La chanson de la Bretagne

Anatole Le Braz · Chapitre 20 sur 24

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La chanson de la Bretagne

Chapitre III

Comme un nid chaud, parmi les houx, Voici le toit de chaume roux!

Aux lucarnes de la chaumière, Scintille encor de la lumière.

Droit aux lucarnes va l’oiseau, Songeant: «Jeanne est à son fuseau, Qui file de la toile neuve, Et qui ne sait pas qu’elle est veuve; Qui ne sait pas que sous le flot Dort son mari, le matelot;

Qu’il dort sous l’eau silencieuse, Le pêcheur à barbe soyeuse;

Jeanne Hélari ne le sait pas Que Jean l’Arc’hantec dort là-bas, Et que les fileuses des ondes Filent un linceul d’algues blondes Qui, mieux que chanvre ou lin lissé, Bercera Jean le trépassé.

Moi j’ai son âme et te l’apporte, Jeanne Hélari, rouvre ta porte.

Jeanne Hélari, si tu m’entends, Rouvre ta porte à deux battants!

Celui qui frappe à ta fenêtre Aux morts de la mer sert de prêtre, Et ramène vers leurs foyers L’âme plaintive des noyés!…»