La chanson de la Bretagne
Chapitre I
Jeanne Larvor fait la lessive
Au presbytère du Moustoir…
Qu’a donc, pour la rendre pensive, L’eau qui jaillit de son battoir?
Dès qu’une goutte l’éclabousse, Elle rougit, rougit encor…
Sur quelle herbe et dans quelle mousse A donc marché Jeanne Larvor?
«Holà! Jeanne! vraiment, il semble Que vos yeux ont déjà pleuré.
Ne peut-on sans que la main tremble Tordre le linge d’un curé?
«Passe encore, si c’était le Pape!»
Laissant jaser, à tour de bras Jeanne tape toujours, et tape
Sur les serviettes, sur les draps…
Jeanne Larvor est fiancée
A Jean Garel le Guénédour…
Fille éprise, gorge oppressée; Soupir de femme, appel d’amour!
«Hé! patience, la petite!
Si c’est d’un mari qu’il vous chaut, Sachez qu’il vient souvent trop vite, Et ne part jamais assez tôt!»
Ainsi propos et railleries
Autour de Jeanne vont pleuvant…
La lessive, dans les prairies, Comme des voiles claque au vent.
Mais Jeanne garde son mystère, Jeanne Larvor ne semble voir
Que le linge du presbytère
Dans l’eau mousseuse du lavoir.
Ses oreilles, elle les bouche; Les bourdons de l’essaim moqueur Ne pourront cueillir sur sa bouche Le miel déposé dans son cœur.