La déesse mère
Chapitre 9
Le javelot se planta dans la cible. L’esclave courut l’arracher et le rapporta à Noun. Ala apprécia le coup :
— Pas mal, pour une vieille… À moi !
Tirant la langue, elle lança de toutes ses forces le javelot à pointe d’obsidienne.
— T’as vu ça ? En plein milieu ! Ce serait un bonhomme, il serait bien malade !
L’esclave qui lui rapporta l’arme était l’un des deux irréductibles anciens du clan de l’Élan. Il riait de bon cœur :
— Ton bonhomme, il l’aurait reçu entre les jambes, à hauteur des genoux ! C’est toi qui serais à présent bien malade, car il t’aurait aussitôt sauté dessus et ouvert la tripaille avec sa sagaie, ou peut-être le crâne avec sa massue ! Tiens, regarde plutôt !
Vif comme l’éclair, d’un même geste le gars se retourna et lança le javelot, sans viser. La pointe pénétra dans la lourde cible de fibres tressées, avec une telle violence qu’elle la jeta à terre. Il commenta :
— Voilà le travail ! Tu as vu ? Juste à bonne hauteur. Là, ton bonhomme, il l’a en plein cœur.
— Oui, mais moi, si la cheffe t’a vu, je suis bonne pour la taule ! Et toi pour la femme-bourreau. Combien de fois faudra-t-il te répéter que tu ne dois pas toucher aux armes, pas même t’en approcher, et que je suis responsable de toi ?
L’ancien de l’Élan baissait le nez, penaud.
— Ça a été plus fort que moi… Je suis un chasseur, moi, quoi, merde !
Noun intervint :
— Ala, c’est notre faute, à toi comme à moi. Nous voulons nous exercer aux armes et nous aguerrir, comme les femmes d’ici, mais nous sommes trop paresseuses pour aller ramasser nos javelots ou nos flèches. Nous y envoyons nos esclaves.
— Tu as raison. La vie d’ici nous a ramollies.
L’esclave ricana :
— Chez nous, chez les vrais hommes, vous ramassiez notre merde, vous preniez nos membres dans le cul et quelques bons coups de pied dans le ventre en récompense.
Ala n’allait pas laisser passer ça :
— Seulement, nous sommes ici, pas là-bas… Nous sommes trop bonnes avec vous. Tu n’aurais pas dû m’y faire penser. Je vais vous traiter comme vous nous traitiez. Pour commencer, tu auras le fouet dès que nous serons rentrés.
Il ricana de plus belle :
— Avec ces bras-là ? Ça me fait même pas mal !
Ala se tourna vers Noun :
— Comment t’y prends-tu, toi ? Ils te respectent, les tiens.
— Parce qu’ils m’aiment.
— Mais ces deux sournois-là ne veulent pas m’aimer ! Ils me respectent, si on veut, mais à cause du tabou. « Tu es l’épouse des Puissances », ils n’ont que ça à la bouche… Et toujours tintin pour la chose du machin dans la fente !
L’esclave croisa les bras, soudain austère :
— Tu es l’épouse des Puissances. Ta fente est sacrée.
— Et merde pour les Puissances !
— Tu blasphèmes. C’est affaire entre toi et les Puissances. Cela ne me concerne pas. Tu es et tu resteras toujours l’épouse des Puissances.
Ala n’en pouvait plus. Elle se jeta dans les bras de Noun :
— Et tu ne connais pas la meilleure ! Figure-toi que j’ai surpris ces deux cochons-là l’un dans l’autre ! S’enfilant jusqu’au trognon, parfaitement ! Un coup pour toi, un coup pour moi…
Noun compatit :
— Pauvres petits, comme ils doivent être privés !
— C’est ça, plains-les !
Ala soupira :
— Ah, si Ghal était là !… Au fait, il devrait être sorti, non ? C’est bien long, cette désacralisation, je trouve… Ogh ne t’en a rien dit ? Il est tout le temps fourré là-bas, il doit savoir les choses.
— Ogh ? Je ne le vois plus. Il passe ses jours aux pieds de la Déesse et ses nuits je ne sais où. Cora m’a raconté qu’ils restent des journées entières à se regarder, les mains dans les mains, une lumière dans les yeux et un sourire idiot sur les lèvres. Les filles d’honneur sont présentes, car la Déesse est en période d’abstinence. C’est la Loi.
Ala dit, sentencieuse :
— C’est l’amour.
Un gémissement monta depuis le sol. C’était le loup gris. Ala se baissa, prit dans ses bras la grosse tête frémissante d’inquiétude.
— Toi aussi, loup gris, tu es en peine de Ghal. Il est ton frère d’amitié. Tu le cherches.
Le loup émit une plainte modulée. Ala pâlit. Elle se releva, dit à Noun :
— Il est arrivé malheur à Ghal. C’est cela, loup ?
La plainte se fit plus aiguë. Le loup gémissait à petits coups saccadés, comme s’il voulait faire comprendre quelque chose.
— D’accord, loup. Écoute. Le soir tombe. À la nuit noire, nous irons ensemble, toi et moi, chercher la piste de Ghal.
Deux ombres se glissent dans la nuit, de buisson en buisson, à la limite entre les maisons serrées en troupeau, les terres cultivées et les pâtures, l’une trottinant sur ses quatre pattes, l’autre courbée, les mains rasant le sol. Ala et le loup gris mènent leur chasse, prenant bien garde à ne pas attirer l’attention des femmes en armes postées à la lisière extrême des terres du village afin de veiller à toute surprise venue d’ailleurs, ni celle des petits esclaves pâtres, censés, eux, protéger le bétail contre les hordes de loups toujours affamés qui égorgent sans bruit la génisse imprudente dormant à l’écart.
Le loup gris trotte devant, flaire l’herbe, hume le vent, hésite, revient sur ses pas, tournaille sur lui-même, et puis, nez à terre, suit sans plus hésiter une piste zigzagante qui le ramène peu à peu vers l’amas des maisons alignées… Soudain, avec un cri de gorge étranglé, il file droit devant lui.
Ala suit comme elle peut, sans plus tenter de se cacher. Elle ne veut pas perdre le loup de vue. Et voici qu’il arrête sa course au mur de derrière d’une maison dont la porte, comme celle de toutes les autres demeures du village, ouvre en façade, de l’autre côté, sur la rue unique. Cette maison est plus grande que les autres. Plus haute, aussi… La maison de la Déesse.
Le loup maintenant gratte frénétiquement la terre au pied du mur de pisé, comme s’il voulait creuser un tunnel pour passer dessous. Il retrousse ses babines, découvrant les crocs. La plainte aiguë fuse du fond de sa gorge, contenue toutefois afin que ceux d’au-delà du mur ne puissent l’entendre. Ala comprend : Ghal est là, de l’autre côté de ce mur, dans cette maison. C’est donc là qu’on le tient enfermé et qu’il subit le rituel de la… Comment disent-ils, déjà ? Ah, oui : désacralisation.
Ala voudrait bien voir à travers ce mur. De la terre battue mêlée à de la paille hachée, ce ne doit pas être trop difficile à percer. Oui, mais cela ne se ferait pas sans bruit, et puis Ala sait que de gros pieux de bois dur sont noyés dans la masse. Elle lève le nez, et elle constate que, là où le toit de roseaux porte sur le sommet du mur, il y a certainement moyen d’écarter doucement les épaisseurs de feuillage pour glisser l’œil entre mur et toiture. Oui, mais c’est haut. Il faudrait pouvoir grimper sur quelque chose. Le dos du loup gris, par exemple. Mais le loup gris n’est plus là. Ala l’appelle, tout bas, il a l’oreille fine. Pas de loup gris. Où a-t-il bien pu filer ? Ala cherche du regard alentour, avise un billot à fendre le bois, le roule jusqu’à l’endroit favorable, se hisse dessus.
Bien doucement elle écarte les roseaux secs, jusqu’à ce qu’un rai de lumière l’avertisse que le passage est fait. Perchée sur la pointe des pieds, elle peut plonger le regard de haut en bas dans la maison.
Ala voit tout d’abord que Ghal n’est pas là. Pas dans cette partie de la maison, en tout cas. Non qu’elle soit inoccupée : la Déesse en personne y trône. Il semble qu’elle se prépare à prendre un repas. Deux femmes sont là, qui s’empressent, déférentes, et qu’Ala reconnaît pour des femmes-médecine, elles en portent les marques peintes sur le visage et sur le corps. Et il y a Cora.
Les femmes-médecine, suivant un rituel de respect, disposent devant la Déesse, sur un plateau de vannerie tressée, trois écuelles de terre cuite recouvertes par d’autres écuelles renversées. Cora fait un signe. Les femmes-médecine s’écartent. La Déesse est triste. Il y a de l’eau sur ses joues, un peu. Ala se dit que son amour tout neuf pour Ogh n’a pas encore entièrement effacé le chagrin de la séparation d’avec Ghal. Ala comprend cela. Elle a pitié de la pauvre Déesse. Cora parle :
— Allons, ma chérie.
La Déesse s’essuie les yeux, renifle, fait de la tête un « Oui » résigné. Cora découvre une des écuelles. Ce qu’il y a dedans, autant qu’Ala puisse voir, semble être un foie. Un beau foie de cerf rouge violacé, tout cru. Ce qu’il en reste, plutôt, car il est fort entamé. Cora, de sa fine lame d’obsidienne emmanchée de corne, sépare habilement une tranche de ce foie, la prend entre deux doigts, l’élève avec respect jusqu’à la bouche de la Déesse. Elle dit tendrement :
— Mange, ma Déesse. Il le faut. C’est le dernier repas, tu le sais.
La Déesse prend la tranche de foie, la porte à sa bouche maussade, y mord, d’abord sans entrain, puis à belles dents, puis en grand appétit. Elle mastique. Des caillots noirâtres lui pendent aux commissures.
Cora dit :
— C’est bien ! C’était un gros foie. Tu as été très raisonnable. Nous laisserons le reste. Maintenant, le cœur.
Elle soulève le couvercle de la seconde écuelle. Ce qui reste d’un cœur apparaît. Un cœur de mouflon, peut-être bien. Cora procède de la même façon. La Déesse, mise en train, dévore. Elle ne laisse rien du cœur.
Cora la félicite. Ce bel appétit est de bon augure. Vient le tour de la troisième et dernière écuelle. Cora, cette fois, y met quelque solennité.
— Ma Déesse, ma toute chérie, c’est le dernier repas rituel. Le festin ultime. Tu as, depuis trois jours, empli ton ventre et fortifié ta divinité par le cœur, qui est la force et le courage, et par le foie, qui est la joie. Le cycle doit s’achever par le bien suprême, qui est la fécondité.
Elle découvrit l’écuelle. Ala faillit hurler. Ce qui était là, joliment présenté sur un lit de verdure et entouré de fleurs des champs, c’était un membre. Un membre d’homme, avec ses organes accessoires. Pas un membre d’aurochs ou de bélier. Un splendide membre d’homme jeune et plein de sucs généreux.
Alors Ala se dit que le foie et le cœur, eux aussi, certainement… Elle se força à regarder. La Déesse avait un gros chagrin. Elle gémit :
— Non, Cora ! Pas ça…
— Il le faut. C’est l’essentiel. Tout le reste n’est rien. C’est dur, ma chérie, je sais. Allons, fais un effort. Après, c’est fini.
Cora saisit respectueusement le membre par le gland, entre deux doigts, les boules pendantes, et le présenta à la Déesse. Qui, soudain, prenant son parti, en engloutit d’un coup la moitié de la longueur et mastiqua, d’abord avec rage, puis avec un plaisir qui faisait briller la gourmandise dans ses yeux.
Ala, épouvantée, sauta à bas de son billot. Elle se cogna au loup gris. Elle trébucha, tendit les mains pour se cramponner au cou du loup, heurta quelque chose que le loup tenait en sa gueule. Entre-temps, la lune s’était levée. Dans la pâle lumière, Ala vit que cette chose était une tête que le loup tenait par les cheveux. Une tête d’homme. La tête de Ghal.
Les yeux d’Ala plongeaient dans les yeux morts de Ghal. Elle enfonça son poing dans sa bouche et le mordit pour ne pas crier. Le loup gris ne grondait ni ne gémissait plus. Il avait retrouvé son ami. Il crochait fièrement dans l’épaisse chevelure. La tête pendait. Et souriait. La mort avait été donnée à Ghal alors qu’il rêvait à des choses heureuses.
Ala se déchira les joues de ses ongles. Son sang coula. C’était sa manière à elle de hurler son malheur, car l’eau de ses yeux ne savait pas couler. Elle tomba de son long sur la terre dure et resta là, longtemps. Le loup gris paradait autour d’elle, content d’avoir mené à bien sa mission. La tête se balançait, semant des gouttes de sang noir.
Un bruit fit se dresser Ala. Elle risqua un œil à l’angle du mur. Elle vit Cora. Celle-ci venait sans doute de sortir par la porte donnant sur la rue. Elle marchait, se dirigeant vers sa maison. Sans escorte. Ala, dissimulée derrière les maisons, l’accompagna, suivant dans l’herbe une trajectoire parallèle. Elle prenait bien soin de ne pas heurter du pied quelque débris sonore. Le loup gris la précédait, son fardeau en gueule.
Les pas de Cora la portaient vers la limite du village. Il lui fallait donc passer devant chez Noun. Ala ramassa en chemin une bûche de bois de chêne qui traînait près d’un billot. Elle la soupesa. C’était juste ce qui convenait. Elle fit signe au loup de ne pas bouger. Le loup s’assit sur sa queue. Ala se glissa dans l’intervalle vide entre deux maisons, risqua un œil prudent, déboucha dans la rue, le dos collé au mur, complètement cachée par l’ombre du toit débordant. La rue était déserte, à l’exception de Cora, marchant de son pas souple de guerrière.
Comme Cora passait devant la maison de Noun, Ala bondit. Le coup fit peu de bruit sur le haut chignon, mais il fut efficace. Cora s’écroula, retenue par les bras de la petite promptement tendus. Ala coucha Cora par terre, eut un rapide regard à droite et à gauche, empoigna à deux mains l’opulente chevelure maintenant poissée de sang, tira Cora jusqu’à la porte de la maison de Noun, franchit le seuil sans prendre la peine d’écarter la peau d’aurochs et, se relevant, cracha à la figure de l’amie de la Déesse, puis dit à Noun et aux deux esclaves, avant qu’ils n’aient ouvert la bouche :
— Je vous expliquerai… Cette salope… C’est épouvantable… Ghal…
Elle n’eut pas à en dire davantage. Le loup gris faisait son entrée, exhibant son trophée.
Ils étaient tous réunis dans la pièce de derrière, en rond autour de Cora toujours sans connaissance : Noun, Ala, les deux esclaves de Noun, ceux d’Ala – les gars de l’Élan – et Ogh, venu justement prendre des nouvelles de son frère d’amitié, si par hasard on en avait. Maintenant, on en avait.
Ala avait raconté ce qu’elle avait vu. Ogh avait écouté, sombre, sans un mot. Noun s’était dressée, blême d’épouvante. Elle était allée à son fils Ogh, l’avait entouré de ses bras. Ses yeux brillaient, plus sauvages que ceux du loup gris. Elle dit :
— Voici donc ce que devient l’Époux. Elle le dévore.
Ogh hocha la tête :
— Il faudrait savoir. Ghal était insoucieux des rites. Il aura commis quelque sacrilège.
Ala s’emporta :
— Cette grosse truie t’a déjà dévoré le dedans de la tête ! Un sacrilège ! Même chez ceux de l’Élan, on ne punit pas un sacrilège en mangeant le bonhomme !
— Tu es sûre d’avoir bien vu ?
Ala désigna la tête, toujours pendant de la gueule du loup :
— Et ça, je l’ai rêvé ? Tiens, tu me mettrais en colère, si je n’avais pas tant de chagrin.
Un des deux de l’Élan dit, en donnant un coup de pied à Cora :
— Faudrait demander à celle-là. Elle, elle sait.
Le coup de pied semblait avoir réveillé Cora. Elle ouvrit les yeux. Voulut remuer. Elle s’aperçut alors qu’elle était ficelée comme une botte de roseaux. Ala s’écria :
— Elle a ouvert les yeux !
Noun s’accroupit tout près de la tête de Cora. Elle prit cette tête par les deux oreilles, la souleva, dit seulement :
— Parle.
Les yeux de Cora étaient pleins d’étonnement.
— Pourquoi ne parlerais-je pas ? Il était inutile de me frapper et de m’attacher. Il suffisait de me demander. Seulement, maintenant que vous m’avez fait cela, il me faudra sévir. On ne devrait jamais faire confiance aux femmes sauvages. Ce me sera une leçon.
— Eh bien, nous te le demandons. Explique-nous.
— Je parlerais mieux si j’étais à mon aise. Vous ne voulez vraiment pas me détacher ? Tant pis. Vous n’auriez pas un peu d’eau ? J’ai soif. Et j’ai mal à la tête, aussi.
Un des esclaves de Noun présenta un pot à eau aux lèvres de Cora. Ayant bu, elle commença :
— La Loi est au-dessus de tout et de tous.
Ala s’énervait :
— Pour le sermon, on reviendra une autre fois. Au fait !
Cora la regarda froidement et reprit :
— La Loi est au-dessus de tout et de tous.
Ogh demanda :
— Même au-dessus de la Déesse ?
— Même au-dessus de la Déesse. La Déesse tient ses pouvoirs de la Loi. Elle ne peut transgresser la Loi. La Déesse est le principe femelle, le principe supérieur, celui qui donne la vie et l’abondance, qui fait croître les enfants dans les ventres et les moissons dans la terre. Elle est infiniment au-dessus du principe mâle. Le mâle n’est rien. La Loi a voulu que les êtres fussent femelles et mâles. La Loi sait ce que nous ne savons pas, comprend ce que nous ne pouvons comprendre. La Loi est la Loi. La Déesse est infiniment au-dessus du mâle, mais elle a besoin de lui pour être fécondée. Le mâle est le déclencheur. La pénétration de l’Époux dans la fente sacrée donne le signal. Le ventre de la Déesse sécrète l’enfant et le forme à sa propre image.
« La Déesse ne meurt jamais. La Déesse n’a pas commencé. Elle était avant le commencement des temps et sera quand les temps ne seront plus. Elle passe d’un corps dans un autre corps, qu’elle a formé elle-même puis choisi elle-même. Le corps change, mais c’est la même Déesse.
« La Loi dit que la Déesse doit absorber les organes nobles de l’Époux après la copulation réussie, afin que les vertus mâles passent dans la future Déesse. Car la Déesse est à la fois mâle et femelle dans un corps femelle… Mais ce sont là choses trop hautes pour vos têtes de sauvages !
Ala bondit :
— Ma tête de sauvage est capable de comprendre que mon bien-aimé n’est plus, que tu l’as assassiné, que ta Déesse de merde l’a dévoré… Horreur ! Je l’ai vue, cette grosse immonde, mastiquer le membre merveilleux que ma pauvre petite fente délaissée espérait depuis si longtemps… Ghal, où es-tu, Ghal ? Dans le ventre de cette truie, en train de te changer en merde, voilà où tu es ! Crève, salope !
Ala empoigna une lourde hache d’obsidienne polie appuyée au mur, l’éleva au-dessus de sa tête et, de toute la force de ses bras nerveux, l’abattit. sur la face impassible de Cora. Le bras d’Ogh saisit le manche au vol et arrêta la hache en pleine trajectoire. Ala grinça, étincelante de fureur :
— Qu’est-ce qui te prend ? Tu la défends ? Ghal était ton frère d’amitié, il me semble ? C’est toi qui devrais lui fendre la gueule en deux !
Ogh dit, sombrement :
— Elle agit selon les coutumes d’ici. Nous sommes des étrangers. Nous n’avons pas à juger.
La voix de Cora s’éleva, calme, pleine de mépris.
— Vous n’avez pas à nous juger, en effet. Mais vous aurez à payer. Vous, esclaves, pour avoir osé porter la main sur une femme. Vous, les femmes, pour avoir osé porter la main sur moi, qui suis autant au-dessus de vous que la Déesse est au-dessus de moi. Je passe sur les blasphèmes et sacrilèges… Vous mourrez tous dans les supplices. Sauf toi, Ogh, qui es aimé de la Déesse et qui es l’Époux choisi.
Noun bondit, courut se placer devant Ogh comme pour empêcher que ces paroles d’épouvante n’arrivent jusqu’à lui. Elle cria :
— Non ! Non ! Pas lui !
— La Déesse l’a élu. C’est un grand bonheur pour toi, femme, qui l’as formé dans ton ventre.
— Il sera l’Époux… Puis il sera massacré, et dévoré ! Et le loup gris m’apportera sa tête, c’est cela ?
— Il en sera comme il en doit être.
Ala s’impatientait.
— Qu’attendez-vous ? On est peut-être déjà à sa recherche. Les salopes en armes vont être ici d’un instant à l’autre… Tuons-la et sauvons-nous vite d’ici !
Cora ouvrit la bouche. Il en sortit un long ululement bizarrement modulé, qu’on n’aurait su attribuer à aucun animal connu. Ala le lui renfonça dans la gorge d’un bon coup de talon, puis renvoya Cora là d’où elle venait tout juste de sortir en se servant de la bûche appliquée au même endroit que précédemment.
— Voilà ! On a gagné ! Toute l’armée va nous tomber dessus !
À peine avait-elle dit que, peut-être pas toute l’armée, mais une solide patrouille de quatre guerrières faisait irruption, javelots pointés. Déjà les deux anciens de l’Élan s’étaient postés de part et d’autre de la porte. Ils laissèrent entrer les quatre femmes à la queue leu leu et, faisant de deux bûches massues, assommèrent tranquillement les deux dernières de la file tandis qu’Ogh brisait sur son genou le javelot de la première arrivée et que les deux esclaves de Noun, blondinets pleins de bonne volonté mais peu entraînés à ces ébats, se jetaient sur la fille intermédiaire, la bâillonnant du gras du bras et l’étranglant de bon cœur.
Tout ce petit monde, dûment endormi à la bûche de chêne, fut aligné bien proprement à terre aux côtés de Cora. Un des jouvenceaux de Noun, décidément mis en appétit, demanda, en se frottant les mains :
— Et maintenant ?
Ala avait la réponse :
— Maintenant, on m’égorge tout ça vite fait et on file. Allons, qu’on se dépêche !
Ogh léchait son poing que la femme-soldat, avant de s’écrouler, avait mordu au sang. Il dit :
— On file ? Oui. On égorge ? Non.
— Toi, alors, t’as vraiment pas de rancune ! Ces cannibales…
Noun intervint :
— Je dis comme mon fils Ogh. Pourquoi tuer ? Ramassons des armes, des provisions, et filons.
— Bon, bon. Je me soumets. D’autant qu’égorger les gens, ça me dégoûte un peu. Mais ça nous portera malheur, moi je vous le dis… Hé, vous deux, là, ne vous gênez surtout pas pour nous !
Ceci s’adressait aux deux de l’Élan qui, pendant cette discussion de haute moralité, avaient tranquillement retourné deux des farouches guerrières et les traitaient selon la façon gaillarde dont ils avaient coutume d’en user avec les femmes, là-bas, au vieux pays. Ils parvinrent avec ensemble au résultat ardemment recherché et, avec le même ensemble, émirent un ample soupir de bonheur :
— Ah… Ça fait du bien !
Ala, en rage, leur botta les fesses :
— C’est vraiment délicat de votre part de faire à ces salopes, sous mon nez, ce que vous avez toujours refusé de faire pour moi !
— Ce ne sont pas des épouses des Puissances.
Le petit trapu plein de poils partout demanda :
— Maîtresse, j’ai toujours eu envie de celle-là.
Il désignait du doigt Cora la superbe.
— Tu vois : mon membre n’en a pas encore assez. Il se dresse pour elle. Je peux ?
Ala lui répondit par un sec coup de bûche sur ce membre insatiable.
— Non, tu ne peux pas ! On n’a pas le temps.
Il la prit par le bras, sans douceur.
— Tu m’as fait mal ! Seulement, n’oublie pas que, sortis de ce pays de gonzesses, nous ne serons plus tes esclaves. Les choses vont se remettre en place. À leur vraie place : la femme dessous.
Ogh, Noun, Ala et les deux jeunots s’activèrent. Bientôt, chacun eut son baluchon ficelé et son javelot au poing. Ils se faufilèrent hors du village, évitant les sentinelles. Le loup gris les précédait, toujours portant par les cheveux la tête de son ami, laquelle, à vrai dire, commençait à attirer les mouches. À toute tentative pour le persuader de s’en séparer il répondait par un grondement du fond de la gorge qui disait clairement qu’il était prêt à tuer.
Ils avaient marché toute la nuit, puis tout le jour.
Ils avaient couru quand le terrain le permettait, traversé des rivières à la nage, rampé dans des marécages grouillants de sangsues et de bêtes sans forme et sans couleur. Ils s’étaient nourris sans arrêter leur course. Ils ne savaient pas où ils allaient. Ils n’avaient qu’une hâte : fuir le plus loin possible des territoires de la Déesse Mère. Ils n’avaient qu’une crainte : tourner bêtement en rond. Ils s’étaient guidés d’abord sur les étoiles, puis sur le soleil.
Une seconde nuit était tombée. Ils s’étaient enfin abattus sous le couvert d’un petit bois de bouleaux qui couronnait une éminence d’où ils pouvaient surveiller la campagne environnante. L’un des deux anciens de l’Élan, le velu aux épaules puissantes, dit en se massant les mollets :
— Si elles avaient dû nous rattraper, ce serait fait. On les a semées.
Il ricana :
— Ces gonzesses !
Ala, affalée sur le dos, les bras en croix, objecta :
— Si elles sont aussi tenaces que vous autres de l’Élan, elles n’abandonneront pas.
Le velu cracha son mépris.
— Qu’elles arrivent ! On s’en charge, avec Ghor. Elles ne nous auront pas par surprise, cette fois. Et on a des armes. Pas vrai, Ghor ?
Ghor approuva :
— Sûr !
Noun, toujours pratique et raisonnable, dit :
— Il faut monter la garde. Tu prends le premier tour, Ghor.
— Ah, oui ? C’est toi qui le dis ?
— Qu’est-ce qui te prend ?
— Il me prend qu’il n’y a plus ici des maîtresses et des esclaves, mais des chasseurs et des femelles. Le bon vieux temps est revenu. Tu n’es qu’une saloperie de flaque de chiasse de femelle. Tu prends la première garde, pisseuse. L’autre sauterelle prendra la suite. Et mon poing sur la gueule si vous n’êtes pas contentes. On obéit et on la ferme. J’ai dit.
Ala saisit l’occasion :
— Tiens donc ! Je ne suis plus l’épouse des Puissances, on dirait ? Alors, plus de tabou sur ma fente ?
— Tu es pour toujours l’épouse des Puissances. Le tabou est pour toujours sur ta fente. Mais seulement sur ta fente. Pour tout le reste, régime des femelles.
Ogh n’avait rien dit, perdu dans un rêve lointain. Il se leva sans hâte, s’avança vers Ghor, le prit d’une main à la gorge et le souleva de terre. Il gronda :
— Les temps de l’Élan ne reviendront jamais.
Il se tourna vers les deux esclaves de Noun :
— Vous, ramassez les armes. Que rien ne traîne à portée de main de ces deux-là.
Le velu, un javelot dans chaque main, marcha sur Ogh.
— Lâche mon copain, lavette ! Tu as trahi une fois, tu trahiras toujours.
Preste, il leva un javelot, visant le ventre. Ala, sans bruit, s’était postée derrière lui. Le javelot tomba mollement dans l’herbe aux pieds du velu au moment même où la bûche s’abattait sur son crâne. Il s’écroula.
Au bout du bras tendu d’Ogh, le visage de Ghor devenait bleu, puis noir. Ogh ouvrit la main. Ghor s’affala. Se tenant la gorge, il réussit à croasser :
— Nous ne sommes plus frères d’aventure. Votre route n’est plus notre route. Vous êtes pourris par les façons des femelles. Voughil et moi, nous retournons chez les vrais hommes. Nous chercherons la piste qui nous ramènera aux territoires du clan de l’Élan. Et nous reviendrons nombreux vous donner la chasse. Ou alors, tuez-nous.
Ogh haussa les épaules :
— Foutez le camp.
Ghor ricana :
— Gonzesse !
Ogh précisa :
— Tout de suite. Sans armes. Sans provisions.
— C’est ça ! Tu nous tues, mais sans que ça saigne. Gonzesse ! Gonzesse ! Gonzesse !
Ogh ajouta seulement :
— Si les gonzesses vous attrapent, vous saurez ce que ça peut faire, une gonzesse !
Ala ranima le nommé Voughil de quelques coups de bûche dans les côtes. Les deux de l’Élan s’enfoncèrent dans la nuit. Ala voulut les accompagner de quelques sarcasmes cinglants, mais Ogh leva la main :
— N’humilie pas le vaincu.
Et donc on s’organisa pour la nuit, répartissant au mieux les tours de veille. Mais chacun savait que la meilleure garde était celle du loup gris, bien qu’il ne fît pas parade de sa vigilance. Assis à l’écart, il léchait avec adoration le visage de son ami, dont il tenait la tête entre ses pattes, face à lui.
Cela faisait maintenant plus d’une lune et une demi-lune qu’ils allaient. Ils avaient traversé des territoires déserts et d’autres où le flair du loup gris avait décelé le passage de la bête à deux pieds. Ils avaient vécu de choses immondes qu’ils n’osaient faire cuire à cause de la fumée traîtresse, et aussi, à l’occasion, de la chasse de Noun ou d’Ala dont l’adresse à lancer le javelot et à tendre l’arc s’améliorait à l’usage. Les deux jeunes esclaves de Noun coopéraient de leur côté à la quête de la pitance, mais leur chasse restait encore bien chétive. Le loup gris ne chassait pas. Il restait à contempler et à lécher le visage de son ami Ghal. Une lassitude alourdissait son trottinement.
Ogh le taciturne, après avoir failli de peu éventrer Ala, avait été décrété trop maladroit pour se servir des armes. Il taillait, polissait et affûtait les pointes et les lames de silex ou d’obsidienne, réparait les fourrures à l’aide d’un fil fait de nerfs tressés ensemble qu’il enfilait dans une aiguille prélevée sur un os de lapin habilement percé.
Ce soir-là, Noun déclara :
— Voilà bien des jours que nous n’avons croisé la piste d’aucun chasseur ni vu fumer le moindre feu. Il semble que ces territoires sont délaissés par l’homme.
Ala s’esclaffa :
— Tu parles ! Depuis autant de jours nous n’avons tué aucune proie et le loup gris n’a flairé aucune piste ! Là où il n’y a rien à manger, il n’y a pas d’hommes.
Kto, le plus jeune des esclaves de Noun, dit :
— Nos pieds sont noirs jusqu’au mollet. Le sol ici a été brûlé. Sous cette herbe chétive, il n’y a que cendres. Les quelques arbres qui restent debout sont des squelettes sans vie. Certainement un grand feu a dévoré forêts et savanes. Les proies ont fui ou bien sont tombées dans le feu. Les villages ont péri. Les hommes survivants sont partis au loin.
Ogh approuva :
— Tes yeux ont vu juste, ta tête aussi. Le feu a tout détruit. C’est un grand malheur. Mais sais-tu que la terre qui a subi le feu nourrit mieux le grain, car la force des flammes s’est enfoncée en elle ? Il y aurait ici de belles récoltes pour celui qui y sèmerait. J’ai appris cela là-bas.
D’un geste vague, il désigna les territoires de la Déesse Mère.
Noun dit :
— Nous avons beaucoup marché. Nous avons semé beaucoup d’espace et de vent entre nous et les femmes guerrières de la Déesse, et encore davantage entre nous et les territoires de ceux de l’Élan, qui se trouvent à l’opposé. Nos jambes sont lasses. Arrêtons-nous ici.
Ogh hocha la tête.
— Trouvons un point d’eau.
Chto, l’autre esclave, qui, du haut d’un tronçon d’arbre calciné, examinait les environs, s’exclama :
— Là-bas ! De l’eau ! Je vois un ruisseau ! Et il y a même un petit lac !
Tous dégringolèrent la pente jusqu’au petit lac. Ils plongèrent avec des cris heureux, s’éclaboussant et riant.
Ce soir-là, ils osèrent allumer un petit feu caché et purent manger des racines cuites sous la braise ainsi que de ces menus animaux qu’on trouve sous les pierres au bord de l’eau. Noun décréta :
— Nous dormirons ici. Au matin, nous visiterons avec soin les environs. Si personne ne vit ni ne chasse sur ce territoire, nous le prenons.
Ogh approuva de la tête. Les deux esclaves se jetèrent sur la poitrine de Noun et lui léchèrent le visage et les lèvres. Ala boudait. Noun demanda :
— Ala, tu n’es pas d’accord ?
— Toujours pareil ! Vous arrangez vos petites affaires, c’est bien gentil, mais moi, hein ? Qui s’occupera de ma fente, à moi ? Je devrai me tourner et me tourner sur ma couche et traîner mon ventre sur la terre en hurlant à la lune pendant que, toi, sous mon nez, tu te feras remplir la fente et tous les trous par tes deux jouvenceaux en rut perpétuel ! Tu parles d’un avenir !
Noun réfléchit, hésita, regarda les deux jeunes gars blottis sur ses mamelles et soupira :
— Il y a deux solutions.
— Ah, oui ?
— Ou bien nous les mettons tous deux en commun, ou bien nous nous les partageons.
— Tu… Tu ferais ça ?
— S’ils sont d’accord, bien sûr.
Ala secoua Kto :
— Qu’est-ce que tu préfères ? Être à moi toute seule ou être à toutes les deux ?
Kto leva vers Noun un regard incrédule :
— Tu ne veux plus de moi ?
Elle le serra comme si elle craignait de le perdre.
— Comment peux-tu croire…
Chto, d’avance, assena :
— Moi, je ne te quitte pas !
— Il n’en est pas question, mon amour. Écoute, Ala. Entre deux sacrifices, je choisis le moins pénible. Ils seront à moi et ils seront à toi, voilà.
— Un jour chez moi, un jour chez toi ?
Mais non ! Nous habiterons ensemble. Nous allons chercher s’il y a une caverne pas trop moche, dans le coin. Sinon, nous construirons une maison. Nous ne nous quittons plus. Tu sais que je t’aime, Ala ?
Touchée au cœur, Ala se mit à beugler. Elle se jeta dans les bras de Noun, déjà bien encombrés, et ce fut un méli-mélo de mamelles, de joues, de bras, d’aisselles et de tignasses d’où l’eau des yeux coula à flots. Ogh, dans son coin, affûtait un épieu avant de le durcir au feu.
C’est à cet émouvant instant que des bruits étranges se firent entendre. Tous soudain firent silence et se tournèrent vers l’endroit d’où semblaient provenir ces bruits. Ils virent vaguement, dans le crépuscule, grouiller quelque chose. Ogh, à quatre pattes, le couteau prêt, se risqua jusque-là. Il rit et appela :
— Venez vite !
Ils accoururent. Et voilà : le loup gris léchait éperdument six minuscules louveteaux au museau rose accrochés à ses deux rangées de mamelles, chancelant, se bousculant et couinant à voix suraiguë quand, dans leur avidité brouillonne, ils laissaient échapper le mamelon nourricier.
Quelques lunes avaient cru et décru dans le ciel. Ogh avait mis en pratique son idée d’instrument capable de retourner la terre mieux que ne pouvait le faire la houe de bois ou même de pierre, et à moindre fatigue. Il y avait attelé les deux garçons et il avait pesé sur le bout pointu qui éventrait la terre grasse en y incorporant les cendres des arbres calcinés. Les femmes avaient couru au loin la campagne, secouant les épis sauvages pour en récolter le grain. Ils avaient semé ce grain, avaient en tremblant guetté les premières pousses vertes… Puis l’herbe avait grandi, hissant haut vers le soleil ses épis serrés, et maintenant le grain était mûr, la moisson rentrée.
Ogh avait trouvé, près du ruisseau, un filon de cette terre verte qui se laisse modeler entre les doigts et que le feu rend dure et imperméable. Il avait édifié un four. Après bien des essais ratés, il se trouvait en possession de quelques grands pots de terre cuite servant de silos à grain ainsi que de toute sorte d’ustensiles.
Ils avaient découvert une caverne assez commode, ancien repaire d’une famille d’ours qui avait fui devant le grand feu. Ils l’avaient aménagée, mais plus tard ils construiraient une maison de terre et de paille semblable à celles des femmes de la Déesse Mère.
Le petit gibier, peu à peu, revenait, avec le regain de la verdure. Kto avait suggéré qu’on capturât des femelles avec leurs petits afin de les engraisser et d’avoir de la viande sans être obligés de chasser, mais Ogh avait piqué la grande colère, disant que c’était là lâcheté et cruauté, et qu’il fallait avoir l’âme bien féroce pour égorger celui qu’on avait fait naître, qu’on avait élevé et qui vous aimait.
Ainsi allaient les choses. Noun et Ala aimaient les garçons, les garçons les aimaient, elles s’aimaient à travers les garçons et aussi, à l’occasion, sans intermédiaire… Le bonheur ? Quelque chose comme ça.
Et le loup gris ? Ah, le loup gris… Eh bien, le loup gris, redevenu pleinement louve grise, elle était partie un soir avec sa nichée pour aller là où l’herbe est haute et la proie inconsciente du danger. Car, maintenant, elle avait une famille. Et les enfants, on ne les éduque jamais trop tôt. Adieu, loup gris !
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