Je me souviens de Falloujah
Exergues
« L’oubli est le vrai linceul des morts. »
George SAND
« Le roman est un mensonge qui dit toujours la vérité. »
Jean COCTEAU
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Prologue
(6 octobre 2019)
Mon père avait un rêve silencieux. Réussir sa vie loin de l’Irak. Ce
rêve s’est brisé dans les années 1970 à la sous-préfecture de Paris.
Si vous ne collaborez pas, ne rêvez pas, monsieur.
Ce rêve tenait dans un petit morceau de plastique rectangulaire. Une
carte de réfugié politique, brandie par l’un des agents. L’échange avait été bref.
— C’est simple, cette carte, elle est là, elle existe, elle vous appartient.
Mais elle a un prix. On veut tout savoir sur vos amis, leurs fréquentations, leurs idées politiques…
— Dans mon pays, je n’ai jamais trahi mes idées alors qu’on m’aurait
offert une belle carrière. Ce n’est pas ici que je le ferais, avait-il répliqué, avant de replacer son béret sur la tête, comme pour ajuster sa dignité au bon endroit, et partir en claquant la porte.
Je n’étais pas encore né. Mon père cherchait une terre d’accueil sans
prison pour les idéalistes. Il s’était retrouvé en France, prisonnier d’un principe auquel il ne dérogerait jamais. Ne pas se trahir. Lui qui voulait l’asile, vivre loin de son pays, fuir ces fous qui gouvernaient l’Irak, était devenu un réfugié politique sans statut, un exilé sans carte, un immigré sans avenir. Ses rêves ratés s’étaient logés au fond de son cœur. Pour lui, les choses non réussies étaient devenues des choses non dites.
Le hasard de la vie m’a amené à les écrire, ces choses.
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