La fleur du désert - Une saison pour aimer

Cindy Kirk · Chapitre 13 sur 27

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La fleur du désert - Une saison pour aimer

Une saison pour aimer

CINDY KIRK

Harlequin

© 2009, Cynthia Rutledge. © 2010, Harlequin S.A.

EDOUARD DIAZ

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Lauren Van Meveren dévisagea Seth Anderssen d’un œil soupçonneux.

– Dois-je comprendre que tu me proposes d’emménager avec toi ? s’enquit-elle.

Dans la petite ville de Sweet River, au cœur du Montana, Seth Anderssen, le frère de sa meilleure amie, était connu pour son sens de l’humour et la vivacité de ses reparties.

– C’est exact, répondit aimablement Seth, le visage parfaitement impassible. Sauf que nous aurons chacun notre chambre et que tu seras là uniquement pour veiller aux besoins de ma fille. Pas aux miens.

Ce ne fut que lorsqu’il éclata de rire qu’elle mesura combien sa question avait dû lui paraître sotte, et elle réprima un gémissement.

Pour une femme soi-disant intelligente et bientôt titulaire d’un doctorat en psychologie, il lui arrivait de laisser échapper les pires inepties…

– C’est bien ainsi que je l’avais compris, assura-t–elle, s’efforçant d’afficher un air serein malgré les battements précipités de son cœur. Toi et moi, nous n’avons pas ce genre de relation. D’ailleurs, nous ne nous sommes même jamais embrassés.

Une lueur espiègle brilla au fond des yeux bleus de Seth, et elle crut voir devant elle le jeune garçon qui glissait autrefois des grenouilles dans le T-shirt de son amie Anna.

– C’est un oubli facilement réparable, observa-t–il.

– Oh, sans doute, répliqua-t–elle d’un ton léger. Après tout, il n’y a rien de plus facile.

– Poser ses lèvres sur celles d’une autre personne, est-ce seulement cela, un baiser, à ton avis ?

Elle songea aux quelques hommes qu’elle avait embrassés. Les esprits brillants qui stimulaient son intellect, ceux dont le magnétisme sexuel l’avait troublée physiquement.

– Eh bien, plus ou moins… Je suppose que cela dépend de la personne que l’on embrasse.

Mais dans le cas de Seth, elle devinait instinctivement que ce serait plutôt plus.

Depuis qu’elle s’était installée à Sweet River, cinq mois auparavant, son opinion sur Seth Anderssen avait radicalement changé.

Il n’était plus simplement à ses yeux le grand frère taquin qu’Anna, sa meilleure amie, lui avait présenté lors de sa première année à l’université. Aujourd’hui âgé de trente-deux ans, veuf et père d’une petite fille, Seth était propriétaire d’un ranch prospère et le président respecté de l’association locale d’éleveurs de bétail. Il était aussi l’homme qui, malgré ses nombreuses obligations, avait toujours trouvé le temps de l’aider à collecter des données pour son travail de thèse. Et enfin, avec ses cheveux blond cendré, son regard d’azur et son corps d’athlète, il était sans conteste à ses yeux le plus bel homme de tout le comté de Yellowstone.

Pourtant, à la différence d’une bonne partie des femmes célibataires de Sweet River, elle ne rêvait pas de lui passer la bague au doigt.

En effet, Seth était profondément enraciné dans cette petite communauté d’éleveurs du Montana. Tandis qu’elle, même si son séjour avait été extrêmement agréable, elle savait qu’elle n’avait aucune chance de réaliser ses rêves en restant ici.

– Oublions les baisers un instant et réponds-moi, dit Seth. Est-ce que tu vas le faire, Lauren ?

– Euh… Pardon ?

– Vas-tu venir t’installer chez moi pour m’aider à m’occuper de Dani ?

La voix de Seth était grave, caressante, persuasive. Incroyablement sexy. Tout à coup, l’air autour d’eux semblait chargé d’électricité. Le rayon de soleil qui s’infiltrait entre les rideaux de dentelle accrochait des reflets d’or dans ses cheveux blonds, et les profondeurs d’azur sombre de ses yeux étaient des abîmes où elle aurait pu se perdre. La fragrance boisée de son eau de Cologne venait lui caresser les narines, subtile et troublante, provoquant un curieux pétillement dans ses veines.

Tout son être lui criait d’accepter, mais elle n’avait pas pour habitude de suivre aveuglément ses impulsions, et elle n’allait certes pas commencer aujourd’hui.

– Je comprends ton problème, répondit-elle, adoptant d’instinct le ton posé et rationnel qu’elle employait avec ses patients. Ta gouvernante est certes trop âgée pour s’occuper seule d’une enfant blessée. Mais prendre soin d’une petite fille de sept ans durant trois semaines, c’est une grosse responsabilité.

Elle lut distinctement la déception dans le regard de Seth, et cette réaction la navra, car elle montrait qu’il se méprenait sur ses intentions.

– Je n’ai pas encore dit que je refusais…

– Ecoute, coupa-t–il, tu n’as pas besoin de te réfugier derrière des faux-fuyants. Si tu ne souhaites pas nous aider, dis-le franchement.

Il soupira et détourna le regard.

– Je sais que ma fille peut parfois se montrer difficile même lorsqu’elle se porte bien, ajouta-t–il. Alors, bien sûr, avec un bras et une jambe dans le plâtre…

– Le problème n’est pas Dani, précisa-t–elle.

Seth se figea, et son regard d’azur vint se river au sien.

– Est-ce moi ? T’aurais-je offensée sans m’en rendre compte ?

– Pas du tout.

– Dans ce cas, quel est le problème ? s’enquit-il, visiblement soulagé.

– Je ne suis pas certaine que mon travail n’interfère pas avec ma capacité à m’occuper de Dani.

Outre qu’elle devait conclure ses travaux de recherche, sa clientèle ne cessait d’augmenter depuis qu’elle avait ouvert son cabinet de psychothérapie. Elle devait réfléchir à un moyen de concilier son travail avec les besoins d’une enfant de sept ans.

– Pourrais-je te donner ma réponse dans quelques jours ? Disons, juste après Noël ?

Elle savait déjà par Anna que Seth s’était arrangé pour se faire remplacer dans ses tâches au ranch jusqu’au 1er janvier afin d’être en mesure de passer les fêtes de fin d’année auprès de sa fille. On était à l’avant-veille de Noël, et même si elle refusait sa proposition, il disposerait encore d’une semaine pour trouver quelqu’un d’autre. Mais elle souhaitait sincèrement pouvoir lui apporter son aide. Dani était une petite fille adorable, et Seth un homme courageux face à une situation difficile.

– Très bien, répondit ce dernier sans insister. Reparlons-en après les fêtes de fin d’année.

– Ne crois pas que je cherche un prétexte pour me défiler…

– Je le sais. Je n’oublie pas que tu as toi aussi des responsabilités. Veiller sur ma fille ne sera pas une tâche de tout repos. Je soupçonne qu’elle va mal supporter d’être limitée dans ses activités par ce handicap temporaire.

– Dani a eu une chance incroyable de se sortir de cet accident avec deux simples fractures, observa Lauren. C’est un véritable miracle qu’elle n’ait pas été plus gravement blessée.

– Je n’aurais jamais supporté de la perdre, reconnut Seth d’une voix rauque d’émotion. J’aurais dû interdire à John Redmond de la laisser monter sur ce quad.

Il n’avait pas besoin d’en dire davantage. Toute la ville connaissait l’histoire.

Dani était allée jouer chez son amie Emily, et Kyle, le grand frère d’Emily, avait proposé aux deux petites filles une promenade sur son quad. Bien entendu, aucun des trois ne portait de casque.

Il pouvait arriver à n’importe qui de heurter une grosse pierre dans une pâture, mais, selon la rumeur, Kyle roulait aussi beaucoup trop vite. Et si l’adolescent n’avait pas été blessé lorsque le quad s’était renversé, Dani, elle, avait été projetée à une quinzaine de mètres, et elle était toujours inconsciente à l’arrivée des secouristes sur le lieu de l’accident. On avait craint des lésions graves, mais par bonheur la petite fille s’en était tirée avec une légère commotion cérébrale et un bras et une jambe dans le plâtre.

– Les enfants jouent, et il leur arrive de se blesser, remarqua Lauren en soupirant. Tu ne dois pas te tenir responsable de cet accident.

– C’est entièrement ma faute, insista Seth d’un air sombre. Je suis son père, et j’avais promis à Jan de la protéger.

Elle s’efforça de dissimuler sa surprise.

Seth évoquait rarement son épouse, qui avait été emportée par une longue maladie trois ans plus tôt.

– Je comprends, murmura-t–elle. Mais certains événements surviennent sans qu’on puisse les contrôler.

– Si j’avais clairement interdit à Dani de monter sur ce quad, rien de tout cela ne serait arrivé.

Lauren hocha la tête.

La réponse de Seth n’était pas guidée par la logique mais par l’émotion. Elle entendait la culpabilité vibrer dans sa voix, lisait la douleur dans ses yeux. Ils ne gagneraient rien à poursuivre la discussion sur ce sujet. Ce rude cow-boy du Montana ne l’admettrait sans doute jamais mais, à cet instant, il avait simplement besoin d’affection et de soutien.

Sans plus réfléchir, elle s’avança d’un pas et le serra dans ses bras comme il lui arrivait de le faire avec ses amies Anna et Stacie dans les moments où elles avaient besoin de réconfort.

– Tu es un merveilleux papa, murmura-t–elle tout contre le tissu du manteau qu’il n’avait pas pris la peine d’ôter. Ne permets à personne d’en douter.

A sa surprise, Seth ne résista pas. Durant un bref moment, ils demeurèrent ainsi dans les bras l’un de l’autre. Et elle dut bien admettre que les sensations n’étaient pas du tout les mêmes qu’avec ses amies.

Le corps de Seth et le sien s’emboîtaient parfaitement, comme s’ils étaient faits l’un pour l’autre. Sa fragrance masculine lui caressait les narines, et elle était presque douloureusement tentée de poser les lèvres sur son cou, juste au-dessus de son col de chemise.

Mais elle y renonça prudemment. Quelque chose lui disait que Seth Anderssen n’était pas homme à se satisfaire d’un innocent flirt.

Elle le lâcha donc et recula d’un pas.

– Que dirais-tu d’une bonne tasse de café ? proposa-t–elle d’un ton léger qui sonnait faux même à ses propres oreilles. Je viens d’en préparer du tout frais, et j’ai aussi quelques pâtisseries que Cassie a apportées hier soir.

– Merci, je n’ai pas très faim, répondit Seth en lui lançant un regard aigu. Mais je prendrais volontiers une tasse de café.

– Sucre ? Lait ?

– Noir et sans sucre, cela me conviendra très bien.

A présent, il arborait un sourire plus détendu.

Elle alla sortir une tasse du placard, heureuse de le voir s’attarder, et en même temps un peu perplexe.

Seth avait mentionné en arrivant que Connie Swenson, l’épouse de son contremaître, gardait Dani cet après-midi, et elle s’était attendue à ce qu’il soit pressé de retourner auprès de sa fille, qu’il n’avait pratiquement pas quittée depuis son accident. Mais au lieu de cela, il ôta tranquillement son manteau et le suspendit au dossier de l’une des chaises de la cuisine comme s’il disposait de tout son temps.

Elle ne parvenait pas à détacher son regard de lui.

Les couleurs de sa chemise de flanelle faisaient ressortir le bleu de ses yeux, qui brillaient comme des saphirs dans son visage hâlé par le grand air.

Le temps d’une seconde, elle fut tentée d’en faire la remarque. Imaginant sa réaction, elle esquissa un sourire.

– Pourquoi souris-tu ? s’enquit Seth en s’asseyant.

– J’aime ta chemise. Cette couleur te va bien.

– Merci, répondit-il, baissant les yeux vers son vêtement comme s’il avait oublié ce qu’il portait. Anna me l’a offerte pour mon anniversaire.

– Ta sœur a toujours eu bon goût.

Lauren remplit deux tasses de café et en posa une devant Seth, puis elle s’assit en face de lui.

– Je n’arrive pas encore à croire qu’Anna et Stacie soient toutes deux mariées, soupira-t–elle.

Stacie avait épousé en octobre dernier Josh Collins, un éleveur de la région, et Anna venait d’épouser la semaine précédente son amour d’enfance, l’architecte Mitch Donavan, juste avant l’accident de Dani.

– En somme, il ne reste plus que toi, observa-t–il en parcourant la vaste cuisine d’un regard circulaire, apparemment satisfait de constater qu’elle avait conservé son cachet ancien. Ne t’arrive-t–il pas de te sentir seule ?

Elle secoua lentement la tête.

Anna, Stacie et elle avaient été colocataires dans cette vieille maison victorienne qui avait appartenu à la grand-mère d’Anna et dont cette dernière avait hérité quelques années auparavant. Depuis son mariage, son amie s’était installée avec Mitch dans la magnifique maison de bois qu’il avait bâtie sur les premiers contreforts des montagnes dominant la ville, et désormais elle-même vivait seule dans la grande maison ancienne. Lorsqu’elle déménagerait, Anna comptait la mettre en vente.

– Pas vraiment, répondit-elle. La solitude ne m’a jamais pesé.

Elle ajouta un morceau de sucre à son café et le remua un instant avant d’ajouter :

– Je suis fille unique, et mes parents étaient des gens très occupés. J’ai l’habitude de ne compter que sur moi-même.

– Dani est comme toi, remarqua Seth d’un air songeur. Elle peut jouer toute seule des heures entières. Ce qui est une bonne et une mauvaise chose.

Comme elle le dévisageait d’un air interrogateur, il s’expliqua en soupirant.

– Je m’inquiète de la voir seule aussi souvent. Pourtant, je m’efforce de passer du temps de qualité auprès d’elle chaque soir, et j’invite souvent ses amis à venir jouer avec elle à la maison, afin qu’elle ait l’opportunité de s’habituer aux relations sociales et au partage. Je suis certain que tes parents ont fait de même avec toi.

Comment réagirait-il si elle lui avouait la vérité ?

Ses parents n’avaient jamais beaucoup songé aux besoins de leur fille unique. Elle était l’enfant non désirée de parents d’âge déjà mûr, qui n’avaient aucune intention de laisser cet accident perturber leurs carrières.

– Ils ont fait de leur mieux, répondit-elle simplement.

Ses relations avec ses parents étaient un sujet sur lequel elle préférait ne pas s’étendre, et elle s’empressa de ramener la conversation sur un terrain plus sûr.

– Je n’arrive pas à croire que, le week-end prochain, c’est déjà Noël, remarqua-t–elle.

– Comme le temps file, n’est-ce pas ? As-tu prévu de rendre visite à ta famille durant les fêtes de fin d’année ?

– Mes parents aiment à passer le nouvel an à Paris, répondit-elle, embarrassée. C’est devenu une tradition. Chaque année, ma mère et mon père se rendent en France pour passer les fêtes ensemble. Comme ils vivent le reste de l’année à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, cela leur permet de se retrouver.

– Ne vivent-ils pas sous le même toit ? s’étonna Seth.

– Si, mais seulement dix pour cent du temps.

– Sont-ils séparés ?

– Seulement par la distance. Mon père est professeur à Stanford, en Californie, et maman enseigne à l’université de Cornell, sur la côte Est.

– Et pourtant, ils restent mariés, observa Seth, visiblement étonné par cet arrangement.

– Cela fera trente-cinq ans le mois prochain. Mes parents ont une vision assez originale du mariage, mais cela semble fonctionner pour eux.

– Hum…

A l’évidence, Seth préférait se taire lorsqu’il n’avait pas de commentaire positif à offrir, et il mit un instant à répondre.

– Ce doit être pénible pour toi de vivre si loin de tes parents ?

– J’ai l’habitude, assura-t–elle, omettant de mentionner que même lorsqu’elle vivait avec eux, elle avait toujours eu l’impression de les gêner. Ce qui me manque vraiment, c’est la présence d’Anna et Stacie.

Elle sentit des larmes inattendues lui picoter les paupières.

On n’était qu’à quelques jours de Noël, mais elle s’efforçait d’éviter autant que possible d’y penser. Elle ne voulait pas s’apitoyer sur sa solitude, et il aurait été injuste de ne pas se réjouir du bonheur de ses deux amies. Elle était heureuse que celles-ci aient trouvé l’homme de leur vie. Heureuse qu’elles aient trouvé le bonheur sous le ciel immense du Montana.

Mais elle était malheureuse d’avoir été oubliée sur le bord du chemin.

– Je m’étonne que ni Anna ni Stacie ne t’aient invitée à passer les fêtes avec elles. Cela ne leur ressemble guère.

– Elles l’ont fait, le rassura-t–elle. Mais elles sont l’une et l’autre jeunes mariées. Je n’ai pas l’intention de leur imposer ma présence alors qu’elles sont sur le point de fêter le premier Noël avec leur mari.

– Tu as peut-être raison, convint Seth à contre-cœur.

– Il n’y a pas de « peut-être », déclara-t–elle d’un ton ferme. Je m’en voudrais de m’imposer à un moment aussi spécial. N’importe qui agirait de même.

– Je n’en suis pas aussi sûr que toi.

Seth marqua une pause avant de déclarer :

– Je viens d’avoir une idée. Que dirais-tu de réveillonner avec ma fille et moi ? La cuisine ne sera peut-être pas très raffinée, mais ce sera comestible, et il sera très agréable d’avoir une autre adulte à notre table à l’occasion de Noël. Dani doit être fatiguée de voir continuellement mon visage en face du sien.

Alors qu’elle s’apprêtait à lui opposer un refus poli, Seth se pencha au-dessus de la table et s’empara de sa main.

– Dis oui, s’il te plaît, Lauren. J’aimerais vraiment que tu passes Noël au ranch avec nous.

Comme le contact ferme et doux de ses doigts était agréable !

Elle était certaine que ce geste n’était qu’une innocente manifestation d’amitié. Mais il n’y avait rien d’innocent dans l’éclair de désir qu’elle-même ressentit au contact de la peau de Seth sur la sienne.

Son premier réflexe fut de retirer sa main précipitamment, mais elle le réprima, craignant de passer pour une sotte.

Elle s’efforçait de se convaincre que Seth ne cherchait qu’à lui offrir un peu de soutien et que son invitation n’avait aucun motif ultérieur, lorsqu’il revint à la charge.

– Je suis célèbre dans toute la région pour ma côte de bœuf, déclara-t–il d’un ton persuasif. Et je te promets que les choux de Bruxelles resteront au congélateur.

Elle se mordilla les lèvres.

« Refuse ! » grondait la voix de son père dans un recoin de sa conscience.

Oui, elle devait se concentrer sur sa thèse, songer d’abord à sa carrière. Mais son esprit tout entier se rebellait à l’idée de réveillonner un soir de Noël d’un plat surgelé devant l’écran de son ordinateur.

Quel mal y aurait-il à accepter l’invitation de Seth ? Après tout, ce n’était qu’un simple dîner, il fallait bien s’alimenter…

– Allons, Lauren, dis oui ! insista-t–il en resserrant son étreinte sur sa main. Non seulement Dani sera ravie, mais cela nous donnera l’occasion de mieux nous connaître, toi et moi.

Le cœur de Lauren manqua un battement.

Quand c’était exprimé de cette façon, comment pourrait-elle refuser ?

- 2 -

 

 

– Mitchell et moi avons proposé à Seth que Dani vienne s’installer chez nous jusqu’à ce qu’on lui retire son plâtre.

Les paroles d’Anna parvenaient à Lauren étouffées par l’écharpe de laine qui couvrait le visage de son amie.

Elle frissonna dans le vent glacé du Montana et fourra ses mains dans les poches de sa veste, résistant à son envie de presser Anna d’ouvrir la porte.

Celle-ci détestait le froid autant qu’elle, et le fait qu’elle soit restée en ville pour rouvrir sa boutique le soir de Noël était une preuve éclatante de leur amitié.

– A mon avis, ton frère préférerait qu’elle continue à vivre aussi normalement que possible, marmonna-t–elle en frissonnant. Et cela signifie dormir dans son propre lit.

– C’est assez logique, reconnut son amie à contrecœur.

Elle glissa sa clé dans le verrou et ouvrit la porte de la boutique, puis elle alluma et s’effaça pour la laisser entrer.

Dès que la porte se fut refermée derrière elles, Lauren se sentit revenir à la vie. Le souffle d’air chaud du chauffage l’entoura comme une caresse et, au bout de quelques secondes, elle sortit ses mains de ses poches et parcourut la pièce d’un regard circulaire.

Elle ne devrait pas avoir trop de difficulté à choisir deux cadeaux dans un magasin aussi bien pourvu.

Modes et Créations. C’était le nom qu’Anna et son ancienne camarade de lycée Cassie Els avaient donné à la boutique très éclectique qu’elles avaient ouverte en ville. Cassie était une couturière fantastique, et Anna une créatrice de grand talent. Outre ses créations originales destinées à une clientèle aisée et son service de réparation de vêtements, la boutique proposait des cours de tricot et toute une gamme de fournitures pour l’art du crochet. Et, à l’occasion de Noël, elle stockait un grand assortiment des cadeaux les plus populaires du moment.

– J’ignorais que vous projetiez d’offrir des cours de crochet, remarqua Lauren en parcourant des yeux l’affichette de couleur fixée sur le tableau près du comptoir.

– C’est Cassie qui donnera les cours, précisa Anna en ôtant son écharpe, projetant une pluie de cristaux de neige autour d’elle. Moi, je serai seulement l’une de ses élèves.

– Toi ? s’exclama Lauren sans chercher à dissimuler sa surprise. Tu as toujours été la plus sophistiquée de nous trois, la plus attentive au style. Je n’aurais jamais imaginé que tu t’intéresses au crochet !

– Mitch m’a fait exactement la même remarque, reconnut Anna en riant. Enfin, presque. Il dit que je ne cesse jamais de le surprendre.

Son visage rayonnait à l’évocation de l’homme qui était son mari depuis dix jours, et l’amour qu’on lisait dans ses yeux disait éloquemment que Mitch adorait être surpris.

– D’accord, mais le crochet ?

Le scepticisme de Lauren devait être évident, car Anna éclata franchement de rire.

– C’est très à la mode, assura-t–elle. Tout comme le tricot. Les femmes sont à la recherche de choses concrètes, qu’elles puissent tenir dans leurs mains. Personnellement, le côté créatif de cette activité me fascine. Et j’aime l’idée de fabriquer un article qui sera transmis de génération en génération. Pourquoi ne pas te joindre à nous ? Ce serait plus amusant d’apprendre entre amies.

– Euh… Non, je te remercie. Ce n’est pas ma tasse de thé.

Lauren s’approcha d’une vitrine où étaient exposés plusieurs modèles de gants d’homme. Otant ses mitaines, elle effleura du bout des doigts une paire de gants de suédine de couleur claire.

– Crois-tu que Seth les aimerait ?

Anna s’approcha et examina les gants d’un œil critique.

– C’est un excellent article. Ils sont doublés en laine polaire pour offrir un maximum de protection contre le froid, et assez élégants pour être portés en toutes circonstances, tout en étant très solides.

Face à l’enthousiasme de son amie, Lauren ne put s’empêcher de sourire.

Celle-ci avait été vendeuse dans un magasin de prêt-à-porter durant plusieurs années avant d’ouvrir sa propre boutique. Il n’était pas difficile de comprendre ce qui avait fait son succès dans ce job.

– Je vais prendre ces gants pour Seth, et ce collier avec un cœur rose en pendentif pour Dani.

– Je te les enveloppe tout de suite.

Anna lui prit les gants des mains et alla décrocher le collier de son présentoir. Tout en glissant chaque article dans un emballage cadeau au sigle du magasin, elle releva les yeux.

– Mon frère ne s’attend sûrement pas à ce que tu apportes des cadeaux.

– Tu as probablement raison, convint Lauren avec un haussement d’épaules dégagé. Mais il a eu la gentillesse de m’inviter à réveillonner chez lui le soir de Noël, et je tiens à ne pas arriver les mains vides.

– Tu aurais pu venir passer le réveillon chez moi, protesta Anna en nouant un ruban de raphia rouge autour de chacun des paquets. Mitch et moi tenions beaucoup à ta présence.

Il y avait une telle sincérité dans la voix de son amie que Lauren sentit sa gorge se serrer.

Stacie lui avait fait une offre similaire le matin même. La joie d’avoir deux merveilleuses amies comme elles lui faisait presque oublier qu’elle n’avait aucune nouvelle de ses parents.

– Stacie et toi êtes les personnes que j’aime le plus au monde, répondit-elle d’une voix vibrante d’émotion. Mais vous avez chacune un mari maintenant, et…

– Mais je t’ai déjà dit…

– … De plus, ce sera l’occasion pour moi de mieux connaître Seth et Dani, conclut-elle, ignorant l’interruption.

Depuis sa conversation de la veille avec Seth, elle n’avait pas cessé un instant de penser à cette soirée de Noël qu’elle allait passer en leur compagnie. Et il lui paraissait incroyable de n’avoir pas songé à prévoir des cadeaux avant cet après-midi.

– On dirait qu’il commence à neiger plus fort, remarqua Anna en contemplant le tourbillonnement des flocons illuminés par l’éclairage public. As-tu vraiment l’intention de prendre la route jusqu’au ranch pour seulement quelques heures ?

– A vrai dire, corrigea Lauren, s’efforçant d’adopter un ton détaché, je vais rester dormir là-bas.

 

***

 

Seth arrêta son pick-up le long du trottoir devant la boutique d’Anna, juste derrière la jeep de son beau-frère.

Durant les trente minutes de trajet depuis son ranch jusqu’à Sweet River, la tempête de neige avait gagné en intensité, rendant la visibilité de plus en plus aléatoire.

Ouvrant sa portière, il releva le capuchon de sa parka par-dessus son bonnet de laine pour affronter les bourrasques de vent glacé. Il leva la main pour saluer Mitch et attendit en battant la semelle que son ami vienne le rejoindre.

– Fait-il assez froid pour toi ? ironisa Mitch en fourrant ses mains au fond de ses poches.

– Une vraie température de printemps.

– Peut-être pour toi. Moi, j’ai failli finir congelé tout à l’heure, juste en faisant le plein d’essence.

Seth suivit son ami à l’intérieur de la boutique, riant de son air déconfit.

Lauren était là. En les voyant entrer, elle lui sourit, repoussant d’un geste plein d’élégance une mèche blond cendré égarée sur sa joue.

Il défit la fermeture à glissière de sa parka, frappé une fois de plus par sa grâce naturelle.

Pour un bâtiment aussi ancien, l’immeuble était très bien chauffé…

Cela faisait près d’une semaine qu’il n’était pas entré dans la boutique de sa sœur. Les améliorations qu’elle y avait apportées dans ce bref laps de temps étaient spectaculaires.

Il était immensément fier de sa petite sœur. Durant des années, Anna avait lutté pour trouver sa place au soleil, mais depuis son retour à Sweet River, elle n’avait cessé de s’épanouir chaque jour davantage. Aujourd’hui, elle était heureuse, satisfaite de la direction que sa vie avait prise. Elle avait trouvé ici même, dans la communauté où elle avait grandi, le bonheur qu’elle était partie chercher dans le Colorado. Elle avait un homme qu’elle aimait, une affaire florissante, et il ne serait pas surpris si elle lui annonçait un neveu ou une nièce dans le courant de l’année à venir.

Oui, songea-t–il, effleuré d’un sentiment de mélancolie. Sa sœur avait tout.

Lui aussi avait été dans la même position, autrefois. Trois années plus tôt, il avait une épouse qu’il adorait. Et, comme un insensé, il avait cru que ce bonheur lui était acquis pour toujours.

– On dirait qu’il commence sérieusement à neiger, remarqua Anna, considérant d’un air soucieux la flaque de neige fondue qui s’agrandissait à leurs pieds sur le parquet de chêne.

– Pour l’instant, les routes sont encore praticables, la rassura Mitch en se rapprochant pour déposer un tendre baiser sur sa joue. Mais nous ferions bien de nous mettre en route sans trop tarder.

Anna se blottit dans les bras de son mari et, devant leur évidente intimité, Seth sentit une boule d’émotion lui obstruer la gorge.

Ignorant la douce injonction de son époux de se dépêcher, sa sœur se tourna vers lui.

– J’ai appris une chose très intéressante, ce soir…

Il était censé lui demander ce que c’était. Mais, à en juger par son expression, Anna allait le lui dire de toute façon.

– Je vous ai invités, Dani et toi, à réveillonner chez nous le soir de Noël. Tu as refusé. J’ai proposé que nous venions réveillonner chez toi, Mitch et moi. Tu as encore dit non.

La voix de sa sœur tremblait un peu, et elle marqua une pause avant de poursuivre.

– Et maintenant, j’apprends que non seulement tu as prévu de réveillonner avec Lauren, mais qu’elle va aussi passer la nuit chez toi !

Il serra les dents.

Il aurait dû prévoir qu’il serait impossible de rester discret sur la visite de Lauren au ranch. Dans une ville de la taille de Sweet River, tout finissait par se savoir. Mais il n’avait pas vraiment envie d’entrer dans ce débat à ce moment précis.

Comme il coulait un regard en direction de Lauren, celle-ci lui répondit par un haussement d’épaules presque imperceptible.

– Anna et moi n’avons aucun secret l’une pour l’autre, l’informa-t–elle, sereine.

– Espèce de cachottier ! s’exclama Mitch en lui décochant une bourrade amicale. Tu t’étais bien gardé de m’informer que Lauren et toi étiez ensemble.

Seth se figea.

– Nous ne…

– Nous ne sommes pas « ensemble », comme tu dis, intervint Lauren d’un ton détaché. Seth m’a invitée à dîner avec Dani et lui le soir de Noël, et j’ai accepté. C’est tout.

– C’est tout ? répéta Mitch, esquissant un sourire moqueur. Et ce fameux dîner va sans doute durer toute la nuit ?

– Tu connais l’état des routes autour de chez moi, répliqua Mitch en soutenant son regard sans ciller. J’ai une chambre d’amis parfaitement convenable, et il m’a semblé logique de demander à Lauren de passer la nuit au ranch plutôt que de la reconduire chez elle par une nuit de blizzard.

– Et de cette façon, j’aurai le plaisir de voir Dani déballer ses cadeaux le lendemain matin, ajouta Lauren.

– Ce qui ne sera pas mon cas, remarqua Anna.

Seth lut la déception dans les yeux de sa sœur, l’entendit dans sa voix.

Il n’avait jamais eu l’intention de blesser Anna, mais c’était pourtant ce qu’il avait fait. Et il comprenait parfaitement sa confusion. A première vue, les choix qu’il avait faits n’avaient aucun sens : pourquoi choisir d’inviter Lauren et pas sa famille ?

Il réprima un juron.

Le pire, c’était qu’il ne pouvait pas lui expliquer sa décision sans la blesser encore davantage.

Comment aurait-il pu avouer à une jeune mariée follement amoureuse que le spectacle de son bonheur était comme un coup de poignard dans son cœur, qu’il lui rappelait ce qu’il avait cru tenir un jour et qu’il avait perdu ? Il n’avait pas le droit de faire peser ce fardeau sur les épaules d’Anna. C’était son problème à lui. Sa faiblesse.

Pour combler le vide immense de sa vie, il aurait pu faire la connaissance d’une autre femme, vivre un nouvel amour, mais c’était une option qu’il s’interdisait. Il avait promis à son épouse sur son lit de mort qu’il ne se remarierait pas avant que Dani ait terminé ses études secondaires. Et il était un homme de parole.

En invitant Lauren à réveillonner avec sa fille et lui, il avait agi sans réfléchir, et il avait aussitôt regretté sa proposition. Mais Dani avait été folle de joie en apprenant que la jeune femme allait se joindre à eux. Depuis que Lauren était apparue en ville quelques mois plus tôt, la petite fille était tombée sous le charme de la ravissante psychologue.

– Alors ? insista Anna après un silence. Quelle est ton explication ? Pourquoi as-tu refusé de passer Noël avec nous ?

– Tu viens à peine de te marier, marmonna-t-il, ramassant une paire de gants sur le comptoir sans quitter sa sœur du regard. J’ai pensé que Mitch et toi aviez le droit de profiter des fêtes sans aucune pression familiale.

Ce n’était pas toute la vérité, mais cela s’en rapprochait suffisamment. Anna et Mitch avaient certes reporté leur voyage de noces jusqu’au mois de mars suivant, mais techniquement, ils étaient en lune de miel.

Anna lui arracha la paire de gants des mains et les reposa sur le comptoir d’un geste décidé.

– Soit. Admettons. Mais, la prochaine fois, je préférerais que tu me laisses choisir moi-même.

Il l’avait blessée. A présent, il ne pouvait plus en douter. Il avait été à tel point obnubilé par ses propres besoins qu’il en avait oublié de prendre en compte ceux de sa sœur.

– Je suis désolé, Anna. Si Mitch et toi avez envie de vous joindre à nous…

– Nous célébrons Noël avec la famille de Mitch ce soir, le coupa Anna. Mais nous sommes libres demain…

L’espoir qu’il lisait dans les yeux de sa petite sœur ne fit qu’aggraver son sentiment de culpabilité. Il lui offrit un sourire encourageant.

– Pourquoi ne viendriez-vous pas dès le matin, Mitch et toi ? Tu assisterais au déballage des cadeaux, et nous pourrions déjeuner tous ensemble, et peut-être disputer quelques parties de cartes.

– Dis oui, Anna, s’il te plaît ! plaida Lauren. Ce sera tellement amusant.

– J’avoue que l’idée est tentante, convint Anna en échangeant un rapide regard avec Mitch, qui acquiesça en souriant.

– Quelle heure ?

– 9 heures ? suggéra Seth après une seconde de réflexion.

– Nous serons là, promit Anna, retrouvant tout à coup son sourire.

Lauren la serra affectueusement par la taille.

– Je suis très heureuse que tu aies accepté de venir.

– Moi aussi, répondit Anna en lui rendant son sourire.

Il se laissa aller un instant à boire Lauren des yeux.

La jeune femme avait toujours été une amie fidèle pour Anna, lui offrant son soutien en toutes circonstances. Et dans ses rapports avec lui, elle avait toujours fait preuve de la plus grande gentillesse.

Non, il ne regrettait plus son invitation impromptue. Il se réjouissait à l’idée que Lauren passe Noël avec Dani et lui.

Elle le surprit à la fixer dans une sorte de transe et lui sourit.

– Prête ? s’enquit-il. Je ne voudrais pas retenir Connie loin de sa famille plus longtemps que nécessaire.

Lauren ramassa son manteau et ses paquets sur le comptoir.

– Il faudra seulement que nous nous arrêtions une minute à la maison, le temps que je prenne un sac avec quelques affaires de nuit.

Une femme allait passer la nuit chez lui !

Cette idée lui coupa le souffle, et il s’efforça de se rassurer en se disant que Lauren n’était pas « une femme ». C’était juste la possible future nounou de Dani.

Anna le dévisagea d’un air interrogateur.

– Est-ce que tu vas bien ? Tu es rouge comme si tu avais trop chaud.

– Il faut dire qu’il fait une chaleur d’enfer dans ta boutique, marmonna-t–il en déboutonnant le col de sa chemise, tandis que l’étau qui lui avait comprimé la poitrine se desserrait un peu.

– Si tu as froid chez lui, conseilla Anna en se tournant vers Lauren, règle le thermostat sans lui demander son avis. Mon frère est un véritable Eskimo. Je dois pratiquement garder mon manteau lorsque je lui rends visite.

– Là, tu exagères, protesta-t–il. C’est vrai que je n’aime pas les pièces surchauffées, mais tu n’as pas gardé ton manteau lorsque Mitch et toi êtes passés avant-hier, me semble-t–il.

– C’est parce que Mitch était près de moi pour me tenir chaud…

Anna saisit le visage de son mari entre ses mains et, se haussant sur la pointe des pieds, l’embrassa. Mitch, loin de protester, enlaça son épouse et répondit à la sollicitation de ses lèvres comme s’ils étaient seuls au monde.

Ce fut un très long baiser… Surtout pour ceux qui en étaient spectateurs.

Anna exhala un long soupir de contentement avant de se tourner de nouveau vers Seth et Lauren.

– Sinon, ajouta-t–elle, il vous reste cette option.

– Quelle option ? questionna innocemment Lauren.

– Dois-je vraiment te l’expliquer ?

La lueur malicieuse qu’il vit briller dans les yeux de sa sœur déclencha un signal d’alarme dans son cerveau. Il tenta d’intervenir.

– Euh, je ne crois pas que…

– Mais si, explique-moi, poursuivit Lauren, inconsciente du danger. A quelle option faisais-tu allusion, plus exactement ?

– Au contact physique, précisa Anna. Pourquoi se soucier de thermostat lorsque l’on a le moyen de se réchauffer mutuellement ?

– Anna ! la gronda-t–il en fronçant les sourcils.

– Es-tu en train de suggérer que je devrais dormir avec ton frère ? s’enquit Lauren, apparemment moins choquée qu’amusée par le sous-entendu.

– Je te laisse le libre choix des détails, répliqua Anna avec un sourire complice.

– Là, tu vas trop loin ! protesta-t-il. Comment oses-tu suggérer que…

Le rire cristallin de Lauren vint interrompre sa diatribe.

– Je te remercie pour cet excellent conseil, Anna. Si j’ai trop froid, je donnerai certainement à ta suggestion la considération qu’elle mérite.