La chanson de la Bretagne
Chapitre II
Quand, des brumes de l’Irlande Au ciel gris de Breiz-Izel,
S’en vinrent, par la mer grande, Sainte Jeune et Saint Envel,
L’un à gauche, l’autre à droite.
Remontèrent, séparés,
Le cours d’une eau qui miroite Aux flancs roux des Monts d’Arez.
Sur deux pentes opposées
Chacun d’eux fit sa maison…
L’eau vive entre leurs pensées Roulait sa claire chanson.
Là, vécurent dans le jeûne,
Afin de gagner le ciel,
Le frère de Sainte Jeune
Et la sœur de Saint Envel.
Quand tous les bruits de la terre S’étaient fondus dans le soir, Avec des voix de mystère
Ils se parlaient, sans se voir; Et le ruisseau des prairies
Mêlait son chant fraternel,
En ces nobles causeries,
Aux voix de Jeune et d’Envel.
Mais lorsque Jeune, mourante,
Ne put parler que tout bas,
Envel dit à l’eau courante:
«Ruisselet, ne chante pas!»
L’eau soudain se fit muette.
Depuis ce temps elle court,
D’un vol furtif de chouette,
Dans la nuit du vallon sourd.