La Conception Matérialiste De La Question Juive

Abraham Léon · Chapitre 21 sur 27

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La Conception Matérialiste De La Question Juive

Chapitre VII La décadence du capitalisme et la tragédie juive du XX° siècle

Chapitre VII

 

 

La décadence du capitalisme et la

 

tragédie juive du XX° siècle

 

Le mérite essentiel du régime capitaliste fut d’avoir donné une extension formidable aux forces productives, d’avoir créé l’économie mondiale, d’avoir permis un essor inconnu jus-qu’alors de la technique et de la science. À la stagnation du monde féodal, le capitalisme opposa un dynamisme sans pareil. Des centaines de millions d’hommes jusqu’alors immobilisés dans une vie routinière et sans horizon, se virent soudainement entraînés dans le courant d’une existence fébrile et intense.

 

Les Juifs vivaient dans les pores de la société féodale. Lors-que l’édifice féodal se mit à crouler, il commença par expulser ces éléments qui lui étaient à la fois étrangers et indispensables. Avant même que le paysan eût quitté le village pour le centre industriel, le Juif avait abandonné la petite ville médiévale pour émigrer dans les grandes cités de l’univers. La destruction de la fonction séculaire du judaïsme dans la société féodale s’accom-pagne de sa pénétration passive dans la société capitaliste.

 

Mais si le capitalisme a donné à l’humanité des conquêtes prodigieuses, seule sa disparition pouvait permettre à l’humani-té d’en jouir. Seul le socialisme était à même d’élever l’humanité à la hauteur des bases matérielles de la civilisation. Or le capita-lisme se survit et toutes les immenses acquisitions se tournent de plus en plus contre les intérêts les plus élémentaires de l’hu-manité.

 

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Les progrès de la technique et de la science deviennent des progrès de la science et de la technique de la mort. Le dévelop-pement des moyens de production n’est plus qu’accroissement des moyens de destruction. Le monde, devenu trop petit pour l’appareil de production bâti par le capitalisme, se réduit encore par les efforts désespérés de chaque impérialisme d’étendre sa sphère d’influence. Alors que l’exportation à outrance constitue un phénomène inséparable du mode de production capitaliste, le capitalisme décadent essaie de s’en passer, c’est-à-dire d’ajou-ter à ses maux les maux de sa suppression.

 

Des barrières puissantes entravent la libre circulation des marchandises et des hommes. Des obstacles infranchissables se dressent devant les masses privées de travail et de pain à la suite de l’écroulement du monde féodal traditionnel. La putréfaction du capitalisme a non seulement accéléré la décomposition de la société féodale, mais a centuplé les souffrances qui en résul-taient. Les civilisateurs, dans l’impasse, barrent la route à ceux qui veulent se civiliser. Sans pouvoir se civiliser, ceux-ci peuvent encore moins demeurer dans le stade de barbarie. Aux peuples dont il détruit les bases traditionnelles d’existence, le capita-lisme barre la route de l’avenir après avoir fermé le chemin du passé.

 

C’est à ces phénomènes généraux que se rattache la tragé-die juive du XX° siècle. La situation, extrêmement tragique du judaïsme à notre époque, s’explique par l’extrême précarité de sa position sociale et économique. Éliminés les premiers par le féodalisme décadent, les Juifs furent aussi les premiers rejetés par les convulsions du capitalisme agonisant. Les masses juives se trouvèrent coincées entre l’enclume du féodalisme décadent et le marteau du capitalisme pourrissant.

 

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