un peu : il ne faut pas exagérer dans ce domaine, non par crainte de strabisme, mais pour ne pas fa guer la musculature des yeux. Les yeux sont presque clos, ce qui rend ce e fixa on (qui est une forme de tratak) beaucoup plus agréable.

Ce e fixa on du regard est faculta ve : elle cons tue un simple adjuvant facilitant la concentra on. Pendant l'inspira on, l'adepte imagine qu'il capte le prâna par les narines, sous forme d'énergie pure. Pour faciliter la concentra on il peut se représenter le prâna sous la forme d'une lumière (jaune ou bleue) pénétrant dans les cornets du nez. Précisons ici qu'il ne faut pas confondre "imagina on" et "illusion".

L'image mentale aide réellement à la fixa on du prâna : l'expérience millénaire des yogis le prouve. Le prânayâma est un processus à la fois psychique et physique. Il est vrai que la fixa on normale du prâna est automa que, sans quoi nous ne pourrions pas vivre. L'énergie prânique contenue dans l'air est absorbée par notre corps, depuis notre naissance, sans que nous le sachions. Cependant, il est impossible de faire du prânayâma sans le savoir ! La découverte géniale des yogis, et probablement l'une des plus grandes découvertes jamais faites par l'humanité, est que le mental influence la fixa on du prâna et peut augmenter son absorp on, sa fixa on et sa circula on dans l'organisme. Le prânayâma n'est concevable qu'avec la par cipa on ac ve du mental. Ce e par cipa on se traduit par la concentra on ; son véhicule le plus efficace est la représenta on mentale, éventuellement soutenue par un montra. Le OM est parfait à ce point de vue.

Mais revenons à notre exercice. En imaginant qu'il absorbe de l'énergie lumineuse par les narines, le yogi augmente réellement la quan té de prâna fixée. J'ignore si des recherches scien fiques ont déjà été effectuées dans ce domaine : cela n'a d'ailleurs aucune importance. Nous savons qu'en nous conformant aux prescrip ons yogiques, nous obtenons des résultats tangibles. Les yogis qui arrêtent leur cœur grâce aux techniques du prânayâma, se préoccupent fort peu de savoir si les méthodes u lisées sont ou ne sont pas scien fiquement contrôlables, sinon dans les résultats finaux (grâce à l'enregistrement de l’électrocardiographe, par exemple). Et pour eux, cela n'aurait que l'importance d'une confirma on, sans plus. Les yogis pra quent le prânayâma et en re rent les bienfaits depuis des millénaires, sans électrocardiogramme !

 

Réten on (khumbaka) - Phase d'accumula on

À la fin de l'inspira on lente, consciente, accompagnée de la fixa on du prâna au niveau des cornets du nez, l'adepte bloque son souffle, doucement, et le scelle dans les poumons en faisant Jalandhara Bandha (cf. chap.22 p. 180). Pendant la réten on, son a en on concentrée est dirigée vers le creux de l'estomac, qu'il peut éventuellement regarder : son regard ne doit pas rester fixé sur le bout du nez.

Pendant toute la réten on à poumons pleins, le mental demeure centré sur la région considérée, et l'adepte imagine, s'il en est capable, qu'il envoie de la lumière et de l'énergie dans ce e zone. S'il ne parvient pas à former ce e image, tant pis : l'essen el est de "s'intérioriser" dans la région comprise entre la pointe du sternum et le nombril. Après une réten on (dont il est impossible de préciser la durée, car elle dépend de l'adepte et de son entraînement) il percevra d'abord des pulsa ons puis des réac ons de la sangle abdominale, des grands droits en par culier.

Ces réac ons seront d'abord des contrac ons rythmiques de ces muscles, qui s'amplifieront à mesure que la réten on se prolongera. Ce Kumbhaka s'accompagnera obligatoirement de Mula Bandha (contrac on du sphincter de l'anus et du périnée). Les contrac ons seront bientôt suivies d'une vibra on dans ce e zone ; pendant ce temps, le mental y demeure concentré et l'adepte imagine qu'il y accumule de l'énergie. Lorsque la réten on risque de devenir inconfortable, il faut passer à l'expira on.

 

Expira on (Rechaka) - Phase de répar on

L'expira on est une phase essen elle de l'exercice puisque c'est alors que l'adepte dirige à volonté un flux de prâna, soit dans l'organisme tout en er, soit vers une région de son choix. Par conséquent, ce e expira on doit être prolongée, contrôlée et complète. Cela implique que la réten on ne doit pas être poussée trop loin. Ce e expira on lente est un parapet protecteur contre les réten ons de souffle excessives. Si vous parvenez à contrôler l'expira on et à l'effectuer lentement, vous êtes assuré de ne pas avoir outrepassé vos limites.

Tandis que l'air s'échappe lentement des narines (donc pas d'expira on par la bouche), l'adepte imagine que, partant de la région entre l'ombilic et le sternum, un courant de prâna se diffuse dans son corps en er. Il doit percevoir son corps d'un bloc et y diffuser du prâna.

Pendant l'expira on, des contrac ons rythmiques de la sangle peuvent encore se produire : c'est normal. Si l'adepte, pour une raison quelconque, désire s muler une région par culière du corps (membre ou organe), il dirige le courant de prâna vers le membre considéré en imaginant qu'un courant de chaleur se dirige vers ce e par e du corps. Supposons qu'un adepte se soit fait une entorse. Il dirigera le courant prânique vers la région douloureuse, en pra quant ce prânayâma. Après quelques minutes, il y ressen ra une chaleur pouvant devenir assez intense : tout dépend du degré de concentra on mentale de l'adepte. Mais même avec une concentra on très moyenne, la sensa on de chaleur se perçoit rapidement.

 

Répé on

Ce qui précède cons tue un prânayâma. Il est donc nécessaire de recommencer plusieurs fois et de poursuivre pendant plusieurs minutes. Il n'y a aucun inconvénient à interrompre pour faire quelques respira ons normales, si la fa gue se manifeste. L'essen el est de garder l'a en on fixée sur le processus respiratoire, même pendant les périodes de respira on normale. J'ai cité l'exemple d'une entorse, mais l'exercice s'applique aussi aux organes. Si l'on souffre du foie, par exemple -cela peut arriver même à des adeptes du yoga-, on dirigera le flux de prâna vers la zone douloureuse. En Occident tout au moins, on commence généralement le yoga avec un passif qu'il faut apurer progressivement : les erreurs des années écoulées doivent se payer. Le yoga facilite et accélère l'apurement de notre de e !

CONTRE-INDICATIONS

Cet exercice ne comporte AUCUNE contre-indica on, car il est impossible d' "hyperprânaïser" un organe, pas plus qu'il ne serait possible d'être en trop bonne santé ! Voici un exemple vécu :

Une amie du yoga, vic me d'un accident de voiture, a pra qué ce prânayâma de recharge prânique sur son lit d'hôpital, plusieurs fois par jour pendant dix minutes. Un rein avait été par culièrement touché, de même que la colonne vertébrale. À la surprise de tous les médecins qui l'ont soignée, elle s'est remise de son accident à une vitesse stupéfiante, et l'accident n'a laissé aucune séquelle.

EFFETS PSYCHIQUES

Toutefois, il n'est pas nécessaire d'adme re la théorie prânique pour pra quer ce prânayâma. En effet, j'ai fait allusion à l'aspect psychique du prânayâma, et à cet égard l'exercice en ques on se trouve vraiment à la fron ère entre le physique et le psychique. Même en faisant abstrac on de tout ce qui précède, la pra que de cet exercice vous apportera d'immenses bénéfices. Pendant l'exercice, le mental conscient est complètement absorbé et mis en veilleuse au profit des couches plus profondes du psychisme ; il en résulte une prise de conscience du corps qui peut difficilement être a einte par d'autres moyens. Tout le corps est pénétré de conscience, les niveaux corporels et mentaux s'intègrent harmonieusement. Ce prânayâma spiritualise le corps, ce qui est le but et la base même du Hatha-Yoga.

Ce prânayâma cons tue le début d'une médita on, et sa pra que à raison de quelques minutes seulement amène l'adepte à un état très voisin de l'état de médita on profonde. La médita on ne consiste pas à "faire" quelque chose mais bien à laisser "se faire" quelque chose. La médita on est un état et non une série d'ac vités mentales. Ce n'est pas sans raison que dans l'Asthanga Yoga de Patanjali, le prânayâma se situe entre les âsanas et les étapes purement psychiques de concentra on menant à l'intégra on suprême, au Samadhi.

 

Note :

La Recharge prânique peut aussi se pra quer en posi on couchée en Savâsana ou au lit.