La fleur du désert - Une saison pour aimer

Cindy Kirk · Chapitre 26 sur 27

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La fleur du désert - Une saison pour aimer

Lauren laissa tomber une pile de chaussures…

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Lauren laissa tomber une pile de chaussures sur le lit, s’efforçant de ne pas écouter ce qui était à l’évidence une conversation privée entre Stacie et son mari.

Au lieu de babiller joyeusement comme elle le faisait toujours lorsqu’elle parlait à l’homme de sa vie, son amie répondait par monosyllabes et écoutait intensément.

Qu’est-ce qui pouvait la fasciner à ce point dans cette conversation ?

Quand Stacie coupa la communication, ses joues avaient pris la couleur éclatante des pétales de rose.

– Voilà qui était fort intéressant.

Repoussant les chaussures, Lauren se laissa tomber assise sur le lit.

– Ah ? Et que t’a-t–il raconté ?

– Il m’a appelée… Heu… Pour me dire qu’il n’a pas la patience d’attendre jusqu’à ce soir et qu’il va venir me chercher pour que nous rentrions chez nous et… Enfin, tu me comprends. Il ne m’a même pas demandé si j’étais d’accord.

– Vous êtes jeunes mariés. Je suis certaine qu’il se doute que sa proposition t’intéresse. A ta place, je serais déjà devant la porte à l’attendre.

– Je t’avais promis de t’aider à faire tes valises.

Devant l’air malheureux de son amie, Lauren ne put réprimer un sourire.

– Tu pourras toujours revenir m’aider à terminer le rangement ce soir… Si tu n’es pas trop épuisée, bien entendu.

Constatant que son amie hésitait encore, elle se leva d’un bond, saisit le bras de Stacie et la poussa gentiment vers la porte.

– Vas-y, l’encouragea-t–elle. Si j’avais un mari qui m’appelait pour m’inviter à un après-midi de câlins, je ne serais pas là à bavarder avec une amie.

– Je ne tarderai pas trop à revenir, promit Stacie en la serrant brièvement dans ses bras.

– Prends tout ton temps. Je n’ai pas l’intention de bouger d’ici.

Cette journée serait entièrement consacrée à faire place nette et à mettre ses affaires en ordre avant son départ. Demain, elle ferait ses derniers adieux et monterait à bord d’un avion à destination de Denver.

Ses amies croyaient encore qu’elle irait s’installer en Virginie par la suite, mais depuis sa dernière conversation avec Seth, elle avait beaucoup réfléchi, et elle avait pris une décision ce matin même.

Le King’s College était certes une institution respectable, mais sa place n’était pas là-bas. Ecoutant son instinct, elle avait donc décliné leur proposition de poste. Son doctorat de l’université de Denver en poche, elle déciderait elle-même du lieu où elle désirait s’installer, là où elle pourrait s’épanouir spirituellement et utiliser au mieux ses talents. Ce n’était pas à son père de faire ce genre de choix pour elle.

Son séjour à Sweet River lui avait appris que le succès n’était pas forcément synonyme d’une chaire dans une université prestigieuse ou d’une longue liste de publications dans des revues savantes. Elle savait à présent que le vrai bonheur consisterait à faire ce qu’elle aimait par-dessus tout : enseigner et soigner, entourée des gens qu’elle aimait.

A cet égard, Sweet River serait l’endroit rêvé pour commencer sa nouvelle vie. C’était là qu’étaient ses meilleurs amis, et les patients qu’elle y recevait en consultation étaient chaque jour plus nombreux. Et puis, le rapide développement de l’offre éducative en ligne lui permettrait peut-être de donner quelques cours sur internet…

Il ne restait qu’un seul problème : Seth.

Partir d’ici serait douloureux, certes, mais rester serait pire encore. Car le côtoyer chaque jour, le désirer à en mourir tout en sachant qu’il ne pourrait jamais être à elle constituerait une véritable torture.

Non, décidément, elle devait partir. Son diplôme en poche, elle se mettrait à la recherche d’une autre petite ville où elle pourrait se sentir partie intégrante de la communauté. Où elle pourrait se faire des amis et reconstruire sa vie – une vie sans Seth et sans Dani.

Quelques coups discrets frappés à la porte l’arrachèrent à ces tristes réflexions, puis elle entendit le grincement caractéristique indiquant que quelqu’un venait d’entrer.

Essuyant d’un revers de main impatient les larmes qui perlaient à ses yeux, elle descendit vivement l’escalier, bien décidée à rappeler à Stacie que son premier devoir était envers son mari et qu’elle était parfaitement capable de boucler ses valises sans son aide.

Mais au détour du couloir, les mots qu’elle s’apprêtait à prononcer moururent sur ses lèvres.

– Seth, balbutia-t–elle. Que fais-tu ici ?

Elle laissa son regard s’attarder un instant sur le visage d’une rude beauté masculine de son visiteur.

Les rires y avaient imprimé de fines ridules. Les soucis en avaient creusé d’autres. Dans ses yeux d’azur se reflétait la droiture de son caractère, son intégrité.

Elle sentit la tristesse l’envahir.

Non, jamais elle n’aimerait un homme comme elle aimait Seth.

– Tu ne peux pas me quitter ainsi, déclara-t–il d’une voix rauque.

Le désespoir, la douleur qu’elle entendit dans sa voix lui prouvaient qu’elle n’était pas la seule à souffrir, mais cette constatation ne lui apporta aucune consolation. Elle ne désirait pour rien au monde que Seth ou Dani souffrent à cause d’elle.

Craignant de ne pas pouvoir empêcher sa voix de trembler, elle se contenta de hausser les épaules.

Seth se rapprocha d’un pas.

– Je t’aime.

Ces douces paroles agirent comme un baume apaisant pour son cœur meurtri. Elle les consignerait précieusement dans sa mémoire pour se souvenir de cet instant durant les innombrables nuits qu’elle passerait seule loin de lui.

Seth attendait sa réponse, la dévisageant d’un regard anxieux.

– Je t’aime aussi, avoua-t–elle.

– Dans ce cas, ne pars pas, Lauren, murmura-t–il, se rapprochant encore pour la serrer dans ses bras. Reste avec moi. S’il te plaît.

Elle s’autorisa à lui rendre son étreinte, mais seulement une seconde. Puis elle se dégagea doucement et recula d’un pas.

– Je ne peux pas, Seth, tu le sais aussi bien que moi.

– C’est faux ! protesta-t–il d’une voix tendue. Nous sommes faits l’un pour l’autre. Je t’aime. Tu m’aimes.

– Cela ne change rien. Je ne peux pas rester et me contenter d’être une simple amie pour toi.

– Qui a dit que nous devions rester de simples amis ? s’écria-t–il en lui saisissant les mains pour l’attirer de nouveau à lui. Je t’aime, Lauren. Je veux passer le reste de ma vie auprès de toi pour t’aimer, te chérir, te rendre heureuse. Je veux…

– Arrête ! le supplia-t–elle, luttant contre les larmes qui montaient à ses paupières. Pourquoi fais-tu cela ? Tu sais combien je souffre à l’idée d’être séparée de Dani et de toi. Mais tu as fait une promesse à Jan. Nous n’avons aucun avenir ensemble.

– Mais…

– Je crois qu’il vaut mieux que tu partes.

Seth ne bougea pas d’un pouce, et son regard prit une expression qu’elle ne parvenait pas tout à fait à décrypter.

– S’il te plaît, Lauren. Accorde-moi cinq minutes. C’est tout ce que je te demande.

Le ton implorant de sa voix faillit lui faire perdre ce qu’il lui restait de courage.

Elle toussota et acquiesça d’un hochement de tête presque imperceptible.

– D’accord. Cinq minutes.

Elle le précéda dans le salon et s’assit prudemment sur l’accoudoir du sofa.

Elle s’attendait à ce que Seth prenne place dans le fauteuil en face d’elle, mais il vint s’asseoir à ses côtés.

Avec un soupir résigné, elle se tourna face à lui, et la fragrance envoûtante de son eau de Cologne vint aussitôt lui caresser les narines.

– Ce que j’ai à te dire est très important…

Seth s’interrompit une seconde, puis il prit une profonde inspiration avant de reprendre.

– Je ne suis pas aussi habile que toi avec les mots, aussi je t’en conjure, sois patiente avec moi.

Sa voix tremblait.

Seth était l’homme le plus assuré qu’elle connaisse. En le voyant ainsi en proie au doute et à l’angoisse, elle sentit son cœur se serrer.

– Tout va bien, assura-t–elle d’une voix douce. Prends tout le temps qu’il te faut.

D’un geste vif, Seth s’empara de sa main.

– Je ne peux pas être assis aussi près de toi et ne pas te toucher…

Elle cessa un instant de respirer.

La caresse de sa main calleuse contre sa peau était une pure sensation de paradis. L’enfer, c’était de savoir que ce serait la dernière fois qu’elle sentirait ce contact.

Elle aurait tout donné pour pouvoir nouer ses bras autour de son cou et ne jamais plus être séparée de lui, mais c’était un rêve impossible. Ils n’avaient jamais eu la moindre chance.

Faute de mieux, elle étreignit doucement sa main et lui offrit un sourire encourageant.

– Lorsque Jan m’a demandé de ne pas me remarier avant que Dani ait terminé ses études secondaires, commença-t–il, j’en suis resté tout étonné. Je savais, bien sûr, que sa mère avait fait un second mariage lorsqu’elle était enfant, et que les relations entre Jan et son beau-père avaient été difficiles. Mais j’ignorais à quel point elle avait été traumatisée par cet épisode de sa vie. Jan adorait Dani, et elle ne pouvait supporter l’idée que son unique fille ait à vivre une situation similaire.

Lauren hocha la tête.

Elle savait que l’amour maternel existait, mais elle n’en avait jamais ressenti la force avant de passer ces quelques semaines auprès de Dani. Soudain, elle se sentait très proche de Jan. Quelle angoisse avait dû être la sienne, de savoir qu’elle allait mourir en laissant sa précieuse enfant sans maman !

– Jan désirait que Dani se sente toujours aimée et choyée, observa-t–elle.

Seth acquiesça.

– Je sais que Jan avait confiance en moi et qu’elle savait que je ferais tout ce qui était en mon pouvoir pour que Dani soit heureuse. C’est pourquoi, plus j’y réfléchis et plus il me paraît évident que je m’étais trop concentré sur la promesse elle-même, au point d’en oublier la véritable volonté qu’elle exprimait.

– Que veux-tu dire ?

– Jan désirait que je sois heureux. Et elle désirait que Dani soit heureuse. Sur ce lit d’hôpital, il a dû lui sembler que l’unique façon d’assurer notre bonheur était que je reste célibataire. Mais elle ne connaissait pas ton existence. Elle ne pouvait pas savoir qu’une femme telle que toi entrerait un jour dans nos vies et nous apporterait une telle joie, un tel bonheur, à Dani et à moi.

Seth se leva brusquement et alla jusqu’à la cheminée avant de se retourner face à elle.

– Si elle l’avait su, je suis convaincu au plus profond de mon cœur qu’elle n’aurait pas voulu que cette promesse t’éloigne de nous. Car, ce que Jan désirait par-dessus tout, c’était que Dani et moi soyons heureux. Et, avec toi, nous avons retrouvé le bonheur. Dani et moi, nous t’aimons, Lauren.

Lauren sentit deux grosses larmes rouler sur ses joues et les essuya hâtivement d’un revers de main.

Malgré elle, l’espoir germait dans son cœur.

– Et quel avenir envisages-tu pour nous ?

– Cela dépend de toi, répondit-il en retournant s’asseoir face à elle. Sitôt que tu auras terminé ton doctorat, tu seras libre de t’installer où il te plaira dans ce pays. D’ailleurs, tu as déjà un poste en vue, n’est-ce pas ?

– Je l’ai refusé.

– Pardon ?

– C’était une excellente opportunité de carrière, mais ce n’est pas ce que je recherche.

Sa voix, qui avait commencé à trembler, se brisa tout à fait, et elle dut s’interrompre une seconde avant de conclure.

– C’était le rêve de mon père que j’obtienne un jour une chaire à Harvard. Pas le mien.

– Et de quoi rêves-tu, Lauren ? questionna Seth en rivant son regard d’azur au sien. Si tu étais libre de vivre l’existence de ton choix dans n’importe quelle partie du monde, que ferais-tu ?

Il lui avait déjà posé cette question le jour où elle-même l’avait encouragé à réaliser son propre rêve de devenir vétérinaire. Cette fois-là, elle avait répondu qu’elle n’était pas sûre de la direction qu’elle souhaitait donner à sa vie. Aujourd’hui, il ne subsistait plus aucun doute dans son esprit.

– Ce que je désire, c’est vivre à Sweet River, exercer mon métier de psychologue et peut-être enseigner quelques cours sur internet. Etre proche de mes amis.

Elle marqua une pause, espérant de tout son cœur ne pas avoir mal interprété les intentions de Seth. Ce qu’elle désirait plus que tout au monde, c’était partager sa vie avec cet homme et la petite fille qu’elle aimait comme si elle avait été la sienne.

Elle prit une profonde inspiration et poursuivit bravement.

– Et, plus que tout, je désire rester avec toi. Dani et toi êtes les personnes que j’aime le plus au monde.

Un sourire éblouissant éclaira le visage de Seth.

– J’espérais tant que tu me ferais une telle réponse !

Sur ces mots, il se laissa glisser à bas du sofa et, un genou à terre, il lui saisit de nouveau la main.

– Lauren Van Meveren, veux-tu m’épouser ? Veux-tu devenir ma femme et la maman de Dani ?

Le cœur de Lauren battait si fort que son sang s’était mis à rugir à ses oreilles. Si ceci était un rêve, elle désirait ne jamais se réveiller.

– Oui, répondit-elle dans un souffle.

Craignant de n’avoir pas été entendue, elle répéta, plus fort cette fois-ci :

– Oui, Seth. Je serais honorée de devenir ton épouse et la maman de Dani.

En un éclair, Seth fut de nouveau sur ses pieds, la serrant dans l’étreinte puissante de ses bras.

Lorsque ses lèvres vinrent se poser sur les siennes, Lauren comprit, émerveillée, que tout comme Stacie et Anna, elle avait trouvé le véritable bonheur dans la ville de Sweet River. Dans les bras du cow-boy qu’elle aimait.