La chanson de la Bretagne

Anatole Le Braz · Chapitre 1 sur 24

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La chanson de la Bretagne

Chapitre I

J’ai laissé l’âme bretonne

Chanter en moi son doux chant; Il est vieux et monotone,

Il n’en est que plus touchant.

 

C’est la chanson de nourrice

Dont enfant je fus bercé;

Humblement consolatrice,

Elle enchanta mon passé.

 

Si je pouvais la redire

Aussi bien que je la sais,

On l’entendrait, sans sourire, Même au grand pays français.

 

Les pasteurs dans la montagne, Les fileuses dans l’_armor_,

Sont presque seuls en Bretagne A la fredonner encor.

 

Elle est douce sur les lèvres

Des fileuses de lin clair,

Ou quand les gardeurs de chèvres Sur les monts en sifflent l’air.

 

Mais que vaudra-t-il, ce psaume Du vieux peuple primitif,

Sans la hutte au toit de chaume, Sans la mer au cœur plaintif?

 

Hélas! j’ai peur qu’on en rie, Et j’en serais désolé!

C’est le chant de la patrie

Chanté par un exilé.