La Conception Matérialiste De La Question Juive

Abraham Léon · Chapitre 10 sur 27

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La Conception Matérialiste De La Question Juive

D) Les Juifs après la chute de l’Empire romain

 

C’est donc bien la transformation de la nation juive en classe qui est à l’origine de la « conservation du judaïsme ». À l’époque de la ruine de l’Empire romain, leur rôle commercial ne cesse de prendre de l’importance.

 

« Si les Juifs avaient déjà participé avant la chute de l’Em-pire romain au commerce mondial, ils atteignirent une pros-

périté plus grande encore après sa fin 125. »

 

Il est probable que les marchands, syriens, dont on parle à la même époque, étaient aussi juifs. Cette confusion était fré-quente dans l’Antiquité. Ovide parle, par exemple, du « jour peu

 

125 L. Brentano, Eine Geschichte der wirtschaftlichen Entwicklung Englands, Jena, 1927-1929, p. 361.

 

– 70 – propre aux affaires, où revient, chaque semaine, la fête célé-

brée par les Syriens de Palestine 126 ».

 

Au IV° siècle, les Juifs appartenaient aux couches aisées et riches de la population… Chrysostome dit des Juifs qu’ils possè-dent de grandes sommes d’argent et que les Patriarches ras-semblent des trésors immenses. Il parle des richesses des Juifs

comme d’un fait que les contemporains connaissent bien 127.

 

Pour de longs siècles, les Juifs seront les uniques intermé-diaires commerciaux entre l’Orient et l’Occident. Le centre de la vie juive s’établit de plus en plus en Espagne et en France. Le maître de poste arabe, Ibn Khordâdhbeh (IX° siècle), parle dans son livre des routes des Juifs radamites qui, dit-il, « parlent le persan, le romain, l’arabe, les langues franque, espagnole et slave. Ils voyagent d’Occident en Orient et d’Orient en Occi-dent, tantôt par terre et tantôt par mer. Ils apportent de l’Oc-cident des eunuques, des femmes esclaves, des garçons, de la soie, des pelleteries et des épées. Ils s’embarquent dans le pays des Francs, sur la mer Occidentale et se dirigent vers Faramâ (Peluse)… Ils se rendent dans le Sind, l’Inde et la Chine. À leur retour, ils se chargent de musc, d’aloès, de camphre, de can-nelle et d’autres produits des contrées orientales. Quelques-uns font voile vers Constantinople, afin d’y vendre leurs marchan-dises ; d’autres se rendent dans le pays des Francs ».

 

126 Si même ces Syriens ne sont pas juifs, c’est un fait qu’on n’en parle plus à l’époque carolingienne. Il est possible qu’ils se soient fondus dans les communautés commerciales juives, à moins qu’ils n’aient dispa-ru complètement pour d’autres causes. À l’époque carolingienne, « Juif » est parfaitement synonyme de « marchand ».

127 Rabbin Dr. L. Lucas, Zur Geschichte der Juden in vierten Jahr-hundert, Berlin, 1910.

« A Antioche, saint Jean Chrysostome montre les Juifs occupant les premières positions commerciales de la cité, faisant suspendre toutes les affaires quand ils célèbrent leurs fêtes. » C. Jannet, Les Grandes Époques de l’Histoire économique, p. 137.

 

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C’est sûrement à leurs importations que se rapportent les vers de Théodulphe relatifs à la richesse de l’Orient. L’Espagne est encore mentionnée dans le texte d’une formule de Louis le Pieux à propos du Juif Abraham de Saragosse… Les Juifs sont donc les pourvoyeurs d’épices et d’étoffes précieuses. Mais on voit par les textes d’Agobard qu’ils vendent aussi du vin. Ils s’oc-cupent, au bord du Danube, du commerce du sel. Au X° siècle, des Juifs possèdent des salines près de Nuremberg. Ils font aus-si le commerce d’armes. En outre, ils exploitent les trésors des églises. Mais leur grande spécialité c’est le commerce d’esclaves. Quelques-uns se vendent dans le pays mais la majorité est ex-portée en Espagne. « Juif » et « marchand » deviennent des

termes synonymes 128.

 

Ainsi, il est dit dans un édit du roi Louis :

 

« Des marchands, c’est-à-dire des Juifs et d’autres mar-chands, d’où qu’ils viennent, de ce pays ou d’autres pays, doi-vent payer une taxe juste soit pour des esclaves soit pour d’au-tres marchandises, de même qu’il en était d’usage sous d’autres

rois 129. »

 

Il est indubitable qu’à l’époque carolingienne, les Juifs étaient les principaux intermédiaires entre l’Orient et l’Occi-dent. Leur position déjà prédominante dans le commerce à l’époque du déclin de l’Empire romain, les a bien préparés à ce rôle. On les traitait alors à l’égal des citoyens romains. Le poète

 

128 Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, 2° éd., p. 237.

129 Dr. Julius Brutkus, Der Handel der westeuropäischen Juden mit dem mittelalterlichen Kiew (en yiddish), dans Schriften für Wir-schaft und Statistik, 1928.

 

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Rutilius se plaignait que la nation vaincue opprimait les vain-

queurs 130.

 

Au milieu du IV° siècle, des commerçants juifs s’étaient fixés à Tongres et à Tournai. Les évêques entretenaient les meil-leures relations avec eux et encourageaient fortement leur commerce. Sidoine Apollinaire priait l’évêque de Tournai (en 470) de les accueillir favorablement, étant donné que « ces gens

faisaient habituellement de belles affaires 131 ».

 

Au VI° siècle, Grégoire de Tours parle des colonies de Juifs à Clermont-Ferrand et à Orléans. Lyon possédait également à cette époque, une nombreuse population de commerçants

juifs 132. L’archevêque de Lyon Agobard, dans sa lettre de Inso-lentia Judœorum, se plaint que les Juifs vendent des esclaves chrétiens en Espagne. Le moine Aronius, au VIII° siècle, men-tionne un Juif habitant le pays des Francs, qui rapportait des

choses précieuses de Palestine 133.

 

Il est donc évident qu’en France, dans les premiers siècles

du Moyen Age, les Juifs sont essentiellement commerçants 134. En Flandre, où les Juifs habitaient depuis les invasions des Normands et jusqu’à la première croisade, le commerce se trou-

vait entre leurs mains 135. Vers la fin du IX° siècle, il y avait à

 

130 De reditu suo, I, 398 ; cf. G. B. Depping, Les Juifs dans le Moyen Age, Paris, 1834, p. 18.

131 S. Ullman, Histoire des Juifs en Belgique jusqu’au XVIII° siècle, Anvers, s.d., pp. 9-10.

132 H. Pirenne, Les villes au Moyen Age, p. 313.

133 I. Schipper, Anfänge des Kapitalismus bei den abenländischen Juden im früheren Mittelalter,1907.

134 H. Sée, Esquisse d’une histoire économique et sociale de la France, Paris, 1929, p. 91.

135 Verhoeven, Algemeene Inleiding tot de Belgische Historie, cité par Ullmann, op. cit., p. 8.

 

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Huy une grande communauté juive. Les Juifs y occupaient une position importante et faisaient un commerce florissant… En

1040, à Liège, ils tenaient le commerce entre leurs mains 136. En Espagne, « tout le commerce extérieur était exploité par eux. Ce commerce s’étendait sur toutes les denrées du pays : vins, hui-les, minéraux. Les étoffes et les épices leur arrivaient du Le-

vant. Il en était de même dans les Gaules 137 ».

 

Les Juifs de Pologne et de Petite Russie, se rendaient éga-lement en Europe occidentale pour y vendre des esclaves, des fourrures et du sel et pour y acheter toutes sortes d’étoffes. On lit dans une source hébraïque du XII° siècle que les Juifs ache-taient sur les marchés rhénans, de grandes quantités d’étoffes de Flandre, pour les échanger en Russie contre des fourrures. Le commerce juif entre Mayence et Kiev, « la place du commerce la

plus importante de la plaine du Sud 138 139 », était très intense.

 

Il y avait certainement une importante colonie commer-ciale de Juifs à cette époque à Kiev, puisqu’on lit dans une chro-nique de 1113 que « pour décider Monomaque à venir le plus tôt à Kiev, les habitants de cette ville lui firent savoir que la

population s’apprête à piller les Boïars et les Juifs 140 ».

 

Le voyageur arabe Ibrahim Al-Tartoushi témoigna égale-ment de l’ampleur du commerce juif entre l’Europe et l’Orient. Il écrit en 973, visitant Mayence :

 

136 Ullmann, op. cit., pp. 12-14.

137 Bédarride, Les Juifs en France, en Italie, en Espagne, p. 53.

138 H. Pirenne, op. cit.

139 Dr. Julius Brutzkus, op. cit..

140 Idem.

 

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« Il est merveilleux que sur un point aussi éloigné de l’Oc-cident, on trouve de telles quantités d’épices provenant de l’Orient le plus éloigné. »

 

Dans l’histoire mise sous le nom du juif Ben Gourion, dans l’œuvre du géographe arabo-persan Qazwini et la relation de voyage du juif espagnol Ibrahim ibn Iakov, du X° siècle, on mentionne le prix du blé à Cracovie et à Prague, et des mines de

sel appartenant aux Juifs 141. D’après Gumplowicz, les Juifs étaient les seuls intermédiaires entre les bords de la Baltique et l’Asie. Un vieux document caractérise ainsi les Khazars, peu-plade mongole de la mer Caspienne, convertie au judaïsme :

 

« Ils n’ont pas d’esclaves de la terre parce qu’ils achètent

tout au moyen de l’argent 142.».

 

Itil, la capitale des Khazars, était un grand centre commer-cial d’où partait le trafic des marchandises aboutissant à Mayence.

 

Le converti Herman raconte, dans un écrit autobiographi-que, que lorsqu’il était encore juif, à l’âge de 20 ans (à peu près en 1127), il voyageait régulièrement de Cologne à Mayence pour s’occuper des affaires commerciales, car « tous les Juifs s’occu-pent du commerce » (siquidem omnes judaei negotiationi in-serviunt).

 

Les paroles du Rabbin Eliezer ben Natan sont aussi carac-téristiques pour l’époque :

 

141 Schipper, Anfänge des Kapitalismus bei den abendländischen Juden.

142 Dr. Julius Brutzkus, Di Geshikhte fun di Bergyiden oyf kavkaz (Histoire des Juifs montagnards au Caucase), en yiddish, dans Historishe Shriften fun Yivo (Yivo Studies in History), t. 2, Wilno, 1937, pp. 26-42, résumé anglais, pp. VI-VII.

 

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« Le commerce, mais c’est là notre moyen de subsistance

principal 143. »

 

Les Juifs constituent « la seule classe dont la subsistance est due au négoce. Ils sont en même temps, par le contact qu’ils conservent les uns avec les autres, le seul lien qui subsiste entre

l’Orient et l’Occident 144. »

 

La situation des Juifs dans la première moitié du Moyen Age est donc extrêmement favorable. Les Juifs sont considérés comme faisant partie des classes supérieures de la société et leur situation juridique ne s’éloigne pas sensiblement de celle de la noblesse. Sous Charles le Chauve, l’édit de Pîtres (864) punit la vente de l’or ou de l’argent impurs par le fouet, lorsqu’il s’agit de serfs ou de corvéables, et d’une amende d’argent quand il

s’agit de Juifs ou d’hommes libres 145.

 

« Les Juifs remplissaient alors un rôle qui répondait à une urgente nécessité économique, que personne d’autre ne pouvait

satisfaire : la profession commerciale 146 ».

 

Les historiens bourgeois ne voient généralement pas de grande différence entre le commerce et l’usure antiques ou

 

143 I. Schipper, Yidishe Geschikhte (Wirtschaftsgeshikhte), Varso-vie, 1930 (en yiddish), tome II, p. 45.

144 Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, p. 153.

145 Les Juifs sont même mieux protégés que les nobles par le privi-lège accordé à ceux de Spire par Henri IV (1090). Le chroniqueur polo-nais du XII° siècle, Vincenti Kadlubek, nous apprend que la même peine, la « septuaginta », qui était fixée pour lèse-majesté ou pour le blasphème, était appliquée aux assassins des Juifs. En 966, l’évêque de Vérone se plaignait que lors de batailles entre clercs et Juifs, les premiers étaient punis d’une amende triple à celle que devaient payer les Juifs.

146 W. Roscher, Die Juden im Mittelalter, p. 324.

 

– 76 – moyenâgeux et le capitalisme à notre époque. Cependant, il y a entre le commerce médiéval et l’usure qui lui est liée, au moins autant de distance qu’entre le grand propriétaire capitaliste tra-vaillant pour le marché et le seigneur féodal ; entre le prolétaire moderne et le serf ou l’esclave. Le mode de production domi-nant, à l’époque de la prospérité commerciale des Juifs, était féodal. On produisait essentiellement des valeurs d’usage et non pas des valeurs d’échange. Chaque domaine se suffisait à soi-même. Seuls, certains produits de luxe : épices, étoffes précieu-ses, etc., étaient l’objet d’un échange. Les seigneurs cédaient une partie des produits bruts de leurs terres contre ces marchandi-ses rares venant de l’Orient.

 

La société féodale, basée sur la production des valeurs d’usage et le « capitalisme » dans sa forme primitive commer-ciale et usuraire, ne s’excluent pas mais se complètent.

 

« Le développement autonome et prédominant du capital comme capital commercial correspond à un système de pro-duction dans lequel le capital ne joue aucun rôle, et à ce point de vue on peut dire qu’il est en raison inverse du développement économique de la société… Aussi longtemps que le capital commercial assure l’échange des produits de communautés peu développées, il réalise non seulement en apparence, mais presque toujours en réalité, des profits exagérés et entachés de fraude. Il ne se borne pas à exploiter la différence entre les coûts de production des divers pays, en quoi il pousse à l’égali-sation des valeurs des marchandises, mais il s’approprie la plus grande partie de la plus-value. Il y parvient en servant d’intermédiaire entre les communautés qui produisent avant tout des valeurs d’usage et pour qui la vente de ces produits à leur valeur est d’une importance secondaire, ou en traitant avec des maîtres d’esclaves, des seigneurs féodaux, des gou-

 

– 77 – vernements despotiques, qui représentent la richesse jouis-

seuse 147… ».

 

Tandis que le capital commercial ou bancaire moderne n’est, économiquement parlant, qu’un appendice du capital in-dustriel et ne fait que s’approprier une partie de la plus-value créée dans le procès de la production capitaliste, le capital commercial et usuraire réalise ses bénéfices en exploitant la dif-férence entre les coûts de production des divers pays, en s’ap-propriant une partie de la plus-value extorquée à leurs serfs par les seigneurs féodaux.

 

« C’est toujours la même marchandise en quoi l’argent se convertit dans la première phase et qui dans la seconde phase

se convertit en plus d’argent 148. »

 

Le marchand juif n’investit pas de l’argent dans la produc-tion comme le fera, quelques siècles plus tard, le marchand des grandes villes médiévales. Il n’achète pas des matières premiè-res, il ne finance pas les artisans drapiers. Son capital commer-cial n’est que l’intermédiaire entre des productions qu’il ne do-

mine pas et dont il ne crée pas les conditions 149.

 

Au commerce se lie intimement le prêt à intérêt, l’usure. Si la richesse accumulée dans les mains de la classe féodale impli-que le luxe et le commerce qui sert à le procurer, le luxe à son tour, devient le signe distinctif de la richesse. Au début, le sur-produit accumulé permet au seigneur l’acquisition des épices, des tissus orientaux, des soieries ; plus tard, tous ces produits deviennent les attributs de la classe dominante. L’habit com-

 

147 Karl Marx, Das Kapital, III, Bd., Berlin, 1953, pp. 359, 362-3 ; cf. la trad. française, livre III, t. 1, Paris, Ed. sociales, 1957, pp. 336-339.

148 Karl Marx, Le Capital, livre III.

149 Karl Marx, op. cit., livre III, p. 362 (éd. allemande, Berlin, 1953) ; t. 1, p. 338 (trad. française, Paris, 1957).

 

– 78 – mence à faire le moine. Et lorsque les revenus ordinaires ne permettent pas de mener le train de vie qui devient habituel à la classe des propriétaires, il faut emprunter. Un deuxième per-sonnage s’ajoute au marchand : l’usurier. Généralement, à cette époque le second personnage ne fait qu’un avec le premier. Seul le marchand dispose des écus nécessaires au riche dissipateur noble. Mais ce n’est pas seulement le seigneur qui a recours à l’usurier. Quand le roi a besoin de réunir une armée immédia-tement et que le produit normal des impôts ne suffit pas, il est obligé de s’adresser à l’homme aux écus. Lorsque le paysan, par suite d’une mauvaise récolte, d’une épidémie ou du poids exor-bitant des taxes, des impôts et des servitudes, ne peut plus s’ac-quitter de ses charges ; quand il a mangé ses semences, quand il ne peut plus renouveler les instruments de travail usés, il doit emprunter ce qui lui est nécessaire chez l’usurier.

 

Le trésor de l’usurier est donc indispensable à une société à base d’économie naturelle ; il constitue la réserve où puise la société lorsque diverses circonstances accidentelles intervien-nent.

 

« Le capital productif d’intérêts, le capital usuraire, si nous lui appliquons le nom qui correspond à sa forme primi-tive, appartient, avec son frère, le capital commercial, aux formes antédiluviennes du capital, aux formes antérieures de loin à la production capitaliste et qui se retrouvent dans les

organisations les plus différentes de la société 150. »

 

« Que les Juifs allemands prêtaient sur gages déjà avant la première croisade, cela est indiscutable. Quand en 1107, l’évêque Herman de Prague mit en gage chez les Juifs de Ratis-bonne des magnifiques draperies d’église pour la somme de 500 marks d’argent, il est difficile de croire que ce fut là la

 

150 Karl Marx, Le Capital, livre III (Das Kapital, III, Berlin, 1953, p. 641 ; trad. franç., livre III, t. 2, Paris Ed. sociales, 1959, p. 253).

 

– 79 – première opération de crédit de ce genre. Du reste, un docu-ment hébraïque témoigne que le prêt sur gage était habituel aux Juifs allemands de ce temps. Mais à cette époque, le crédit ne constituait pas encore une profession indépendante, il était

étroitement lié au commerce 151. »

 

Souvent les rois et les grands seigneurs engageaient chez les Juifs les produits des impôts et des taxes. Et c’est ainsi que nous voyons apparaître des Juifs dans le rôle de fermiers d’im-

pôts, de percepteurs de taxes 152. Les ministres des Finances des rois du haut Moyen Age, étaient souvent juifs. En Espagne, jus-qu’à la fin du XIV° siècle, les grands banquiers juifs étaient en même temps les fermiers d’impôts. En Pologne, les « rois confiaient aux Juifs les fonctions importantes de l’administra-tion financière de leurs domaines… Sous Casimir le Grand et Ladislas Jagellon, on n’affermait pas seulement aux Juifs les impôts publics, mais aussi des sources de revenus aussi impor-tants que la monnaie et les salines royales. Ainsi par exemple, on sait que le « Rothschild » de Cracovie, Levko, le banquier de trois rois polonais, a affermé, dans la deuxième moitié du XIV° siècle, les fameuses salines de Wieliczka et de Bochia, et qu’il

administrait aussi l’hôtel des monnaies de Cracovie 153 ».

 

Aussi longtemps que dominait l’économie naturelle, les Juifs lui étaient indispensables. C’est son déclin qui donnera le signal des persécutions contre les Juifs et compromettra pour longtemps leur situation.

 

151 Caro, op. cit., p. 197.

152 « Les banquiers se chargeaient aussi d’opérer la recette des grandes propriétés seigneuriales. Ils faisaient en quelque sorte fonction de régisseurs et d’intendants. »

G. Davenel, Histoire économique de la Propriété, etc., Paris, 1886-1920, tome I, p. 109.

153 I. Schipper, Yidishe Geschikhte, tome IV, p. 224.

 

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